I.AMIHAI.ni
que leur chef, penché sur une carte (l'Italie, y cherche avidement le chemin qui peut le conduire à Venise. Un aide de camp de Goraowscky apporte la capitulation suivante :
« 1“ Les légionnaires rentreront librement chez eux. après avoir déposé leurs » armes dans les mains des magistrats de Saint-Marin;
» Gariltaldi recevra un passeport autrichien, à la condition de s’embarquer » dans le plus bref délai pour l'Amérique, dans un port de la Méditerranée. »
Réveillés par un roulement de tambour, les légionnaires se rassemblent sur la place de Saint-Marin, où, à la lueur des torches, ils entendent la lecture de cette capitulation . que la majorité repousse avec indignation. >< De nouvelles souffrances attendent ceux qui partent . dit fiarihaldi ù ses » soldats, sinon l'exil ou la mort! mais du moins ils u auront pas transigé
» avec l'ennemi! » Quant à lui son plan est arrêté; il consiste h gagner par
des chemins de traverse le port le plus voisin de l’Adriatique, et il s'y embarquer pour Venise; il prévient ses aides de camp, fait tout préparer pour son départ, et, précédé de trois guides, il quitte Saint-Marin. Les légionnaires restés lidèles ù sa fortune sont au nombre de deux cents.
Deux heures plus tard , (ïor/ovvscky apprenait en frémissant que sa proie
venait de lui échapper. Essayant de la ressaisir par la menace et par la terreur, il lançait une proclamation sauvage dans laquelle on promettait « la » fusillade à quiconque fournirait du pain, de l'eau ou du feu à Garibaldi >> et ù sa bande de brigands. » La proclamation contenait son signalement et celui de sa femme enceinte de six mois.
Un moulent le général mitrichieu crut tenir les fugitifs; ses soldats n 'étaient plus qu'à quelques lieues de Cesenatico. où ils pensaient les surprendre; mais lorsqu’ils arrivèrent dans ee petit port . Garibaldi et les siens venaient de s'embarquer depuis mie heure, montés sur treize barques de pêcheurs. Dans la liarqtic de Qaribaldi sc trouvaient, outre sa femme, le |tère Bassi et Cicerovacchio, tous joyeux du vent frais qui poussait la flottille vers le seul eudroit de l'Italie où lloltaicnt encore les trois couleurs nationales. Soudain on signale un brick autrichien, puis deux autres bétiments de guerre de la même nation. Garibaldi, guidé par son excellent coup d'a’il de marin, voit entre ces navires un passage qu'il est possible de frauchir en essuyant quelques bordées; mais les pêcheurs tiennent à leurs barques, ils craignent qu’on ne leur en rembourse pas la valeur, et ils se refusent à In inaiiir livre. Au lieu d'atteindre le cap Maestra, ou il lui eût été facile de rejoindre la croisière vénitienne, il est obligé d’alioi'der lu plage de Mcsola. après avoir jierdii huit de ses barques tombées au puu-
GAIIIIULDI.
voir du capitaine dalmate Capmovich, commandant le brick autrichien VOrenle.
(iarihaldi, sa femme. le pi>re Basai, Cicerovacchio et les quelque* légionnaires débarqués avec eux , comprirent que désormais ils ne pouvaient plus rien les uus pour les autres, et qu'il ne leur restait qu'à se séparer pour chercher leur salut chacun de leur côté. Ils s'embrassèrent, et (iarihaldi, avec sa femme et un seul de ses officiers, se dirigea sur Ravenne.
Quelques Garibaldiens avaient essayé de traverser la Toscane pour se rendre en Piémont; les Autrichiens leur donnèrent la chasse, et les tuèrent comme des lié tes fauves dans les laiis.
