DONNELL
Les Anglais ont fortement accusé O'Donncll d'avoir favorise la traite des nègres; tuais il ne faut Jamais en croire les Anglais sur parole daus toutes les affaires qui louchent au commerce et à la navigation.
Le séjour de Cuba avait, à ce qu’il parait, des charmes pour O'Donncll, car il aurait volontiers accepté une prorogation de trois ans de son commandement. Narval'* commit la faute de ne pas comprendre ce désir, le général don José de la Concha reçut la mission de veiller sur la perle de l'Atlantique, dont les Américains seraient si charmés d’enrichir leur écrin; il partit pour la Havane eu 184(j, et O'Donncll resta à Madrid.
Or, que faire à Madrid, à moins qu’on n'y conspire?
Ou s'attendait d'abord à voir O’Donncll jeter feu et flammes contre son ancien collègue et camarade d'émigration, et se mettre à la tôle de l’opposition qui menaçait le ministère Narvaëz. L'ex-gouvcrncur de la Havane se garda bien d'agir ainsi; une telle conduite eût été l’cnfancc de l'art. Il se contint, se modéra, et cacha scs projets de vengeance sous le voile discret et commode d'une simple bouderie, qui permettait un raccommodement. Narvaëz donna dans le piège ; il fit les premières avances auprès d’O'Donnell.
La direction de l’infanlcric constitue en Espagne un emploi très-important, recherché par tous les militaires. Les ministres ne l'accordent qu'à un homme sur le dévouement duquel ils croient pouvoir compter; Narvaëz le lit proposer à O Donnell, qui sc donna Lien garde de le refuser. Voilà donc le président du conseil enchanté du succès de la négociation, cl sc frottant les mains d’avoir rattaché définitivement à sa cause un homme de l’imporUince d’O’Donncll, tandis qu'il u’avail fait qu’introduire l’ennemi au centre de la place.
Marie-Christine régnait en Espagne sous le pseudonyme de sa fille Isalielle. Pour une de ces causes mystérieuses et inconnues qui font souvent de la politique intérieure de l'Espagne le plus parfait des imbroglios, Narvaëz se brouilla avec la rcinc-mcre. Au bout de fort peu de temps de lutte, il était renversé. O'Donncll n’eut donc pas la consolation de déterminer lui-méuie la chute du ministère ; il continua cependant à tenir entre ses mains les fils déjà noués, et se tapit au fond de 8a conspiration comme une araignée au fond de sa toile, ne sachant pas précisément sur quelle mouche il se jetterait, mais comptant toujours sur une proie.
M. Bravo-Murillo, qui succéda à Narvaëz, était un ministre tout à fait à la main de Marie-Christine. O’Donnnll, jugeant utile de sc mettre mal avec lui, envoya sa démission avec éclat, et rentra dans la vie privée.
0‘ÜONNËI.L.
Progressistes e.l modérés, sentant qu'ils ont, pour le moment, le même ennemi à combattre, s'unissent contre la camarilla. Marie-Christine, trouvant M. Bravo- Murillo insuffisant pour les circonstances, le remplace par M. Sarturius, lequel, considérant avec raison O’DonncIl comme un des chefs les plus dangereux de la coalition qui vient de se former, s’empresse de l'exiler au fond d’une province. Ce ■l’est pas tout que d’exiler les gens, il faut encore les prendre. M. Sartorius laissa échapper O Donnell, ou, du moins, il ne sut pas le découvrir dans la retraite qu’il s’était ménagée au milieu meme de Madrid, et du fond de laquelle il dirigeait tout à sou aise les préparatifs du mouvement prêta éclater; si bien que, le 13 juin 18'jt, s’étant rendu 11 une des portes de Madrid, où il comptait trouver les officiers, ses complices, avec les troupes réunies sous leurs ordres, et le rondex-vous ayant manqué par un hasard fortuit, O’Donnell put rentrer tranquillement dans sa cachette, et rejoindre, dix jours après, Dulce, qui raLlendail avec sa cavalerie à rentrée de la caserne, et faire son pronunciamento à cheval, au nez de ce bon M. Sartorius, comte de San-Luis.
