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Les célébrités du jour

i nous |)(ni\ions diililicr un iuslaiil (jnc l;i cmirluisie ol la iikicléraliuu <lii langage, la pins sévère imparlialité, sont de devdii' strict ponr l'écrivain ((ni se respecte, nous nous le rappellerions en prenant la plume pour écrire la biographie de Pie IX au milieu des circonstance difficiles oii la Papauté est placée. Os circonstances ont été provoquées, il est vrai, par ceux-là même li en souffrent le plus aujourd'hui; Pie IX a été entraîné, plus lil ne l'aurait voulu peut-être, dans une voie fatale, dans un système de résistances opiniâtres et aveugles; la cour de Rome enfin recueille aujourd'hui ce ([ii'elle a semé, mais ce n'est pas une raison onr <[ut' nous nous laissions, à noire tour, enli'ainei' ])ar une passion (|ue nous voulons conleiiir au conliairc Nous parlerons du Pape actuel comme si, d("puis longtemps, la mort avait livré son nom à l'histoire, comme si les didiats ardents, les irritations que le clergé entrelient et envenime avec plus de zèle ((ue rie pru<lence. étaient déjà loin de nous, séparés pai' <l aulres géuéralions el d autres évi-nenienls.

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JiMiiMaiic .M;isl;ri-I"cnvlli ii;n|iiil a Siiii'^a-lia. le t:t mai 1702, ilaiis une ramillc (Idiil la iioMcssc iviikuiIi' au Xlll' siècle. Sun |)(''re. le ((mile .h'iùme Miislaï-Ferreili. ('lail .ydiilaldiiiiier de Siiiii;a;;lia. Sdii (mêle, Aiidira Mastaï, élail (■■N('(|iie (le l'esaio. La eomlesso IVIasIaï, sa iikmc . une douce el pieuse reiume, TelcNa clirelieuiiemeiil (M leiidreiiieiit . l'iile surveilla sdii iiisli-uciioii avec mie sdlliciliide ('clalive.

l/eiil'aul -lamlil et outra au colk-ge de Volterra, où ses id(''es, se (l('\el(i])i)ant, prirent une [ouruuiTi lila'rale qui étonna t'oi'l ses niaitres. Ainsi, il admirait très-haut Savonarole, le moine ('loiiiieiit el liaidi (|iii fut un des [)liis ardents advei'saiivs de la Papauté el (pii moiii-nl eu mail\r ^i"' '*' liùclier de l'inquisition.

Il lil de lionnes (Mudes et sa vocation l'eidrainait \eis l'elal militaire; il entra dans les uardes-nohies. mais la faiblesse de sa saul(' ne lui peiinil pas d'y rester; ou a pr(''len(lii (pi'il avait (ic sujet à des atta([ues d'épilepsie et que ce motif le (liî'touriia (le la carrii're (piil a\ail enil)rasst:'e. Ce fut aussitôt après sa sortie des gardes-nobles «luil suivit les cours de thèolof;ie à Rome, sous la direction de l'abbé (ira/iosi, pour se mettre en mesure d'embrasser la carrière ecclésiastiiiue.

Il lut (udonné prêtre, et ce qui donnerait lieu de croire que l'éfjlise fit en sa faveur mu' exception; (pi'il avait été sujet, sinon à des accès d'épilepsie, au moins à une maladie nerveuse assez grave, c'est qu'il ne fut autorisé à dire la messe d'abord qu'en particulier et avec im assistant. Ce fut en 1819 seulement, le jour de Pâques, qu'il célébra la messe en imbiic; sa santé s'était améliorée et il ne fut plus sujet au mal nerveux, dont il était aftligé, qu'à de longs intervalles.

Avant son ordination il avait prêché la mission à Sinigaglia avec M»"' Odescalchi. qui, depuis, a été élevé au cardinalat. Dès (pi'il fut prêtre, il se voua aux soins, à l'instruction des orphelins pauvres. Il existe à Rome un hospice sp('cialement destiné à ces pauvres petits êtres, l'hospice du T(/ta Gioraiiii/. Le jeune Mastaï y entra; il y introduisit quebpies améliorations, il y développa l'enseignement professionnel. On montre aujourd'hui aux visiteurs l'humble cellule que, pendant sept ans, il a habitée, entouré de ses enfants d'adoption qui l'aimaient tendrement.

Sa famille était trop inlluente, il portait un trop grand nom et son mérite d'ailleurs était trop n'-el, pour qu'on ne se préoccupât point de son avenir et de sa position. Les obscures et apostoliques fonctions du Tufn Giovanni ne pouvaient le conduire aux dignités ecclésiastiques. On lui offrit diverses missions; il refusa longtemps, puis il accepta celle qui lui paraissait la plus difficile et la plus périlbnise. Il se rendit au Chili, en I82n. avec le titre de si^crétaire de la N(mciature.

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11 s'y lil rniiiiiniiicr |.ai ilaiiiialilrs (|iiali(cs d'ahoid. pui« par un dévouemeiil sans horiH's liirs(|W(i ['(■[tidrinii' «le la licMV jaune s'y déclara avec nno violence iiKMiir. Les fonctionnaires, les piètres eux-niènïes fuyaient la capitale où le mal sévissait avec le plus de ligueur, donnant ainsi le (Irplorai)le exemple de cette scandaleuse lAdieté (|ue 1(^ (;ardinal-Arclievè(|ue de Lisbonne devait montrer plus tard en présence du choléra. Masiai resta à son poste, consolant, évanf^élisant, secourant les malades.

Sa belle et courageuse conduite fut signalée, et en I82;i il fut nommé chanoine, chargé de la direction de l'hospice de Saint-Micliel. puis admis dans la prélature.

Léon XII lui confia, en 1827, l'évêché de Spolèle où il donna des preuves d'une piété éclairée' et tolérante. On raconte, que lors de l'insurrection des Romagnes, dans la(iuelle le frère de l'Empereur Napoléon IIl succomba bravement pour la cause de l'indépendance italienne, on lui porta une liste de personnes gravement compromises et (juil la brûla sans la lire.

Il fut nommé archevêque d'Imola en 1832 et proclamé Cardinal dans le consistoire du 14 décembre 1839.