Montée sur un petit cheval plein de fougue et d’ardeur, une femme n'avait pas cessé de marcher à côté de (iarihaldi. Jamais on ne la vit reculer, et dans les moments les plus difficiles elle donnait l'exemple aux soldats; au milieu de la bataille, ses joues ne pâlissaient que si quelque danger mena(;ait le généra). Aujourd'hui ses beaux traits sont tlétris par la fatigue et par la douleur. Sa télé languissante repose sur le sein de son mari, pendant que son corps est étendu sur un peu de paille dans une chaumière. Voilà trois jours qu elle erre tantôt dans les bois, tantôt sur le sable sous les rayons d'un soleil d'août, dans mi pays désert et sauvage où elle ne peut trouver ni méderiu ni remède pour la soulager. A défaut de remèdes, si du moins elle avait quelques heures de repos ! mais ou vient annoncer à (iarihaldi qu’un parti d'Autrichiens rôde dans les environs. Il faut fuir, emporter la malade dans une charrette. Vers le soir les fugitifs sont parvenus à atteindre, près de Ravenne, une maison de campagne appartenant au marquis Guiceioli. On entre chez les paysans, la malade est couchée sur un grabat, le général va sortir pour voir dans les environs s'il trouvera des secours, sa femme mourante lui fait signe de rester, le regarde d'un air plein de tendresse, et expire en lui serrant la main.
Ce fut Garihaldi lui-mème, aidé du dernier compagnon qui lui restait, qui confia à la terre la dépouille mortelle de cette Anita qui, depuis le jour où il l'avait épousée en Amérique, était restée sans cesse à ses côtés, associée à tous ses dangers, à toutes scs douleurs, comme elle sera désormais associée à sa gloire.
Quelques jours auparavant un conseil de guerre Autrichien s'était réuni à Bologne. Un moine, entre deux sbires, figurait sur le banc des accusés. Quand le président lui demanda sou nom, il répondit qu'il s'appelait Ugo Bassi. Il fut comdiuimé à mort séance tenante, et fusillé le lendemain. Bassi était né à Bologne.
Scs compatriotes se souviennent encore de ce jour de deuil où le martyr tomba sous les halles autrichiennes.
Quant à Cicerovacchio nul ne sait comment il a péri.
Dix ans se sont écoulés depuis cette époque ; de meilleurs jours semblent luire pour l'Italie. Garibaldi a repris les armes, l'élite de la jeunesse s'est groupée autour de lui ; il commande une armée divisée eu trois corps ; le premier est placé sous les ordres du colonel Medici ; le second sous les ordres du colonel Go/.ens ; le colonel Arduino est à la tête du troisième. Officier d'artillerie dans l’armée napolitaine, Gozens prit une part active à la défense de Venise. Le chef d'étatmajor Clément Corti a longtemps vécu en Angleterre. Les deux aides de camp de Garibaldi sont d'anciens rompagunus de ses guerres d'Amérique, et ne l'ont jamais quitté.
Tous les soldats adorent leur chef quoiqu'il si* communique peu. et qu'il parle assez rarement. Des qu'ils l'a|>en;oivrnt, ils regardent sa casquette : si elle est posée en arrière, c'est un signe qu'il est content; si au contraire elle cache son front, et si la visière est ramenée sur son nez, la situation est grave; les soldats s'attendent il quelque chose de sérieux et apprêtent leurs amies. Les deux signes ne manquent jamais leur effet. Le jour où il fil sou entrée à Bcrgume, lu casquette de Garibaldi était plus eu arrière que jamais. On venait d'apprendre par dépêche électrique l'arrivée d'un corps de quiuze. cents impériaux qu'on dirigeait sur Uergame, où l'état-major autrichien ignorait que les Garibaldiens fussent entrés. Quel inaguitique coup de lilel ! Les soldats s'embusquent autour de l'embarcadère ; l’électricité annonce que l'ennemi u est plfts qu'à l’avant-dernière station ; le cœur liât à chacun d'impatience et de joie ; les minutes succèdent aux minutes; une heure s'écoule, rien ne parait. Les Autrichiens étaient revenus sur leurs pas à toute vapeur, avertis sans doute par quelques traînards qu'on trouva le lendemain dans les blés où ils se cachaient. Changement subit de position delà casquette do Garibaldi. Les soldais restèrent au moins vingt-quatre heures sans apercevoir le bout de son nez.
