Alill-l'.l.-KAIll.H
Ali(l-t'l-K;ul('r. ainsi (|iii' iiniis l'axons dit, a dû à riiidiicnco d(î son père, le nianihout Mulidy-Eddiii , le pnmoir soiivoraiii duul, bien joiiiie oucon!, il fut investi; mais s'il a cunst'rxr ce pdinnii-, s il l'a ôlondu et l'ortilic^ pondant de lonjinos années, s'il a pn stmtcnir cdutre les l'orccs de hi Franee une lutte si aeliarnée, il ne la dn (pi à son j,'énie, à la fenueté de sou earactère, aux lirillautes l'aenlles dont il est doué.
Loivsque les Arabes l'acclanièrent en (pialité de sultan, il était non-seulement le plus liabile et le plus gracieux cavalier des tribus de l'Est, mais il était déjà célèbre par son activité, i»ar sou courage, par sa piété fervente, par la simplicité et la pureté de sa vie. 11 était poète et lettré, sa parole était éloquente et imagée.
Sa douce et belle ligui'e offre une vague ressemblance avec l'image tr'aditionuelle du C.brist; ses traits sont pleins de noblesse. Ses grands yeux noirs ont nu éclat et un cbarme que les femmes de Paris admirèrent pendant le séjour qu'il lit dans la capitale entre sa sortie de prison et son départ pour l'Orient. Son teint d'un blanc mat inaltérable, sa barbe noire, son doux sourire donnent à sa physionomie un cachet de distinction éti-ange.
Notre contact, ccipi'il a vu de nos UKcurs, de notre civilisation ont exercé sur Abd-el-Kader une intluence prodigieuse. Entre le jeune et bouillant Emir ([ui, an lendemain de notre con(piète, soubna la nation arabe contre nous et l'homme qui, à Damas, exposait sa Vie contre les Musulmans pour sauver les Chrétiens, il y a un abîme, et cet abîme c'est le génie de la France (jui l'a comblé.
Au début des hostilités dirigées contre nous, Abd-el-Kader se faisait appeler : Coi/pettr de UHes de Chrétiens pour l'amour de Dieu, c'est-à-dire en vue de la récompense éternelle; aujourd'hui cette grande àme s'est ouverte à une idée plus généreuse, plus large, et les Chrétiens sont, aux yeux de l'Émir, des enfants de Dieu aussi Itieu que les Musulmans.
Abd-el-Kader a laissé en Algérie une réputation de sainteté, de patriotisme, de vertu, de sagesse qui fait déjà de lui, et de son vivant, un personnage légendaire. Ce qui est certain, c'est qu'il fut à la fois juge impartial et administrateur intègre. L'organisation flu gou\ ornement qu'il avait fondé témoigna d'une habileté politique peu commune, autant (jue ses manœuvres stratégiipies , pendant les longues guerres qu'il nous suscita, témoignaient de son haljileté comme général.
Lorsqu'il (ni rlcvr an |»nn\(iir, il en ('liiMil le sitVe à TafjdcMiit. ville ipi il édifia sur les mines d une rilr nmiaiiic cl udu loin iln [kisIc achicl de Tiarcl. dans nue position plus ceulralo, que a'ilc de Mascara. Tafidcuil dminl à la (dis sa capKale, son arsenal cl son ([uarticr f-riu-ral. Il y plaça ses niunilions. ses magasins d'armes, ses nianulaclures, sa ral)ri(|nc de monnaies.
Il partagea ses Efafs en huit khalil'als on provinces. Cette organisalinn enlaçait tout le terriloiio aralie. Chaque khaliCal cnm|)icnail pinsicnis giimpcs de liihns ou aglialiks dirigés chacun pai' un aglia. Les actes (inancieis élaieid cdiilidh's par V<iiil,il l'I soltlidii, sorte de ministre des tinauces cl de lacloliim dn Prince.
L'Émir avait élahli des postes Cortidés à Saida, Taza, Sehddu ; il a\ail créé une manufacture d'armes. Alin de parei' à l'inconvénient ipie pit'senlail l'appel trop fi'éqnent des contingents irréguliei's (pi'il fallait j(''ser\er \unw les circonstances graves, puisqu'ils comprenaient tons les hounnes \ali(les des Irilnis. il avait organisé une petite armée régulière, hahillée, soldée et nourrie aux frais du trésor puhlic. Lorsqu'en 1839 Ahd-el-Kader reprit contre nous les hostilités, il avait environ J 0.000 réguliers (cavaliers et fantassins) et même quehjues pièces d'artillerie.
Lorsqu'on lit avec attention les récits, les faits ([u'oiif puhliés , au sujet d'Ahd-el-Kader, les prisonniers qu'il nous a renrlus et les officiers qui l'ont visité au temps de sa puissance, on est frappé de la ressemhlance qui e.xiste entre le héros moderne et l'antique ennemi de Rome, Jugurtha, que Salluste nous a dépeint en un si heau langage.
Un des traits les plus distinctifs de cette helle et originale physionomie est l'amour, le respect profond qu'Ahd-el-Kader portait à sa mère. Lellah Zohra était une femme de grand coMir, d'un esprit ferme, d'un aspect imposant. Elle exerçait sur les rés(dutions de son fils une influence à laquelle Abd-el-Kader n'essaya jamais de se soustraire. Elle était à la fois sa mère et son maître, et il était si bien son fils, la chair de sa chair et le cœur de son creur, que jamais un dissentiment ne s'éleva entre eux.
Lellah-Zohrah approuva la décision de son fils lorsque celui-ci résolut de se rendre lihrenu'ut à la France pour éviter une effusion de sang qu'il jugeait désormais inutile. Elle le suivit dans la captivité, et ce fut elle qui le soutint dans les rigueurs que la politique du gouvernement français lui imposa de 1847 h 1832. Lellah-Zohrah aurait hautement approuvé la conduite de son fils à Damas. C'est le plus bel éloge que nous puissions faire de cette femme qui restera une des femmes célèbres de l'Islamisme.
120 AiMi- i;i.- kaih;i!.
iNoiis aniMiiis à la [xTiodc la plus l'clalanle ( jiisi|iri<i liii indins, car nous uc savons ce (|n(' l'avcnii- ivsci've à Alxl-cl-Kadcf ), à I .ulc Ir jiins j^riirreux (le (t'Ilc oxislcncc prodigieuse.
Uu grand puëte, AlIVcd de, Musset, a dit a\ec raison :
llic'ii ne nous rond si j^iands qu'iinr f;rande duulnu'!
Ahd-el-lvader a dû un malheur de sa captivité le haptènie qui l'a régénéré. Il est sorti de la prison d'Amhoise et il a quitté la France plus graïul , plus religieux assurément qu'il n'y était entré. Onelqui's prélats que séduisaient la dillicnlté et l'éclat d'une telle conversion ont essayé, dit-on, de faire renoncer Al)d-el-Kader à la foi de ses pères. C'était à la fois méconnaître l'homme et ignorer la puissance que la religion musulmane exerce sur ses fidèles.
.\bd-el-Kader a résisté, cela va sans dire, et si la piété ne lui eût pas conseillé cette résistance, la conscience de sa propre valeur, le pressentiment du rôle qu'il était appelé à remplir en Orient l'eussent certainement empêché de céder aux sollicitations plus zélées qu'éclairées dont il était l'objet.
AI)d-el-Kader, disions-nous tout à l'heure, a dû au malheur de sa captivité le baptême (pii l'a régénéré. Ce baptême, c'est le spectacle de la France, de nos mœurs tolérantes, du génie de notre race, qui le lui a donné, et certes nul baptême n'eût été aussi efficace, aussi puissant que celui-là; sans cesser d'être musulman Abd-el-Kader est devenu cbrétien, non pas membre d'une église catholique ou protestante, ce qui ne signifie rien, mais chrétien dans la plus haute acception ihi mut, chrétien par le sentiment de Ijienveillance qui l'anime à l'égard de tous les membi-es de la famille humaine, sans distinction de communion et de culte; chrétien par le sentiment qui l'anime à l'égard de la France qu'il considèi'c connne l'élue des nations et l'apôtre de Dieu.
