K O S S U T II
- if I est (1rs hommes au près desquels on lie peut passer sans détourner 3T.JS^v 1 t*lr el ipii, au premier aspect, vous imposent en quelque sorte leur puissante personnalité. "Parmi ces dernier? il faut jâfijSjy/jp complet- l'ancien gouverneur de la Hongrie indépendante, k.'^T Louis Knssutli. Rien qu'à la fierté de sa démarche, à l'ampleur 'le son geste, au redressement de son front, on reconnaît un fort y £"> aé • [tii se sait fort. Que de ses lèvres tombent quelques mots, fussent- YÂÎSâffljLiIs promîmes avec un accent étranger, à leur harmonie, fi leur coloration brillante, à leur sonorité, on reconnaît qu'ils sortent dune ^ vSK h'iwlie (fur. Qu’au feu de la discussion, l'œil bleu du parleur s'enllamme, et l'on comprend, à rémotion que l’on éprouve soi-mème, que 7 * ' ce regard est celui d'un tribun, capable de fasciner tout un peuple. Louis Kossutli est né le 10 septembre 1802, à Mocunk (comitat de Zcmplin). Son père, simple noble d'origine slave, était attaché en qualité de fiscal, sorte
KOSSUTH
d’avocat privé, à la maison du baron Paul Vecsey, magnat opulent et patriote, Le baron, qui n’avait point d'enfant», prit en grande affection le jeune Louis, et le fit élever dans sou château, puis l'envoya suivre les cours d'un lycée.
Reçu avocat à la suite des examens les plus brillants (1824), Knssutli revint dans son pays natal et devint le fiscal de la comtesse Szapary, au profit de laquelle il gagna plusieurs procès importants. En 1827 il exerça pour la première fois ses droits nobiliaires au sein do la Diétinc de Zcmplin et ne tarda pas, par le libéralisme de ses idées et l'entraînante éloquence de ses discours, à exercer une influence considérable sur scs concitoyens nobles et roturiers. Lorsque sévissait le choléra (18.11), les paysans acccusaient leurs seigneurs d'avoir empoisonné les puits, les citernes, les ruisseaux, et menaçaient de se livrer aux plus effroyables veugeauces « contre les empoisonneurs du peuple. » Kossuth intervint et, à sa voix, les préjugés populaires s'évanouirent, la consolation, et la paix rentrèrent dans les Ames. Tel fut son premier triomphe oratoire. Lors de l'ouverture de cette longue Uiète, qui dura de 1832 il 1836, Kossuth fut envoyé il Près bourg par un magnat dans l'impossibilité d’occuper son siège à la Chambre. De la sorte assistant aux séauces, mais comme témoin plutôt que comme acteur, sans avoir le droit ni de parler ni de voter personnellement, le jeune suppléant put, d’abord s’habituer aux luttes parlementaires, puis profiter de sa propre éducation politique pour commencer celle du pays.
La Diète n'avait ni sténographes, ni Moniteur à sou service. Le gouvernement autrichien, qui avait introduit la censure, ne permettait guère aux journaux de répéter, encore fort incomplètement, que ce qui ne lui déplaisait pas trop des discussions dont les deux Chambres étaient le théAtre. Kossuth se mit, avec un autre avocat, ftrosz, il sténographier tout ce qui sc disait dans l'enceinte législative; il organisa un bureau de copistes, et envoya son Moniteur autographié aux personnages les plus importants, à toutes les villes libres et à tous les comilats h la fois. La poste s'étant montrée infidèle, les courriers des magnats et ceux des libres administrations provinciales se firent les porteurs et distributeurs de la correspondance générale, qui se multiplia sans que l’autorité osât intenter un procès A scs auteurs. De manuscrite elle se transforma même en correspondance lithographiée, grâce à la protection de la Chambre des députés et surtout de Vessclinyi qui, pendant que l'on cherchait encore les moyens de rendre les débats publics , arriva un jour au sein des Etats faisant porter derrière lui tout un appareil lithographique, et s’écria : — » Vous discute/ encore, voyez !• moi. j'ai agi! »
K0SSIT1I.
