‹ Les célébrités du jourChapitre 30 sur 42 · O'DONNELL · texte numérisé non relu

O'DONNELL

et ganloraiciil le couvrc-rpaulos. Los qiialrn lils (ro'Diuiiicll iiai\liironl à do hauls o-rados dans raniiôo, cl inoiii'iiroiU tous gcncraiix. l/mi iVru\, le lioiilonanl -éiu'ral d.tn Carlos O'Doiincl, fut le père d'O'nonnol, diu^ do Trliian, .apilaine o-énéral dos anuéos cl président du cabinet de la reine IsaboUo 11.

Imi 1820, l'Espagne se souleva, non pour garder son chapeau, mais pour nhlonir des institutions conslitnlionnelles. Placés entre la cour cl la révolution, voici comment les voles des quatre fils O'DonneU se partagèrent :

Pour le îiey ucUo : lo lieutenant général don Carlos O'Donncll cl li; lieutenant général don José O'DonneU.

Pour la Constiliilion : lo lieutenant général don llenrique O'Doniicli, coiiilo dol Abisbal, ol lo liei\tcnanl général don Alexandre O'DonneU.

Depuis l'âge do dix ans, par une faveur du roi, le fils de don Carlos O'DonneU, le futur vainqueur du Maroc, faisait jiarlie de l'arniée avec le grade de sous-licutenant. Lorsque le duc d'Angoulcme franchit les Pyrénées pour rendre aux Espagnols les bienfaits de l'absolutisme, et pour replacer sur son trône ce bon Ferdinand VII, qui faisait, comme chacun sait, tant d'honneur à la famille des Bourbons, le souslieulenant O'DonneU remplissait réellement les fonctions de son grade dans l'armée constitutionnelle.

L'Espao^ne est le pays classique de la guerre d'embûches, d'assassinats et de orande route. Tous les bandits, routiers, voleurs, détrousseurs, tireurs de bour^o, contrebandiers, trabucayres, s'étant empressés d'offrir leur concours désintéressé à la monarchie, on forma de ces gentilshommes une armée dite: armée de la foi. Ces fidèles se mirent tout de suite à l'œuvre; coupant les oreilles et le nez aux libéraux pauvres, séquestrant les autres, et ne les rendant à leurs familles qu'en échancfe de fortes rançons; brûlant, saccageant, pillant, violant, sous la conduite dos curés et des moines qui les commandaient, et qui ne voyaient rien de mal à cela, puisqu'on ne faisait rien qu'au nom de la foi.

Notre O'DonneU, on lésait, avait du sang royaliste dans les veines; soit que ce sano- eût parlé, soit qu'il lui répugnât de servir une cause qui n'était pas celle de son père le jeune sous-lieutenant décampa un beau matin, et courut se ranger sous les drapeaux de l'armée de la foi. Les historiens qui se sont occupés de noire personna'Te glissent, en général, sur cette démarche, la plupart n'en parlent pas; et ceux qui en parlent essayent de l'excuser en raison derextrèmejounesse du Iransfuge, de l'enlraînemenl des guerres civiles^ et de la situation de l'Espagne à une époque où constitutionnels et absolutistes reconnaissaient pour roi Ferdinand VII. Faisons comme les autres, à noire tour glissons.

OM)ONNr;i,I,. 211

LcdiicirAii^oiilrmi' ôlaiil revenu en France se reposer sur les lauriers du Trocadéro; Ferdinand Vil ayani recouvré la plénihide de sa puissance et autorité; les principaux clicrs consliliilionnols ajant été suffisamment pendus, étranglés, fusillés, garrottés et exilés, nonobstant l'amnistie, on songea qu'il était temps d'organiser un peu le gouvernement, c'est-à-dire rarniée.

On commença naturellement par la garde royale.

A défaut de Wallons et d'Irlandais, dont il aurait bien voulu s'entourer, Ferdinand Vil ciioisit les officiers, sous-officiers et soldats de ce corps d'élite parmi la fine fleur des fidèles Espagnols qui avaient entretenu la guerre civile et servi d'avanlgarde à l'armée d'invasion. Les états de service dans l'armée de la foi ne furent pas le plus mauvais titre d'admission dans les rangs des nouveaux régiments, plus spécialement chargés de monter la garde à la porte des palais royaux. O'Donnel reçut un de ces brevets d'officier sollicités par tout ce que la jeunesse royaliste avait de plus ardent et de plus dévoué, il obtint l'immense faveur d'être admis dans la garde comme lieutenant.

