‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 8 sur 63 · COBDEN · texte numérisé non relu

COBDEN

nus lin Imurf.' ilu comté de Susses, il Midlmrsl. vivait, dans les premières années de ce siècle . mi pauvre fermier u /tour farmrr » appelé Lolulen . propriétaire «le quelques arpents dont In produit suffisait il pnini' pour «-ni retenir sn rninnii' nf ses deux enfants. On munira encore dans le pays le sentier horde de haies « CaMnïf /«ne » qui rnndnisait n In ferme, hien connue de tout le voisinage par l'excellente hière qu’y faliriÿ ï quait Coliden le faiseur de hière « uiahter VnMen. • (l'était le y^jV- surnom qu’on avait donné dans le pays nu père du fermier dont nous parlons.

*•'' fermier avait deux lils; Richard, le plus jeune, relui dont 1 ' nous avons à nous occuper, était né en 1801. Il aida son père dans ses travaux jusqu'au jour oîi se sentant en lifte île faire son chemin et de soutenir sa famille, il partit pour Londres, où on lui avait fait (dttenir une place de commis dans une maison de commerce. Le travail aride du comptoir occupa les premières années de sa jeunesse. Son zèle et son assiduité le tirent remarquer. On lui confia quelques capitaux à l’aide

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desquels il put, associé mec son frère. fonder ù Manchester une manufacture d'impressions sur tissus de coton, que les deux fil* de CoIhIpii « Co6den's snom » possédaient encore il n'y a pus longtemps.

L'association prospéra dis le début, et les produits de la maison Cobden s mon . » furent hienlftt recherchés et préférés li tous les autres, par les femmes des diverses fiasses de la société. La mode adopta les « Cobden s peints » avec un empressement qui fait honneur au tact des jeunes manufacturiers déjà si habiles à aller au-devant des goûts du publie. En 1834, Richard Cobden, alors âgé de vingt-huit ans, pour étendre les relations commerciales de sa maison, parcourut la Turquie, l'Égypte, la Grèce, l’Amérique du nord et l’Europe. Il vint à Paris en 1837, où il se lit présenter A plusieurs de nos économistes, qui ne virent en lui qu'un négociant instruit, intelligent, quoiqu’un peu paradoxal, comme l’Angleterre en produit tant.

En Fiance, où sur bien des points les inieurs sont encore plus fortes que les lois, apres soixante ans d'égalité civile et politique, nous conservons certains préjugés des anciennes castes. Un négociant , un simple fabricant de toiles peintes ne publierait pas ses opinions sur les relations diplomatiques de son pays avec les puissances étrangères, sans affronter lin peu le ridicule; nous parquons volontiers chaque individu dans sa spécialité, et nous u 'aimons {vas qu'il en sorte. Ce sentiment étroit u'existe pas chez nos voisins, aussi l'Anglais qui voyage porte-t-il sur tous les objets qui l’entourent un coup d'oui libre et investigateur, et croit-il qu’il doit à ses concitoyens le résultat de ses investigations.

C’est cette pensée qui donna lieu de la part de Cobden à la publication de deux brochures intitulées : L'Angleterre, \' Irlande et V Amérique : l'autre : Il imir. Dans la première ou voit poindre déjà l’idée de la future association dont Richard Cobden deviendra l'un des chefs. Partisan convaincu du libreéchange, il se plaint que cetle doctrine ne soit pas suffisamment répandue et développée, et qu'au lieu de tant de sociétés inutiles qu’on voit surgir tous les jours, il ue se fonde pas une société destinée à vulgariser les saines notions de la science sociale , à changer la politique restrictive des gouvernements étrangers, et à soulager la misère du peuple. Cobden voulait qu’ou offrit des prix aux auteurs des meilleurs rasais sur la r/uestnm des céréales , et qu'on cnnliàt à des professeurs [lerturers ) , la mission d'instruire les agriculteurs et de provoquer la discussion sur celte matière importante.

