‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 52 sur 63 · SS · texte numérisé non relu

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lions de la pragmatique sanction concernant la famille Impériale, tels qu'ils sont établis |>ar les lois fondamentales de l’Empire, comme je puis en répondre devant Dieu à son jugement dernier. »

Si c'est participer an gouvernement d’un grand Empire que de parcourir certaines provinces, la Sibérie, par exemple, la Finlande et la Crimée, d'y écouter des discours d'apparat, et d’y faire danser les femmes des gouverneurs, ou peut dire que le Tzarevv itch fut de bonne heure associé par son père à son pouvoir. Soit pourtant que cette part ne suffit point 11 l'héritier de Nicolas, soit que son tempérament fut naturellement porté à la mélancolie, le grand-duc Alexandre paraissait ennuyé, triste, découragé. Son père voulant le distraire, résolut de le marier : « Parcours les diverses cours d'Allemagne protestantes et catholiques, choisis parmi les héritières royales, grand-ducales margraviales , burgravialcs, celle qui le conviendra, je ralitic ton choix d'avance; ne t'inquiète ni de la dot, ni de la religion; je me charge de la dot, quant à la religion, les princesses allemandes ont cela de bon qu'elles ue font aucune difficulté d’en changer quand il s'agit de faire un Iton mariage ; ta mère, excellente luthérienne, n'en est pas moins grecque parfaite aujourd'hui : il en sera de même de la femme, je me charge d’avance (|e sa conversion ! u Le jeune grand-duc partit, s'arrêta dans tontes les cours oh il y avait des duchesses à marier, dansa, valsa, causa, sans trouver, s'il est permis do s’exprimer ainsi, chaussure à son pied. La lion fédéral ion Germanique commençait h lui peser terriblement , le spleen le reprenait, il parlait de revenir h Saint- Pétersbourg, lorsqu'on lui représenta qu'il ne pouvait faire h la Hesse-Grand- Üueale l'airrout de partir sans la visiter, d’autant plus (pie le grand-duc avait des filles charmantes, et que son cceur, jusqu'il ce iour muet, parlerait peut-être à Darmstadt.

Le Tzarevvitch se laissa persuader.

Alexandre arrive donc à Darmstadt, et aussitôt les fêtes commencent : bals, concerts, galas, rien ne manque à la réception faite au jeune héritier do la couronne de Russie. Le duc régnant de liesse est père de deux filles charmantes, h qui l'idée de devenir impératrices no déplaît pas, et qui font auprès du Tzaroviiteh assaut d'inuoceules coquetteries. Laquelle des deux épousera-t-il ? c’est ce que l’heureux plue se demande tous les matins on se frottant les mains.

L'EMPEREUR DE RUSSIE

II attend à chaque instant que son futur gendre s’ouvre ù lui, et, en beau-père bien appris, il fait tout ce qu’il faut pour brusquer la confidence. Cependant les journées s’écoulent, les bals succèdent aux liais, les banquets aux banquets, les chasses aux chasses, et Alexandre ne parle pas.

L’auguste souverain de Hesse-Darmstadt s'informe auprès des personnes de la suite du jeune prince, il leur demande si elles n’ont rien aperçu qui put les mettre sur la voie du choix que Son Altesse Im|>ériale avait certainement déjà fait. On lui répond que le prince, en effet, parait plus rêveur que de coutume, qu'on l’entend soupirer de temps en temps, qu’il a bien l'air d’être amoureux, mais de qui? Voilà la question. Kst-re du l'aînée, est-ce de la cadette des filles de Son Altesse? C'est ce que nul ne saurait affirmer.

Pendant que toute la cour de llesso-Dnrmstadl est en émoi, et que chacun cherche quelle est la huile préférée, Alexandre a remarqué uue jeune fille A l'air modeste et candide à laquelle personne ne parait prendre garde, et qui pourtant habile, le palais et prend part à toutes les fêtes de la cour. 11 est vrai qu’à table elle occupe toujours un des bouts, qu'au théâtre elle est placée sur le second rang de la loge, et qu’au Irai elle porte une toilette qu’on semble avoir choisie exprès pour ne point attirer les regards.