Garibaldi exerce uu tel prestige qu'on l'a vu. pendant un combat, envoyer au feu des bourgeois auxquels il remettait le fusil de ses soldats blessés, et qui, sous les yeux du général, s'en servaient courageusement. Toujours entre les deux ligues de tirailleurs, c'est merveille qu'il n'ait pas été atteint. Il y a des gens qui le croieut à l'épreuve de la balle; ce qui est certain, c'est que sa présence suffit
l.AUlll.U.lil.
pour enflammer le soldat et lui Taire oublier tout danger. On n'eu finirait pas si ou voulait raconter tous les traits d'héroïsme de celle valeureuse et petite armée que Garibaldi commande, ses marches Tabuleuses, ses surprises, sis combats. A Laveno. par exemple, les Garibaldiens arrachèrent aux soldats Autrichiens leurs armes à travers les meurtrières des remparts. A son entrée en campagne, Garibaldi désirait beaucoup avoir des canons ; comme le miuistère de la guerre lui Taisait attendre ceux qu’il lui avait promis, il en prit quatre aux Autrichiens; quelque temps après, il demandait à les échanger eonlre des carabines .Minié. Les quatre canons, pendant la moitié de la guerre, restèrent aux liagages. Aux yeux de Garibaldi et de ses soldats, la meilleure de toutes les armes, c’est la baïonnette. Les tirailleurs de l'année étaient, pour la plupart, très-lins tireurs ; parmi eux on remarquait un Anglais d une cinquantaine d'années qui. armé d'une carabine Lancaslre d'une admirable précision el d'une lorgnette excellente, semblait Taire la chasse aux Autrichiens ; homme vins*, homme aliallu. On demandait un jour à cet amateur si c'était pour Tonder l’indépendance italienne ou pour chasser qu’il s'élait joint aux volontaires : «J'aime infiniment l'indépendance italienne, répon- » dit-il avec sang-froid, mais je ne déleste pas non plus lâchasse.»
Le Milanais semble disposé foui expiés pour la guerre de partisans. Le oMé nord de Milan est fermé |iar des eolliues qui forment comme le premier degré de l’immense amphithéâtre de montagnes qui s'élève au nord de l'Italie. Parsemées de villas, de jardins, de bois, eoupées par des fleuves, des rivières, des ruisseaux, des lacs de toutes les dimensions, ces collines, depuis Milan jusqu'à la Valtelinc, olTreut le plus admirable champ d'opérations qu'un chef de partisans intelligent el audacieux puisse souhaiter. Garibaldi ne se trompa poiut eu le choisissant, et en prenant Yarèse comme point de départ de ses opérations. De là eu effet, il menaçait l’ennemi, tendait la main à l'insurrection milanaise, et tenait dans un état de fermentation perpétuelle le Comasque et la Valleline. Outre les avantages dont nous venons de parler, l’occupation de Varèso lui permettait encore d'interrompre les communications entre l’armée autrichienne et le Voralberg par la chaussée de Sondrio et du Splugen ; maître de celle v allié, il pouvait la remouter, passer dans la vallée de l'Adige, et de là, inquiéter celte communication principale des grandes places fortes de l'Autriche avec le Tyrol.