Vicalvaro est un petit village situé à l'entrée de la plaine qui entoure Madrid. C'est là que le pronuneiamenlo s’arrêta pour attendre scs premiers effets ; il y fut bientôt attaqué par les troupes royales envoyées à sa poursuite. Les deux armées se tirèrent des coups de fusil pendant toute la journée, après quoi chacune d’elles s'attribua la victoire. En attendant de nouvelles opérations militaires, le général rebelle prit la plume, et utilisa ses loisirs en rédigeant ce fameux manifeste du Mançanarès, dans lequel il indiquait le but de la révolte. « Nous voulons, disait-il, le maintien du trône sans la camarilla qui le déshonore ; la pratique rigoureuse du gouvernement constitutionnel ; l’amélioration des lois d’élection et de la presse ; la réduction des impôts d’après les lois d'une stricte économie; la réforme de la centralisation, de façon à donner aux peuples l'indépendance locale nécessaire pour la gestion de leurs intérêts, et, comme garantie de tout cela, l’établissement, sur de solides bases, de la milice nationale. »
Excellent programme, dont l’Espagne attend encore la réalisation.
Si le résultat de la journée do Vicalvaro restait incertain, il n’en était pas de même du résultat politique. Les prommeiameutos se succédaient dans les provinces avec une rapidité électrique. A Madrid, l’cfl’ervescenco des esprits augmentait d heure en heure. Pendant que le général Blaser, ministre de la guerre, remportait chaque jour une nouvelle victoire dans les bulletins du gouvernement, la popula-
O’DO.VMtLL.
il»
lion madrilène, ou sortir d'une course de taureaux, se mit en pleine insurrection; les hôtels des divers ministres et le palais de la reine Christine lurent quelque peu saccagés, et une junte révolutionnaire s'établit à l'hôtel do ville.
La jeune reine, pendant ce temps-là, chargeait le colonel Cordova de former une nouvelle administration, et, ce qu'il y a de plaisant, c’est que celui-ci trouvait des gens pour en faire partie. Pendant que le ministère, dit des quarante heures, parce qu’il ne dura que ce temps-là, s’installait comme si de rien n’était, Madrid se couvrait de barricades. La reine, après qu'on eut discuté autour d'elle toutes sortes d'expédients, comprit qu’il était temps de s’adresser à Espartero et à O’Donncll. Entre le départ cl le retour des courriers expédiés à ces deux généraux, il y eut un rude moment à passer, et sans le vieux et chevaleresque général San-Miguel, qui fut investi d’une sorte de dictature en attendant l’arrivée des ministres réguliers, la reine courait grand risque d’aller rejoindre sa mère en exil. Heureusement la discorde vint en aide à la monarchie, Les insurgés se partagèrent en deux camps, deux juntes se formèrent, cl progressistes et révolutionnaires luttant, se réunissant, su séparant pour fusionner encore, Espartero, plus vif celle fois dans scs mouvements que d'habitude, eut le temps d’arriver à Madrid. Ainsi, l’homme qu’un pronunciamento avait renversé cil 1843 se trouvait, par lin nouveau pronwu lamenta. porté au pouvoir, qu'il allait partager avec celui qui prit la plus grande part à sa chute.
La bonne intelligence entre les deux chefs du gouvernement ne pouvait pas être de longue durée. O’Donnell, |«hi satisfait d’avoir tiré les marrons du feu pour Espartero, ne songeait qu’au moyen de se débarrasser de lui, et Espartero, mécontent d’avoir un rival, attendait le moment favorable de le mettre à la |>orle du ministère. Il n’entre pas dans notre cadre de faire l’histoire de ce gouvernement tiraillé en sens contraire, aujourd’hui monarchique, demain révolutionnaire, convoquant une Constituante pour changer les lois de l’État, et déclarant la royauté inviolable, singulier spectacle où l’on vit la reine Mario-Christine exilée par celui qui avait partagé son exil en 1843, et la reine Isabelle protégée et défendue par le chef même du parti qui ne reculait pas devant l’idéo de la renverser. Hans cet assaut de bizarreries et de contradictions, l’avantage devait rester, à la longue, à celui qui ne « contredisait que d’une façon apparente cl, pour ainsi dire, de parti pris, c’est-à-dire à O’Uonnell. L’indécision et l’incertitude étaient le fond même de la situation et du caractère d’Espartero; chez O’Donnell ces défauts ne résultaient que des circonstances. Petit à petit il se rapprochait de la cour et se fortifiait par elle.
