‹ Les célébrités du jourChapitre 19 sur 42 · ABD -EL-KADER · texte numérisé non relu

ABD -EL-KADER

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AB D -EL- K ADE Pt

■^' "S déplorables événemenis dont la Syrie a été le théâtre penaut l'été de cette année, 18G0, ont mis en relief, plus, et siiriiit autrement qu'elle ne l'avait été jusqu'ici, une des plus belles et des plus originales physionomies de ce siècle. Les sympathies de l'Europe entière, celles de toute la chrétienté environnent aujourd'hui le nom d'Abd-el-Kader d'une auréole extraordinaire. (Ju'a fait Ahd-el-Kader ? Il s'est montré liumaia et tolérant, il a ;.5 porté secours à des chrétiens, il en a arraché le plus f[u'il a pu à P leuis massacreurs ; il a exposé sa vie, sa popularité parmi les musulmans, pour sauver la vie d'hommes étrangers à sa foi religieuse et qu'il a néanmoins considérés comme ses frères.

Pour nous, nous n'avions pas attendu cet acte héroïque pour a(hnirer l'ancien et redoutable adversaire de notre domination en Algérie. Depuis le jour oili le nom d'Abd-el-Kadcr retentit pour la première fois parmi nous, nous avons sui\i a\ec soin, étudié avec sollicitude ce beau caractère, et nous espérons faire passer dans l'esprit de nos lecteuivs une comiclion ([ur la cdunaissance des faits et une liint^uc (dtservation on! Iculcineiil Inrmée.

m Aiii)-i:i.-KAi)i;ii.

Siili-l'"l-ll;i(l|i-(Mil(l-Mali(ly-l".(liliii Mid-i'l-Kiiilrr csl iir vers 1S(I7. diins les ciniioiis (le i\l;isc;ir;i. sur le (criilniic des llaclicms (pliiiiic iri'igliicis). S(iii |iriv, Siili-.Mali(l\-l'"(l(liii, iiiaraliiiiil Iivs-m'ik'm'c de la |iin\iiic(^ d'Oraii, a[i|iarl('iiail à iiiic illiislic raiiiillc. Suivant les uns, sa fiviiéalogic n'iiioulait Jus(|u'uii itropliole ; siiixaid d aulics, le maralioid Mahdy-l'Mdiii drscciidail dos IJciii-Isscicii. Faiiiillo (|iii a\ail Iduciii des sidlaiis à 'riciuccii.

(Ju(ii(|iril l'ii siiil, l'illustre (ils de JMalidv-lMldiii n'a plus licsniii de parcliciiiiiis, il a lui-iiiriiic l'ail sa ii(d)l('sse et attaché à sou nom nnc liliuic iniiirrissahlo.

Alid-cl-Kadcr l'id (''Icvr, avec ses dcnx l'iri'cs, dans la Cinclmt isdrlc de séminaire) de sdii pÎTC. Des lradili(ins locales al'lirmenl (|ne, dès son eid'ance, des |)ro<lif>'es annonci'renl ses liantes destinées. Alid-el-Kader l'nl inrcocemenl inlellij^i'nl, sa\anl el |iien.\. Il excellait dans tons les exei'cices dn coi'ps et excitait I admiration des Arabes. rSui ne montait à cheval avec plus de f^ràce et d'audace, nul \w maniait le vatagan avec pins de dextérité, nul n'avait plus d'alFahilité cl de femielé dans le caractère, plus de sagesse dans les conseils.

Ahd-el-lûnier lit, bien jeune encore, avec sou père, le pèlerina.^e de la Mecque; il en reviid avec le titre de liadji (pèlerin) et une réputation de sainteté (|ni accrut son iniluence parmi toutes les tribus de l'Ouest. Des récils merveilleux ont circulé sur les diveis incidents de ce voyage et les Arabes y ajoutent une foi profonde. Ainsi, à Bagdad, dans une des chapelles élevées à la mémoire de Sidi- Abd-el-Kader-El-Djelali, fomlateur d'une corporation religieuse qui compte de nombreux adhérents parmi les Arabes de la province d'Oran, uu ange serait apparu à Abd-el-Kader et lui aurait annoncé, de la part du Pi'ophète, sa haute mission.