Ce ne sont point là des Inpothèses légèrement admises par le biographe pour la plus grande gloire de l'homme dont il trace la biographie. Ce n'est pas de notre pleine autorité ipie nous faisons d'Alid-el-Kader uu libre-penseur. C'est lui-même qui, dans une lettre écrite à la suite des événements de Damas, à quelques personnes qui avaient cru devoir le féliciter sur sa courageuse et
.\iîii-i:i,-K.\nr,it. 127
généreuse iiiiliali\c, a i'.\|iiim(\ en Icriiics Inil claiis, celle i(|('c ([iic l'Islaniisiiic, élail iiii|)uissunt à poursuivre iinjourd'liiii une (eu\rc de ciNilisalidu et (|u il apparleiiail à la I''i'uiice, — non à lel. ou lel clergé, — à la France toile qu'il l'a vue. la France Iil)érale el loléranle, (l'acrnni])lir en Oiû-nt sa mission d'oi'dre, de paix et de concoi-de.
Al)d-el-Kuder était depuis tnjis ans à Brousse, sa première résidence, lors(|n'un lremi)lement de terre l'obligea à (|nil(ei' cette ville.
La non\(dle résidence de l'Émir lui lixée h Damas. Il s'y rendit avec sa smala, sa famille, ses nombreux serviteui's, et là il vi\ait eu sai^e, jiartageaut son temps entre la prière, l'éducation de ses enl'anls el le gouvernement iuté'rieur de sa maison, lors(pie la guerre éclata entre les Druses et les Maronites.
Abd-el-Kader est trop intelligent, trop habile, trop profondément ol)ser\ateur pour ne s'être pas rendu compte, depuis longtemps, des causes de la décadenc(! de l'empire ottoman, des éléments de dissolution t|u'il renferme, des divisions qui soulèvent les unes contre les autres les races diverses dont ce vaste territoire est peuplé. Son esprit grave et réfléchi, qu'ont éclairé les lueurs de la civilisation européenne, a longuement médité sur les éventualités que l'avenir réserve à cet empire bouleversé, sur les probabilités d'une intervention Européenne, sur le rôle qu'il peut, d'un moment à l'autre, être appelé à remplir au milieu d'événements dont mieux que personne il peut mesurer la portée.
Le fils de Mahdy-Eddiu, il ne faut pas l'ouldier, est un des saints de l'Islamisme; nous croyons avoir prouvé, par ce qui précède, qu'il a en lui les qualités de l'homme d'État; il a fait ses preuves comme général, comme administrateur, comme souverain. Par sa naissance, par le prestige religieux qui l'environne, par ses (jualités personnelles, Abd-el-Kader n'est au-dessous d'aucune mission, si grande et si difficile qu'elle soit.
Avant même que la guerre n'éclatât entre les Druses et les Maronites, il connaissait leurs divisions, les haines si'culaires qui les séparent. Comme toutes les personnes qui ont étudié de près le caractère, les mœurs, le génie de ces races ennemies, il ne se faisait point d'illusion sur les vertus chrétiennes des Maronites; il prévoyait bien que leurs prt'tentions, leurs tentatives d'envahissement devaient un jour ou l'autre provoquer un terrible conflit.
Aussi, quantt les sauvages hostilités éclatèrent avec l'assentiment et le concours des représentants de l'autorité turque, Abd-el-Kader se rangea du côté des faibles confie le foit, sans se soucier de leur communion religieuse. Musulman, il ouvrit sa poi'te et donna sa protection aux Maronites comme il eût ouvert sa porte et donné sa protection à ses coreligionnaires si ceux-ci
AHl)-Kl.-lv.\lli:i!.
ciissoiil vU' les plus faillies, lui cela, il se iiinii(i\i lidMc aii\ liadilioiis f|ii'il avait l'ccuciUics ])ciiilaiit son s('iiiiir eu l'iaiicc, il il! à la Inis un acte (rimiiiaiiiln L'[ im aitf (le llaul(^ j)(tlili(|iii'. Il ((iinpiil (|nVii sCIcsaiil au-dessus de loiites préorc ii|iali(iiis relii^ieuses, en sau\aiil des reiiiuies, des eul'auls, des \ieillards, des lioniiues (piOu liaipiail cniiiiiie des lièles l'auM's, il l'aisail ce (pi'eftt fait h sa place \n\ Français, cl c'esl là le iiit'iile éclalanl île sa lielle el ^1, ni,. use; conduite. Ahd-el-Kader ne s'est jias dit : » One feiail en ces circnnslances un nuisulnian? (|ne ferait un clnr'lien? > Il s'est dil : « Une ieiail un h'i'aiicais? que forait la Fiance? »
Le Français sei'ait humain avant tout! La France serait tiénérenso et irait au secours des opprimés et il a agi en c(niséqneiice.
Son inspiration ne pouvait mieux le servir, et le cri de reconnaissance qui, de tous les points de l'Europe, s'est élevé vers lui a dû lui causer une joie profonde, une de ces puissantes émotions ipie l'Iiounne n'éprouve pas deux fois en sa vie. Malgré la inndeslie des diverses réponses qu'il a adressées <î ceux de ses amis de France et d'Angleterre ipii lui ont écrit pour le féliciter, cette émotion et celte joie y percent visiblement.
En apprenant la conduite d'Abd-el-Ivader, l'Empereur des F'rancais Fa immédiatement élevé à la dignité de (ïrand'Croix de la Légion d'Fîonneur. D'autres souverains ont suivi cet exemple.
La carrière d .\l)il-el-Ivader est prohalilement loin de son terme. Ln grand l'ôle lui est sans doute réservé dans les éventualités de l'avenir.
r-Oi-
T\p. Eruest Meyer, à Pans.
EOSSINI
ROSS INI
x't ■■ ii-T:-^.^
ï ers 1rs dciiiicrs jdiiis de l'annoe 1701, poiidaiil (|U(' lu R(''\(iy hitiiiii rraïK-aisc iiictlail l'Eiiropp en IVu cl (|iie IKalic l'Iail « Uvire aux pi'ciiiUTes doureiirs de ronfanfeiiu'iil do sdii indrnoiivLi.S-^-^1/^ daiice et de son uni(é. deux nauM'es musieieus ani))ulau(s par- .^i^'ij::^^ >^ couraient les rues de Rome et s'arrêtaient tantôt sur les places
»^«^^^-^^'vC l>"ljli'|i"'^. tantôt dans les cafés et y faisaient entendre leurs
>\ chansons. Le mari se nommait (iuiseppe Rossini; la fennne, d'une
»^^ remai'(|ualile licniili'', se nonnnail Anna (luidariui : elle clail eiiceinle
/;( el les fatigues de sa grossesse d(uinaient à sa lieaulé un caracItTe de grandeur qui frappait \ivement nmx (|ui écoulaieid ses clsanls.
(Iuiseppe Rossini accompagnait la voix Ircs-pure e( !rès-liainio-
.nieuse de sa fennne ; il jouai! de la llùle, puis du \io!on, puis il sonnait du coi'. Cn de ces nondireux JJijnsifj/toj'i, que la cour jionlilicale entretient sur un |)ied assez oi)ulciil dans la capitale de la chrétienté, remarqua Anna<iuidarini, admira la fraîcheur et la pureté de sa voix; s'approcliant d'elle, il lui dil : i< L'eufanI (|ue vous porte/, sei'a mi Mneslrii émineid. c'esl moi (pii vous le dis. » — I.a fcunne sciuiil : (iuis('|»|tc Rossini, avec sa hdlc cl joxeiise humeur, répii- (pia : .le Icspcre hieii.
i:tii lins=;i\-i.