Quoique Irlandais d'origine, O'Donnell n'a aucune des qualités vives et brillantes de sa race; d'un caractère grave, sérieux, parfois taciturne, il se fit bientôt remarquer parmi les jeunes officiers par sa conduite réglée, par son amour de l'élude, par son exactitude et son application à remplir tous ses devoirs militaires.

On envoyait ordinairement un bataillon de la garde royale dans les villes les plus importantes de l'Espagne ; Barcelone avait même les honneurs d'un régiment au o-rand complet. Le gouverneriient se méfiait de cette grande cité commerciale et industrielle qui, sans cesse en contact avec la France, restait comme le foyer mal éteint des idées libérales dans la Péninsule. Le lieutenant O'Donnell vint y tenir garnison. Il y fit la connaissance d'une jeune et belle veuve, qui bientôt devint sa

femme.

Ferdinand Vil, qui s'entretenait rarement de politique avec ses ministres, en parlait volontiers avec ses familiers, et surtout avec le violoniste Alexandre Boucher, qu'il avait attaché à sa cour, et dont il aimait l'entrain et la vivacité, pour le moins autant que le talent; car S. M. Catholique ne passait pas pour goûter particulièrement la musique. Un jour donc, par une assez chaude après-midi de printemps, le roi et le premier violon de toutes les Espagnes causaient familièrement dans un apitartement retiré du palais, et ils causaient — qui le croirait? — de la situation politique du royaume. Le virtuose blâmait le système de compression suivi par le

212 onuNM'.l.l..

«rniivornoinoiit avec r-apIi;\loiir a('('i>Mltiin(''(', cl Km'ih l'i'conl.iil, ni soiirianl. lioiidicr linil oiifiii sa lirado. rordiiiaiid avail Iniijdurs à sa \u\v\n' (|iii!l(|iios lioiiloillcs do vin di> r.lianipa;iiii\ sa lioisson l'avorili' d'/'lr ; il en |Mil uin> sur la lalilc, la dnddV;! IiiiiiiriiK', l'I liMianl le lunifC sur le ImiuiIkui, juvI à parlir: « Voistu, dil-il à siin inlerloculcur, rKspagnc c'csl celle Imuleille. unii je suis le Imiielieii : ijuaud je uc serai plus là, garel'explosioa !

Quelque teui|>s aiu'ès 1830, Fenliiiaud élan! mort, le iHiuchon |Kulil.

Quand l'explosiou eul lieu, O'Diiunell, uial).nv son /Me, sou exacliludc el sa lionne tenn(> d'oriicier, n'élait eiieore (jue simple capilaine.

Ferdinand Vil n'aimail personne, mais il déleslail son frèn; don Carlos, (pii le lui rendait bien. Pour lui faire pièee, il abolit la loi saliquc avant de mourir, et d'un Irait "aplanie le déshérita. Ainsi se trouva porté par le plus absolutiste des rois le coup le plus terrible que l'absolutisme put recevoir en Espagne. Atteint profondément, mais non point encore mortellement, l'absolutisme lit un suprême apjiel à ses fidèles. La Navarre et Zumalacarreguy lui répondirent.

Le régiment d'O'DonncU fit partie de l'armée envoyée pour combattre les carlistes. Notre capitaine se battit dans ses rangs obscurément, et participa aux défaites que les armes de l'innocenle Isabelle 11 ne cessèrent d'éprouver sous les généraux Quesada, Rodil, Mina et Valdès.

Fort heureusement pour la reine Isabelle et pour le lieutenant O'Donnell, le o-énéral Cordova succéda à Rodil dans le commandement de l'armée libérale, à laquelle il rendit la confiance el la force morale par la victoire de Mendigorria.

Don Louis Fernandez de Cordova, ajant servi dans la garde royale, prenait plaisir à pousser ses anciens camarades. Il protégea O'Donnell, lui fournit toutes les occasions de se distinguer, et, en peu de temps, il lui fit franchir tous les degrés de réclielle militaire jusqu'au grade d'officier général inclusivement. Non content de cela, le général en chef ne cessa de vanter les connaissances militaires de son protégé, d'attirer sur lui l'atlention de l'armée et du public; en un mot, de le combler de réclames.