Abd-el-Kader avait vingt-trois ans busqué la France. ])Our venger une offense faite à son représentant auprès du Dey d'Alger, entreprit la con(piétede l'Algérie, œuvre immense dont, après trente ans d'occupation, nous entrevoyons à peine la grandeur et les conséquences !

Le débarquement de notre armée à Sidi-Feruch, le 14 juillet ISiiO, la prise d'Alger, le départ du Dey, lurent, dans toute l'Algérie, le signal d'événements très-graves. Les tribus de l'Ouest, sous la direction de Sidi-Mahdy-Eddin, chassèrent les Turcs de Mascara et choisirent pour roi ce marabout vénéré. Plus que

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pprsoiiiii' le pri'c avait loi dans les desliinTs du fils ; ne l'avait-il pas vu en sonj^o assis sur nu liVuie et rendant la juslicc? il irs(dul de icnirllrc à Alid-el-Kadnl'auloiiir suprême que les Arabes venaii'ul de lui coulV'ici-, mais il Noiduf auparavant avoii' un entretien avee son (ils; il l'appela sous sa Itiitc d lui demanda comment il entendrait l'exercice Au pouvoii' l'oyal : » Si j'étais sultan, n''|)ondil le jeune lionmie, je voudrais gouverner mon peuple avec une main de; 1er (;t un c(eur d'or, et si la loi m'ordoiniait de tuer mon père, j'obéirais à la loi. »

A ces mots Mahdy-Eddin prit son fils par la main, parut avec lui sur le seuil de la fente et le présentant à la foule : " Voilà le fils deZ(»lira, dil-il, voilà le; sultan qui nous est annoncé par les prophètes ! » Et la foule enfliousiaste acclama le sultan Abd-el-Kader.

Au moment de son élévation, le nouveau souNcraiii possi'dail [lour jouir fortune un cheval magnilîque et (piciques pièces di' uionnaie nouées dans un coin de son kaïck. « Dieu me pourvoira! » dit-il. En effet, on vint de toutes paits lui offrir de riches présents; le soir môme sa maison était convenablement montée et le lendemain, quand il fit son entrée à Mascara, les Mozabites et les Juifs lui livrèrent des sommes considérables.

Aussitôt il envoya, suivant l'usage, ses ambassadeurs, chargés de cadeaux somptueux, auprès de l'empereur du Maroc qui ratifia l'élection du peuple et, en sa qualité de chef de la religion, prescrivit l'obéissance la plus entière au chef de la guerre religieuse contre les infidèles.

A peine investi du pouvoir, Abd-el-Kadei- ne perdit pas un instant. Il organisa la lutte avec une habileté à laquelle nos généraux ont rendu justice et il la dirigea, de sa personne, avec une bravoure calme et intrépide que notre armée a plus d'une fois admirée.

De toutes parts, les hommes les plus vigoureux, les cavaliers les plus hardis venaient se ranger sous ses ordres. En 1832, il aftatpui la place d'Oran avec 10,000 hommes et ce ne fut <{u'après trois jours d'une lutte, héroïque de part et d'autre, que le général Boyer put repousser l'armée arabe. Au plus fort de l'action on avait vu sur les glacis Abd-el-Kader à cheval, excitant ses soldats de la parole et du geste, servant de point de mire aux défenseurs de la place sans se

ar, Ai!i)-r;i -KADiii.

Miiiiicr (les iirdjcclili's i|iii Idiiiliaifiil fiiiiiiiii- j^ivlf ;iu(uiir i\v lui. Il eut son cIicmiI (lie sims lui |iivs du fini Siliiil-Pliilippe.