Itni\ iiKiis ,i|nvs. Ii' 20 IV'\rii'f lïdi, Aiiiui (iiiiilaiiiii lurllail ;iii iikiikIc à Pesiiro, dans les Klats-Roinaiiis, un ('nCaiil du si'xo miisciiliii (|iii ii'ciil le ikhii iIc (îioaccliiiio. LViiraiit siii\it ses parciils à liavcis Inir \ii' de Itnlii'iiir. Il a|)|»iil la iimsi([ii{', cniiMiic les inssij;ii(ds a[»|ii('iiMciil à cliaiilcr. IJicn icimc ciicoïc, il faisait sa |iailii' diiiis les l'oiicorls m |)lciii \ciil duni sl's parciils ('laii'id li> [)riii- (■i[iaii\ \iilii(tses.
O lui si'idciiii'iil à I àj^c de I2aiisi|ii(' |tliisii'uis iicisdiiiics avml r('iiiai(iii('' la Mtix cliaiiiiaidt' cl le Linnl musical du liainliiii. cii^iaLîi'i'cid sdii [x'-rc à lin ddiiiicr un iiidl'csscui'. Son |icrc lu'sila, |iiiis il ciiciclia cl a\cc laide de ([ncl(|ncs amis, rcnl'aiil lui ciiiilii' aux sdiiis d Aiiuclo Tassci de lîoldi^iic.
I.'clcvc m de rapides proférés (|iii ravii'enl le prolesseur, eleii très-peu de temps le jeune Hossini lui en élat de tenir reni[)l(»i de iiuulre de rliœurs dans les ilnViti'cs de plusieurs pclilcs villes el entre autres ceux de I.ujiO, Fei'rare, Fni'li. Sinijiaglia, etc. Sa voix avait alors un éclat cl un charme qui ne furent ])as de lonfiue dui'ée. Avec la puberté sa voix mua et ren(tii(;aut à nituitei' sur les phuu lies, il se \ona à l'a:'! de la composition.
En 1807, il entra au Lycée de Bologne où l'aldié Matteï fut son maître de cdutie-piiint. Mais ces vieilles règles dans lesquelles ou voulait enfermer ce génie si prime-sautier, si plein de ver\e. lui devini'cnt insupportables. Il se forma lui-même en mettant en partition des (|uatu(M's et des symphonies d'Haydn et de Mozart, ses uiaîtres de prédilection.
L'année sui\ante (1808) il lit exécuter à Bologne une symphonie et nue cantate: // piimtù d'armonia qui eut un très-grand succès. Mais il rêvait déjà une gloire plus éclatanl(^ et songeait au théâtre ([ui, seul, pouvait établir sa réputatimi : il travailla avec ardeur et en 1810, grâce à l'appui de la famille Porficari, de Pesaro. il lit recevoir an théâtre de Sau-Mosé, à Venise, son premier opéra sous ce titre: La Giiiiihialc di Matrimonio. C'était un acte savamment écrit, d'où les qualités qui devaient plus tard distinguer ce talent étaient absentes. La Ganihialc n'eut qu'un succès d'estime. Ce début ne le découragea pas.
L'année suivante, il fit représenter à Bologne VEquiroro straraf/anfc. Cette Ibis, hélas! ce ne fut pas même un succès d'estime; la pièce tomba pour ne plus se relever. 11 s'achaiiia alors au travail et jura qu'il trouverait sa voie, qu'il vaincrait l'apathie, le mauvais vouloir du puldic.
En 1812, ce fertile génie produisit sept opéras ni plus ni moins. 11 est bon d Vu rappeler les titres, ([u à rexception des aitisles cl des amalenis. peu de personnes cftnnaisseni aujoui'd liui.
Deiiteirio c Puliliio fut l'cprésenté à Rome avec succès. C'était une femme
ItdSSIM. Cil
(lislin[j;ii(''(', iiiadamc Moiiliclli , la iiicii-, (|iii avail lonriii à Kossiiii Je librcllo lie cet ()p(''ra.
'Vhh/iiinii) fclirc cl // cninhin ilclla Valif/id riii'ciil r-cpi'f^scntés à Venise. A Fcnai'c, il donna Cn-o in Hdlillniiia : à Milan, /i/ /V//v/ (/r/ /'///■in/n/if. cl cnlin dans les derniers mois de l'année, encon^ à Venise, bi.Sa/i/t <U sida cl XOicusionc fa il ludro.
Le pnlilic Nénitien fui, eehli qui d'abord se nioidra le plus lavorable au laleid du jeuue moHtvo, el ee l'ut pour lui (pi'il ccrivit , eu ISH, Irois opéras, doni deux sont restes célèbres: 7 woyv// ('I rM///w*« «/, A///«'c'yv'; il avait alors \iugl ans.
Ce fut après le succès de Yllahmxi qn'clant à Milan, il i-encontra le célèbre Gall dans un salon : la uiaitresse (U\ la maison piia liî phrénologue de palper la tête du jeune artiste dont il ignorait le nom et la gloire naissante, (lall ne se fd pas prier, et à mesure que sa main parcourait les proéminences du crâne, il prononça ces mots que la maîtresse de la maison écrivit sous sa dictée: « Inspiration, génie créateur, énergie, grâce, fécondité, souplesse. » (À' fui bien plus tard seulement que Gall appi'it que ce jeune homme était Rossini.
Les événements se précipitaient en Europe : la coalition marchait siu' l*aris cl les bouleversements <|ni se préparaient allaient changer les destinées de l'Italie. Rossini se laissa peu, trop peu, émouvoir par ces perspectives, et pendant l'année 1814 il lit représenter à Milan un opéra séria : A«/'i?//ff/?,o in Pahnim, et nu opéi'a buffa : il Turco in Itulia. Nous ne mentionnons pas les cantates et les œuvi-es de circonstance pour lesquelles sa verve était toujours prête. Le bruit de sa réputation s'étendait déjà dans toute l'Italie, mais il n'avait pas encore franchi les Alpes : la France était trop douloureusehieul préoccupée eu ce moment, pour prêter l'oreille à de si joyeux accents.
Le directeui' du tliéâfre San Carlo . à Naples, il SI</nore Barhagu, l'attacha à son théâtre avec un traitement annuel de 12,000 francs. Son début n'y fut pas heureux. Ce fut Elisahetta , reginu d'Inghilterra. L'engagement fut résilié et pendant cette même année, revenant à ses premières amours, il donna au théâtre de Venise son opéra de Sigismondo.
Ce fut peudaid l'année 1810 que Rossini nul le sceau à sa réputation et se
\^2 IKKMM.
pla(;a ;iii lurniicr laiiu des ctiiiiiiiiNiliMii.s nMi|riii|)(iriiiiis, en l'iiis.iiil iciircsciilcr ;i lîniiif VOtflIn v[ Il liiiiiiicrr. l'at'sirl l(i ,i\ail (l(''i;i \\\{\\v le siijrl du ISurliii'i Je Scnllf; r(ni\ic di' Itcaiimaicliais a\ail vu en l'^iaiici' un Ici succrs ((u elle fk'vail triilcr lu'cossain'uii'ul plus d'uu ((nuiKisilcur. Le dur Sl'orza (Icsaiiin, (|ui, iiialijiV' sa (|ualit('' d('' faraud scii^uiMii'. ('lail Iniil siMipIciiicnl iuiprcssaiio Ar VAri/r/i///i)/ . avait ((lUMuaiuir à Hossiui . iu(i\cuuaid une sdiuiuc de :i,0(l<) iVaius cl II' Inj^ciut'ul en sus, celle parlilidii du Ihiiitior. Rossini, avaul de se uiellre à l'œuvre, demanda à Paësielio la [iciiuissidu de nielli'c eu iiiusiipie lui sujet ijui a\ail déjà cit' traité par un inaitre si célèbre. Pai'siello la lui acc(ii<la f,M'acieiiseuicnl cl, ipicl(|ues uinis apiès, le J'xii-hicr lui représenté à ÏNaples et oiilra^cuscuicnl sirilc à la piciuière re[)rcscnlali(iu. iiossiui , selon llialiitude italienne , tenait ce snir-là le [liaud d acconipaiinemeut. A la dernii're pi'riode du célèbre liiial du premier acte, la salle entière témoignait son mécontentement par des signes non éqnivoques. Rossini, plein de l'oi en lui, se leva et s'adressant aux acteurs : « Ne les écoutez pas, s"écria-l-il a\ec l'eu, allez toujours! ceci est très-beau! » el seul il applaudit les clianleurs. Mon pas senl cependanl , nu des spectafenrs donna raison à Rossini el applandit avec lui, c'était Panseroii.