Ainsi inventé par Cordova, O'Donnell passa bientôt pour un des généraux qui avaient le plus d'avenir en Espagne. Aussi Esparlero, succédant à Cordova, pensa qu'il n'avait rien de mieux à faire que de choisir O'Donnell comme chef d'étatmajor général.

ii'noNNi-.i.i.. 2i:)

l,e poslc v.[;h\. iin|>iirl;nil , iimis diriicilc. .Milil;iir(; Iiimyc, cl iiili'lli^ciil, iiiiiis un |i(;u iiiildlciil, l']s|i;irt.('r()l;)issail voldiilicirs l'aire liraiicoiip de clm-cs nii\ aiilres; son ciilouragc exeivail uiic assez gramlc iiiriiiciici' mit lui, cl cet euloui'ago naiuiail pas O'Dmiucll, surluul le lirigadier Linagc, ([ui élail rO'Ddiim;!] d'Esparlcio , cuniiiic O'Doiuiell lui-Hiùiuc a\ail élé le Linagc doCor(li)\a. U s'agissail dune d'éloigner le clicl" d'élal-niajoi', (!l, le ijuarlicr-général élail devenu un loyer d iuuigucs el do lulles, au moyen desiiuelles les deux partis chercliaienl à emporter, par la ruse ou par la force, la décision du llegnialiquc commandant eu chef.

La seconde guerre de succession en Espagne présentait alors nue double physionomie : au nord, c'est-à-dire dans les iiroviuces basques et navarraises, elle était contenue et limitée pur le système de blocus applique par Cordova ; mais à l'est, dans les anciens royaumes d'Aragon et de Valence, Cabrera faisait des progrès alarmants, qui s'étendaient déjà sur une assez notable portion du teriitoire de Castillc. Sa base d'opérations fixée au cœur même de l'Aragoa , l'armée constitutionnelle n'osait venir l'y attaquer. 11 avait conquis et armé des places fortes, créé des fabriques d'armes, fondu des canons, et, par une succession de positions militaires habilement échelonnées, il marchait sur Madrid, et se rendait peu à peu maître de toutes les communications aboutissant à cette ville. Le gouvernement constitiilionnel allait se trouver placé dans la dure nécessité de se retirer à Séville, et d'abandonner la capitale au prétendant.

Pour échapper à cette extrémité, et pour arrêter les progrès do Cabrera, on renforça l'armée du centre, dont on confia le commandement à O'Donnell.

C'était Esjiarlero qui l'avait désigné pour ce poste.

Narvaëz avait vivement ambitionné ce commandement; grâce à la protection que nous venons de dire, son concurrent l'emporta.

Tous les moyens d'action, tous les renforts dont pouvait disposer le gouvernement en ce moment furent fournis à O'Donnell, qui, grâce à la supériorité des forces constitutionnelles, reprit petit à petit l'ascendant sur l'ennemi. Il fallait pourtant l'attirer à une rencontre décisive, que Cabn'ra évitait autant que possible, sentant bien le désavantage de sa situation. Enfin eut lieu la bataille de Lucena, qui valut à O'Donnell le litre de comte et le grade de lieutenant-général.

Cabrera, battu, n'avait pas été cependant mis en déroute ; évitant soigneusement désormais de nouvelles rencontres générales, mettant à profit sa prodigieuse mobi-

•Jll O'DONNiai..

lilé, sa l'oiuiaissancc exacte des localik's elles ressources (|iii' lui IdiMiiiss:!!! le |i;iys, l'inlrépide et lialiile ilicf carliste reiulit vaine la victoire ^\^^ l.iitcna. Même après C(!ll(! vicldirc, O'IJoinu'll, eiilré en Aragon avec (|naraMle mille liomuics de lionnes troupes, n'avait pas conquis encore un ponce de terrain. I,e moment devenait de plus eu plus critique pour la réputation militaire d'O'Donnell, et Cordova devait commencer à se repentir de ses pronostics. L'armée de son protégé faisait diaipie jour des pertes nouvelles, tandis ([ue les forces de Cabrera augmentaient, au contraire, et qu'il poussait ses conquêtes jusqu'aux portes de Madrid.

On ne sait pas comment se serait terminé ce duel entre Cabrera et O'Donni.ll, mais, pour le niomeni, l'avantage ne paraissait pas êlie du côté de celui-ci.