Itc si t;l(tri('ux ('c'Iiecs graiidissaicnl sa n'piilaliou ci sdii inlliicncc ; son ;ml(ililcs'cii lidinail allcrniit' plus ])('iil-(*'tiT (inVIIc ne l'eût rti' par des siicci-s.

Au d(''l»ul des oprralious Ahd-cl-Kadcr paiaissait décidé ;ï rcCuscr l'ccliîuijic des piisduuici's. Il rcpondil à une pioposilidii d'échange l'aile par le généra' Desuiicliels (pii a\aii eu la gliiiic de le lialtre : « Chacun son tour entre ennemis. Un joui' |i()ur \(ius, un jour pour uini. Le moulin lourne pour Ions deux, mais loujoui's en écrasant de nouvelles victimes. Néanmoins, c'est un devoir religieux pour chacun de nous et il faut l'accomplir. Pour moi, (piand vous m"a\e/. l'ait des iirisonuiers, je ne vous ai jamais fatigué de démarches en leur laveur. Comme honuui'. j'ai souffert de leur malheureux sort; mais, comme musulman, je regarde leur mort comme iiiu- vie nouveIh\ et leur rachat de l'esclavage au contraire connue une mort honteuse, aussi n'ai-je jamais demandé leur grâce. » On verra plus tard qu'il ne persista pas dans cette pensée.

Son père, le vénérahle Sidi-Mahdy-Eddin, mourut peu de temps après. On élail alors en {'i^'^2. Ahd-el-Kader conclut avec le général Desmichels un traité de paix qui, faisant du Chétif la limite de ses possessions, lui constituait un véritable royaume avec Mascara pour capitale, entre le Maroc et les provinces de Titery et d'Alger.

Ce traité fut une faute. Il donna à Ahd-el-Kader le temps de dresser et de modifier l'organisation de ses troupes, dans le sens que l'expérience de la guerre lui avait indiqué ; il put étahlir un gonvernement régulier et reconstruire la natioualitf'' araheen lui donnant un point d'appui et un centre d'action.

Il sufllrait d'ouvrir le Moniteur nffiriol et de lui emprunter les récits de cette longue lutte si nous écrivions ici l'histoire de notre conquête algérienne au lieu de raconter rapidement la vie de l'homme extraordinaire dont le génie tint pendant si longtemps en échec la puissance et les armes de la France.

Ahd-el-Kader n'a pas été seulement un grand général, un habile administrateur; il a déployé au plus haut degré, pendant sa lutte contre nous, les plus rares qualités du diplomate et de l'homme d'État. Depuis le traité Desmichels, ipii lui donna une solide base d'opération, jus([u'au fameux traité de la Tafna,

Allll- l,l.-K.\ lli:H. 117

sifjiuj parle griirral lîiif^'raiid le !! mai is:!7, on clicrclinail en \aiii dans la coïKluitt' d'Abd-ol-Kadei', une l'aiilc, iiiriiic légère, une fausso dùiuarclie, liiio maladresse.

Le caractère de l'Émir el celui du j^éneial Hii^eaud s(! révélèreiil. même dans les plus petites circonstances, lors de la solennelle enti'e\ue (|ui précéda la sij,aiature du traité.

Abd-ei-Kader y déploya une pompe royale. Si le général Bugeaud représentait le sultan des Francs, ne représentait-il pas directemeni, lui, le peuple arabe? 11 tenait à établir cette distinction. Environné de deux cents chefs. [)i'es(pie tous marabouts, vêtus avec magnilicence, montant de superbes chevaux, IKmir se rendit au lieu lixé pour 1 entrevue. On le remarquait sur un (;heval noii' de |)ure race, «luil enlevait de temps en temps des ((uatre pieds h la (bis, rnanneuvre difficile et toujours e.xécutée avec une grâce et une sûreté parfaites. Tous les mamelons voisins étaient cou\erts de tentes, partout flottaient de riches bannières, des instruments de nmsique se faisaient entendre et l'air retentissait des cris (jui acclamaient le sultan.