Un jour le Tzarewitch demande à son hôte le nom de cette jeune inconnue. — C'est ma fille, lui répond le grand-duc de Hesse, d’un air un peu surpris qu’on ait pu faire attention à elle, et il se mit à parler des vertus et des charmes des deux aînées.

Si vous voulez counattre les motifs de In laçon singulière dont le grand-duc traitait sa troisième fille , interrogez les gens mieux au fait que nous de la chronique secrète de Hesse-Darmstadt ; ils vous parleront de la jalousie de Son Altesse, des scènes fréquentes qu’il faisait à sa femme au sujet d'un aide de camp dont les traits ne sont pas sans offrir quelque ressemblance avec ceux de la jeuue princesse en question, et d’une foule d’autres détails qui ne nous regardent point. Nous dirons seulement au lecteur qu'un beau jour le Tzarewitch fit demander l'audience tant attendue par le grand-duc. « Enfin, s'écrie le Prince, mon gondre se décide! dites-lui que je ne veux pas retarder son bouheur d'une minute, et que je l’attends ici à l'instant même. »

L'aide de camp à qui s’adressaient ces paroles sortit, et un quart d'heure ne s'était pas écoulé, que le Tzarewitch entrait dans le cabinet de Son Altesse qui lui offrit uu fauteuil. Alexandre, un peu ému, prit le premier la parole.

— Monseigneur, lui dit-il, je suis amoureux de votre tille.

I/EMPEREUR 11 F. RliSSIE.

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— De l’aînée? je m’en doutais, elle est si belle et si bonne!

— Non, Monseigneur, pas de l’aînée.

— De la cadette alors? cela ne m’étonne pas, elle est si bonne et si belle !

— Non , Monseigneur, pas de la cadette.

— De laquelle alors? répliqua le grand-duc.

— De la troisième.

— Quoi I sous voudriez épouser. . .

Le grand-duc n'en revenait point. 11 n’y avait pas moyen do refuser le prince, et malgré sa surprise et son mécontentement , il fallut en passer par où il voulait. En quelques jours tout fut réglé, et voilà comment, quoique nous ne soyons plus au temps des contes de fée, le futur souverain de toutes les Russies épousa Cendrillon à la cour de Hesse-Darmstadt.

Devenue Impératrice, Cendrillon s'est montrée tout à fait à la hauteur de sa position. On assure quelle exerce un assez grand empire sur son mari, et quelle s’en sert pour favoriser ses compatriotes. Les boyards considèrent l’Impératrice actuelle comme le chef véritable du parti allemand, vers lequel ils accuseut l’Empereur d'incliner un peu trop. On connaît l’extrême susceptibilité des vieux Russes, et nous ne serions pas surpris qu'il y eût quelque exagération dans les reproches qu’ils adressent à Alexandre 11 sur ses tendances germaniques. Ce qu’il y a de sûr, c'est que le ménage auguste qui se partage le trftne de Russie ne parait nullement troublé par des querelles politiques ou autres. Les deux époux vivent dans la meilleure et la plus parfaite intelligence. Qu’on dise après cela que les mariages d'amour ne sont jamais heureux'.

Montée maintenant sur le trône, la jeune fille allemande y déployé plus de qualités estimables que de véritable grandeur. On lui reproche une excessive préoccupation des questions d'étiquette, un amour des minuties qui sied peu à l’élévation de son rang, line grande partie du temps de l'Impératrice est consacré à des inspections d'établissements de bienfaisance et d’instruction publique. C'est sans doute un noble emploi de ses journées, mais on dirait quelques fois que l’habitude et le besoin de distraction ont autant de part que la charité à celte occupation quotidienne. Il existe à Saint-Pétersbourg, au couvent de Smolnoï, un établissement copié sur celui de Saint-Denis, où l’État se charge de donner une éducation aux filles des militaires pauvres. Il faut être fille de général pour y être admise. L’Impératrice a pris cette maison sous sa protection, on pourrait presque dire, sous sa direction spéciale, car à cela près d’y faire la

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