LAMARTINE
mis lin (les chàloaiix i|iii (Idiiiiiifiil les liaiilcs cainiiapnos
el le ((ims siiimnix de la Saône, nu limiinu'. i'i l'Iieure nii
nous éi'iivous ces lignes, est courl)é par la maladie, \ieilli
par leciiagrin , par l'ingratitude des hommes, par les ' i-
cissitudes de la vie , plus encore que par l'âge. Mais le corps
seul de cet homme est hrisé , son esprit et son cœur ont
[■onservé leur puissance et leur jeunesse, sa volonté n'a rien
perdu de son invincible énergie et, au milieu des plus atroces
i^x soutTrances. il se livre à un travail opiniâtre, il dicte, il revoit
latiemment les œuvres de sa jeunesse, il corrige des épreuves,
i^W£ il entretient des relations étendues et gagne sa vie pai' un rude
A laheur (piolidien.
(]et homme est une des plus vastes intelligences, un des plus ])urs éci'ivains. un des |)lus grands poêles di' noire leni]is ; son éloquence ii r.iil
S" I.A.MAIITINR.
(les iiiir.ich's ; il ;i (cini dans s(>s tiiains k's (lostiiR''cs de l;i Im;iiicc ; il a opposr sa ])nilriiH' an Mol fn'Tnissaiil des n'\(diili(iiis ; sa |i(i[iiilari(i' a (Hr immense.
Cot homme es( Alplunise de Lamartine.
I'niir(|ii(ii ne pas dire lonle noire pensée? Ce nous est une joie d'avoir à racoidei' anjourd'liiii l'existence f.:ioriense de ce |)oMe, de cet oralenr. de riioiiorer, de (('nioiLiner pnl)Ii(|nenienl en sa l'avenr, d'exprimer liicti haut noire admiralion poui- ce magni(i(jne lalenl , |)onr ce hean et n(d)le caraclère. pou)' ce f,n'and ciloyen, à l'Iienre oii lanl d'indiirérents, tant d'inj'Tats, lanl de méchants se détournent de lui el se débarrassent du fardeau de la reconnaissance on niant ses services. C'est pins qu'une joi(^ c'est un lioniieui' pour nous (\ne de reconnaître et de si<,'naler des facultés si exceptionnelles, des services si éclatants, de nous incliner devanl ce génie splendide , devant cette âme loyale et de lui rendre , au nom des lettres françaises, le tribut de nos respectueuses sympathies et aussi, (pi il nous permette d'ajonter, de notre filiale affection.
Marie-Louis-Alphonse de Prat de Lamartine est né à Maçon le 21 octobre 1790. Lamai-tine a raconté lui-même son enfance avec un charme inimitable ; tous, nous connaissons, par ce qu'il en a dit lui-même, les lieux où il a grandi ; tous , nous avons appris de bonne heure à aimer et à vénérer sa noble et tendre mère.
Nul homme n'a parlé de sa mère en termes plus élevés et plus touchants. Je vois d'ici, dans le château de Milly, au foyer de famille, comme si j'y avais été moi-même assis. , cette pieuse femme tenant sur ses genoux la Bible de Royaumont et apprenant à lire h l'enfant que tant de gloire attendait. Ces tableaux que Lamartine a retracés , on ne les oublie plus. L' : événements quotidiens emportent toutes choses dans leur cours rapide ; chaque jour les points de vue changent, il nous est presqu'imposssible de songer le lendemain à ce qui nous préoccupait la veille ; mais les impressions de ces lectures sont ineffaçables ; les émotions qu'elles nous ont causées persistent malgré tout, et bien souvent il nous arrive, au milieu du bruit des luttes et du choc des intérêts contemporains, de nous réfugier par la pensée sous les beaux ombrages de Milly ou de Saint-Point , de suivre le poète dans son pèlerinage en Orient , d'évoquer le souvenir de ses confidences, de ses poèmes, de ses récits, de vivre de sa vie en un mot. C'est le privilège du génie d'exercer un tel ascendant sur des générations entières.