Des désordres venaient d’éclater dans la Vieille-Castille; le ministre de l’inté-
O'IlONNELL.
rieur Escosura, interpellé à ce sujet au sein des Cortès, n’iiêsila pas à les attribuer ii la faction carlo-clcricalc ; O’Donnell, qui songeait à se ménager pour l’avenir un appui dans ce parti, contesta 1rs appréciations de son collègue. Üc lé une crise dans le cabinet. O'Donnell demandait lu renvoi d'Kscosura, en oITrant sa démission si elle ne lui était pas accordée : « On l'un ou l'autre, » dit-il à Espnrloro : a L'un et l'autre, lui répondit celui-ci, ou ni l’un ni l'autre. » O'Donnell savait ce qu'il faisait en posant ainsi la question; il sc sentait assci fort pour frapper un grand coup. La reine, juge constitutionnel entre les deux ministres, prononça la dissolution du cabinet et chargea O’Donnell d'en former un nouveau. On connaît Ira résultats de l'insurrection qui, à Madrid, à Barcelone et à Saragossc, suivit cette espèce de coup d'Klal. La cour resta victorieuse, la milice nationale fut dissoute ainsi que les Cortès, et Esparlero alla méditer encore une fuis à Logruno sur l'incertitude des choses humaines.
Celle fois encore, il se trouva qu'O'Donnell n'avait point travaillé pour lui, niais pour Narvaèx. Le parti conservateur triomphant, son premier soin fut de sc venger de celui qui avait causé sa chute, et qui venait de lui faire passer de si mauvais moments. O’Doiuicll ne fut pas même élu aux Cortès. Heureusement il lui restait un siège au Sénat, dont il profila pour faire une guerre acharnée à Narvaèx, qui [>crdail tous les jours du terrain dans la discussion. Son adversaire lui porta un coup terrible en prouvant sa complicité dans le mouvement de Vicalvaro. fendant ces combats de tribune, les débris do l 'Union libérale, fondée pendant le ministère Espartero-O' Donnell, se ralliaient autour de ce. dernier; beaucoup do conservateurs modérés vinrent les rejoindre. Ainsi se forma lu noyau d'une opposition qui devint bientôt assez, forte pour renverser Narvaëx en 185b, et pour porter O’Donncll au ministère.
Au début de son administration, le nouveau président du conseil créa Y Union libérale, » dont les principes et l’action, nous dit un des plus récents panégyristes d'O'Donncl, devaient rallier les extrémités rapprochées des partis, et gagner ainsi peu à peu les centres, laissant alors les oppositions extrêmes livrées à elles-mêmes, cl sans force devant un pouvoir également appuyé par tous les partis. » Le ministère était donc un ministère de fusion. Heslail à savoir si les partis sc rallieraient à celle politique et accepteraient l’alliance qui leur était offerte. La convocation des Cortès fut donc décidée. Le précédent cabinet, présidé par M. Isturitz, était tombé sur la question de la révision des listes électorales, mesure dont on comprendra la né-
n'DONNELL.
ccssité lorsqu'on saura que, dans la plupart des provinces, les listes d'électeurs fourmillaient d'erreurs volontaires, et qu'à Cacerès, par exemple, sur 2,733 citoyens inscrits, Oit ne remplissaient aucune des conditions voulues; il en était de même à la Corogne, où, sur le nombre total des électeurs, la moitié ne payait pas le cens fixé par la loi.
Pendant que le conseil d’Etat et le sénat ouvraient leurs portos à de» progressistes mêlés à des conservateurs, les élections générales avaient lieu sur des listes révisées, cl ODonnell expliquait sa politique à la nation dans une circulaire du ministre de l’intérieur : « l-e gouvernement, disait M. Posada Hcrrera, ne «c croit pas obligé de favoriser des partis qui prétendent fonder la monarchie chacun sur une constitution dilférenle, qui aspirent à établir un système administratif chacun suivant scs vues propres, et qui voudraient livrer les fonctions de l'État à un personnel exclusif. Il n'admet pas que des partis de cette nature puissent s'appeler constitutionnels, et il ne croit pas que la nation puisse en attendre
d'autres fruits que le despotisme ou l'anarchie Il y a de toutes parts des
hommes honorables qui conservent, par tradition, certaines dénominations qui ne signifient plus rien de réel dans ta plupart des cas; il y a aussi une jeunesse pleine de nobles aspirations, obligée jusqu'ici de s’éloigner des affaires publiques, ou de se fondre, en abdiquant toute liberté, dans les anciens ]iartis. Quand vous aurez obtenu l'appui de cette classe, de personnes, vous pourrez défier ces colères intempestives des partis extrêmes > La politique de l ’ Union libérale consiste donc, en
définitive, à prouver aux anciens partis qu’ils ont tort d’exister; ce qui est une lâche rude dans tous les pays, et surtout en Espagne.