Le Pape mourut et le conclave s'assembla le dimanche 14 juin 1846. Le Cardinal Mastaï quitta sou diocèse pour s'y rendre. En traversant Fossombrone une colombe vint s'abattre sur sa voiture; on la chasse, elle revient. Pour des paysans romains, c'était presqu'un miracle; un érudit de l'endroit fait remarquer que, dans une circonstance analogue, on a vu une colombe se percher aussi sur la voiture de nous ne savons quel cardinal et que ce cardinal fut élu par le conclave. Et le peuple aussitôt entoura Mastaï en criant à tue-tête : Ervwa'. Evviva ! Ecco il Phjki l

Ce fut sous ces auspices que le cardinal arriva cà Rome et alla s'enfermer avec ses collègues au rtombre de 54. Nous nous éloignerions de notre sujet, si nous racontions ici quelles intrigues politiques et cléricales précèdent l'élection d'un Pape. Le Saint-Esprit n'y est certainement pour rien. Hâtons-nous de dire que la candidature de Mastaï fut proposée par le cardinal-prince Altieri et que, dès le premier tour de scrutin, elle rallia plus de voix qu'aucune autre; au second tovir il fut élu à la majorité de 36 voix contre 18. Lui-même, en qualité de scrutateur, avait dépouillé le vote et lu un à un les bulletins qui l'appelaient au suprême pontilicat. Qu'on juge de son émotion !

Le f.iiiliiial .M;uclii siuis-doxfii du Saci('-(;(ill(y(', s';i|i|ii(i(li;i rcspccliiciisciiiciil alors (le IChi cl lui (Iciiiaiiila s'il arccplail la liair : <■ .le iiic smiiiicls a\('c aiiidiir ■i la Ndliiiilr (le Itii'ii, i('|HMi(lil Masiaï. cl je |ti-cii(ls le ikiiii (\i' Pic l.\. >• La (•(iIoiiiIm' lie s'i'lail pas Iroinpce.

[,e préfet des (•ên'iiKiiiies. imtiiseii^iieui' de Lii^iie, reiiiplissard les Iniiclidiis de jinlaire du Siéj;e aposlolique, ])assa laele uullienli(iiie de l'éleelidii cl de racceptatidu. Los cardinaux Hiarin-Srnivaol Beriietli accoiiipajinèrenl le luiuveaii Pape dans la saerislie où il revèlil les lialtils ponlilicaiix ; ils le (■(induisirent «Misnile à la eliajxdio du Oiiirinal où il iccnt la preini('re ohedicncc des eaidinanx of passa à son doij^l I anneau du IVclienr.

Le lendemain lîoine ('lai! dans rall(''jiresso, les clodies sonnaient à loide \nl(''(\ les pacili(iues canons du t'oil Sainl-Anue tonnaient de leur mieux, et du haut du Onirinal le cardinal Riaiio-Sl'or/a annonça au peuple l'élection du Pape dans la l'oi'mule habituelle : k Anmmtio mliix (jiHKVann mnipiuin : Pdjxnii liahotmis Eininontissiiinnn ne Rcrprcndissinniin Doiniiiiuit JodJuiciii-Mariain-'Slx'n'iM — Fkuretti, preshi/lcniiii vdfdinaU'iii qui silii uoincii ii/i/iost'/t Pins No)H(s.

Le peuple était loin de s'attendre h cette élection ; il n"a\ait entendu parler que de la candidature du cardinal Lauihiuscliini dont les tendances réactionnaires ou, pour mieux dire, aulrieliiennes, étaient liien connues, cl de celle du cardinal Gi/zi qui avait manifesté à une certaine époque des \elléil(''s liltérales. L'('lecli(ni de l'archevêque d'Iniola, exact (diservalenr de la résidence é|)iscopale et (pr(ni n'a\ait plus vu à Rome depuis ([ue ses fonctions l'en avaient éloigné, causa une vive et agr(''ahle surprise. Pie IX parut au balcon et lu'nit le peuple en pleurant. Il fut couronné dans la basilique de Saint-Pierre le 21 juin 1840.

Les premiers actes du nouveau Pape furent signitlcatifs. 11 autorisa le professeur Orioli. ministre de l'instruction publique sous le gouvernement n'volutionnaire d(^ 1831, à lenirer dans les États pontiticanx ; il renvoya sa garde suisse; il accorda une amnistie partielle, et enhu il se rendit à pied à l'église des Nonnes- Salifia iiue.'<, ce qui n'était point arrivé depuis le pape Ganganelli et ce qui charma le peuple. Décidi'ment, dit-on. le Pape est libéral.

Pie IX ne s'en tint pas là ; il fit établir jjrès de son palais une boîte aux lettres dont il avait seul la clé, afin de connaître les plaintes et les réclamations de ceux (pii ne pouvaient l'aborder.

L'ambassadeur du Piémont près la Cour de Rome , le comte Broglia, passait pour un réactionnaire et nn ami de l'Autriche ; le pape, cédant à l'opinion, demanda et obtint le rappel de l'ambassadeur. Pie IX s'attaque aux vieux abus ; un des plus ciiants consistait à donner à certains jjrélals

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dits dcl fiovchetlo (du iiu'iidi Ir )iri\il(''^i' di' ne pouvoir Alio iv\o<jii<''s di! leurs fonclioiis sans iMic juniinis au cardiiialal : ainsi de liauls dij^iiilaiirs . (liis (jiic le trésorior i;i''iu'M;d , le majordome i\\\ palais , le fjouvcriieur d(! Rome, etc., élaieiil prélats ild /iorchetto, ci i\\\vh t\\w hissmi leurs désordres ils lie pou\aieiil êtres dt,'stitii(''S de leurs roiiclious (pi eu ieei'\aul le (■Ii;ipe;iii ilicardinal eu l'i liauLie. Pie IX remit eu \ii4ueui- nue huile de .Martin l\ (pii aliolissait le monstrueux pri\ili''i:e ilu liin-clictln. .Mais ce ne lui l;i (pi nue de ces lionni's iiiteiitioiis diuil I eul'er est, dit-on. paM', car le. gouverneur de Rome, Mariui, ipii avait été directeur géuéral de la jiolice sous (irégoire XVI et rpii avait e.xcité coiitie lui les haines les plus \i\es, fut parfaitement jhouiii au cardinalat, en ipiittant son poste de gouverneur. Toutefois ce ne l'ut là iju une omhre au fahleaii.