Heureusement, dans les provinces du Nord, la guerre prenait une tournure plus favorable aux intérêts de la reine Isa!)elle. La division s'était mise dans le camp carliste, Maroto venait de lever le masque, et les Basques, fatigués de la Ititle, demandaient la paix à tout prix. La convention de Vergara signée, don Carlos réfugié en France, Espartcro put se porter avec son armée sur l'Aragon, tirer O'Donnell d'embarras, et mettre fin à la guerre civile. On sait ce qui s'ensuivit : une révolulion militaire enleva le pouvoir des mains de la reine-régente ]Marie-Chrislinc, et le fit passer dans celles du général victorieux, qu'une révolution militaire ne devait pas tarder à renverser à son tour.

O'Donnell entra l'un des premiers dans celte conspiration tramée contre Esparlcro par ses compagnons d'armes, mécontents de la [)art de gâteau qu'il leur avait laissée. S'élant ménagé des intelligences dans la place, O'Douuell donna le signal de la révolte en s'emparanl, le 1'' octobre 1841, de la citadelle de Pampelune. Le mouvement qui devait éclater simultanément à Pampelune, à Saragosse et à Madrid ayant échoué sur les deux- derniers points, O'Donnell prit vite la fuite, et parvint à se réfugier en France, oili ne tardèromt pus à le rejoindre ses compagnons d'aventure ; ils vinrent se grouper autour de la reine Christine, et attendre des jours meilleurs en fumant des cigarettes sur le boulevard des Italiens.

L'exil pour O'Donnell avait quelque chose de plus triste et de plus amer que pour la plupart de ses compagnons. 11 était très-pauvre, et sa pauvreté pesait sur sa famille, sur sa dignité, sur son orgueil. La nécessité le forçait à accepter les subsides de Marie-Christine, qui ne savait pas toujours, à ce qu'il paraît, user de la délicaless(? nécessaire en pareil cas de la part d'une femme et d'une reine. Le souvenir de ces relations est toujours resté présent, à la mémoire d'O'Donnell, et l'on assure qu'il n'a pas été étranger à l'hostilité qui éclata entre Christine cl son ancien champion dès que celui-ci revint de Cuba.

0 DUN.NDI.L. 2i;i

L'EspagiKî est Mil llirfilrc (iTi Imil, ^-c lail par cliangeincnts à vue.

Pendant (|uc rrinij^riilimi de IS'rl et la pditc eour do la reine-mère làcliaient de passer aussi agréablement qiK; possible le temps à Paris, lenis amis préparaient dans la coulisse un nonvean eliangement de décoration qui allait lenr permettre de reparaître sur la scène politique. Tant qu'Espartero n'avait fait que frapper sur ses adversaires, personne n'avait làen dit, mais le moment étant venu où tout clief de parti est obligé de mécontenter ses partisans, un grand nombre de progressistes s'allièrent aux conservateurs, le mouvement de 1844 renversa la régence, et força le régent à s'embarquer pour l'Angleterre.

Aussitôt O'Donnell, Narvaëz, les C.onclia et tous les émigrés cliristinos d'accourir à Madrid. O'Donnell élait certainement, par son nom et par ses antécédents, en mesure de disputer à Narvaëz le premier poste dans le gouvernement qui allait se fonder ; il eut le bon sens de lui céder la place, et de préférer le solide au brillant. 11 accepta la position de gouverneur général de l'île de Cuba que Narvaëz lui faisait offrir. C'était ce qui s'appelle tirer son épingle du jeu.

Le gouvernement de Cuba a cet avantage, qu'il enrichit ceux qui en sont cbargés. Après quelques années de séjour dans cette île, le gouverneur en revient ordinairement millionnaire. C'est un usage établi, une sorte de tradition de la monarchie espagnole. On a fort amèrement reproché, cependant, à O'Donnell d'avoir suivi l'exemple de ses prédécesseurs. Nous ignorons si ces reproches sont fondés, mais ils prouvent du moins qu'on devient plus scrupuleux en Espagne ; nous devons ajouter, pourtant, qu'à son retour de Cuba, en 1846,1e général disait à qui voulait l'entendre : « J'ai vécu à la Havane sans faste, j'ai économisé une partie de mes forts appointements, et je rapporte quatre-vingt mille piastres. » Ces quatre-vingt mille piastres font quatre cent mille francs.