On ne peut pas trop dire ce qui serait advenu du ministère 0’Donncll et de V Union libérale si une question extérieure, débattue avec fermeté cl résolue avec vigueur, n’élail venue prêter son appui au système de fusion.
On remplirait plusieurs volumes du récit des interminables querelles entre l’Espagne et le Marne depuis l'é|)oquc où Ferdinand le Catholique expulsa les Arabes de son pays jusqu’en 1830. Le fruit de toutes les expéditions tentées par l’Espagne sur les côtes du Maroc avait été la possession de Mélilla, Penon de Volez, Penon de AUiuccnas et Ceuta, colonies fort incoinmodesquc l’Espagne, fautede pouvoir en tirer meilleur parti, avait transformées en /iresii/ios. C'est là qu’elle envoyait ses malfaiteurs subir leur peine. Entre l'Espagne et le Maroc la paix n’a jamais guère existé que de nom ; chaque régne, pour ainsi dire, a eu maille à partir avec les barbares habitants de, la côte marocaine; vingt fois châtiés, ils ne sc lassaient point de revenir à la charge, cl l’on peut dire que 1 histoire des |>osscssions espagnoles dans celle partie de l'Afrique n'est qu’un long blocus.
O'HONNKI.1,.
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A la première nouvelle île l’insulte faite à son pavillon, l’Espagne tout entière tressaillit, l’opinion publique se prononça d’une façon unanime pour qu'on saisit cette occasion d’en finir avec des barbares pour qui l’idée de droit n’existe pas, cl qui ne reconnaissent que la force. Les partis se trouvèrent d’accord au moins une fois dans leur vie, ou plulAt il n’y eut plus de partis devant l'honneur national à défendre. O’Donnell u hésita pas à suivre l’élan général, et, au milieu des acclamations des Cortès, il annonça que la guerre était déclarée.
L’expédition du Maroc présentait des difficultés de plus d'un genre : administratives, financières, militaires et politiques. Toutes les fois que l'Kspagne avait voulu régler par les armes ses affaire avec le Maroc, l’action de l’Angleterre s’était fait sentir, et, sans intervenir d’une façon directe en faveur des Barbares, elle mettait tout en œuvre pour entraver l’attaque ou pour en circonscrire les effets. Cette fois eneoro le cabinet de Saint-James eut recours aux procédés d'intimidation diplomatique qui lui avaient réussi jusqu'alors; M. Buchanan, ministre d'Angleterre, fut chargé de demander, par écrit, une déclaration portant « que si, par le cours des événements, l'armée espagnole était obligée d’occuper Tanger, cette occupation ne serait que. temporaire, cl ne se prolongerait pas au delà de la ratification d'un traité de paix entre l’Espagne et le Maroc. » il paraît même que lord John Russell, allant plus loin, déclarait l’occupation incompatible avec la sûreté de Gibraltar si, le payement de l’indemnité n’ayant pas lieu, elle devenait permanente. La fermeté du gouvernement ne se démentit pas pendant tout le cours d’une correspondance longue et délicate; l’Angleterre comprit qu’il fallait céder, et le délai fixé à l'empereur Sidi-Mohammed pour l'acceptation de l 'ultimatum étant expiré, on poussa les préparatifs de l'expédition avec vigueur.
Le 1 1 novembre 18ü0 toutes les troupes étaient réunies au camp d’Algésiras; O’Donnell, qui s’était réservé le commandement en chef de l'expédition, les passa en revue; le 18, le I" corps touchait à Ceula, après avoir franchi le détroit au milieu d’une tempête effroyable. A peine débarqués, les Espagnols sont attaqués par les Maures, et le temps se passe en escarmouches jusqu'au jour de l’arrivée du général en chef. Le 12 décembre les trois corps qui formaient l’armée d'opérations étaient réunis, et l’on se mil eu marche sur Tcluau, non sans avoir soutenu contre l'ennemi un grand nombre de petits combats vifs et meurtriers. Nous n’entrerons pas dans les détails de la bataille de Castil/ejo, dont le résultat fut d’ouvrir aux Espagnols la vallée qui mène à Tetuau, ni dans ceux de 1a prise de celle ville, où la paix fut signée.