D'autres raconteront la retraite de Sesto-Calcndc, la prise de Corne , le combat de Camerlatu. où, loin de leur poiut de départ, attaqués pur des forces trois
fois plus nombreuses , s'attendant à chaque instant à voir paraître sur leurs derrières un corps ennemi qui pouvait leur couper la retraite, les chasseurs des Alpes combattirent avec le plus admirable courage. Combien d'autres glorieux faits d'armes pourraient encore être ajoutés à eeux-ci. Nous n’avons pas la prétention d écrire l'histoire complète de (iaribaldi, mais de la résumer en donnant le portrait de cet homme extraordinaire. Un officier français qui suivait de très-près ses opérations en Italie, s’exprime ainsi sur son compte : « Les « personnes qui ne connaissent (vas (iaribaldi. ne peuvent que très-difficilement « s’en faire une idée, (iaribaldi n’est ni grossier ni bavard. II a la voix mâle mais » douce , le regard rêveur et fier , une taille movenne. assez forte, mais pas trop » carrée, une grande barbe et des cheveux grisonnants assez longs, qui lui don- « nent un air qui n’est rien moins que farouche. Il a l’esprit aussi entreprenant « que prudent, plus prudent même qu'entreprenant. Le rôle qu'il joue exige une » grande audace, mais ce n'est en lui ni instinct ni passion, mais seulement '< réflexion. II comprend la nécessité de s'aventurer, mais il a soin de se ménager n nue multitude de ressources. Aussi, tandis qu’il semblait se jeter tète baissée au « milieu des Autrichiens, il savait choisir un point si favorable, y mameuvrer avec o tant de prudence qu'après avoir pénétré jusqu’à Côrne , il put se retirer jus- » qu'aux Ivords du lac Majeur sans être entamé , sans essuyer do pertes graves ; au n moment où on le nuit vaincu, il songe à reprendre l'offensive et ses « plus hardis coups do main sont tentés alors qu’on le suppose sur le point de « tomber au pouvoir de l'ennemi. »
Nous voici à la nuit du 5 au 0 mai 1860; la route qui conduit do Gênes au village de Cornegliano est encombrée de voitures dans lesquelles on distingue vaguement à la lueur des réverbères des hommes dont quelques-uns paraissent étrangement équipés. Les piétons regardent, et sans rien dire semblent très-bien savoir ce dont il s’agit. La petite place et les cafés qui l'enlmirent regorgent de monde. La foule moule en file une nielle étroite sur laquelle s’ouvre une porte grillée; elle entre dans des allées dont le seul éclairage consiste en des centaines de cigares allumés. Des étincelles courent le long des haies. On se presse, ou s’appelle, les uns sont couchés sur l'herbe, les autres debout; des groupes se forment et se dispersent. On entend parler italien, anglais, français, hongrois. Des courants inexplicables s'établissent dans la foule, et vous portent tantôt d’un côté, tantôt île l'autre dans ces vastes jardins au fond desquels on apeiroit va-
(.AniiiM.ni.
guemenl une magnifique habitation entièrement plongéedans l’ombre. Qu’atleudon ? on ne voit aucun chef. Des femmes se mêlent aux groupes ou s’écartent par couples. Elles ne pleurent pas et no cherchent pas à retenir ceux qu'elles aiment. La grille s’ouvre, tous courent vers des feux qui brillent sur la mer. Ce sont des barques qui s'avancent, et qui bientôt touchent il la rive; ou s’y précipite pêlemêle de tous côtés, cinquante environ dans chacune, et bientôt elles s’éloignent du bord aux cris mille fois répétés de : Vire t Unité Italienne ! Vire Garibali/i!
Où vont tous ces volontaires? Ils l'ignorent, seulement ils saveut que Guribaldi est avec eux, et cela leur suffit. Le navire vogue depuis deux jours ; c'est alors seulement qu'ils apprennent leur destination et qu’ils lisent au milieu des cris d'enthousiasme ces mots de leur chef: « La mission de ce corps, sera, comme » elle le fut déjà, basée sur l’abnégation la plus complète, en vue de la régéné- » ration de la patrie. Les braves chasseurs servirent et serviront leur pays avec » la discipline et le dévouement des meilleurs corps militaires, sans autre espéo rance, sans autre prétention que celle d'une conscience sans tache.