Cobden, qui professe pour la paix un amour peut-être exagéré , au lieu de suivre le mouvement qui excitait l'opinion publique contre la Russie, cherchait

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«laus ta seconde brochure, Hussia , 4 rassurer ses compatriotes contre les prétendus dangers du slavisme, et à combattre la russophobie propagée par M. Urqubart, l'infatigable agitateur anti-Russe. Eu attendant que le parti protectionniste reprochât 4 Cobden de vouloir livrer pieds et poings liés l'Angleterre à la Russie, le fougueux Urqubart accusa le jeune écrivain d'avoir reçu soixante mille roubles de Nicolas. Pour le venger de cette injure, ses concitoyens le nommèrent membre de la chambre de commerce de Manchester. C'est dans cette assemblée que va commencer son illustration.

Nous sommes b la tin de <8.18, on voit déjà s’amonceler à l'horizon les nuages de cotte crise industrielle qui doit durer pendant trois années consécutives , et soumettre l’Angleterre a la plus terrible épreuve qu'un gouvernement et un peuple puissent traverser. Nous n essayerons pas de tracer le tableau de la misère publique, et des excès auxquels clic donna lieu : incendies, épidémies, meurtres, malheureux mourant de faitn sur les trottoirs des villes et dans les fossés des grands chemins, tous ces détails soûlèrent le cœur d'horreur et eu même temps d'indignatiou contre cette législation inique de prohibition imposée 4 l’Angleterre dans cette année 1815, qui vit partout les droits les plus sacrés îles peuples foulés aux pieds et immolés aux privilèges de l’aristocratie. Après avoir soutenu contre la France tant de guerres où ses intérêts seuls étaient en jeu, l’aristocratie anglaise trouva bon de se faire indemniser de ses pertes par le peuple lui-même, et de prélever par au un milliard de francs sur les pauvres.

La taxe sur les céréales, véritable loi de famine, ainsi que la nommo un économiste distingué , aggravait encore la crise industrielle en maintenant la cherté du pain. C'était celte taxo qu'il fallait d'abord briser : Manchester , Birmingham, Wolverhampton, Coventry, Leieester, Nottiugham , Derby organisent des meetings; la chambre de commerce de Manchester se réunit pour délibérer sur uno pétition au Parlement, que Cobdeu est chargé de rédiger, et dans laquelle il demande l ubolitiou immédiate et entière de la loi sur les grains c rom /au/»). Ouvrir une souscription, fonder un journal, nommer des délégués, tout cela ne fut pas long dans un pays où l’on aime 4 passer vite île l'idée au fait, et de la théorie 4 la pratique. : « Formons, s'écria Cobdeu, formons une ligne destinée 4 renverser les iniquités de notre aristocratie féodale, et que les

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châteaux écroulés ilu liliin cl de I Kll» soient pour uns adversaires une révélation du sort <|ui les allcml s'ils pcrsislcnl dans leur lu Ile «mire le peuple. »

L'assemblée éclate en applnmlissenients, et la fameuse ligue est formée.

Si l'on peu! rapporter à l'obden l'honneur de l'avoir fondée, il est juste de dire qu'avant lui des coups terribles avaient été portés à la législation sur les céréales, notamment par le lieutenant-colonel Thompson , ampiel Cuhdcn a rendu maintes fois justice dans les meetings, et dont les ouvrages furent comme un arsenal où les ligueurs puisèrent leurs plus solides arguments. Au sein d'une nation comme l'Angleterre, où toutes les classes sont si éclairées sur hoirs intérêts politiques, une loi semblable à celle des céréales n'avait pu être établie ni durer sans exciter la plus vive opposition. Il fallut, pendant qu'on la volail , entourer d'un cercle de baïonnettes la chambre ries Communes, que le peuple voulait envahir; les députés eurent beaucoup de peines il se dégager des mains rit* la foule, el l'on vil le moment où le feu allait être mis nu palais Saint-James. Cinq ans plus laid , à Manchester, près de eenl mille citoyens, musique eu tête, ries Heurs à leur chapeau, des brandies vertes à la main, se rendaient processiouncllenient nu pacifique meeting où le fntigeux el éloquent lliiul les avait «invoqués pour signer une pétition demandant à la fois In réforme électorale el le rappel des corn /mes. Ail moment où la foule prèle l'oreille la plus attentive ù sou orateur favori, des cavaliers, furieux de vin el de colère, se jetlrul sur les auditeurs, liiuleul aux pieds les femmes et les enfants, et dispersent l'immense meeting il coups de sabre. Les auteurs de relie lèche el sauvage agression étaienl h*s brillants cavaliers de la Irmntmry, les gentilshommes de la contrée.