Pie IX donnait des audiences puhli(jues; il di.striiiuait, tant sur sa liste ci\ile (pie sur sa fortune privée , d'ahondantes auuKJnes. Le cardinal (ii/,/.i était aimé du peuple parce iju'étant cardinal et h-gat de ForJi il sV'tait éiic'rgiijuement opposé à l'étahlissemeut d'une commission militaire jjoiir le jugement des délits politiijues. Pie IX choisit ce cardinal pour son premier ministre.

Peu de temps après, le journal officiel annonça la nomination de trois commissions, composées de prélats et de laïcs, chargées d'étudier et de préparer : \° la réforme de la procédure criminelle et civile; 2" l'amélioration du ri'gime municipal ; 3" Ja répression du •\agahoudage.

Un édit relatif à l'étahlissement de chemins de fer fut |>ronmlgué et le Pape renvovi du palais le chevalier Gaëtauo Muroiii. Iiarhier de (jrégoire XVI. auijuel l'opinion [luhlique reprochait sévèrement ses intrigues et la funeste inlliieuce qu'il avait exercée sous le dernier pontiiicat.

L'enthousiasme des Romains, surexcité par cet eus 'inhle de mesures, s'exalta alors en manifestations hruvantes. Il n'\ a\ait plus à en douter : le Paiie était lilx'ial.

Cette attitude de la pa[)auté cau.sa en lùiid[ie de très-\i\es et très-diversts impressions. Charles-.Mbeil. roi de Sardaigne, écrivait à Pie IX pour le féliciter ; le prince de Joinville venait le visiter et le complimenter au nom de son père, le roi Louis-Philippe. L'empereur de Russie envoyait à la Cour de Rome deux diplomates : le cumtc Bloadofi' et le conseiller d Etat

Hubc. polonais (>allioli(|iM', [tour aiilanii' les (liriiciiKcs iju! siilisislaiciil ciihc

Romo cl Saiiit-IVlcislioiirfi.

En rcvaiiflio, on n'rlail pas (■incrNcilIc à Vienne. Li-s acics do l'ic IX

y otaitMit violciiiniciil alla((ii(''S ; le roi de Napics liftiidail cl une Iciiillo

flirifj:(V par son conresst'nr ne in<''na{^cail yiièi'O Je Pape.

C'est à cotte époque qne fonunencèient à coiii-ir les hruils (h complots,

(le tentatives d'empoisonnement confi'e Pie IX; leur donhie cllrl riait d'cxas-

l)ércr le peuple et d'alarmer le ponlil'e.

Le cardinal fiizzi n'était pins a la hanteni' du lihi'ialisme ponlilical ; il

lut remplacé par le cardinal Ferrelti, pai'ent dn l'ape, liomme ferme dont

les idées étaient très-avancées. Ce lui lui (pii déjfjua la conspiration donl le

cuhinel de \'ieune et le cardinal Laudiiuschiiii avaient préjjaré les élémients.

11 destitua M. (irasselini, gouverneur de Rome, cl ne lui doniui (puî vinj,^!-

quatre heures poni ([nitter Rome, (irassellini n'attendit pas l'expiration de ce délai et partit pour Naples.

Dans ce temps là, comme aujourd'hui, les évoques de France ordonnaioiit des prières pour le pape, mais dans un tout autre esprit. Ainsi le cardinal de Donald, archevè(ine de Lyon, priait Dieu pour que « le gi'and Pontife ne se laissât pas arrêter, dans la voie qu'il parcourait si glorieusement, par les intrigues de ceux qui regrettent les abus. »

Les députés désignés par le Pape, sur la proposition des autorités provinciales, s'assemblèrent à Rome le 5 novembre. C'était comme un travestissement : le gouvernement Romain déguisé en gouvernement constitutionnel ! Ajoutons que, par un moiu proprio organique, la responsabilité des ministres et celle de leurs agents avaient été décrétées en principe. Rome avait aussi un semblant de garde nationale. Jugez de la joie de ce peiq)le depuis si longtemps oppiimé. — C était Lazare sortant du tombeau. — Aussi, lors([ue le 1" janvier 1848 le pape parut au balcon, les cris de: vive Pic IX, à bas k's Jôsiiites ! Mort aux rétrogrades ! furent si violents, si tumultueux, si enthousiastes, que le Pape, dont l'extrême sensibilité se manifeste h tout propos par des larmes, pleura, puis s'évanouit.

La cour de Vienne paraissait beaucoup plus inquiète qu'elle ne l'était réellement. Elle tenait Pie IX comme le pêcheur qui a lancé cl planté son harpon tient la baleine ; il est bien sûr qu'un moment viendi-a où, épuisée, elle s'arrêtera et où il la ramènei'a ù lui.

Des troupes autrichiennes occupaient Ferrare. Les légats et le Pape protestèrent ; Charles-Albert écrivit à Pie IX pour lui oifrir son armée et sa tlolte.

l/.\iilii( ln' pcr-sisla. L;i Hrxiiliilidii de I8i^ t''i-|;ilii mii- ces ciilrcriiilcs cl mil lo l'eu 'aux |){iu(li('s.

I*i(' l.\ coiilia iiiie armrc de 17,000 Ihuiiiiics au général biiraudo ijiii se (lirif^i'a vci's le Pô. nwr i>v(\\v de ne {•(iiiihattre qu'à la dci'uiiTC cxln'iiiilr. (1 Duraiiiio ne ni'inqiiiMe pas « disail Iv Pa[)e. Duraudo ccpcndanl I iM(iuii'la, car il couihattit et i'iil dr.savout' par Pio IX. Los miuislros douni'rcut leur drinissioii.