La Diète ayant été brusquement close (mai 1836), Kossulh, avec ses lithographes, se transporta à Posth, dans l'intention de reproduire les déliais des Diétines des romitats. Ordre lui fut intime de cesser immédiatement ses correspondances. 11 s'y refusa, déclarant qu'en sa qualité de noble, de citoyen libre, il tenait des lois de sou pays le droit inviolable d'écrire selon sa pensée h qui lion lui semblait. Pour filer h la police le prétexte même de la violence, le comitat de Peslh prit à sa suide le jeune avocat et sa lithographie et installa le bureau de correspondance dans la maison commune. Mais, voulant mettre fin à ce conflit qui prenait des proportions si inquiétantes, le gouvernement fit opérer une descente dans le domicile privé de Kossulh , saisir ses papiers, arrêter ses secrétaires et lui-même. Quelques semaines plus tard. Kossulh et ses complices furent traduits devaut la cour septemirule et condamnés tk quatre ans de prison.
Enfermé dans la forteresse de Bude avec plusieurs autres patriotes, Louis Kossuth employa les durs loisirs de sa captivité à lire et à étudier, préparant les armes qu'il devait employer plus tard contre les oppresseurs de sa patrie. Considéré déjà comme extrêmement dangereux , autant par son caractère inflexible que par ses talents, il eût sans doute été retenu captif, — selon la coutume autrichienne, — bien au delà du terme fixé dans sa condamnation, si l'opposition ne s'était trouvée assez forte pour contraindre le gouvernement à ne pas oublier du réunir la Diète à l'époque légale, et si la Diète de 1840 ne s'était montrée assez hostile pour que le cabinet de Vienne crût de son intérêt de changer la chancellerie hongroise et de proclamer une amnistie générale.
Libre et de plus rendu populaire par sa captivité, Kossuth cherchait le moyen de rentrer dans la vie politiquu lorsque le hasard le mit en rapport avec l'éditeur Landcrer. Quelques semaines après l'opposition nationale possédait un organe, le Pesti Ilirlap (la feuille de nouvelles do Peslh}, et l'Autriche s'apercevait aux coups qui lui étaient portés qu'un publiciste de premier ordre venait de se dresser contre elle.
S'attachant moins aux côtés matériels de la question nationale qu’à ses tendances idéales, recueillant, de quelque nature qu'ils fussent, les griefs de tous les partis du pays contre le pouvoir autrichien , attaquant celui-ci sur vingt terrains à la fois, dénonçant une k une toutes ses violations de la Constitution, anciennes et récentes, préparant do la sorte une rupture complète entre lui et le parti libéral, dont les aspirations, auparavant un peu vagues, étaient de plus eu plus dirigées vers l'indépendance absolue de la Hongrie, Louis Kossuth effraya ses amis par son succès même.
iU
KUSSl'TH.
Mais le gouvernement ne senlil pas lunt de suite la blessure, il ne s'aperçut pas du mal que tout choc d'idées devait naturellement lui faire. D'abord comliattu par quelques personnes de son propre parti , Kussuth avait triomphé de toutes les objections ijui lui avaient été opposées; il était devenu plus ferme, plus net dans scs aflirmalions; et le plan des grandes réformes de 1847-1848 était déjà tracé et en délai! élaboré, lorsque, par suite de démélés avec son éditeur, il dut quitter la rédaction du Journal i/e Peslh.
Journaliste en disponibilité, Kossulh redevint avocat, et continua par la jiarole l'agitation si bien commencée avec lu plume. Les Diélines des comilals avant constitutionnellement la faculté de se mettre eu communication les unes avec les autres, la voix du grand orateur de la capitale eut le pays entier pour écho.
Un des moyens d'asservissement, employés contre la Hongrie par ses rois germanisateurs, avait été de la tenir industriellement serve. Protéger le travail indigène et ne se servir que de ses produits h l'exclusion de ceux des manufactures d'Autriche, de Stvrie et de Bohème, c’était évidemment faire acte d’hostilité contre la politique séculaire de la maison régnante et bien marquer que la Hongrie voulait enlin développer complètement l'autonomie dont elle jouissait constitutionnellement mais non effectivement, car ses lois avaient été depuis trois siècles aussi souvent violées que jurées. Sous l'inspiration île Kossuth. les membres de la VMegi/lel (association protectrice) s'engagèient mutuellement à ne se servir désormais d'aucun produit provenant des pays autrichiens nu devant, pour entrer, subir les taxes de la douane établie entre la Hongrie et l'Autriche. Durant plusieurs étés, durant plusieurs hivers, les belles dames, les gentilshommes élégants, renoncèrent au velours, à la soie, il la line toile, pour ne se revêtir que des grossières étoffe*, fabriquées eu Hongrie par des industriels inexpérimentés. Cet isolement matériel de la Hongrie de l'Autriche inquiéta hraumup le cabinet de Vienne, mais il comprit vite que ses adversaires ne possédaient pas assez de capitaux pour maintenir longtemps le système protecteur dans un pavs trop longtemps traité comme une colonie, h laquelle on prend tout sans presque lui rien rendre, et qui, soigneusement maintenu en dehors du mouvement économique européen.