Sans nier la vérité de ces assertions du général O'Donnell, quelques personnes ont insinué publiquement que la générale était bonne, compatissante, qu'elle aimait à protéger les gens, à rendre service, à s'associer aux entreprises utiles, qu'elle comptait de nombreux clients à la Havane qui ne s'étaient point montrés ingrats, et qu'elle reçoit encore aujourd'hui des témoignages de leur reconnaissance, sous une forme ou sous une autre, le plus souvent pous la forme de dividendes. Laissons là ces insinuations qu'on n'épargnerait à personne dans une pareille situation, et qui, d'ailleurs, ne nous regardent pas. Ce sont là des choses d'Espagne, cosas de Esjnina, comme disent eux-mêmes les Espagnols, dont nous n'avons point à nous occuper.

2IR (."DONNKI.l..

I.i's Anj^lais oui roiiciueiiL ;iccii.sc O'UoiiiicU d'avoir l'avorisù la Irailc dos iicyrcs; mais il ne. faut jamais en croire 1(!S yViij;lais sur parole dans loulos les allaires qui liiiH'IuMil ail commcivc cl à la navi^aiioii.

Le séjour (le Ciilia avail, à ce qu'il [laraîl, des cliarmes |i<uii' O'Doimcll . car il aurait volontiers accciilc une prorogation de trois ans de son toniniandenicnt. Narvaëz conimit la fanh; de ne ])as comiircndn! ce désir, le f^éncral don José de la Concha reçut la mission de viùller sur la perle de rAtlanli((ue, dont les Américains seraient si charmés d'enricliir leur écrin ; il [larlil pour la Havane en 184(), et O'Oonnell resta h Madrid.

(ir, f]ue faire à Madrid, h moins qu'on n'y consi)ire?

On s'attendait d'abord à voir O'Donnell jeter fcii et flammes contre son ancien c(dlègue el camarade d'émigration, et se mettre à la tête de l'opposition qui menaçait le ministère Narvaëz. L'ex-gouverneur de la Havane se garda bien d'agir ainsi ; une telle conduile eût clé l'enfance de l'art. Il se contint, se modéra, et caclia ses projets de vengeance sous le voile discret et commode d'une simple bouderie, qui permettait un raccommodement. Narvaëz donna dans le picge; il fit les premières avances auprès d'O'Donnell.

La direction de l'infanterie constitue en Espagne un emploi très-important, recherché par tous les militaires. Les ministres ne l'accordent qu'à un homme sur le dévouement duquel ils croient pouvoir compter; Narvaëz le fit proposer à 0 Donnell, qui se donna bien garde de le refuser. Voilà donc le président du conseil enchanté du succès de la négociation, el se frottant les mains d'avoir rattaché définitivement à sa cause un homme de l'importance d'O'Donnell, tandis qu'il n'avait fait qu'introduire l'ennemi au centre de la place.

Marie-Christine régnait en Espagne sous le pseudonyme de sa fille Isabelle. Pour une de ces causes mystérieuses et inconnues qui font souvent de la politique intérieure de l'Espagne le plus parfait des imbroglios, Narvaëz se brouilla avec la reine-mère. Au bout de fort peu de temps de lutte, il était renversé. O'Donnell n'eut donc pas la consolation de déterminer lui-même la chule du ministère; il continua cependant à tenir entre ses mains les fils déjà noués, et se tapit au fond de sa conspiration comme une araignée au fond de sa toile, ne sachant pas précisément sur quelle mouche il se jetterait, mais comptant toujours sur une proie.

M. Bravo-Murillo, qui succéda à Narvaëz, était un ministre tout à fait à la main de Maric-Chnstin(\ O'Donnell, jugeant utile de se mettre mal avec lui, envoya sa démission avec éclat, et rentra dans la vie privée.