On a beancoup parlé du méconlenlement de Paésiello cl des intrigues (|u il aurait ourdies contre l'andacienx jeune homme qui avait osé refaire son œuvre. On a calomnié Par'siello. (jui était incapable de revenir sournoisement ainsi sur une autorisation (ju'il avait de bonne grâce accordée k son jeune confrère, et d'ailleurs nous avons ici des dates certaines; Pai'siello est mort le 5 juin 1816 et c'est seulement dans le courant du mois de décemjjre suivant que la représentation du Buvhirr de Rossini eut lieu à Rome, devant un pnlilic, ([ui manifesta avec si peu de courtoisie el <le raison son mécoutement. (le jugement, on le sait, ne lut pas sans a|)pel, et le Burhier eut un succès fou, nou-seulemeid à Rome mais dans toute l'Italie, [>uis dans l'Europe entière.
Le succès (VO/rl/n fut moins contesté. Celte belle nuisi(jue excita dès le premier jour des transports d'enthousiasme si familiers aux populations italiennes. Le lendemain de la première représentation, un Anglais excenlriipu^ fit demander à Rossini la permission de le contenqjler pendant quelques instants. Rossini avait en ce moment auprès de lui un de ses amis, le comte de F..., Rossini lui proposa inuuédiatement de poser à sa place en face de l'insulaire. 11 adorait ces seules de mystitications. Le compositeur et le coude portaient tous deux \in habit bleu à boutons d'or. L'Anglais s'inclina devant le comte, prononça quelques foiinules admiratives et sortit. 11 alla immédiatement trouver l'impressario et lui dit : Il me faut absolument, et à (|nel(|wc pii\ ipie ce snil . !'liabif ou le L;ilel de .M. Rossini.
nossiM. i:i:t
L'Aiit;lais avait à sa (lis|H)sili(iM des ai>:iiiiiciils iri'('sis(ililcs, cl l'imjjressario rdiisciilil à s'ac(Hiit(t'r de (('Ile drlicalc ciiimiiissinii . ij' ((Hiilf piil j^aicriicul ravrnlurc, se (l(''))(iuilla ilc smi lialiil cl je iloiiiia en ('«•liaii^ic de 100 li\i-cs stcrliii;; (|ii(' Uossiiii lit iiiiiiiédiaU'iiu'ul disliilnici' aux clKnisIcs du llii'àhv. l/liisloin; tut t'Oiitrc à (|ii('l(|ii('S pci'soiuics et un journal lacdnla litnl an litwti la invslilicalidu d(inl l'Anglais axait rlv victiiuc. Le soii- de la scciindc ivprrsentaliou on n'niar(|Mait an lican milieu lU' I orchrsirc l'Anglais aU'ulih' de I liaiiit Idi'u -à boutons d'or. IVndaiil un cntie-ade il lui le joninal ({ui s't''gavail sni- la plaisanlciic (|ue Rossini s'était pi'rniisc à son endroit, et aussitôt, ponssanl un cri. il .se dépouilla de sa i-eTnine et la Toula au.\ pieds. [. .\ii^lais ipiilia la salle au milieu de I liilarit('' i^i''n(''i'ale.
Du reste, la causticité de Kossini u'épargiiail et n'épargne encore personne. Ou raconte (ju'un jour, à la foire de Lodi, pendant qu'il faisait n'pétei' nu petit ouvrage, un cor nialencontreu.x. laissa ecliappt'r (pielques notes douteuses. Rossini arrête tout à coup son orchestre et demande <juel est 1 auteur de ce couac. — C'est moi, répond une voix hésitante. — Ah! c'est loi, eh hien, mets ton cor dans sa caisse cl retourne à la case, — jouant ainsi sur les deux mots italiens amtt et a/s//. Le malheureux \irluose que Rossini apostrophait ainsi en riant n'était autre (jue (iiuseppe son père.
A l'époque où nous sommes parvenus (181 G) la musique du jeune ma- ('■stro. déjà si populaire en Italie, lit sa jnemière apparition sur la seine française, madame Catalani (Hait alors directrice des Italiens, et dans son enthousiasme [)oui' les compositions de son célèbre compatriote, elle monta avec beaucoup de soin Vlful/inm in Alf/icri , (pii avait été représentée pour la première l'ois à Venise et a\ec un trè.s-grand succès eu 1813.
L'éducation inilsicale du public français, (|ui n'est pas très -développée encore aujourd'hui . était en ce temps fort incomplète; celle joyeuse et chai'maute musique (pu- l'Italie entière applaudissait avec frénésie depuis li'ois ans ne trouva pas grâce devant nos dilettanli; Vltidinua, il faut bien le dire, fui onirageusemeid siftlée ; il est juste d'ajouter que, depuis bns, celle faute a éti'; dignement réparée, mais il n était pas moins juste de la constater. Rossini ne se tint pas pour battu et se promit (Wn ap|)eler plus lard du [lublic français au public français lui-mènu'; eu attendant 1 heure de la
Kiî IKtSSIM.
irpaialidii , qui ne poiiNuil laidiT à smiiirr, il poiiisiiivil eu llulic le ((Hiis de ses liiuiii]>lit's. iXoiis siii\ons l'ordre clii-uiiulugiquc , saiil" à rcNCuir sur uns pas.
En 1817, Iruis ciiefs-d'oniNrc : la Guzza Lailnt à Milan, Ariiiidd à iNapIcs et H Rouie la Cenerentula (|ui avait luiniii |tr('ce(leMniienl eu l'raiHc le sujel de lopéra de VrtuhiUoii , do Nicolo Isouaid. \(mis crov'/. peul-èiiv que Rossiui \a s'ai-rèler uu iusiaul , jouir eu sileuee de raduiiialiou (pi il e.\eilail . sasourer sa i^loire, la dégusler ? Non! eelle prodigieuse souiro d liarinouie ne cesse pas uu seul jour de vc^rser ses UK'Ioilieuses easeades. liossini chante pour le plaisir de cliauler, sans l'aligne, sans ell'ort . connue un oiseau du hou Dieu.
11 donne, eu 1818, sou Mdise , Adehùdu di BunjutjiKt el linxuii-do c Zormde : en 1819 la Donna del Lago, Ermiona , Edoardo e Cristinu tpii u esl ipi un pasiiche lire de ses œuvres précédentes.