Le général Bugeaud arriva le premier au rendez-vous. Un kaïd alla au-devant de lui et lui dit : « N'aie pas peur, l'Émir t'attend, »

'I Je n'ai peur de rien, dit l'intrépide général, mais je trouve indécent que ton maître me fasse venir de si loin et attendre si longtemps. »

A la lin de l'entrevue, quand les conditions du traité eurent été lixées, le général français se leva et l'Émir affecta de rester assis, comme s'il se fût promis d'humilier devant le peuple arabe le représentant de la puissance française. Le général Bugeaud s'aperçut de la ruse et dit à Abd-el-Iîader, que quand il se tenait debout, le chef des Arabes devait en faii'e autant, et sans attendre la réponse, avec cette bonhomie et cette fermeté qui caractérisaient le général, il saisit de sa main robuste les mains délicates de l'Émir et l'enleva de terre en souriant.

Plus encore que le traité; de 18.'J3, le regrettable traité de la Tafua eut pour l'Émir des consé(|uences heureuses. Après s'être ravitaillé, après avoir comblé les pertes que la guerre lui avait occasionnées, Abd-el-K.ader. se fondant sur ce (|ue certaines clauses du traité étaient mal exécutées par la Fi-ance, reprit en \H'.V.) les hostilités avec une audace, une vigueur et une rapidité d'e.xécution incroyables.

Celui qui écrit ces lignes était à cette époque à Alger, et il lui est resté un frè.s-vif souvenir de la panique causée parmi la population européenne par cette brus(|ue attaque dont le contre-coup s'était fait sentir jus(|u'aux environs

H8 Aiii»-i;i.-k.\i)i:i!.

d'Alj^i'r, dans la |ilaiiii' de .Milidja, (iii les roi'iiies de nos cdloiis a\ai('iil r.U\ l)ri'ilt!t!s.

Lejïriof principal d'AIxl-rl-Kadcr n'rtail point sans rondcinciit, il Faut on con- M'iiir. [.(• passage de nolic cxprdilion de Cdiislaiiliiic a liavers le leniloiiM^ de llaui/a el celui des lieni-Djaad, compris dans la y.oiic (pic le liailc de I8;i7 lui avait soumise, cvpiivalait à une déclaialioii de guenc. cl noire Iml liilde n'avoir pas prévu les conséquences de celle \i(dalioii de l<'i riloire, siirloiil vis-à-vis d'im peuple si l'aiialiipie que celui en présence ducpiel nous nous Irouvioiis et d un clicl si liahile (|ue celui dont nous avions nons-mème consididé le |)ouvoir.

Celle agression fut le signal de représailles énergiques, et la France, dès ce moment, conq)rit ipi il fallait absolument en linir avec ce redoutable adversaire. Les pouvoirs publics ne reculèrent devant aucun sacrilice et des expéditions décisives furent résolues.

Pendant l'année 1840, le maréchal Valée et le duc- d'Orléans battirent l'ai'inée d'Abd-el-Kader à Mouzaïa. Ils s'emparèi'ont de Médéali et de Milianab. Le général Bugeaud, de son côté, organisa cet habile système d'attaque et de défense qui devait infailliblement l'éduire, dans un temps donné, la pnissance de l'Émir. Il prit Mascara et soumit nn grand nombre de tribus. Enlin, en 1842, H la suite de la mémorable expétiition des Bibans, les cliasseurs commandés par M»'' le duc d'Anmale et les spahis du général Yussuf s'emparèrent de la smala d'Abd-el-Kader, et le forcèrent à se réfugier chez l'empereur du Mai'oc après la destruction de ses derniers réguliers, que commandait le célèbre Sidi- Embareck, que nos soldats désignaient plaisamment sons le nom de Sidi- Embarrus, à cause des embarras très-sérieux (ju'il leur causait.

Le général Bedeau prit une part active au résultat de cette campagne. Ce fut lui (pii repoussa, sur les Itords de la Sikkalc, Abd-el-Kader (|ui s'y était présenté avec un contingent marocain de 5 à 0,000 hommes. Plus tard, le 2'J avril 1842, le général Bedeau obtint un nouveau succès (]ui compléta la défaite de l'Émir.