le soldat espagnol dans celte campgtic s’est montré digne de sa vieille renommée; il a été sobre, patient, intrépide, non-seulement vis-à-vis l'ennemi , mais encore en
O'DONNEU..
face de» privations, des maladies, parmi lesquelles le choléra, qui fil dans l'armée espagnole de nombreuses victimes. A leur retour, l'Espagne accueillit les vainqueurs du Maroc avec un enthousiasme voisin de l'ivresse; ses orateurs cl ses poêles déclarèrent que les temps de Gonzalve de Cordoue et de Charles-Quint étaient revenus; c'est beaucoup dire, mais un peu d’exagération ne messied pas à un peuple quand il s'agit d'ainour-proprc national.
O’Donnell rapportait du Maroc la dignité de maréchal, le titre de duc de Tétouan, et, par-dessus le marché, la consolidation de son pouvoir.
Le pouvoir, en Espagne, n’est pas chose facile à conserver.
Malgré V Union libérale, ou peut-être à cause de cette union, les partis n’ont pas cessé d'être tous passablement nombreux dans la péninsule ; il y a des progressistes modérés et des progressistes purs, des démocrates et des républicains, des conservateurs progressistes cl des progressistes conservateurs, des absolutistes mitigés et des absolutistes absolus, des catholiques et des néo-catholiques.
Il y a, en outre, la reine et les gens qui l’entourent; puis le roi cl ses familiers; puis la reine-tnère, qui dit son mot de loin ; puis les confesseurs, les moines, les religieuses, les camereras, les majordomes, toutes les influences de la chapelle cl do l’antichambre.
la; malheureux président du conseil est obligé de se débrouiller au milieu de tout cela. Jusqu'ici il y est parvenu, et ce succès fait honneur à sa dextérité. Après la victoire du Maroc, on aurait voulu le pousser à intervenir en faveur du pouvoir temporel du pape, et il a résisté à ces excitations, ce qui fait honneur à son bon sens. 11 lui reste maintenant b satisfaire d’autres exigences, celles de la nation, et c’est là le plus fort de sa tâche.
L’Espagne n’a point oublié le fameux programme du Mançanarès ; elle attend encore la pratique rigoureuse du gouvernement constitutionnel ; l’amélioration des lois d'élection et de la presse; la réduction des impôts, basés sur les lois d’une stricte économie, la réforme de la centralisation et lu rétablissement de la milice nationale. Au lieu de tout cela, on lui donne des chemins de fer; c’est bien quelque chose, sans doute, mais ce n’est pas tout. Les gouvernements qui ne s'appuient que sur les intérêts matériels ne remplissent qu'un côté de leur mission. On ne fait [pas longtemps prendre le change à un peuple; les intérêts moraux finissent toujours par reprendre le dessus, et ils se vengent du pouvoir qui les a méconnus en le renversant.
OriONNRLL.
Dans la physionomie spirituelle. d’O’Donnell, dans ses yen* hardis et intelligents, on lit plus de finesse que de profondeur, plus d'habileté que de grandeur véritable. C’est un homme d'expédients, et les expédients peuvent servir & sa position personnelle, mois l’Espagne aurait besoin d’un homme d'Ktat.
tes modérés, naturellement, n'ont poiut pardonné à O Donnell son alliance avec Espartero, et ils ne laissent perdre aucune occasion de la lui reprocher avec amertume ; la modération, à ce qu’il parait, n’exclut pas la rancune. O’Donnell a beau répondre que cette alliance était indispensable, qu’une régie élémentaire du grand art des conspirations est d’embrasser les gens pour mieux les étouffer, les modérés ne se laissent point toucher, et iis répondent au ministère commo le Journal des Débats à M. Guizot : « Vous pourrez bien avoir notre appui, mais jamais notre estime. » O’DonncIt est homme & se contenter de l’appui et h se moquer parfaitement du reste.