Vingt ans plus tard, sur ce sol ensanglanté, s'élevait le palais des ligueurs, Fric Irailr Hall, dont la construction , qui revenait à près d'un million, avait été payée au moyen d'une souscription nationale.

La grandeur de Colwlen, c’est d'avoir compris tout de suite qu'il ne s'attaquait pas à une loi. mais au corps le plus puissant qui ait jamais peutêtre existé dans h* inonde, l'aristocratie anglaise, et de n'avoir point rende devant celle lutte.

En 18:t9, déjà lu lialaille commence, la ligue a formé son conseil exécutif; on y trouve les noms du jeune fahriranl d'amidon Wilson, à qui l'Angleterre

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confiera plus Ut ni le soin île rétablir les finances île sou empire de Huile, el qui mourra victime de sou zèle el de sou dévouement au moment de terminer celte grande et laborieuse tâche; du quaker Bright, aussi jeune que lui et destiné â devenir le chef d’un part i imprudent parfois, mais toujours sincère et obéissant à de généreuses inspirations; de Gibson, aujourd'hui l'un des membres importants du Parlement; du colonel Thompson, l’ouvrier de la première heure, de Fox, de Villiers, de Smith, de Paullon , d'Ashworlh , de Prenlice, la rédacteur du Haiiclteslcr-Time». Iliekiu remplit l'office de secrétaire du conseil, Rawsou celui de trésorier; Bickliam et Wulley acceptent la mission de répondre aux Imil ceut mille lettres par un que reçoit le comité; M. Lees se réserve les soins de l'administration. Le cher reconnu de cet état-major est Cobden, qui trouve moyen de se multiplier, d'être partout à la fois, et de vivre à un meeting par jour, dans deux mois, on calcule qu'il assiste à plus du quarante meetings.

Réduits à leurs propres forces, les membres du Comité de la ligue auraient succombé sous leur fardeau. Heureusement le génie du progrès moderne vient leur fournir de puissants auxiliaires. La vapeur permet aux orateurs du libre-échange de se transporter partout avec une rapidité foudroyante ; l'agitation fait vingt lieues par heure. Le soir elle esta Liverpool, le malin à Edimbourg; le chemin de fer là sème sur tous les points du territoire, tlràces à la réforme postale, 1a ligue peut subvenir aux frais de sa prodigieuse correspondance; enliu la Réforme électorale ouvre ii la Réforme commerciale les portes «lu Parlement, el introduit l'agitation dan» le grand foyer politique, au sein même de la chambre des Communes.

Ce graud mouvement qui remue les Tmis-Royaumes, part de Ftee huile Uni/, ce Vatican du libre-échange construit en six semaines à Manchester. Pénétrons un moment dans la ruche, et voyons les ouvriers à l'umvre. Dans la salle du conseil on apporte les lettres, on les ouvre, un les classe; toutes sont lues soigueusemeut , et la réqtousc ne se fait pas attendre; dans l’étage audessous est l'imprimerie; pendant que des centaines d'ouvriers composent les livres, les circulaires, les petits pamphlets (tracts), les instructions de la ligne, les presses les tirent à des milliers et des milliers d'exemplaires. Le libreéchange a recours à tous les moyens de publication, il pénètre dans les familles sous toutes les formes, même sous celle d'abécédaire. Les opérations du pliage, du brochage de. ces innombrables imprimés s'accomplissent dans diverses pièces; voici la salle ou, formés eu ballots entassés, ils attendent lo moment du départ. Tout est public, tout est ouvert au voyageur

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qu'on accueille avec la plus gracieuse hospitalité, et qui truu\era «le charmautes ladies empressées « lui offrir «lu thé ou «les rafraîchissements avant rie quitter Free Iraiie Hall.