Ce fut le (•(inuncucenieut du la ivaclinu. Pic l\ (Cpcudaiil auiail lùcii voulu conserver les liouues grâces rie la cniir de Mcniic fl sa po|jularil('' i\f prince Italien. 11 écrivit, avec iiuc naïveté par tnip iw\(''nilr. à l'Empereur (l'Auti'iclie pour lui conseiller une renonciation volontaii-e à la .souveraineté de Venise et de la Lombardie. L'Empereur accueillil d un sourire ccKr proposition et refusa net. La gueire alors fut d(''nuili\i'ini'iil ré'soiue et rjurando ouvertement autorisé.

Les événements, à partir de c(! moment, se précipitent. Anus n éciixons pas l'histoire de la révolution Romaine. C est à peine si ce cadre resli-eiut nous permet de faire connaître les faits principaux de la carrière du faible et doux pontife dont nous racontons la vie. Pie IX avait cru, de bonne foi, qu'il pouvait concilier des éléments inconciliables, réformer les abus, donner une juste satisfaction aux xnnix du peuple et en même lemj)S conserver de bonnes relations avec l'Autriche et le parti jésui(i(|ue représenté par le cardinal Lanibruschiui. Il voulait, .suivant une expression populaire, faire une omelette sans casser des ouifs , illusion piMinise à un séminariste . toujours dangereuse et funeste chez un homme d'Ktat . chez un souverain.

Les irrésolutions de Pie IX se traduisaient déjà par des actes et des tendances regrettables. Au ministère Ferretti avait succédé le ministère Mamiani. au ministère Mamiani le cabinet Fabbri el à celui-ci le ministi're Ro.ssi. Nous n'avons pas besoin de rappeler les circonstances à jamais dé'plorables de lliorrible et inutile assassinat An comte Rossi, de celui de monseigneur Palma ipii lui lue au Quirinal sous les yeux du Pape. L'âme tendre et peu énergique du pontife ne put résister à ces cruelles épreuves. Le Pape sentit le harpon et l'Autriche ressaisit sa proie. Pie IX n'avait plus qu'une préoccupation : s'enfuir, ([uitter Rome et aller chercher un abri sous la prtttectiou des armes de l'Autriche.

Le Pape partit pourfîaëte, déguisé, d'une fa(,'ou peu béioique. el dans cet homme inquiet, troublé, cachant ses yeux sous des lunettes vertes, il eût été difficile de reconnaîti'e le successeur de Pierre, le vicaire du Christ, le souverain qui avait soulevé en Italie de si aideuls eiilliousiasmes.

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("tii sait rinlorvoiiticm de la Imuiicc. la liiUe rogrcUuhlc sous la(|iii'lle succomba la ivi)ul)li(|Ut' roniaiiic. I.c ivcil de ces (''vriuMiiciils n'est pas du doniainc de la hioirrapliic.

Le l'apc est à (iadc. ^ardc par le idi de Naplcs . |iii'iiiiri- liculciiaul dr I Autriclie en Italie. Tant de secousses a\aieul pioldiideiiieMl éhraidé lesprit de Pie l.\. La l'eiiuelé u ;i\ail pdiui été sa (pialilé ddiuiiiaule. A ])ai'(ii' de celle épo(|ue il s'accoiuplil en lui inie (liuisforinaliou piofoude. Ou n eid ]»as de peine à lui persuader (|u'il était la ciiuse priiniti\e des (5vénenienls (pu agitaient l'Europe; que ses iiuprudenles concessions a\aient déterminé un nniineuient révolutionnaire dont il était la victime, el don! la rtdigion soidl'rail plus eiu'ore. Alors il pI(Hn'a suivant sou habitude, il pria a\ec l'erNeur ; il eut îles extases, des visions ; sainte Phildinèle lui a])])arnt (M le gi'onda doiucmeul ; nouveau lori'eut de larmes !

Pendant (pi il se lamentait ainsi, la (".onstitnante romaine (pii s'était réunie le 0 février, proclamait, à la majorité de 1411 voix conirt' H, sa déchéance comme souverain temporel avec gai'antie de son indépendance spirituelle. Le cardinal Antonelli l'ut le Richelieu de ce l'aible m(niar({ue. Df's (pu' la résolution de l'Assemldée- constituante lui fut conniu'. il rédigea et adressa une note pressante aux (piatre grandes puissances catholi<[ues : la France, l'Anti'iche. l'Espagne et iNapIes, pour réclamer leur secours. Les armes de la France snflirent. Le corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot lit plus qu'il ne devait. Ce corps d'armée qui, suivant l'expression du général de Lamoricière, « n'avait été envoyé que pour prévenir l'Autriche dont l'intervention aurait provoquée Rome une contre-révolntion complète. 1) hondjarda ei prit Rome, malgré l'énergique et courageuse opposition de M. F'erdinaud de Lesseps. alors nùnisire plénipotentiaire de la Répuhli(iue franf;aise.

Pie IX pouvait rentrer à Rome, mais, sous la triste iiitluence des conseillers qui l'entoui'aient, il se délia de l'ai'mée fran(;aise plus encore que de ses propres sujets. La France c'était la révolution. Au lieu de rentrer immédiatement dans sa capitale sous la protection des régiments franf:ais, il envoya d'abord trois c(Hiimissaires : les cardinanx Alfîeri, A'annicelli et délia Genga chargés de reprendre possession de son pouvoir temporel. Les délégués du Pape rentrèrent à Rome connne en pays conquis, regardant presque comme une ennemie cette armée française (pu venait , au prix de si grands sacritices , de rétablir le Saint-Siège. On la tint en suspicion, on manqua pour elle des plus simples égards, on restaura les vieux abus, à ce point que le Président de la République française s'en plaignit dans une lettre restée célèbre et adi'essée à M. P]dgar Ney, son aide de camp.