La ihtniiii did Likjh l'ut sit'llée à la première représentation et le jeune uKiitre aussi indifférent jusque-là à ses revers ((u'il l'était à ses succès , é|)rou\a une telle émotion (pi'il s'évanouit. On du! le transporter chez lui sans pou\oir lui arracher une parole. Certes, il aurait pu ahu's, comme à la première représentation du Barbier, dii'e aux exécutants : » Ne faites pas attention, ce que vous chantez là est très-beau ! » Le coup porta au cœui' cette Ibis, mais à peine était-il remis de cet accès de sensibilité, <pi il apprit l'éclatante résurrection de l'ouvrage. Le bruit de ce succès traversa les uujuts et l'administration de l'Opéra fran(^ais chargea Niedermeyer de remanier, de mutiler, d'arranger à lu frunruise cet opéra qui l'ut réprésenté sous le litre de Robert Bruce et (|ui l'ut applaudi. La gloire de Rossiui s'imposait ainsi de vive force. Mais le Théâtre-Italien, que Paër dirigeait alors, se gardait bien d'accueillir les œuvres du maître, et Bertou ne craignait pas d'éciire des couplets dans le goût de celui-ci, qu'il faut citer pour montrer jus(pi'où peut aller l'oubli de soi-même sous la triste intluence de l'einie et de la jalousie :
Oui, clans ce Paris sans égal,
Tous les jours c'est un carnaval :
(le monsieur Chose est un Molière, 4^
Ce monsieur Chose est un Voltaire ;
Xous n'avons i)lus de Sacchini,
De Grétry ni de Piccini ;
Nous n'avons plus que Rossini,
A la chienlit ! ti la chienlit !
Mtdiiiiiicl II fl liiuiKii <■ .liilim, riiivnl icprc.st'iili's en 1820; MutikI'i di Shiihraii fil 1821.
En 1822, Rossiiii se marie iui'c iiiii(lciiMiiscllc Isahrlla Cdlln ami . (('•Ifliri' caiittitric(! cspaiJiKilc. ri ce iiiariaLic lui assiiiv une lirs-lidjc Idrliiiir. LaMn' Tolola rciil pdiir lui le lilirclln de Zrhiiini (jui l'sl jniii> à .Napics, cl le Théàli'c (les Italiens, comiJi-enaiil (pi il ne pnil plus lnni-'leiups cxcluic île sa seèue le composileui' le plus liiillaut. le plus recoud e| le plus populaiic (le rilalie, se (l(''ei(le à l'aice eXf'cuiei' le Mdisc.
Les synipalliies de la France lui aiiivaieiil leuleiueul : en ivvanclie I eu ihousiasnie (l(^s An<i:hiis allai! jusipi à rextrava^ance. Ldisipi en 1S2:{ llossiui se lendif à Loudces ponr \ suiNcillcc rcxi'culiiiu d une de ses u'uvics . le Roi envoya vers lui un des gentilshommes de sa (lliauiliic poui' piiei' I illustre compositeur de se reinire au eliàleau. oi'i il dt'sirail le \nir. Hossnii tut indisposé pendant plusieurs jours et ne put (piilter son appartement ; duupie jour le chambellan de service vint, à heure tixe . s inlormei- de sa santi'' au lutm du m(»nar(pu'.
Dès (pi'il lut rt'tahli, Rossini se rendit au l'alais. Le Roi alla an-(le\anl de lui et, prenant afi'ectuensement sa main, lintroduisil dans sou caliinet ; ils d(''jeunèrent tons deux en t(He-<i-t(He. Peu de j(nirs apri-s, des notahilitc's de la politique, des arts et des sciences, des grands seigneurs, des membres du parlement et de la chambre des Lords offrireid à Rossini un bancjuet splendide. Rossiui l'ut ('■tincelaul d'esprit, de vei'xe. de bonne humeur; an dessert, après les toasts, on le pria de chanter: il chanta admirablement un air (VOfel/n. \nùs ses amphytrions le prii-rent d'accepler, en souvenir de celte réunion, un présent de 2(J(I0 livn/s sterling i.'jO.OOO lianes i ; les petits cadeaux entretiennent lamilii' !
Le comte de Lié\eii . amliassadeur de Russie , le mari de la célèlire Egérie ipii a rempli à Paris, sous le règne d(! Louis-Philippe, un nMe politiipie si actil', pi'ésiMita olticiellement Rossini à la Cour. Pendant les cin(| mois (pi il passa à Londres, il gagna, en leçons el en concerts, 25(J,000 t'r. ; ce <pii lit dire à .M. Scribe dans un des vaudevilles (pi'il faisait alors représenter au (iymnase . en parlant des arts :
Imi Franci; on suil les adiuijei', Mais on les paye en Angleterre.
Les^admii'er ! Pas toujours, mais il fallait faire au public celle galanleiie.
liili liiisMM.
(4 osl au iiiilicii (les iixalHHis aiiiilaiscs i|u il aclicva Sri/i/ni//i/s, doul la ir|(ri'si'iilali(Mi cul lieu peu de Icuips apivs à N'cuisc.
Pdui' i|U(' lieu Uf nuui(|u;U à sa f^loirr. laulcui- de laul de clirls-d u'umilui l'Iu uiciidiic associe do l'iiislilul de l''raucc. eu rciuplaccuicul de l'at'sicllo. l/luslilul cul la uiaiu lieui'cuse ce joui-là : eu nw'Uic Icuips (|uc itussiui il elul le celidire slaluairc Tli(ii\\alilseii. l/anui'c sui\aule ( I.S2i) la Udiiiki dcl L(ii/<i lui j(iu(''e sui' la scène Louvois, puis aux llalieus. puis eulin à I (Idt'uu.
Nous iuenli(inii(ius pour niéuioiie une pii'ce de ciicoustaïu-e (pii lui ('crilc el jouée à Paris en KS:2o; le yiijliiij*' (î Itciiiis ou l'A/if/r/y/' du Li/s il'in\ à 1 occasion du sacre de (lluirles X,
Rossiui avait acquis droit de <'ité; il était Parisien. Il arrangea, eu t826, sou opéra de Multmiiet II \)^my la scène l'rauçaise. sous ce tili'e ((ui est demeuré populaii'e : Le Siér/e dr Cdriittlic. Uu éditeur très-connu, Al. Troupeuas, acheta la parliiion pour le pri.\ de 10,000 fr. Mais, par des circouslances iudépeudaides de sa solonté, des |)rocès , des conlreliU^'iis, etc., celle opéiali(ui lui désastreuse poui' lui. Uossini , (pii cependant na pas la hosse de kl générosité, apprit cela el il \oulut indenniiser son éditeui- eu ne lui vendant (pie 8,000 IV. la partition du Mdis<< ipiil l'i-rondil el ari'angea pour l'Opéra rrau(;ais eu 1827.
L année suivante il reprit les uiotit's de son opéra de circonstance, le Yai/df/r à Itciins , et en lit la délicieuse partition du Coiiile Ori/. Puis \iut le cheld'œuvre des cbefs-d'œuvre, celui qui de\ait mettre le sceau à sa réputation: Guilluiiine Tell . (pii l'ut représenté à l'Opéra, le 3 août 1829.
Cette œuvre admirable avait été écrite à la campagne, chez M. Aguado, au milieu du Itruit et des conversations les plus futiles el les plus gra\es, avec une facilité remar(pial)le. Ou lui adressait la parole; il répondait avec à-propos, a\ec esprit, (■criNant toujours connue s'il eût jeté ses notes sous la dictée d'un génie invisible.
Ouelquefois, c'était lui qui, pour stimuler et égayer les causeurs, s'interrompait et racontait quelques-unes de ces innombrables anecdotes qu'il raconte si bien : u Figurez-vous, dit-il uu jour, qu'étant à Padoue, j'avais de très-sérieux motifs pour désirer d'être admis dans une maison dont les ])ortes m'avaient été iennées jus(pie-là. La maîtresse de la maison y consentit , mais à la condition (jue
IIUSSIM. i:i7
Idiis 1rs malins. ;'i li'dis lnMirr's, \i^ /}•/■"/'< A' '/"'/ suiis srs Iciirlirs, cl cniiiiiii'
I étais, apri's hnil. un iiiusicit'U assez (iisliniiin'', il l'ailail (|nc mon mianlc-
mcnl lui iaiixl ( (impix-iicz-vous? » l'cudanl i|ii'nii riail <!<• celk- lioulailc, Hossini . lianl anssi . iviui'nd la |i!umr ri (''cril au ^alitp. Puis, un inslani après, jt'iani de la pdiiilrc sur la pa^c hiniiidc : " l'Jilin, ilil-il. m iii snilà déban'cissL' ! »
— L)t' (puji dduc? demanda Levassciir ipii (dail là. vous devc/. a\(iir (Tiil un air tii's-gai, très-comique? — Oui, i(''pli(pia Ilossiui , c'est mon liio! — et ce li'io c'était le maj.;niliipu' diaid (|ni esl dans toidcs les nn'-moircs : .\/i,/t n/'rr, lu m' (is (II) itiiuiilii'i' !