Que la présence «les femmes dans un pareil lieu ue fasse point sourire nos compatriotes ; elles u’y suut poiut déplacées. Il s'agit de secourir les pauvres , de vêtir ceux qui ont froid , «le nourrir ceux qui ont faim , d’empêcher les petits enfants de mourir de misère, les jeunes filles «le se prostituer, comment les femmes ne seraient-elles pas libres -échangistes T

Maltresse du sol, du gouvernement, de l'armée, l'aristocratie ue répond d'abord aux attaques de Cohdeii <(uc par le. sarcasme et le dédain; mais peu à lieu l'agitation grandit, le fonds de souscription de la ligue s'élève à 200,000 francs en 1811, il 000,000 francs ou 1814, et il 1 million i'nnnéc suivante; eu 1811 «die atteint lu chiffre de 2 millions. Ku une seule journée la liste ouverto il Manchester dépasse un total de 100.000 francs. L'aristocratie se décide à entrer sérieusement eu lice. Aux misères et aux souffrances du pauvre quelle daigne reconnaître, elle nu trouve, comme toujours, qu'un uuiijue remède, l'uuméue : «Tu meurs de faim chez toi, «lit-elle il l'ouvrier, ch bien, émigre; voici l'argent nécessaire, va-l-cu! Tou enfant succombe à la fatigue, je limiterai les heures de son travail. » L'exil et un réglement administratif, voilà tous les soulagements que l'aristocratie offri 1 au peuple. Nous ue parlons pas des bains, des chauffoirs publics, des lieux du recréation, des écoles. L'aristocratie est riche, elle peut dépenser de l'argent eu établissements de ce genre, mais il ne s’agit plus du vains palliatifs; la philanthropie a fait sou temps; ce qu'on demande c'est la justice. Soulager la misère du peuple ne suffit pas, il faut en supprimer la eause qui est tout entière dans le monopole, et dans la mauvaise répartitiou de la fortune publiipie.

A partir de 1841 la lutte des partis cesse d’être politiipie, pour devenir entièrement économique ; Robert Pecl remplace lord Melbourne. Pendant que le nouveau chef «lu cabinet prépare l'étonnante évolution qui, «lu chef du parti protectionniste doit faire l'agent le plus direct et le plus efficace de la Réforme commerciale, la ligue acquiert do nouvelles forces, ses doctrines font de nouveaux progrès, et ('.ohileu peut s’écrier en s'adressant à la phalange serrée des

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protectionnistes do la Chambre : « Vous êtes forls, \ous avez les élections, dites-vous. mais combien do temps resterez-vous au pouvoir quand ce piédestal qui vous supporte aura été renversé?»

En 1810 Cobden avait reçu le mandat électoral delà ville de Ktorlsporl ; dans la Chambre on comptait quelques lihres-écluiugislus, mais ils u'y formaient point un parti : Cobden résolut de tourner tous les etrorls île la ligue de ce côté, et d'intervenir d'une façon puissante dans les élections. Il fallait s'v préparer par un immense travail d'épuration des listes électorales, entraînant après lui une suite interminable do procès. Ces préliminaires terminés, il s'agissait de trouver un point favorable pour faire brèche à la majorité électorale. Eu examinant avec soin 1a situation , Cobden découvrit un end mit faible par oit il espéra pénétrer dans In place. Il y a deux sortes de députés eu Angleterre : ceux des laturgs et ceux des comtés, line propriété produisant quarante shillings, soit cinquante francs de rente, confère les droits d'électeur de comté eu vertu d'une des clauses les plus anciennes de la loi électorale anglaise, car elle date, «lit— ou. de six cents ans, et counue sous le nom de Cluti .«■ C/uiiu/o*. Décider les ouvriers à consacrer leurs économies n l'acquisition de ces propriétés, dont le prix ne dépassait pas mille francs, c’était créer autant d'électeurs au profit du libre-échange. Les élections devaient avoir lieu dans quelques mois ; il u'y avait pas un instant il perdre pour populariser celte idée, et en faire comprendre les avantages. On vit alors Cobden passer d'un conitéù nu autre, prêcher de ville en ville l'achat des free-lwhler, infatigable au travail, inépuisable en arguments, variant sa thèse selon les personnes et les lieux, agilaut si bien, qu'au bout de (rois mois . dans (rois comtés seulement , plus de cinq mille voles nouveaux étaient acquis aux candidats du libre-échange.