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('.crics, le clicl' (lu j^diiNciiiciiiciil iiaiii'ais m,' se inoiihail, pus exigeant. L clail la France ([iii rcsiaiiiail le Ikhic iinnlilical ; c'clait la Rc|)iil)li((iie française qui, au |ii'i\ (l'une hille rraliicide, \enait de r.'IaMir I aiihirih' ieiii|)orclle du l'ape el, pour cela, de icineisci' la irpnjjlifpie nmiainc. C/élait bien le nwjins (|iie la i'iance cnl le droit de l'aire entendre de sages conseils, dt; ivclamer (piehjnes irToi-inf^s de demander (jnekpies soins, (piehpies ('fiards ponr ses soldais. La |)osl(Til(' croira avec peine à tant d'ingi'atihide. La France n'oMinI rien. Au lien da\ancer . le gouvernement l'omain nHrograda, et à riieurc où nous c'crivons ces ligues (novembre 18b0), il subit le juste châtiment de sa faute. Les é\(kpies, les carrjinaux, le Pape, tous se lament(Mit et se plaignent, ils s'efforcent d'('veiller des sympathies, de ranimer des passions (Heintes. Il n'est plus temps! L'alleclioa des peuples, c'est la Toison d'or des temps modeines ; il faut la conqu(:'iir. Vous l'avez dédaignée, vous n'avez compté que sm- la force el la violence, celte aflection aujourd'hui se déloiiine de vous et vous luiL C'est la justice de Dieu (uii s'accomplit.

C'est sur Pie IX sans doute que l'histoire fera retomber toute la responsabilité de la situation et des crises on la Papauté est engagée , mais si l'histoire est équitable, elle tiendra compte au pontife de la faiblesse de son caractère, de l'ébranlement que causèrent à son intelligence et à son cœur les scènes dont il fut témoin en 1848 , de la fatale influence (pie prirent alors sur lui des hommes redoutables. Pie IX n'était pas fait poui' ces luttes ardentes, il fallait à cette âme tendre, sensible à l'excès, mélancolique, de modestes et paternelles fonctions comme celles qu'il remplit, pendant sept ans, à l'hospice de Ta/n Gionmiii . au milieu des enfants et des faibles d'esprit; il lui fallait des horizons bornés, les soins d'un doux apostolat, la direction d'un diocèse tout au plus.

Quand le cardinal Jean-Marie Mastaï accepta la candidature dans le conclave et le pontihcat que ses collègues lui offraient, il se fit illusion sur lui-même et sur les rudc^s fonctions qu'il acceptait. Il crut que. pour gouverner la banjue de Pierre, il suffisait de bonnes intentions, d'une àme pieuse et honnête; il ne songea pas que la ferniel('' ('■lail la première condition (\n pontificat et <pie toute fermeté lui était impossible. Aussi , tout ce (pi 'il avait rêvé , toutes ses bonnes résolutions qui se manifestèrent au début de son r('gne et (pii produisirent de si vifs enthousiasmes, tant ce malheureux peuple italien était habitué à l'oppression ! tout s'évanouit-il aux premières résistances sérieuses qu'il rencontra. L'oiseau (pii s'était posé sur sa voiture, ipiand il se rendait au conclave, était lùcn un s\mbole : Pie IX a été une colombe parmi des vaut(mrs.

Le Pape, à (pii sou entourage faisait peur des FijUK.ais, ne rentra a Uonie. pour

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y romoiiliM' siii' son (r(ni(', (|iit' le t ;i\iil I S,l(). Dt'jà son iniiiistic, le caidiiiiil Antonelli, avait oxcrci'' dans les Lcyalions de rifjdiircnsfs r(^pr(''saill('s. I>ans un iiiotii pi'oprio, (lat('' (In II) sciilcniliri' I.S'id, ic l'iinhl'c a\ait |ti(iMiis nnc anniislic pres(|iu' coiui»l('U\ Mais ii n'avail pins le poiiNuir ilc liicn faiic. Il appai'Icnait à la iraotinn ef la promesse d'aniiiislio avait étr'; éludée. Son histoire persftniKdlc pendant les dix annéesqni nous séparent de cette triste époipie est tout entiéi'c dans eette Intte permanente entre les inspiialiims de son eo'ur et les fatales nécessités de la politique romaine. Il serait sans inléiét de suivre Pie IX <i travers ces tiraillements. Sa piété s'y est exaltée, elle a pris celte teinte mystique dont l'orifrinc remonte à l'exil de (laéte. Ce n'est pas l'Iiistoiie dn ponlilicat, c'est celle du pontil'e (pu' n(nis écrivons et la viedn poidit'e, à partir de la période où nous sonunes parvenus, n'ofl're plus aucun intérêt. Pie IX est, sous un certain lapport, le type des rois constitutionnels : il règne et ne gouverne pas. C'est un religieux fervent, il prie avec ardeur, il verse d'abondantes larmes, il répand des aumônes, il demande pardon à Dieu des fautes qu'il a connuises au début de son règne en ayant la velléité de réaliser des réformes et de rendre aux peuples (pielque liberté; il est convaincu qu'il a été pendant tout |ce temps sous l'inspii'ation du mauvais esprit et il mourrait bravement, s'il le fallait, plutôt ({ue de recommencer une œuvre de perdition, une œuvre libérale.

Nous avons dit que, dans le conclave, il fut, en sa qualité de questeur, chargé de dépouiller les bulletins de vote, on raconte que lorsqu'il lut le dernier bulletin (jni assurait son élection et le faisait Pape, il s'évanouit et que, revenant ù lui, il s'écria : <( Quelle charge! qui m'aidera à la porter! »

Il avait à choisir entre deux points d'appui : le peuple et le parti jésuitique ou absolutiste dont le quartier général est à Vienne. C'est ce dernier qu'il a définitivement choisi; et le meilleur, le plus bienveillant, le plus charitable des Papes est celui qui aura le plus cruellement compromis l'autorité temporelle et peutêtre aussi l'autorité spirituelle du Saint-Siège.