KOSSI'TH.
contenait très-peu d'ouvriers indigènes, étant, du reste, par la nature de son sol autant que par les mieurs de ses habitants plus agricole qu'industriel, l.'.t'fociation national t, malgré le zèle de scs membres, devint bientôt incapable de suflire aux besoins de In consommation, des difficultés de toutes sortes lui furent suscitées et, l'infidélité d'un de ses agents supérieurs aidant les intrigues autrichiennes, elle disparut.
L'insuccès économique de Kossuth ne nuisit point à sa popularité, car, en 1817, le combat de Peslli le nomma un de ses députés h la Diète de Près bourg.
La Diète se réunit le 7 novembre et fut ouverte, le 12, par le roi en personne. Dans les discussions très-vives auxquelles donna lieu le rejet par la table des magnats de l'adresse en réponse au discours royal présentée par Kossuth. volée par les députés, dans l'élaboration des réformes populaires, dans les interpellations contre la violation des lois nationales, le député de Peslli fut toujours le plus avancé des op|Hisanls et de la sorte s'acquit, à la Diète et au dehors, une influence considérable. Dans la première quinzaine de février 1848, lorsque par suite d'intrigues ministérielles, tri -s-bien menées, h la majorité d'une voix, la seconde Chambre refusa de se prononcer énergiquement contre le système des administrateurs , il laissa tomber celle menace : — n Kb bien ! il n'y aura plus de paix entre nous après un tel vole ! Que la responsabilité en retombe sur la léle de nos adversaires! » — D'audace eu audace, la nation entière suivait le député constitutionnel presque devenu tribun, mais le parti conservateur, encore puissant dans l'Assemblée législative, réussissait, surtout grâce aux magnats, à retarder au moins le triomphe de l'opposition avancée, quand éclata, comme tm coup de tonnerre, la révolution française du 2 1 février.
Certes. Kossulli aurait pu profiter delà circonstance pour entraîner son pays dans la révolution, et en ne le faisant pas il commit line faute, dont il s'est luimême fort repenti plus tard. Réformiste plutôt que révolutionnaire, homme de plume et de parole plutôt qu'honime d'action, il ne sut pas d'un liond s'élever à la hauteur de la situation générale. Républicain d'instinct, mais de tempérament pacifique, il ne désira pas plus que d’obtenir, grâce aux circonstances, la réalisation complète du programme de J847, sur la base constitutionnelle, du
KOSSUTH
maintien de la dynastie régnante et de l'union avec l'Autriche. Dans son fameux discours du 3 mare, il rendit «grâces h Dieu do ce que le point de vue dynastique se trouvât conforme aux intérêts de sa patrie, » et ne demanda, pour arracher la Hongrie à son assoupissement de trois siMes, que l’institution d'un ministère responsable, combinée avec la concession d’une constitution libérale. Bien plus, la cour ayant hésité, jusqu'après la triomphante insurrection du 13 mars, à souscrire aux vœux extrêmement modérés des Hongrois, le grand agitateur fut le premier k empêcher la jeunesse de s'insurger, comme celle de » Vienne, afin d'arracher aux magnats et au roi la réalisation de l'autonomie nationale. La grande manifestation du 13 mars s'étant produite k Pcsth, juste au moment où, par peur, magnats et roi s'inclinaient devant l'opinion publique, il laissa encore échapper cette parole de mécontentement : — » Pesth n’est pas Paris, et jamais la représentation îles pays entiers ne subira la volonté d'une fracliou du tout national ! » — Lorsqu'enfiu, le 3t mars, les demandes de la Dicte furent, bon gré mal gré. et avec certaines modifications, acceptées par le nii, kossuth déclara se soumettre sans arrière-pensée aux résolu lions royales :
— « Si je disais, s'écria-t-il, à la lin de l'une de ses plus admirables haran- «i gués : si je disais : Je ne les accepte pas ! on verrait couler le sang ; mais ce » serait un crime ! Certes, elles ne réalisent pas tuus mes vœux les plus chère ; u mais au moins elles nous donnent la possibilité d'en conquérir la réali- » sation. »
Par la modération de Kossuth, on peut juger de celle des autres chefs du parti libéral, beaucoup moins avancés que lui, et c’est à juste titre que l'on a dit que la Révolution de 1 848 ne fut pas en Hongrie à proprement parler une révolution, mais une réforme constitutionnelle, légalement effectuée. Le premier ministère concédé k la Hongrie comprenait les personnages les plus importants de l'opposition et notamment Louis Kossuth. Aussi fut-il. et par lu Diète et par la nation, accueilli avec le plus vif enthousiasme.