A partir de ce moment l'activité d'Abd-el-Kader ne se manifesta plus que par d'impuissantes tentatives . et la bataille de l'isly porta le dernier coup à son pouvoir.

L'autorité morale et religieuse de cet homme extraordinaire était telle que les populations marocaines se rallièrent autour de lui et que l'empereur n'exerça plus dès lors qu'une autorité nominale. Il ne fallut pas moins de deux années d'efforts et de combats incessants pour réduire cet infatigable joùteui-. Ses ordres étaient exécutés avec une merveilleuse précision à des distances considérables. En février 1846, il porta la révolte dans l'Ouen-Nougha, entre Médéah et Sétif. Le

Ai;ii-i;i.-K.\i)i';u. jin

griK'nil Miigcaiiil I en chass,! ; mais iidlrc cdIoiiiih clail à pciin- ri'iihrc a Alger, qn'AlKl-el-Kadcr, avec une rapidité IViiidroyauto, i'('|)afiit dans la Milidja sous le camiri niriin' (h' uns Idils. Nos trou])es se rfiiiii'i'iil aussitôt en inai-cln'. Kllc's surprirent l'Émir enirn Alger et Dellys et le poursuiviieut à outrance pendant phisieiH's mois au milieu <les immenses steppes du Sahara.

C'est à cette épotiue (|ue se place un des faits les plus odieii.v ipii aient été reprochés à Abd-el-Kadei- : nous voulons jiarlei- du massacre des prisoii.uiers français à la Dcïra.

Il paraît certain aujourd'hui cpie cet ordic harhaie lui donm'' par les <diers de la Deïra et non par Ahd-el-Kadcr (pii, à ce moment, était éloigné du lieu où s'accomplit cet horrible drame.

L'Émir a toujours repoussé toute responsabilité de ce crime; il s'est toujours défendu d'avoir ordonné cette boucherie; ei si l'on se report*? à sa conduite antérieure %is-à-vis des prisonniers français, conduite (|ue l'évèque d'Alger, M»'' Dupuch , a hautement et publiquement honorée, on est tenté de croire qu'Abd-el-Kader fut eu efl'et étranger h ce crime. Mais ce que l'histoire pourra lui reprocher , ce sera de n'a\oir pas sévi contre l'auteur principal du massacre des piisonniers, Mustapha Ben-Tami, qui resta attaché à sa personne.

Du reste, il serait injuste de ne pas tenir compte, en une circonstance si grave, des protestations de l'Émir lui-même.

Lors({u'il vint à Paris remercier l'empereur Napoléon lil de la grâce que celui-ci lui a\ait accordée, l'Émir expliqua (,'u ces termes, cet horrible événement :

« J'étais, dit-il, dans le Sud, à 200 lieues de la Malouïa, ([uand cette » affaire s'est passée. C'est un effet de la rivalité qui divisait mes lieu- » tenants Ben-Tami et Bou-Haraédi. Celui-ci voulait livrer les prisonniers au » Maroc, Ben-Tami voulait les garder. 11 vit le moment où Bou-Hamédi » allait les lui enlever de force. x41ors il crut devoir, pour demeurer iidèle » à sa consigne, user d'un expédient (jue je désavoue publi(juement, qui n est e.vécrable, que je mauflis, car il m'a lait plus de mal que les armées » du maréchal Bugeaud, du général Cavaignac et du général Lamoricière.