» Aucun grade, aucun honneur, aucune récompense n'attirèrent ces braves ; » le danger disparu, ils rentrèrent dans la modestie de la vie privée ; mais l'heure » du combat sonnant, l'Italie les revoit encore en première ligne, allègres, pleins
» de bonne volonté, et prêts à verser leur sang pour elle »
Le 1 1 mai, l'expédition composée de deux navires à vapeur : le Piemonte et le Ijmibardo se trouvait en face de la Sicile. Il n’entre pas dans notre cadre de raconter dans toutes ses péripéties le miraculeux débarquement de Marsala. La nouvelle s’en répand avec la rapidité de l’éclair dans les environs, et de là dans toute l'tle. A peine débarqué Garibaldi se met en marche sur Salerai; les paysans, les pâtres vêtus de peaux de chèvres, les femmes aux grandes robes rouges viennent de tous côtés pour le saluer ; les prêtres eux-mêmes se mettent A la tête des populations, et pour remercier le clergé, Garibaldi adresse un manifeste aux bnm prftres : «Quoi qu'il en soit, quoi qu’il advienne des destinées » de l'Italie, ce clergé qui fait cause commune avec les oppresseurs de tous les » pays, ce clergé qui achète des soldais étrangers pour combattre ses frères » italiens, s’est voué lui-même A l’exécration des générations futures.
» C'est une grande consolation pourtant et une promesse que la vraie reli— » gion du Christ ne sera pas perdue, que de voir en Sicile les prêtres marcher à » la tête du peuple pour combattre la tyrannie.
» llgo Bassi ! Yérita! Gusmarolli ! Bianchi ! vous n'ètes pas morts tout entiers. » Chers martyre ! Champions sacrés de la cause nationale, le jour oh votre exemple « sera suivi, l’étranger aura cessé de fouler notre terre, il aura cessé d’être le
» malin' do nos fils, de nos femmes, de noire patrimoine, et de nous-mêmes!
Le 1 5 mai an malin l'armée libératrice quittait les maisons sarrazines de Salctni pour prendre le chemin de Calatafimi. C’était lit qu’on devait rencontrer la première colonne napolitaine commandée par le général Landi , qui s’était fortifié sur des hauteurs très-propres à la défense et garnies d’une nombreuse artillerie. On sait comment ces positions furent enlevées par les volontaires qui se Imitaient un contre dix. Leur récompense est dans ces remerciements de leur général : » Avec des compagnons comme vous, je puis tout tenter, et je vous l'ai prouvé » hier en vous conduisant à une entreprise bien ardue, vu le nombre des enueniis, » et leurs fortes positions. Je comptais sur vos terribles baïonnettes • et vous » voyez que je ne me suis pas trompé.
» Déplorant la dure nécessité de combattre des soldats italiens, nous devons » confesser que nous avons trouvé une résistance digne d’hommes attachés à une » meilleure cause, et cela prouve ce que nous serons capables de faire , le jour >• où la famille italienne sera tout entière réunie autour de la bannière de la » rédemptinu.
» Demain, le continent italien se mettra en fête pour la victoire de ses frères h libres et de nos braves Siciliens, la" combat nous coûte la vie de frères chéris h morts aux premiers rangs; ces martyrs de la sainte cause de l’Italie vivront « dans les fastes de la gloire italienne.
» Je signalerai à votre pays le nom des braves qui ont si valeureusement con- » Huit au combat les soldats plus jeunes et inexpérimentés, et qui mèneront » demain à la victoire, dans un meilleur champ de bataille, les soldats destinés » à rompre les derniers anneaux des chaînes dans lesquelles fut garrottée notre » Italie bien-aimée. »
Sur les hauteurs de tiibilrossa, d'où l’a>il embrasse le vaste horizon qui s'étend jusqu'à Palerme, deux hommes sont debout ; l’un d'eux interroge le ciel, et au bout de quelques minutes, il montre d’un air joyeux à son compagnon une étoile qui vieut de se lever. C'est l'étoile de (îaribaldi, celle qu’il regardait au milieu dps pampas de l'Amérique, sur Ira cimes des Apennins, sur la plage de l'Adriatique, où il vit tomber Anita. Celte fois de gros nuages noirs voilaient l'astre protecteur. Aujourd'hui il brille de tous ses rayons et présage la victoire au chef audacieux.
u.vmn.vt.m.