Les élections arrivent, lu parti protectionniste est vaiucu it Londres dans la personne de Haring que la Cité abandonne pour Pâtisson.

La souscription annuelle de la ligne s’élève à six millions et demi.

L’exposition de Covent-Uarden produit plus de six cent mille francs.

Le Times n'hésite plus, et jette les corn /uns a l'eau, tombe sur la protection, sur les protectionnistes, sur le /nml/ort/isme. et crie il lue-tète : vive Cobden!

I.'ue défection bien plus importante ne devait pus larder h perler le dernier coup il l'aristocratie territoriale.

C’est vers relie époque que Cobden et Urigtlt soutinrent contre O Drieu et Regus O’Counor, les deux chefs du parti charlisle, une grande discussion en présence de plus de dix mille individus, limuicicrs, négociants, manufacturiers

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et ouvriers. Les débats terminés , le meeting cul à se prononcer sur lieux propositions : ia première de Cobden ainsi conçue : « Le système protecteur est iujuste et doit être abrogé sans délai; » la seconde d'O'Counnr: « Toute réforme commerciale doit-ètre abrogée jusqu'à ce que la charte du peuple ait remplacé la vieille constitution. ■> l.a proposition de Lobden fut adoptée. Quelque temps auparavant CoIhIcii avait reçu des travailleurs de Leicester une adresse de félicitation; fort de l'appui et de de la sympathie de plus en plus marqués des classes ouvrières, Cobden reprit avec plus d'ardeur et découragé sa lutte contre les classes privilégiées. J’ai combattu les laudlords, s'écriait-il fièrement il Londres dans un meeting, jusque clans leurs places fortes, dans les comtés de Norfolk, de Hertford, de Sommerset; li semaine prochaine j'irai dans le lluckinghamsbire; la semaine d'après h Itorehesler, et le samedi suivant dans le Lincoln. Je dis publiquement aux laudlords où je vais, et ils n'osent pas venir m'y regarder en face. »

Iji triste mais puissant auxiliaire vint eu aideaux réformateurs; la crainte de la disette. Très-peu de blé en Angleterre, point de pommes de terre en Irlande. Entre les souffrances du peuple et les privilèges de l'aristocratie, il fallait prendre un parti décisif. Robert Peel n'bésila pas, et proposa le plan fiuancier qui ruiuait les dernières espérances du parti protectionniste.

Dans celte session de I8il>, une des plus mémorables sans contredit de l'histoire parlementaire de la tirande-Bretagnr, l'aristocratie vaincue n’eut plus recours aux arguments ; il ne lui restait plus qu'une arme, le sarcasme, et M. Disraéli s’en servit non point contre Cobdeu mais contre l'homme d'Klut dont le crime était de notre pas nsser aveugle pour aller jusqu'au bout du fossé, et pour préférer uue retraite honorable à une culbute dans la révolution. Ces sarcasmes n'accusaient que mieux l'impuissance du parti conservateur, car s'il est toujours lion d'avoir de l'esprit, il est des cas où il faut aussi avoir autre chose. Robert Peel supporta librement ees railleries; il dut cependant lui en coûter île rompre avec les idées et les hommes de sa jeunesse, pour défendre des idées nouvelles, el pour s allier à des hommes nouveaux; aussi ce ne fui pas sans un cerlaiu frémissement daus la Chambre el sans une émotion visible dans sa voix, qu'on l'entendit accoler ces mots : « Mou honorable ami » au nom

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deCobden qu'il s'était conteutéjusqu’alors d’appeler d'un ton froid : « l'honorable député de Stockpurt ■>; l'alliance était donc cimentée entre la ligue et le ministère; il restait au parti tory une revanche à prendre de su défaite: il la prit en renversant Robert Peel, quoiqu’il silt parfaitement d’avance qu’il lie parviendrait pas à le remplacer. Lord John Russell tenta de former un cabinet, et il s'aperçut bientôt qu'il ferait sagement de renoncer h celte làcbe. Robert Peel reprit donc su démission, et dans lu séance du 22 janvier il développa le fameux plan de réforme qui donnait raison à toutes les idées, et satisfaction à tous les vrrux de Cohdeii et de ses amis.