Si Kossuth, membre du cabinet Batthyauy, participa, au moins par sa présence trop prolongée au milieu d’hommes dont les opinions n’étaient pas les siennes, aux fautes qui furent commises durant l’été de 1848, on doit cependant lui rendre cette justice qu'il fit mains efforts pour exciter l’audace de ses collègues et personnellement ne dissimula jamais h la Diète et à la nation la gravité de la situation. Pendant que la camarilla ourdissait cette horrible iutrigue de la rivalité des races, pendant que le ministère hougrois se fiait aux déclarations constitutionnelles du roi et, joué par lui, ne prenait aucune précaution contre les révoltes intérieures, ce fut Kossuth
kossitii.
qui le poussa, dès que les hostilités austro-serbes deviureut évidentes, à appeler la jeunesse patriote aux armes. Mais de peur de mécontenter le monarque qui consentait à destituer officiellement Jellachich. toujours encouragé officieusement, le cabinet Battliyany ne voulut pas recevoir plus de 10,000 volontaires, emprunter plus de I 2 millions et demi de florins, et l'enthousiasme patriotique, éveillé le 10 mai, Tut plutôt attiédi que surexcité jusqu'à la réunion do la Diète. Les représentants de la nation étant assemblés à Peslli - juillet), et la duplicité de la cour étant rendue évidente par l’impossibilité d'une réconciliation avec l'agitateur des Croates, Jellachich, Kossuth put oser, le 1 1 juillet, beaucoup plus que ce que ses trop prudents collègues lui avaient permis deux mois auparavant. Malade, il monta à la tribune et présenta un exposé de l'état des a (hures, terminé par ees mots : — « Oui, le pays est en danger » ou plutôt il sera en danger demain, à moins qu'il ne se décide à vivre! <>
— Et il demanda l'approbation du précédent crédit de 12,000,000, l’ouverture d'un crédit supplémentaire de 42 millions de llorius et la levée de 200,000 hommes, La Diète, d’une seule voix, répondit : — « Nous accordons! nous accordous! n — «J’allais vous dire... j'allais vous dire... » reprit Kossuth chancelant sous le poids de l'émotion et tremblant do lièvre..., « mais vous vous » êtes levés comme un seul homme, et moi, je me prosterne devant la grandeur » de cette nation!... , Autant d'énergie dans l'exécution que j'en ai rencontré » dans la décision, et les portes de l'enfer môme ne renverseront pas la Hongrie ! »
— Eljen ICumuiM Eljen a Iluza! (vive Kossuth, vive la patrie), s'écrièrent à la fois l'assemblée et les tribunes, et l'enthousiasme devint si frénétique que le président dut suspendre la séance. Le lendemain les journaux dispersèrent à travers le pays le splendide discours de Kossuth, qui, lu sur les places, dans les rues de toutes les villes et de tous les villages hongrois, souleva d'indicibles élans de patriotisme. Eu ce moment si le brillant orateur avait rompu avec ses collègues, il aurait sans nul doute été acclamé par les populations, enivrées de son éloquence, comme un nouveau tlukut/.ji, et la ualion entière l'aurait suivi, marebaut sur Vieuue.
llatthvany empêcha Kossuth de sortir de la légalité et lui. il eut le tort de laisser l'éminent magnat perdre les plus précieuses semaines à
KOSSI TH '
rechercher l'adhésion du roi aux lois de salut public, votées par la Diète. Dans cette oeuvre absurde du maintien de la légalité, — alors que toute légalité était violée par l’Autriche qui fomentait, soldait, armait les insurgés serbes, roumains, saxons, croates, — Kossuth se compromit en défeudant contre l'opposition avancée des Étals la conduite de scs collègues, n'osant pas exiger le rap|>el des régiments hongrois d'Italie et même voulant promettre un secours à l'empereur d'Autriche, [mur le cas oit le roi de Hongrie laisserait ses (idèles sujets lever les troupes et les forces nécessaires à leur propre défense et de sa propre autorité coopérerait avec eux à l’apaisement des luttes intestines des nationalités. Pendant que le cabinet de Pesth attendait ainsi qu’il plot à l’Autriche île lui permettre de sauver le pays, Radet/ky reprenait Milan et forçait Charles-Albert à signer l'armistice de Salaxco (4-6 août) ; et aussitôt h te roi aimé » refusait nettement de sanctionner les lois qui lui avaient été présentées par « son peuple tidèle. » Ce défi fut jeté le R septembre, dans l'audience qui fut accordée à Schirnbruuu aux 100 délégués de la Diète de Pesth, et deux jours après, le II, Jcllachicli franchit le Ürave, au uom de l'empereur d'Autriche, envahissant le territoire du roi de Hongrie !