On se demande eonuucnt 1 adminislralion de 1 Opéra a osé pendant si longtemps mutiler cette o'uvre gigantes(jue. Pendant longtemps OJi joua nn acte de Guillauine Tell pour lever de rideau. Rossiui soijUVil cruellenienl. dil-on, de ce %andalisme, de cet affront. M. Dupoucliel, direeleur de l'dpf'ra. itMieontie nn jour le iiud'stro sur le lioulevard : — ^"ous de\e/. èlre content, lui dil le directeur, on joue ce soir le troisième acte de Giullainnc — Gorameut? Tout eiiliei! répliqua Rossini a\ec un imperturbable sang-l'roid.
Rossini. pendant l'hiver de 1829. prit la diiedion du Théâtre-italien. Il n \ réussit pas, il sollicita a\er troi) d'empressement peut-être une compensation ; il fut nommé inspecteur yénérul du chant, — de quel chant? on n'a jamais pu le savoir, — avec nn traitement de 20.000 francs qui devrait se convertir en une pension de 0,000 francs, au cas où une circonstance imprévue supprimerait cet emploi.
Cette circonstance ne tarda pas à éclater; la ré\olution de 1«30 supprhna l'emploi et, malgré les mérites de l'éminenl titulaire, refusa la pension. Rossini entend raillerie sur toutes ciioses excepté sur ce chapitre; il était de l'école (\n maréchal Soult. ijui disait (|u'on lui arracherait plutôt la vie que son traitement. Il plaida contre la liste civile, tant et si bien «piil finit [)ar gagner son procès.
Il s'associa alors avec Severiui et ils leprirent ensemble la direction des Italiens; cette fois l'exploitation fut fructueuse. Ro.ssini s'y enrichit et le concours intelligent de son ami Aguado, par d'heureux placements, sut accroître une fortune déjii considérable et très-soigneusement conservée. Un fait caractéristique esTcelui-ci : Pendant tout le temps (ju'il lut intéressé ù la direction des Italiens,
i;!s liONsiM.
Iiicii {|ii il lialiil;'il le llii'i'ilii' . Itussiiii ne |Kiriil jaiiiais à aiiciiiic l'cpicsnilalioM.
Cefït^nk', (liiiil la l'ccoinlili'^ avait l'tr jusiiue-là si prodif^ieusi' iiudii aurait pu lu cruiro iui-puisable, s'aiTÔta dt's Ims. Klait-cf lassitudf;? t'-tail-cc (irj^Kùt? rlait-cr (■'puiseinenf ? r.c (|ui est certaiu, c'est (luà pai'lir du ukimichI m'i il (■ciivit avec cette verve et cette l'acilité ([ue nous savons ce s|)l(;udide poi'Uie de liiullaimic Tell , ce cliaut du cvgne, Rossini a cessé de produire, il s'est enseveli vivant dans sa filoire; connut^ le rat de la fable il s'est l'ctiré dans son IVomaj^e e|t il éinielte scni fromage sur son macaroni. L'n bon plat de nia<"aroni et des pastilles de Vichy pour le digérer! C'est l'idéal que poursuit aujourd'lnd, dans son élégante retraite de Passy, l'auteur de Molsc , d'Of/ic/fn . du Umii/cf , de Séiiiinmiis , du Comte On/ et de tant d'inuiiortels cliefs-d'ieiivie. Ce que le vieux Caton disait de la vertu, Rossini le dit de la gloire.
Le lion endormi lit un soubresaut pourtant . et le monde entier jjrèta l'oreille :
Coitticni're oniiies, inU'iitlque uni /rnelxoit.
Rossini donna son Stubatk quatre voix avec orchestre et chœurs. Ou'on juge de l'effet que produisit ce coup de tonnerre! on en parle encore. Jamais (vuvre ne fut plus longuement, plus sévèrement jugée; on couvrirait la surface du globe avec toid ce qui a été inqDrimé pour ou conti'e ce malheureux stahat qui a des qualités brillantes, mais qui a aussi un défaut devant lequel disparaissent toutes ces qualités : ce n'est pas un stabat. C'est beau, c'est grand, c'est gracieux, c'est charmant , mais ce n'est pas un stabat. De quoi diable aussi ce spirituel mécréant est-il allé se mêler?
Depuis 1836 Rossini était en Italie, écoulant de loin le bruit (|ui se faisait autour de son nom; assailli de sollicitations, d offres brillantes, de //A/r/// par monceaux. II demeura ferme dans sa résolution.
Le Stabat avait paru en 1841. Deux ans plus tard, fatigué de gloire et de bonne chère, couverts de lauriers et de rhumatismes, Rossini vint à Paris pour y chercher les soins de son ami, le D' Civiale. II s'occupa exclusivement de sa santé. Cependant en 1844 il exhuma de ses cartons, véritables placersl des chœurs pour voix de femmes (jui parurent sous ce titre : In Fui ^ l'Espérance et la Chanté.
Madame Rossini (mademoiselle Colbrand) (|ui vivait séparée de lui mourut à
UOSM.M. i;t!l
celli- (■■[iu(|iu' cl lUissiiii usade l;i liherli' (juc ci'llr' muil lui laissail, pour se, rai»prociier davantage de madame Olym|)e IVdissier (juepliis lard il épousa.
Toides les agaceries (piou lui lil à I*aris , l'aecueil el les iiicM\cillaiilcs s\iiipalliies ddid il élail IViiiiel , l'admiration puhli(pie, l'inauguration a r(»p(''ra dr sa statue due au ciseau d'Etex, tout lui inulilc Hossini retourna en llalif et se lixa à Bologne où il espérait vivre en repos cl jouir |iaisiblcment de sa lortinie. Mais il était écrit que les révolutions lui porteraient mallieur. Celle de 1848 ml dans les Étals-Romains de si violents contre-coups que le maestro dût (|uitler Bologne pour aller planter sa lente à Florence. Mais Paris a d'irrésistibles tentations; (juelque dédain que l'on ait pour 1 admiiation des hommes, pour les séduisantes fumées de la gloii-c, on ne renonce pas aisément à ses douces fumées. Malgré son horreur pour la locomotion, Rossini se décida à revenir à Paris, bien décidé à ne pas monter dans un wagon de chemin de fer. 11 y vint et il y est resté, entouré d'amis, d'admirateurs enthousiastes, de flatteurs; toujours gai, spirituel, malin, obligeant.
En 1857 il eut la faiblesse de consentir à ce qu'un pasticcio de lui, amalgame d'improvisations très-légères, fruit de sa pi'emière jeunesse, fut représenté aux Boulfcs-Parisiens sous le titre de Bruschmo.Le public y fit à peine attention et ce fut justice. De Giiilhuaiic Tell et du Stahal, les deux seules œuvres publiées depuis 1829 à Bruschino, il y avait par trop de distance; ajoutons qu'il y avait aussi par trop d'insouciance de la part de l'illustre maestro à laisser reparaître son nom dans de telles conditions.
Aux productions si nombreuses que nous nous sommes bornés à énumérer, il faut ajouter un recueil de vocalises et solfèges, des messes, douze pièces à une ou deux voix qui furent publiées en 1835 sous le titre de Soirées imisicules, un nombre incalculable de duos, quatuors, sextuors, quartettini , duettini, nocturnes, ariettes, chansons, romances, etc., etc. C'est une œuvre colossale, et Dieu sait ce ([u'après lui ses héritiers trouveront dans ses cartons.