Ce jour-là, irons devons le dire, ce lie fut [tas seulement une réforme qui s’opéra en Angleterre, niais une révolution. C’est rie ce moment que date l'avénemcnt des classes moyenues au gouvernement, que l'aristocratie a reçu uu coup dont elle ne se relèvera pas, et que les mots rie vviglis et de torts n 'ont plus rappelé que des souvenirs historiques. Il s'est formé en Angleterre un parti ancien et nouveau à la fois qui ne fait encore qu’exercer son iulluence sur les affaires, mais qui ne lardera pas à en avoir la direction ; ce parti s'est réjoui de l'indépendance de l’Amérique, et s’est opposé en 1792 à la guerre avec la France; par le reuversemeut des tons il a rompu la coalition qu’ils essayaient de former contre nous. Dans le présent, il a obtenu la réforme électorale, l’émancipation des catholiques, l'abolition des rom latin; dans l’avenir, il obtiendra l'abolition des substitutions et détruira le dernier privilège de l’aristocratie. C'est avec ce parti, de jour en jour plus nombreux et plus puissant, que la démocratie française est appelée à contracter une alliance intime qui sera le salut et la force delà civilisation, noii-seulemeiit eu Europe, mais dans l’univers entier. Héritière directe des traditions politiques de l’aristocratie romaine, l’aristocratie britannique n’a fondé sa grandeur que sur l’injustice et l'oppression. Ecraser pour gouverner, telle était sa devise. Souffrir une puissance égale à la sienne dans le monde, lui semblait déchoir. Cette grandeur factice, la nation a refusé de la payer plus longtemps au prix de son sang, de scs misères, tic ses privations. Le peuple anglais a rompu avec sou aristocratie , et c'est surtout pour avoir réclamé et fait prononcer ce divorce que le nom de Cobdeu restera grand dans l'histoire.

Au moment de quitter le pouvoir, et cette fois [tour ne plus lit reprendre. Robert Peel déclara solennellement devant la chambre des Communes qu’à Cobdcn revenait la plus grande [tari d'honneur dans le grand combat qu'on venait de livrer au monopole. C'est uu éloge auquel Cobdcn se montra sensible, et qu’il méritait. Cobden, depuis huit ans, était sur la brèche; il était temps

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pour lui tlo se reposer un peu sur ses lauriers. Dans un dernier meeting lus résolutions suivantes furent proposées et adoptées :

I* Un acte du parlement ayant almli la loi des céréales, à partir de Février 1839, les opérations de fmli-rtini law-leiigue sont suspendues. Le conseil exécutif do Manchester est prié de dure les affaires de cette ligue.

2* Après le premier versement, les souscripteurs du fonds de <50,000 livres (six millions) seront dégagés de toute obligation ultérieure.

3* Dans le cas où le parti protectionniste demanderait le rappel de cette loi, les membres du conseil exécutif sont chargés de convoquer cette ligue.

Une telle demande n 'était guère à craindre, et Cobdeu put avec vérité s'écrier au milieu de l'enthousiasme général : « Je crois que notre cause ne court plus aucun danger, et qu'il sursit désormais plus facile d'abolir la grande charte, do supprimer l'institution du jury, de déchirer le bill de réforme, que d’inscrire de nouveau les druits prohibitifs sur les codes île la nation. »

Hésumons en quelques mots les travaux accomplis par la ligue sous l imputsiun de Cubdcn.