« A cette époque, ajouta l'Émir avec émotion, mes lieutenants ne m'obéis- )) saient plus. La division régTiait dans mon camp, mon autorité déclinait » comme le soleil à son coucher, et mon khalifa ne craignit pas d'agir sous 1) sa propre responsabilité, (juitte à s'expliquer plus tard avec moi. Je ne » saurais trop le répéter, le sang des morts de la Malouïa ne doit pas

120 Ai!i)-i:i,-K,\iii;it.

» rt'lombor sur iu;i Iric. (»ii ;i loil de me le rr|)i(>(licr. Si j'ai ilil par » deux luis: une (uciuit'ic lois aux prisouuirrs cux-tnruH's , uiu' seconde » tVtis au sidhui Luuis-lMiiiippe. (pie j'a\ais ordoiiui' le massacre, c'esl (pie jo » i)arlais, j'agissais eu cliei' el (pi'iiii cliel', dans l'exercice de l'aiildrih'', doit » prendre hautement et lièrement la responsabilité du bien el du mal , )) sauf à sVxpli(pR'r plus tard avec ses lieutenants. Je ne [)on\ais pas •) avouer publi(piement (pie jc^ ne n'gnais plus dans mon camp, (|ue mon » autorité y était méconnue et (jue , sans mon ordre, l'on y fusillait des Il prisonniers de f^aierre. »

Ce sont là de belles et nobles parol(« dont il est impossible de ne pas tenir compte, surtout lors(ju'elles sorteni de la IkmicIhï d'un bomme qui a donné de si éclatantes preuves de sa loyauté. L'bistoire dégageia le nom d'Aba-el-Kader de toute responsabilité directe dans ce massacre épouvantable.

?sous avons dit que le système d'atta({ue et de défense adopté par le général Bugeaud , système que l'expérience de nos guerres africaines lui avait révélé, de\ait lu'cessairement épuiser les forces d'Abd-el-Kader dans lin temps procbain. L Émir déploya toutes les ressouires de son génie, il prolongea la hilte au delà de toutes les prévisions, mais il finit par succomber et il succomlia héroïquement. Lorsqu'il fut bien convaincu (ju'il ne pouvait plus tenir la campagne sans exposer la vie de ses soldats, il résolut de se rendre spontanément, librement.

Il pouvait se réfugier dans l'immensité du désert et de là, par la seule influence de son nom, troubler pendant longtemps encore notre possession, nous obliger à entretenir des troupes sur tous les points à la fois et attendre ainsi le moment oîi il pourrait reprendre l'offensive. 11 jugea cette guerre de partisans indigne de lui, indigne de la nation dont il était le chef, indigne de la France. Dieu avait parlé, il se soumit. Il vint luimême au-devant de notre armée et se constitua prisonnier de guerre entre les mains du général Lamoricière.

C'était dans la nuit du 21 au 22 novembre 1847. L'habile et intrépide général, auquel les événements dont il a été le triste héros dans les États-

.\i;ii-i.i,-i\.\ui:ii, i-'i

Iluiuaius ne saiiraiciil luiiis ciiijjèclicr (le reiidn; liaiili'inciit jnsliic, l'iiilivpide géurral LaiiKii'icièiv, disoiis-iioiis , roiiipii à (oiit(!S les l'iiscs (!<■ la fiucrn; (l'Arriiiue, avail iail (i((ii|H'r le cdl de Kci'Ikjuss par des spaliis déguis(''s on simples ca\ali('rs des liihiis. Ils (•laiciit à peu di3 distance du campement arabe don! les avant-postes étaient commandés pur le lieutenant d'Abd-el-Kadei- , IJokouïa.

La nuit était noire ; une pluie jjattante détrempait le sol. Les spahis déguisés s'avancèrent, pour les snrjirendre, vers les soldats d(! Hokonia. <i Oui ètes-vons ? » leur cria-t-on. — « Nous sommes des cavaliers de la tribu voisine, » répondirent-ils.

A ce moment, un homme s'avança vers eux : d Non, leur dit-il, vous n'êtes pas des cavaliers de la tribu voisine ; vous êtes Français, ou si vous êtes Arabes, vous ser\e/. les Français. Je suis l'Kmir Abd-el-Kader, fils de Mabdy-Eddin, et je demande ;i parlementer avec le général. »

Deux cavaliers partirent immédiatement au galop et allèrent porter celte proposition au général Lamoi'icii're (|ui se tint en détiance, croyant à (juel(|ue ruse.