11 parait pourtant que le gros du parti modéré lui refuse même son appui -, des tentatives de rapprochemcnlont eu lieu, mais les gens qui s’en sont mêlés prétendent qu’O’Donnell, à son tour, garde contre ceux qui ne l’ont pas appuyé, dès qu’il est entré tout seul au pouvoir et qu’il a pris le gouvernement pour son propre compte, une rancune et des préventions qui rendent tout raccommodement extrêmement difficile, sinon impossible. O’Donnel garde le souvenir des offenses, et il parait qu'on l'offense facilement. C’est une faiblesse pour un homme d’Etat. Sans méconnaître ses grandes qualités de commandement, les modérés l’accusent de petitesses de caractère qui nuisent à son action dans la politique; les quelques progressistes qui se sont ralliés autour de lui n’en disent pas grand’chose, ils se bornent à le suivre sans enthousiasme, et a l’appuyer san3 sympathie, se contentant de ce ministère faule de tomber dans un pire.
Sans avoir nne intelligence de premier ordre, O Donncll est instruit, persévérant jusqu'à l’opiniâtreté, fin jusqu'à la dissimulation, ingrat si cela est nécessaire, injuste s’il le faut ; des vertus et des vices il ne prend que ce. qui est absolument indispensable à ses intérêts. Le sens moral n’est pas ce qu’il y a de. plus développé chez lui ; on ne peut pas dire, cependant, qu'il soit tout à fait un méchant homme ; il a à ses «ôtes trois guides par lesquels il sc laisse à peu près également conduire ; , son amour-propre, sa vanité et sa femme.
O’Donucl aime la louange, et il ta paye généreusement. Les flatlcurs sont nombreux autour de lui, dit-on, dont il a fait la fortune, tandis qu’il oubliait ses meilleurs, ses plus sincères et ses plus honnêtes amis, lin jour viendra, peut-être, oit il les regrettera. Brillante en apparence, sa position manque de solidité réelle. Placé entre l’absolutisme et la liberté, il a également trompé et mécontenté les partisans
n* O'UONNELL.
des deux principes; suspect à la cour et à l'opposition, soutenu, non point par un parti, mais par des fragments de tous les partis, son appui le plus solide parait êlro dans l’armée ; or, on sait ce que vaut cet appui dans un pays comme l’Espagne.
Les Espagnols ne sont plus des enfants qui crient quand on les nettoie, ils prouvent tous les jours qu'ils comprennent tous les progrès de la science moderne et qu'ils savent les appliquer. I.o monachisme et l'ultramontanisme, les deux monstres qui dévoraient l’Espagne, sont bien près de disparaître, il suffirait d’une main ferme pour leur porter les derniers coups. O'Donnell le fera-t-il ? on ne saurait guère l’attendre de lui. Sc méfiant à la fuis do la cour et de la nation, il essaye de garder l'équilibre entre elles sur la corde tendue d’une coalition politique. Aux deux extrémités comme au centre, le moindre mouvement peut ébranler la corde, et adieu l’équilibrislc ! Il faut à l’Espagne un homme d'idée, et O’Donnell, ainsi que nous l’avons dit, n’est qu’un homme d'expédients. Il se soutient par l'expédient de la gloire, il vit sur sa campagne du Maroc. Nous verrons si clic le fera vivre longtemps.
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L'EMPEREUR DE RUSSIE
L’EMPEREUR DE RUSSIE
a majorité des princes do la famille impériale eu Russie est filée à l'âge de seize ans. Le 4 mai 1834, après un Te Deum ! solennel chanté dans la chapelle de la cour, en présence du Czar, de la Czarino, des grands-ducs, des grandes-duchesses, i et des grands officiers de la Couronne, le grand-duc Alexandre, fils atné de Nicolas !•' et héritier de la Couronne, prêtait le serment suivant sur le Saint Évangile tenu par le patriarche de Saint-PélersUmrg :
« Au nom du Dieu tout-puissant, devant son Saint Évangile, je jure et promets de servir, fidèlement et loyalement, mon très- ^ gracieux souverain et père, et de lui obéir en toutes choses, sans épargner ma vie, et jusqu'à la dernière goutte de mon sang : de garantir et défendre de toutes mes facultés, de toutes mes forces et de tous mes moyens les droits et privilèges de l’autocratie souveraine de la puissance et de l'autorité de Sa Majesté Impériale, établis ou à établir par les lois, en coopérant à tout ce qui peut concourir au service de Sa Majesté Impériale et au bien de l’Empire, en ma qualité d'héritier du trône de toutes les Russie*, ainsi que du royaume de Pologne et du grand-duché de Finlande réunis ?i cet Empire. Je juro et promets d’observer dans toute leur force et leur inviolabilité tous les règlements pour l'ordre de succession au trône, et les disposi-
L'EMPEREl'R DE RCSS1E