A la séance du 1 1 septembre, le président avertit la Diète que le ministère Batthyanv avait donné sa démission et l'invita à pourvoir à la nécessité d'un gouvernement. Des cris de: «Vive Kossuth» éclataient. Le ministre de l'intérieur annonça alors qu'il n'avait pas encore abandonné son portefeuille, ayant jugé nécessaire que, dans une crise aussi grave, un ministre responsable restât au moins en fonctions. Cet acte de patriotisme ayant été fort applaudi, Kossuth déclara qu'il se considérait aussi comme obligé de conserver ses fonctions jusqu'à la nomination de son successeur légal et, retournant à son banc, il s'écria : — «Je reprends ma place, et je voudrais voir celui qui m'en chassera! <■
Il était en effet à craindre que le roi, qui avait accepté la démission de Batthyanv, et qui déjà, dans un mémorandum . protestait contre les réformes de mars, ne vouliM poiul instituer un nouveau ministère, et qu’ainsi la Hongrie, en s'obstinant à rester dans la légalité, demeurât sans gouvernement en présence d'une invasion. L'attitude de Kossuth et de la Diète contraignit le Palatin à charger Battliyany de la composition d'un nouveau ministère, mais à peine celui-ci ertt-il été présenté que le Palatin, qui venait de se faire refuser une entrevue par l'envahisseur Jellachich, crut devoir prendre la fuite. La constitution du nouveau cabinet étant devenue impossible, la cour de
KOSSITH.
Vienne poussant l'illégalité jusqu'à mettre ia Hongrie eu état de siège sous le. commandement du général Lomberg, la Diète, même sans violer la légalité à laquelle elle restait attachée avec une sorte de folie, dut, mais seulement pour «sauver la patrie et ses droits sanctionnés par la loi de 1848.» instituer un comité de défense, — ii septembre, — qui, réorganisé le 8 octobre, sous la présidence de Kossuth, fut dès lors le vrai gouvernement de la Hongrie.
Grâce à sa |Kqmlarité, a son activité, à son génie, Kossuth concentra ilès ce moment presque en lui seul, tous les pouvoirs du comité qu'il présidait, et raconter sa biographie, c’est raconter la Révolution hongroise elle-même. En face de Jellachich, marchant sur Pestli, des Croates, des Serbes, des Saxons, îles Yalaques transylvains, insurgés au nom de l'Empereur, lardent tribun trouve instantanément la puissance de réparer les fautes commises durant tant de mois. A sa voix, les régiments de hussards, encore au service de l’Autriche, accourent former le noyau de la cavalerie de leur pays. La jeunesse, trop longtemps retenue, s'ébranle, et des volontaires qui jurent de servir jim/u'i I lu rirhtire, jusqu A lu mort, sont rangés par milliers dans les bataillons de Houceds (défenseurs de la patrie). Des compagnies d'artillerie et de génie sont improvisées, ainsi que de# manufactures d’armes , de munitions , d'équipements et d'habillements militaires. Bieulét la Hongrie, surprise, sera «le force à lutter contre les vieilles troupes autrichiennes, à les liattre,, à les écraser. Mais déjà, — eu septembre, — avant que l’armée nationale puisse être formée. — on voit Kossuth parcourir tous les grands villages do la Pttszla (steppe), en lancer toutes les populations, jusqu’aux vieillards, contre Jellachich qui, arrêté à Pakozo, s’enfuit honteusement vers Vienne, poursuivi par des paysans à peine armés! Si le magnifique élan . excité par le grand orateur . n’avait pas été encore une fois fatalement entravé par crainte d'enfreindre la légalité, de violer la frontière autrichienne quand les Hahsbourg-Lorrains venaient de faire violer le territoire hongrois, certainement les vainqueurs de Jellachich auraient pu arriver dans les première jours d’octobre sous les mure de Vienne, opérer leur jonction avec les insurgés viennois, et du même coup sauver la Hongrie et l’Autriche démocratique. Par malheur, Kossuth ne triompha des hésitations des timides que le 38 octobre, l'armée hongroise alla se heurter à Schwecliat contre Jellachich, Auereperg et Windischgracts réunis, perdit la bataille et ne put empêcher la mitraille impériale d’écraser les Viennois.
KOSSUTH