Jamais compositeur n'a eu, au même degré que Rossini, le bonheur de voir ses œuvres interprétées par d'incomparables virtuoses. Parmi les cantatrices célèbres qui, à l'origine, créèrent les principaux rôles de ses opéras, il faut citer M"" Marcolini, Malanotte, les sœurs Mombelli, l'incomparable contr'alto Pisaroni, une des femmes les plus laides et le talent le plus merveilleusement accompli (pii aient jamais paru sur la scène, madame Damoreau-Cinti, et enfin Isabella Coll>rand que Rossini épousa.
Parmi les chanteurs. Raffanelli . Galli, Mondielli. Velluli. le dernier des .voy;rff/*r célèbres, David, Nozzavi le maître de Rubini, Garcia, Donzelli, Zu-
l'io lt(l>MM.
clii'lli. l!(M(l(i;jiii. l.cMissciir, l'rllcui'ini. Dri'ivis, riiilnrliim'' Ndiii'i'il, de. rie.
Ajiii's CCS inlisics cmiiioiils Iniis ceux i|iii se sdiil l'ail un jkhii au lliràlrc nul It'iiu à linuui'Ui' (II' n'|U'('U(li(' li's l'ùlcs civés par li'iiis j^luricux aîiirs.
lîii'U n'a uiau(|uc à ISossiui : iiicsligc du lîV'u'k', sriluclinu de IVs|)iil . gloire, liiiuin'urs . Ini'luui', (lisliiiclinus . niliaiis. malinus. aduiiralcurs, il a ru Inul ce i|ii'iin liiiniiuf pi'iil d('sii'fr ici-lias. Il es! cliaiuafré «le criux ; la Krancc l'a l'ail succcssivcuicul clicsalicr, ollicicr. puis ciinnuaudcui' de la [Lr^iou d Ikiumcih-. De Idulçs ces drcoialiniis il ne pdilc liahillicUeiiiciil (pic la roscllc rou.yc.
\il
lîicu ]\(' lui a uian(pi('', disais-jc . licu (pi un plus \i(' scnliiuciil des liens ipii allaclieul rii(Miiuie à la [lalrie . celle grande i'amille ! 11 lui 'a iiiaïupii'' ce lilial aiiKUir (pii . [iiilanl du coin de terre où riitjle lierceaii , ra\onne^sur la cih' d'ahoi'd, puis sur la nation et sur riiunuinité. Rossini u'a aimé ni la patrie ni la liberté. A Dieu ne plaise ipie nous exigions de l'artiste <pi'il s'ennMe sous la liannii'ie d un parti, ipiil ol)éisse an.\ petites passions politiijues. (pi il s'occupe des coteries, des intrigues, des ainliilioiis (pii s'agitent autour du pouxoir pour les exploiter o\i pour le lemerser. L'artiste a mieux (|ue cela à faire, sa mission est plus haute. Mais au-dessus de sa mission elle-même, au-dessus de ces passions, de ces intrigues, de ces compétitions où se plaît l'esprit de parti, il est une passion généreuse et forte , un sentiment puissant et profond ipii élèvent l'ànu' humaine , (pli la font vibrer, cette passion, ce sentiment, c'est l'amour de la patrie, l'amour de sa gloire , de sa liberté , de son indépendance, c'est la passion de ce ipii est juste et bon. Quiconque n'a pas éprouvé cette passion, ce sentiment a vécu d'une vie incomplète.
L'artiste , dans nos sociétés contemporaines , a une tendance regrettable à croire (juil doit se leuir en dehors de ce (piiémeul, de ce (pii loiiclu^ sa patrie, des grands intérêts ipTelle représente. C'est un tort et ce tort a été d'autant plus grand chez Rossini que Dieu l'avait exceptionnellement doué. Si cet homme eut mis son génie au service de sa patrie, s'il eiit été l'écho de sa plainte, de ses douleurs, de ses humiliations, combien il eût iiàté l'heure de sa délivrance!
II est beau sans doute de se dire cosmopolite, mais c est à la conililion d'aimer d'abori^l sa patrie , de même que quand on se dit patriote il faut commencer par aimer la famille, qui est à la patrie ce que la nation est
lUIsSlM. l'il
à I lllllliailih'. (' csl-.Vdil'c I jiscnli' |)riiiiili\(-. le iii'cinirr ;niiir;ili de l;i rliiiilli' i|iii iiiiil liiiis les lidiiiiiics l'iili'i' l'iix.
Je II ai |Kis I li(iiiiicur de (■(iiiiiailir lîdssiiii , je ne lui ai jamais vir \)vrsciili'', mais il csl iikiii vdisiii à l'ass\ d jai siiii\ciil le |)laisir de le reii- (•(iiilrci'. <lliai|iii' lois (|ii(' je II' \(iis. jr iiir d/'ciiiu rc avec ii'S|inl dr\aiil cri aiiiialilr \irillai-<l doiil le L;(''iiii' ])(i|)iilain' a riiraiih' laiil (\i' didiriniscs mélodies, (■■f^a)r laiil dr ((l'iiis, driidr laid de l'idiils; niais au iiiilicii dîmes phis ferventes adiniiarKnis, je ne puis m empècliei' de lui re|ir<)rliei' celle indilleieiice . cel l'^nisme (|ui l'iml leiidii iusensil)le aux maux (le la patrie, cette ahseine de iiioialih' pidili(|iie. celle laililesse de caraclèie ipii lui attirèrent un jnur, de la [lail d un iiV'iii'ral aiilricliieii, un saur-ciniduil ainsi formulé: " sauf-etuulnit pour le siiiiior Unssiiii, /n//ri'i/>' sn/is rr;//.vrqKcncp. » Voici en quelles circonstances ce saiir-cmidiiil iiijinieiix pour Imil Iiomme de cœur lui fnt flélivré.
Rossiui avait composé eu iSlij une li\uuue palrioliipie ; il élail alors à Boloitne. Les Autrichiens y arrivèrent, et loin de s'en émouMiir el de s'en aflli^ei', le jeune homme éprouva le désir de se mettre au mieux avec eux. Il adopte à son hynmie des paroles en I Imiiueur de I empereur François \" et \a porter son OMivre au f;éiiéral autrichien en protestant de son dévouement et demandant la permission de quitter Bologne. Ce fut alors ipie le général lui remit le saur-conduit poilant cette qualilication : jiatnutc sa/is conséquence. Rossiui avait alors vingt-trois ans! Il se liàta <le quitter Bologne, riant du hon tour ipi'il avait joué aux Autrichiens. Le tour était lion en ellél, car lorsque, (|uel(|ues jours après, le général voulut enleudre 1 hymme à l'empereur, il reconnut dès les premières mesures l'air auarchiqne et révolutionnaire ((non fi'edonnait tout bas dans les Romagnes.
D'ailleurs les biographes de l'illustre auteur du linrhier et de Gitilhuniir Tell seront hicii embarrassés un jour par la ipiestiou de savoii' ce que Rossini aura aimé ici-bas, lui excepté. Son génie aura rayonné sur le monde, ses cliaiils seront répétés pur riiiijt généralioiis. on l'edira ses mois, ses Irails d Cspiil ; mais son cieur?
Mil
On (era un jour cei'tainemeut un Ihissluidita. >'ous n'en finii'ions pas si nous \oiilioiis lacdiilcr les mille anecdoles donl lîossiui es! li' héros. Sa
\(M'vt' railleuse s'osi ;iltai|iir(' à loiil ri à Imis, à la imisiqiio de ses mii- IVères coniinc à la siciiiit!. (*ii sait smi mkiI à propos des œuvres de Meyer- Iti'cr cl d'Ilalevy : » J'allends (|U(' Ions ces juil's aiciil Uni leur sal)l)al. »
Il cul un jour le plaisir de sVnlcndic ciitiipicr \cilcnicnl. Il se i-endait à IJerganic cl a\ail pour coniijaf^uons de roule Irois dilcllauli. (»n |)aila uuisi(pie. ou ])arla de Rossiui. Les voyajjeurs lircnl clioriis; ils aiialysaieul lui à un Ions les opéi'as du maître, (ie |)assa,u(' est vulfiaii'c; cet anli'c a été pillé, et ainsi de suite. Loin de les eonlredirt^ , Rossiui ahoiidail dans leiu' sens.