En effet, le lendemain matin Garihaldi , tmmpnnl l’ennemi, se présente aux portes de Palernie, culbute les avant-postes napolitains, et les poursuit la baïonnette dans les reins jusque dans les nies de cette ville, dont ce hardi coup de main le rend maître. Quelques jours après cette troisième victoire le fort de Melazzo et la citadelle de Messine se rendent , Garihaldi est mattre du détroit; encore quelques jours, et il entrera h Naples. C’est Ut qu’il convient que nous nous arrêtions sur le seuil, pour ainsi dire, d’un nouveau drame.
Né en 1807, Garihaldi a aujourd’hui cinquante-trois ans. C’est l’homme qui possède en ce moment la plus grande et la plus incontestable popularité. Ses cheveux et sa barbe sont fauves, le ne/, un peu court et large, le front bien développé; sous sa profonde arcade sourciliière luit un regard clair, doux et presque tendre, que l’on sent pourtant devoir être terrible aux heures de l'action; sa taille est assez élevée quoique le vigoureux développement des épaules la fasse paraître moyenne; sa physionomie rappelle un lion au repos; tel est l’homme sur la tète duquel reposent eu ce moment les destinées de l’Italie. A la douceur sympathique du regard se joint chez lui le charme non moins grand du sourire ; on sent en causant avec lui qu’il est simple et bon , deux qualités précieuses et fort rares ; il fuit la pompe et l’appareil ; ses manières sont si peu théâtrales qu’on l’a vu sur le navire qui le portait vers Naples, attacher lui-méme la tente destinée à abriter la dunette des rayons du soleil, et suivre la nuit, pour passer à l’avant, l’étroit sentier des bastingages pour ne pas réveiller les soldats endormis sur le pont.
1 1 y a deux grands moyeus pour exercer une profonde inlluence, sur les hommes : la puissance ou la bonté. Garihaldi n’a ni titres, ni décorations, ni largesses à distribuer à ses soldats ; il ne leur promet au contraire que des peines, des souffrances. des privations qu’il partage avec eux ; il n’a pas d’autre costume que leur chemise rouge, il u’a pas d’autre habitation que leur tente, il se contente de leur nourriture ; c’est un volontaire et rien de plus ; il ne combat ni pour le pouvoir, ni pour la gloire.-ui pour la conquête, mais pourl'accomplissement d’une mission : la libération et la régénération de l’Italie. Depuis la fin du moyen âge on n'avait plus vu surgir de ces grandes popularités où s’incarnent tous les instincts d’une nation ; on les croyait même devenues impossibles.
On s’est demandé quelquefois si Garihaldi avait vraiment le génie militaire. Nous ignorons ce que peuvent en penser les pédants de l’art de la guerre, mais si
i:a mi RAi.m.
celui qui crée une année nombreuse, sobre, infatigable, dévouée, qui marche fi • son but pur les moyens les plus rapides et qui l’atteint n’est pas un grand général,
nous avouons ne pas comprendre en quoi consiste ce titre.
Jusqu'ici, du reste, le libérateur n’a manqué ni de génie militaire, ni de génie politique; il a prouvé qu’il savait agir et parler. Dans tout ce qu’il Tait, dans tout ce qu’il écrit, dans ses actes, comme dans ses paroles, on voit un air de poésie et de grandeur qui est le cachet des natures privilégiées, Nous avons cité quelquesuns de ses ordres du jour pour montrer l’éloquence de son style. Cette éloquence coule du cœur. Chez lui, tout sort de là. Les hommes oubliaient depuis trop longtemps que c’est dans le cœur qu'est la force véritable. Caribaldi vient le leur rappeler dans un moment opportun. Nous 11e sommes que trop disposés à croire à l'babilcté et à l'admirer. Il est temps que le dévouement vienne lui faire concurreuce et prouver que rien de véritablement grand dans le monde ne s’accomplit sans lui.
r»p Er»oi M*»er, k Fan*.