C'est ce perpétuel tiraillement entre le roi temporel et le pontife spirituel qvd a causé tous les malheurs de la papauté , paralysé les meilleures intentions et conduit le gouvernement romain au fond de l'abime où il se débat maintenant. Nul ne l'y a poussé; il était dans la loi de sa nature d'y glisser d'abord, puis d'y rouler avec fracas. Malgré ses qualités personnelles qui sont incontestables, Pie IX a été l'mstrument le plus actif de la chute que l'on déplore si naïvement aujourd'hui, mais dont on se refuse à reconnaître la cause. Ainsi cet homme excellent, charitable, (jue la moindre infortune émeut. qui a des larmes pour tous les malheurs . a laissé s'accomplir sous son pontificat

ni. I \.

dos ac'lcs (l('|»l(ii;il)li's; il a récoiiipeusi- piililiqiiciiiciil le culdiicl Scliiiiidl (|iii. apW's avoir iv|)ris Pri-oiisc. a assiste'! aux plus U!iTil)les flésaslrcs , aux actes les plus révoltants cniniiiis par ses soldais. Il a soiillVrl, dans li's provinces ipii s'claicnl soulcvccs contre l'autitrilc pontilicale en tSii», liHaliiisscnicnl d'un rciiiiue liarhare, iiuli^iue d'un pa\s cliiviien. iNous \oulons seulenienl onipninter (pielcpuîs lij.;nes au .Journal de Home (n»t3:i, 1 :i juin \Hly\> :

«Maria Biagia, de Città di Casiellelo, ayant é(é convaincue, par 1rs dispositions des témoins assermentés, d'avoir injurié des pi^rsonnes ])aisil)lcs, a été condamnée à recevoir vingt coups de fouet, aux termes de l'édit en vigueur contre les perturbateurs de l'ordre |)ul)li(-; elle a subi sa peine à Pérouse, le 9 du mois courant. »

Le 21 mai 1851 le tribunal de la sacrée consulte, à Rome, avait condanuié Pietro Ercoli, coupable d'avoir empêché un fumeur d'allumer son cigare, à vingt ans de galères. Tous les témoins avaient déposé que Pietro Ercoli avait seulement voulu faire une plaisanterie. Vingt ans de galères pour cela!

Si nous voulions citer des documents de ce genre, nous eu remplirions un volume! II nous suffit de donner une idée des extrémités on peut se laisser entraîner la faiblesse d'un souverain, quand il est dominé par la peur et quand la fermeté de sa raison et de sa volonté lui font défaut. Faut-il rappeler la scandaleuse et déplorable affaire de l'enlèvement du petit Mortara? Pie IX a suivi en cette circonstance les errements de ses prédécesseurs; les larmes du [ù'iv et delà mère de l'enfant si cruellement lavi h la tendresse de sa famille ont, nous n'en doutons pas, éveillé la sensil»ilité et fait couler les larmes de Pie IX, mais pouvait-il céder? Le cardinal Antonelli u'était-il pas là? One deviendrait la religion? et c'est au nom de la religion que toutes ces horreurs s'accomplissaient sous l'œil du bienveillant Pie IX. Pour faire conq)rendre l'état d'abaissement, nous dirions pres- (pie <le sauvagerie, où la confusion du spirituel et du temporel a fait descendre le gouvernement romain, il suffit de publier cet édit de la Saintehupiisition, — édit en vigueur — contre les Israélites des États pontificaux. Cet édit fut promulgué en 1843 par l'inquisiteur général Salvo ; le voici; on ne commente pas de tels documents :

« Aucun des Israélites résidant à Ancône et Sinigaglia ne pourra plus loger ni nourrir les chrétiens, ni recevoir de chrétiens ta son service, sons peine d'être puni d'après les décrets pontificaux. — Tous les Israélites des États devront vendre, dans l'espace de trois mois, leurs biens meubles et innueubles, aud-enienl ils seront vcn<lus à l'encan. — Aucun Israélite ne poiu'ra demeurer

r.' l'ii, I \.

dans i|urliiii(' villr i|iu> ce suil sans raiitnrisalioii du {.muim'iikmiu'iiI ; en <'as de (•(mli'a\('iili(iii, los cnniialdcs scrnnl l'aiiiciii's à leurs ////^7// rcspoctifs. — Aucun IsmiMilc ne |HMiiTa passer la nnil Ikus du i/lirlhi Kpiarlier juil' l'erini' le soin.

— AiicKii hcdrh/r lie fuifin'd ciili'ch'iiir ih's ri'hihQiis il'dniilir iirc<- f/t's clirvliciis .

— Les Isralites ne pourront l'aire le coiinnerce des ornements saii'f'S ni de (|iicl(piO livre t|ue ce soit, S((ns peine de cent ('cns d amende et sept ans di' prison. — Les Israt'dites , en donnant la sépnitnre à lenrs morts, ne devront l'aire aucune C(''n"'nionie. lis ne poni'ront se servir <le flambeaux, sous peine do contiscation. — Ceux (pu violeront les dispositions ci-dessus encourront les cliàtimeids de la Saintc-Impusition. — La présente mesure sera communiquée aux (Jhetti et ])nhliée dans les synafiognes. »

Que vouliez-v(His (pie r{ss(Md la l'aildesse et la douce nature de Pie l.\. prises dans de pareils ('tanx? Dans la crainte de poi'ter atteinte à la religion, nn paicil caractère laisserait conuuettre fontes les crnaul(''s.

L'importance des événements «pii se sont accomplis et s'accomplissent sous le poutilicat de Pie IX a donné au pontife une importance aussi, (jui est hors de proportion avec celle de l'homme. On a fait dn Pape actuel hien des portraits; sa hiouraphie a été écrite cent fois. Les uns eu ont fait un n'-volutionnuire, d'autres un mystique, d'autres nn conservateur. Il y a du -s rai et du faux dans toutes ces appréciations. Chaque fois qu'on vont juger un homme avec un parti pris et sons un seul point de vue on a foutes chances de se tromper. Tout honuuc (\st multiple, mais l'homme faible (jui se laisse entraîner tant(M à droite eî t;nitôt à gauche, (jui cède à tous les vents, est bien plus multiple encore.