— .\ propos, dit-il, connaisse/.-vous les (eu\res de ce drôle?
— Allons doue! Est-ce qu'où eufeud pareilles elioses ?
— Qiu^ serait-ce doiu-. rcpli(pia H(»ssiui . si \ons les connaissiez! Teue/ , écoute/. !
Et il se mit à t'redoiuier d'une \oix eharuuude de lieaux jjassajies des plus vieux maîtres qui furent d('clarés détestables.
— Et maintenant, reprit-il, écoute/ les maîtres , les vrais maîtres! et il chanta quelques cantilènes de ses opéras.
Les voyageurs s'extasièrent.
— Voilà de la musique, de la belle musiipie! dirent-ils avec enthousiasme, en priant l'inconnu de continuer.
Et Rossiui égrena .sans se faire prier le chapelet de ses plus ravissantes mélodies. Ou arriva à Bergame; les trois voyageurs, enchantés de leur joyeux compagnon qui professait une telle admiration pour les maîtres et un si profond mépris pour la musique de Rossiui , voulaient connaître son nom et son adresse afin de cultiver une si précieuse connaissance.
— Volontiers , dit Rossiui , je serai à Venise dans peu de jours , et s'il vous plaît de venir m'y siftler, . j'en serai enchanté, voici ma carte!
Les aventures de ce genre abondent dans la vie de Rossiui, et nous n'avons cité celle-là que pour donner une idée de cette verve et de cette malice rpii n'ont jamais été en défaut , frappant à droite et à gauche , amis ou ennemis. Un seul trait encore :
Tadolini, ancien chef du chant au Théâtre-Italien de Paris, allait chaque année, après la saison théâtrale, passer quatre ou cinq mois à Bologne, sa ville natale. C'était un original. Il avait acheté un âne, et, monté sur son ({uadrupède, il passait sa matinée à se promener dans les rues. Un matin , Rossiui sort et aperçoit Tadolini, à pied par extraordinaire et longeant les murs : » Tiens, tiens, dit-il, Tadolini est resté chez lui ce matin, l'àne est sorti tout seul! » Et il aimait beaucoup Tadolini.
UOSSIM. U3
Hussiiii nu [Jiis (■■II' sciilciiKjiil le plus illuslir cl li' Jiliis |)0|iiiliiirr des conteiii[)(iraiiis cl un :ulMiiriil)k' cliantcni-, il dessine avec Idiil son es|)r'it . et c'est lieancMup liirc; il iuiiail |)U se l'aire une répulation cnninie caricahiriste. Il sait jouer, je crois, de tous les instruments; mais il a été surloiil un tlùtisto remarquable.
Et maintenant quelle est la \alem- de Rossini? que restera-t-il de son fpuvie colossale? Sa popularité n'est-elle due qu'à l'eufiouement du public ou bien a-t-elle une base sérieuse? est-elle fondée sur un mérite réel? On a tant discuté sur ces questions et ou s'est nnituellement si peu éclairé <|ue ce serait folie de recommencer ces discussions. Nous n'avons point qualité pour prononcer un juiiement en pareille matière; mais nous pensons que tout liomme est apte à jufier une œnvi'c d'art, à exprimer naïvement du moins l'impression (ju'elle a faite sur lui. Le jufiement du public et celui de la postérit(' ne sont, en détinitive. ((ue le résumé de ces impressions personnelles dont l'ensemble établit ce ([ue l'on appelle le succès.
Xous ne sommes point exclusif; nous n'appartenons, en fait d'art, à aucune école; nous ue sonmies inféodé à aucun système, h aucune doctrine. iNous aimons et nous admirons le l)eau et le vrai partout où ils s'offrent à nous , dans la nmsi((ue allemande aussi bien que dans la musique italienne ou la musique française. En musique comme en littérature, nous sommes assez de l'avis de Boileau :
Tous les genres sont bons, hors le genre ennuycu.\.
Or, nous avons attentivement et souvent écouté la musique du maître illustre dont nous venons de tracer la biograpbie; nous avons été enthousiasmé, énm, enchanté bien souvent; d'autres fois nous avons eu peine à l'éprimer im mouvement d'impatience ou de désapprobation. Dira-t-on que nous jugions de la musique comme un aveugle des couleurs, que ce qui nous paraissait lourd, monotone, sans couleur, était au contraire admirable? Non, nous n'admettons pas cela. Ce qui est vraiment beau s'impose irrésistiblement, et cela est surtout Mai quand il s'agit des œuvres scéniques. Reny)lisse/ la salle du Tliéàtre-Français de gens illettrés, et représentez devant eux une pièce de Corneille, de Molière, de Racine et de Victor Hugo; pas
lliisSIM.
iiii hiviii \t'rs, |i;is lin mul \r,ii nr [uissi'iniil iiiapcrciis, iiiriiic ;ilnrs (|ii(> l'iiciriir ne les sinili,mii'i-;i piis.
S(>\r/ cniniiiiiciis que lu imisii|ii(' ilc Rnssiiii , ([iiiuid elle hiissc le |iiililii' IVoid, indillV'i'i'iil . in' \;iiil |ias l;i iiiiisiijiic ilc IJnssiiii (|iii IV'Ncillc , le fliariiic cl IV'iiiciit.
lue IV'CdiHlili' aussi iirodluiciisc (|ii(' relie du cNf^iH' de IN'saiii ne peu! l»as in\ai'ialilenieiil pindnire des (eiisirs lielles. |iiiissaiiles el (iii,i^iiiales. Les loiirs Milgaires, les rediles. les nMiiinisceiices \ smil ini'Mla.liles ; ils aliiiiidenl dans lieiivre de lîiissiiii. \j' soleil a des lâches; imiis snmines des èlrcs liiiis el la peiTecliim nVsl pas de noire diiniaiiie. Mais, en re\aiielie , que lie ini'i\eillcsl que de riaiclicnr ! ipie d espi'il ! que de j^aiêd''! que de i;iandeui! quels accenis siihlimes! l'our appii'ciei' celle musique, il l'aul I eiileiidre snu\eiit. ,1 ai eiilendu les juiiicipales (einres de liossiui : (iiiilhiiniK' Trll . le Ihirliicr, (H<>llii. Sniiirajuis . le ('ni/ilc ^h'i/. \ llalntmi . ('cncrciitiil'i . elc. etc.. plus de ceiil fois l\ <-(iup sûr. el à chaque audiliuii j'ai épriiUM' un charme plus i^rand qu a 1 audilimi ])ir'cr'deule. j ai dr'cuii\eil des liions hainioiiieux que je ii'a\ais ])as soupçonnés. Toiil n'y esl pas éj^aleiiieul allrayanl , éfialenienl heaii ; mais loul y |)oile le cichel d un lalenl ari'ivé à nn degré de perfeclion (]iie ]»eu di^ maîtres oui alleinl.
Je no sais rien de })lus fâcheux ipie la manie de comparer enlre eux des inaitres qui n'onl de commun que le procédé, la l'orme An laiij^age dont ils se servent pour exprimer leur pensée et traduire leur inspiration. Que de i'ois, dans les discussions interminahles dont la musiipie et les œuvres musicales sont rohjet . jai entendu les adversaires de Rossini triompher en disant : « Comparez lionc cela à leHe leiure de Mozart, à tel opéra de Meverlteer, à le! ou lel aiilre. «i
Fyp. Eruest Mc)er, à Paris.