Uokouïa suivit de près les deux cavalieis ; il était porteur du sabre et du cachet de l'Émir. Il venait traiter de la reddition de son maître qui ne demandait qu'une chose : être transporté en Orient.

Le général Lamoricière, à son tour, envoya son sabre et un cachet du bureau Arabe à Abd-el-Kader pour gage de sa parole. Dès le point tlu jour, la cavalerie, sous les ordres du colonel Montauban, se mit en route et Lamoricière se rendit aupi'ès de l'Émir (pii demanda ([uelques heures de sursis. Il était calme et résigné, mais son àme était encore livrée à de rudes combats iutéi'ieurs. Il se prosternait de temps à autre et priait avec ferveur, puis sa résolution fut prise.

Sa belle jument noire (|u'il affectionnait avait été blessée dans un des derniers engagements ; il monta un cheval maigre et essoufflé, le premier cheval venu, et escorté de (juelques cavaliers pâles, exténués, dont le visage exprimait la profonde tristesse, il se dirigea vers le quartier général de Lamoricière.

Ce triste cortège fut accueilli avec respect et avec une vive émotion par nos soldats (pii n'en pouvaient croire leurs yeux. Il d(''lila lentement entre une double haie de chasseurs qui rendirent à l'Emir les honneurs militaires, et le sacritice l'ut accompli.

Cette nouvelle produisit en France une sensation telle ({u'elle détourna

lij Al;l:- 1.1. - l\.\lii:lt.

|i('ii(l;iiil (|ii('l(|iif lriii|is les ('s|irils des |)i'('iic(ii|iali()iis |i(ilili(|ii('s iiilciiciircs qui, eu ce iikuiii'iiI miiIoiiI. a\;iiriil une \i\a('iir' iiiniiii' : nous loiiclilons aii.x f^raiiils ('M'iiciiiciiIs (|ui allaiciil iiian|iici' le drlml de l'aiiiKM' ISUS.

Le géiiri-al I.amorifii'i'c s'rlait engagé vis-à-\is dWlid-cl-Kadcr, an nom de la Krancc. La Pi'ancr dcxail li'nii' sa [iroMicsse et 'condnirr .\l)d-i'l-l\adcf, soil à Alcxandrit', soit à Sainl-Jean-d'Acro, suivant le \o'u (|n'il a\ail l'ornicllcuient o.vpriini' . snisant la condition , la seule (ju'il ci'it i'aifc Ijî gonvei'nenieut de celle e|io(iue en jugea aidrenient. L'cv-I'lnur , sa l'ainille et ses serviteurs i'nreni, an uK'pris de la foi jurée, eiil'erniés au lort de Lamalyue, près Toulon. (l'est là ((n(> U' hnùl de la révolution de Février ■vint surprendre Abd-el-Kader (|ui ne ne comprenait pas (jn'iin inon\eni(.'nt populaire pùl a\oir déliVini- le sultan Loui.s-Pliilippe.

A\ant de ([uillei- l'Algérie, Ai)d-el-Kader avait éli' i-eçii à Nemours j)ar le duc d'Aumale. Cette entrevue, au dire des témoins de cette scène, fut empieinte d'une solennilé majestueuse. Le jeune prince reçut l'illuslre vaincu avec les plus touchants égards. L'Émir fut digne et calme, il remercia le duc d'Aumale de ce qu'il daignait confirmer la parole donnée pai- le général Lanioricière et le pria d'accepter, comme souvenir et témoignage de haute estime, sa belle jument noire dès qu'elle serait r'emise de sa blessure. Le prince accepta, d J'aurais voulu faire plutôt ce (pie je lais aujourd'hui, dil Abd-el-Kader, j'ai attendu l'heure marquée par Dieu. Je pars trancpiille puisque j'ai ta parole et celle du général. »

Puis, après avoir assuré le sort des serviteurs, des parents, des amis (ju'il quittait, il se confia à Dieu, à la France et à sa destinée.