Nid homme, nid conquérant, fût-il César, Alexandre ou INapoléon . n'a disposé d'une force aussi considérable que celle dont Pie IX disposait au conmiencement de son règne. II aurait pu soulever le monde avec h; levier (lu'il avait dans sa main, a dit un fervent catholique, M. Ozanam. C'était l'opinion générale en Europe que Pie IX ne s'arrêterait point dans la voie où il était entré; lui-même de l)onne foi le croyait. <( C'est une parole favorite du Pape, a écrit encore Ozanam. qn il veuf marcher connue la tortue, lentemenl. mais foujoui's. Nous venons d'apprendre la plus décisive iicut-ètre de toutes ses innovations, celle qui devait sceller 1 alliance entre la souveraineté ecclésiastique et la liberté sincère: le glaive a été remis à des mains laïques et le nnnistère de la guerre confié à M. le comte Gabrielli . à un vieux soldat de Napoléon, etc. »

Du comte Gabrielli nous en sommes venus à M. de Mérode et de M. le comte Ferretîi îi son éminenceMon-seigiieur Antonelli.

iMi: i\. in

A r(''|)(ii|iii' (lii l^ic IX coiiimcuca ;i icM'iiir sur ses pas cl, aiiisM|iii' nous I avons (lit, à sciilir k; haipnii t[\\r l'Aiiliiilic a allariK' aux lianes de la jjapaiilé, une remiiie illustre, M""" Geoi'fic Saml. ailressail au Pape eel éi(H|ueul appel:

<« 0 Pie iX! Si \(ius \(Milie/. èlre (■lM('lieii seidu la dnclrine de Jésus, vf>us ne \{ius in(|uii'leriez t^ui're de nos diseussieus pliilosopliiques. de nos petiles sectes, de iKis urau<ls jdiiiaïaiix. el de lous les rè\es de nuire espril eu lra\ail! i'iii! (juoi , \nlre mission est bien claire et hien facile! xous ave/, une main le\ée pour bénir ou pour anathématiser : et cMe main est U'. symbole de lu conscience du fieni(> liumaiu. Ou vous demande d'avoir l'évangile devant les \eu\, et de n(; j)as vous tromper en abaissant votre droite paternelle sur la tète des meiu-liiers. iîesleiczvoiis iunnobile par prudence? Engagé dans le lalixiinllie de la diplomalie, bornerez-vons voire action à gouverner sagement un |ietil peuple, et nanrezvous pas un mot de blànie ou d'appui à nielire ilans la balance des décisions huuiaiuQs? Vous qu'une longue babil ude du j^eure liumain proclame l'arbilre par excellence, l'avocat de Dieu sur la terre, aurez-vous deux poids et (U'ux mesures pour les attentats connnis contre riuimanité? les rou<li'es du Vatican sonl-elles à jamais éteintes pour les tètes couronnées, et ne fiai)])eront-elles plus (pie les faibles et les proscrits? Hélas ! s'il eu était ainsi, vous n(i seriez plus cbi'étien, el vous ne seriez pas même pbilosopbe à la manière de Voltaire, car Voltaire plaida pour (lalas. connue vous av(V. à ])laider ]>oui' la F^ilogne, pour l'Irlande, pour la France, pour l'Italie, pour le monde! »

Ces cbaleureuses sollicitations, ces rêves splendides troublaient et effrayaient l'excellent bomme. Ses ('-paules n'étaient pas faites pour un tel fardeau, et il eu eut bien le pressentiment, il eut lùen la conscience de sa faiblesse, le jour de son élection quand, apiès s'être évanoui devant le rang suprême où il allait monter, il s'écria avec effroi : <( Quelle cliarge ! (pielle cbargeî »

Comme honmie, connue prêtre, Jean-Marie Mastaï était et est demeuré irréprocbai)le; ses mœurs sont pures, sa vie modeste. Sur le trône, oîi il aurait dû refuser de se laisser porter, il ne dépensait personnellement que 25,000 francs par au; tout le reste était consacré à des aum(:)nes, à des secours distribués avec la plus ingénieuse délicatesse. Nous \ouIous citer un seul ti'ait de sa jeunesse. C'était à répo(jue de sa mission au Cbili où il se conduisit avec un dévouement si cbrétien. In jour, raconte M. de Saint-Albin, pendant (pi il se rendait de Valparaiso h Lima sur une goélette cliilienne, il fut surpris pai' une violente tempête. Le pilote était malliabile ou inexpérimenté. La goélette allait se briser sur les rocbeis qiuind une l)ar(|ue, m(uit(''e par ([uebpujs nègres sous la conduite d'un pècbeur nommé Hako, pid xeiiir à son secours. Hako, passant sur la goélette, i-em-

\{ l'ii: i\.

plaça li> |)il(ili> et diriiioa si liifu h' n;i\iro, i;rAco ii In connaissanco (|u il a\iiil (If CCS parages, (|ii*il le lil ciilriT iLiiis le pdil poii d'Axica. Le IciMlciiiain l'abbé Maslaï-Fcnclli alla ivmi'icitM- son sainciii' (|iii liabilail avot- sa l'aiiiille une petito cabane an burd di' la mer. Il lui laissa on Icnioi^nago de reconnaissance une bourse contenant 'i(M piastres [2.ol)2 IV.). Devenu souverain pontife, il n'oublia jinint le pauviv Mako et lui envoya son porti'ail a\ec une sonune assez loite. Voilà l'iioinnie !

Les coups de fouet à Maria liia^ia, vin.ut ans de galères à Pietro Ereoli, les massacres de Pt^rouse, le refus persistant opposé au prof.;ranune contenu dans la lettre à M. Edgar Ney , v<iil;i le Pape! o\i plutcM . voilà la Papauté!

One nous sommes loin, mon Dieu! des splendeurs rêvées par (Jiidiei-ti, des illusions généreuses de ce grand esprit, de ce Priimiln i\\\\\ rései'vait an Saint- Siège, de cet accord toucliant entre l'Église romaine et l'espiit nouveau. C'est pour détruire ces illusions sans doute que la Providence a réservé le trône à un homme tel que l'abbé Mastaï en ces temps difficiles. Plus qu'aucun autre son pontificat aura contribué à éclairer l'opinion, à former cette conuuunauté de \ues> ce sentiment national auxquels l'Italie devra son indépendance et son unité. C'est Pie IX qui a mis en évidence le néant de ces utopies catbolicolibérales que l'excellent et vertueux Montanelli, un des plus purs et des plus honnêtes citoyens de l'Italie, a trop caressées. Il est démontré aujourd'hui que la cour de Rome est fatalement condamnée à être l'adversaire de toute idée qui émancipe, l'alliée et la complice de tout ce qui opprime et asservit.