Pendant une seule année le nombre lotal des brochures et adresses publiées pur la ligue s’est élevé à 9,020,000, pesant <00,000 kilogrammes; quatorze propagateurs parcoururent 50 comtés, et firent plus de 050 cours; en trois mois, vers la lin de 1814, la ligue acheta pour <50,000 livres, soit 0,250,000 fr. Aafree-hohlei'i eu 1815, le fonds de souscription à la ligue était de K, 500, 000 fr. De grandes expositions, jusqu'alors inconnues en Angleterre, furent ouvertes it Manchester et à Londres, et produisirent des sommes considérables.

La création d'une pareille machine de propagande fait honneur nuuseulemeut aux hommes qui font conçue et exécutée, mais encore au pays dans lequel elle a fuuctiuuué, el uu des membres principaux de la ligue a eu raison, à Londres, en plein meeting, do prononcer ces paroles : « A l'avenir, quand les hommes voudront savoir s'il est possible de détruire un alms protégé par la puissance el défendu par la richesse, par le rang, par la corruption; quand ils se demanderont s'il y a quelque espoir île détruire uu pareil abus à force de dévouemeut el de persévérance, ou leur montrera les pages qui contiendront l’histoire de la ligue contre la loi sur les grains. »

Qu’esl-ce que l’homme qui a osé croire ii la possibilité de ce succès, et

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<|iii » le plus fait pour le rendre certain? Un simple imprimeur sur calicot. Pcudaut huit ans Cobdeu sacrifie suu temps, sa santé, sa fortune à une entreprise dont il ne doit retirer aucun avantage personnel. Pendant qu'il parcourt l'Angleterre du sud au nord, de l'est à l'ouest, semant partout le grain de sa parole, les toiles peintes de la maison Cobdms suons reçoivent sans doute plus d'un échec sur le marché; on sait quel soin, quelle activité, quelle vigilance de tous les instants sont nécessaires pour maintenir In priorité sur tous les autres articles du même genre à un produit industriel •loul ,1e succès dépend entièrement des caprices de la mode, (àilideu ne pouvait diriger en même temps la ligue et sa fabrique, et cumuler lu profession de manu facturier avec celle de tribun. Ile tribun, du reste, ue se contente pas do payer de la parole, il paye également de la bourse. Ou le voit s'inscrire, pour 300 livres (12,000 francs i sur la dernière listu de souscription ouverte par la ligue ; aussi quand le Fr ce Initie triomphe est-il complètement ruiné. Heureusement llohden a-t-il airaire à une nation généreuse et qui sait récompenser elle-même et sans attendre l'initiative du gouvernement les gens qui se dévoilent A l'intérêt publie. Le peuple anglais peusu qu’après avoir travaillé comme il l'avait fait, llohden devait Rvoir besoin de repos, et une souscription ouverte pour lui assurer ce repos légitime s'éleva, eu quelques mois, au chiffre de deux millions.

Jamais rémunération ne fut plus glorieuse et en même temps mieux méritée. Ou dit que des revers commerciaux lui eu oui enlevé la plus forte partie, et que dernièrement les négociants de Manchester ont été obligés de faire antre eux un fonds de souscription pour venir eu aide au héros de la ligue.

C'est en 18411 que la ligne s'ajouma. On calcule que llobden, dans l'espace de quelques années, avait assisté A plus de douze cents meetings. Le lutteur avait besoin d'un repos qu'il demanda au eiol de l'Italie : il traversa la capitale de la France pour se rendre A Naples, et le IB amU I8i(i, la Société des Économistes de Paris lui olfrit un banquet. Députés, pairs de Fraucc, industriels, savants, journalistes, plus de cent personnes assistaient à cette réunion d'élite. Ceux qui ont euteudn üohden A cette époque gardent encore la très-vive impression que leur fit éprouver le discours prononcé à cette occasion par l'orateur du Frre initie, discours original, imprévu, d’une saveur toute particulière par les sentiments si français qu’il exprimait dans un accent étranger, accent qui, eu donnant encore plus do couleur et de pittoresque aux paroles de l'orateur, semblait en augmenter 1a sincérité.

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