Qu'on juge du douloureux étonnement qu'éprouva cet Arabe lorsqu'il se vit enfermé dans une forteresse au bord de la mer. Il demeura calme cependant; il se plaignit, mais sans aigreur, du mampie de foi dont il était victime. En apprenant que la révolution venait de détrôner le roi Louis- Philippe , il crut sincèrement que le nouveau gouvernement tientirait la parole que le gouvernement déchu n'a\ait point tenue.

M. Fnlcrau Snchet (du Var) , <pii fut liepuis représentant du peuple à l'Assemblée législative, venait d'être nommé, par l'unanime acclamation de ses concitoyens, maire de la ville de Toulon. L'Émir fit prier le premier magistrat de la cité de venir le visiter dans sa prison. M. F. Suchet s'y rendit aussitôt et témoigna toute la déférence qui était due à cette grande infortune. 11 ne put donner à l'illustre captif d'antre assurance (jue celle où il était lui-même. Le gouvernement régulier (pii allait bientôt succéder au gouver-

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iiciiK'iit pi()\is()iri; ne potnait iiiau([U('r, s(;l()ii lui, do l'ain! cxôcutfT les clauses de la convention du 22 novembre 1847.

La frayeur (|u'insi)irait le nom d'AIxl-el-Kader, la (laiiilr (luc drs son arrivée dans une ville d'ÛrienI, smi nom iw sc'rvît de draj)eau à dcnouNclics agitations en Algéiic, inspiivrent bien mal le gouvernement et l'Assemblée constitnanle. De vives discussions s'engagèrent à ce sujet dans la presse et à la, Irihiinc Le général Lainoricière défendit avec cbaleur lu convcnlidn (pi'il a\ail <(in(ln('; il montra l'Iionneur du nom français intéressé à ce que celte convention fût respectée. Tout fut inutile. Un membre d(! l'assemijlée alla jusfpi'à dii'e (|ne mieux valait l'émir en Algérie qu'en Orient. « Rien n'est plus facile, ri'plirjua le général avec cette vivacité de répartie qui lui est lialjiluelle, l'ien n'est i)lus facile que de satisfaire l'orateur; vous tenez Abd-el-Kader, reconduisez-le en Algérie, ce sera plus bonnète! »

La raison d'État, souvent aussi mauvaise conseillère que la peur, l'emijoita et la détention indéterminée de l'ex-Émir fut résolue. On le conduisit d'aboid à l'an, puis à Amboise; il supporta cette captivité, sous laquelle il succombait, avec un calme admirable.

Pendant ces rudes épreuves, le colonel Boissonnet, pour bwpiel l'Émir avait toujours professé la plus vive sympathie, fut attaclié à sa personne et ne contribua pas peu à alléger les souffrances morales du pi-isonnier. M. Ismayl Urbain, chef de bureau au Ministèi'e de la Guerre, qu 'Abd-el-Kader affectionnait beaucoup aussi, lui écrivait et le visitait souvent : M^'' Dupuch, ancien évêque d'Alger, qui avait connu l'Émir lorsqu'il négocia avec lui l'échange des prisonniers, le voyait quelquefois aussi.

Cette injuste captivité dura jusqu'au mois d'octo])re 18o2, époque à laquelle Louis-Napoléon, prince-président de la républi(]ue, eu vertu de ses pleins pouvoirs, le remht à la liberté et décida (pi'il serait conduit à Brousse avec une pension jannuelle de 100,000 francs. Abd-el-Kader jura (jue jamais il ne porterait ni n'e.xciterait qui que ce soit à porter les armes contre la France, devenue sa seconde patrie. Il a tenu parole.

Avant de parler de la courageuse et apostolique mission qu'il a remplie à Damas vis-à^vis. des Chrétiens, lors des événements qui ont nécessité l'intervention de la France entre les Druses et les Maronites, il nous paraît intéressant de jeter un coup d'œil rétrospectif sur la première période de sa vie, celle pendant laquelb; il fut notre ennemi:

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