Du reste, l'expérience ne fut pas de longue durée. Tous les cœurs avaient répété le mot que M. Thiers avait fait retentir du haut de la tribune française : Courage, Saint-Père! Le jour oîi Pie IX désavoua le général Durando et ces jeunes bataillons qui étaient partis avec tant d'enthousiasme, la croix rouge et le portrait de Pie IX sur la poitrine, marchant contre l'étranger pour délivrer de sa présence et de son joug le sol sacré de la patrie, ce jour-là le doute ne fut plus possible. Le Pape n'était plus italien, il appartenait à l'Autriche!

Les conséquences de ce désaveu furent incalculables : <( Il ôtait aux soldats, dit Montanelli, toute garantie du droit des gens : il exposait les prisonniers à être fusillés sur le champ comme des brigands. Aussi un cri d'alarme et d'indignation se propagea parmi toutes ces familles qui avaient leurs fils, leurs frères, leurs époux, leurs amis sur les champs de bataille. On ne joue pas impunément avec le cœur d'un peuple. Ce peuple qui avait identifié le nom de l'Italie avec celui de Pie IX, qui avait couronné de fleurs son buste sur les barricades de Milan , qui avait pris au sérieux ses bénédictions, se crut abandonné, trahi par lui an mo-

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UR'iil lin (kui^icr. — Si stnis rlfs le l'cpirscnljinl il»; lii cliiuili' iiiiiNcisrlIc, disail-il dans sou naïf Ikui sens, |)(>iii(|iini, Sainl-Prre, sk'f;(v.-v(»iis sur le li'ône? P(iiii(|ii(ji avez-voiis pris dans nos mains saccrddlalits le f^laive de justice? N'esl-il pas des circonstances oii un prince ne pcnl ('■cliaiipcr à la Ici'rihio nécessih' de la ;;ncrn'? lin prince (pii M' dil italien. |)enl-il se|)aier ses iidéièls des inlérèls de l'Italie? Eh ! (pi(»i. n'annonciez-voiis pas.il y a ((uelqiies mois à |)eine, ipie vous a])pelleriez aux armes tous les chrétiens, si la uuiàon paternelle, vous vouliez dire votre trône, était menacée? Et la patrie n'est-elle pas aussi une maison pateriu'lle? N'avez-vous pas béni nos Imnnières? IN'avez-vous pas, disaient les mères, béni nos enfants au moment du départ?

Ce sont-là de belles paroles sans doute; mais (pi'un le sache bien: loule illusion nouvelle serait suivie de déceptions plus cruelles encore. Avant d'èlre prince italien, le pape est le chef d'un clergé dont l'existence est incompatible avec la liberté de conscience, la liberté d'examen, la liberté et l'indépendance des peuples. (]e clergé a besoin d'un bras arnu' pour contenir les peuples soumis à sa domination morale ; il cherchera toujours ce bras parmi les puissances absolues et rétrogades.

Un seul homme peut-être, au milieu do refTervescence et des enthousiasmes suscitées par l'avènement de Pie IX, jugea bien l'homme et la situation. Il est vrai que cet homme était à la fois Italien et Français, protestant et catholi(|ue, révolutionnaire et conservateur ; il était doué d'une haute intelligence, d'un rare bon sens ; il connaissait h fond les principes, les tendances avouées ou secrètes, le personnel et les besoins de la cour de Rome ; c'était l'infortuné et regrettable M. Rossi. Quand Pie IX lui contia la direction des affaires, il recommanda l'adoption de mesures décisives et rapides : « Hâtez-vous, disait-il et redisait-il sans cesse aux membres du cabinet, aux chefs des divers services publics; hàtez-vous ! agissez, au nom du Ciel! Fixez des remises, si vous voulez, mais fixez-les, et à l'époque dite, exécutez votre pensée. Tout est aisé aujourd'hui ; dans trois mois tout sera difficile ; D.\NS SIX MOIS TOUT SER.\ IMPOSSIBLE. Vous êtcs maîtres à présent de toutes choses; avant peu, si vous n'agissez pas, toutes choses seront maîtresses de vous. Agissez donc ! réalisez les réformes, liardiment, largement, entièrement. »

Il est encore un mot prophétique de cet homme éminent : « Le mouvement national et guerrier qui emporte l'Italie me fait l'effet d'une épée : ou Pie IX prendra résolument cette épée en main on la révolution s'en emparera pour la tourner contre lui. »

L'épée est tournée, non contre le pontife, non contre son pouvoir spirituel,

ni' i\.

mais cinitri' sa |)i'iii(i|ianli' IcniiiMicllr. Sans la l''raiiii' i|iii sdiiliml les dcliris (le ce li'<Mit', la s(Uivi'i-aim'l('' U'iiipdi'cllc du Saiii(-Sii''jjr ne sccail jiliis (|ii un siiuvcnir liisliiriquc. I\!;iis nmis soniuics en pirscucc de si i^i-ascs ('■Nrucuicnls (|u ils |>(iuiiaii'ul liifu ini jnui' uiixlitici- Iniiiiiidu ilii i^dUM'iaimicul français, cl aliMs s'acc(iui|iliia le jilus ^raiid a( le diinl ce sii'cic puisse cli'e Icuwiin : le poulil'e iduiain, le \icaii'e i\\\ (lliiisi, 1(! succcsseiii' de Pierre, réduit à la simule clidse (|ui lui apparlientu' : la sniiveraiiieti' s|iiriluel|e ! La |)ai'()Ie du (llirisl respectée. l'Ilalie iihic cl une. et ce (pii apparlieul au César moderne, c'est-à-dire au peuple, rendu à C-ésar ; le royaume i\\i (Mirisl [)lac(' iiii il le plaça Ini-mènu' : Imrs de ce UKinde. lini's des inléréis iiinuains et p(''rissal)les ! T.a liliei-h' de c(Hiscieuce. la li>l(''iauce de\emies la ri't^le de l(udes les relations !

\(»ilà en d('liuili\e le liid où nous marchons, le l'é'sultat ainpwl l'ie IX aura, pai' ses (pialilé's personnelles aulaul ipie |»ar sa faiblesse, le plus conli'iliué'.

Typ. Ernest Meyer, à Pan»

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