0'Di>NM;1.1.. 217

Prooressisles cl inoilrrc'S, scnlaiil. ([u'ils (Uil, |i(im' le niniiii;iil, le, mùiir ciiiicini à coiuljallrc, s'uiiisscut cniiliv, la caniaiilla. Maiic-Cliii^liiU' , Imiivaiit M. IJiavo- Mmillo iiisiiflisuil [loiir les circo us lances, le remplace [nir M. Sarlorius, leijuel, considérant avec raison O'Donnell comme un des clic fs les plus dangereux de la coalition qui vient de se former, s'empresse de l'exiler au fond d'une [)rovinee. Ce n'est pas tout que d'exiler les gens, il faut encore les prendre. M. Sarlorius laissa échapper O^Donnell, ou, du moins, il ne sut pas le découvrir dans la relraili; (jifil s'était ménagée au milieu même de Madrid, el du fond de laquelle il dirigeait timl à son aise les préparatifs du mouvement prêta éclater; ^-i bien qui', le 13 juin 1854, s'étant rendu à une des portes de Madrid, où il comptait trouver les ofllciers, ses complices, avec les troupes réunies sous leurs ordres, et le rendez-vous ayant manqué par un hasard forluil, O'Donnell put rentrer tranquillement dans sa cachette, et rejoindre, dix jours après, Dulce, qui l'attendait avec sa cavalerie à l'entrée de la caserne, et faire son promtnriujuoito à cheval, au nez de ce bon M. Sarlorius, comte de San-Luis.

Vicalvaro est un petit village situé à l'entrée de la plaine qui entoure Madrid. C'est là que le /imntfnciamento s'arrêta pour attendre ses premiers effets ; il y fut Licnlôl attaqué par les troupes royales envoyées à sa poursuite. Les deux armées se tirèrent des coups de fusil pendant toute la journée, après quoi chacune d'elles s'attribua la victoire. En attendant de nouvelles opérations militaires, le général rebelle prit la plume, et ulilisa ses loisirs en rédigeant ce fameux manifeste du Mançanarès, dans lequel il indiquait le but de la révolte. « Nous voulons, disait-il, le maintien du trône sans la camarilla qui le déshonore; la pratique rigoureuse du "ouvernement constitutionnel ; ramélioralion des lois d'élection et de la presse ; la. réduction des impôts d'après les lois d'une stricte économie-, la réforme de la centralisation, de façon à donner aux peuples l'indépendance locale nécessaire pour la gestion de leurs intérèls, el, comme garantie de tout cela, l'établissement, sur de solides bases, de la milice nationale. »

Excellent programme, dont l'Espagne attend encore la réalisation.

Si le résultat de la journée de Vicalvaro restait incertain, il n'en était pas de même du résultat politique. Les prowniciaineidos se succédaient dans les provinces avec une rapidité électrique. A Madrid, l'effervescence des esprits augmentait d'heure en heure. Pendant que le général Blaser, ministre delà guerre, remportait chaque jour une nouvelle \ictoire dans les bulletins du gouvernement, la popula-

ils hIhiNM;!,!..

lion UKulnlôiir, au sorlir d'iiiu; comsr de laurcaux, se mil m pliiiu: iiisiureclion ; les liùlols tles divers iiiinislres el le palais d(î la reine Clirisline iiironl (|ncl(inc peu saccades, cl une junlc révolnruMiu, lire s'élahlil à l'hùlel de ville.

I.a jeune leine, pendant co tonips-là, cliargeait le colonel Cordova d(! l'orniei' nue nouvelle adminislralion, el, ce (pTil v a de plaisant, c'est (|ne eelniei Irouvait dos gens pour en faire pailie. Pendant ipu- le ministère, dit drs i/nun/ii/c heures^ parce (|u'il nednratiucce tem[):-là, s'installait connue si dr rien n'élait, Madrid se couvrait de barricades, l.a reine, après (ju'on cul discuté autour d'elle loules sortes d'expédients, comprit ([u'il était temps do s'adresser à Espartero et à O'Dounell. Entre le dé[tart et le retour des courriers expédiés à ces deux généraux, d y eut un rude moment à passer, et snns le vieux et clievaleresque général San-Miguel, qui lui investi d'une sorte de diclatinc en attendant l'arrivée des ministres réguliers, la reine courail grand risipu^ d'allei' rejoindre sa mère en exil. Heureusement la discorde vint eu aide à la monarchie. Les insurgés se partagèrent en deux camps, deux juntes se formèrent, et progressistes el révolutionnaires luttant, se réunissant, se sé[)afanl pour fusionner encore, Espartero, plus vif celte fois dans ses mouvements (pic d'habitude, eut le temps d'arriver à Madrid. Ainsi, l'homme qu'un linmnnriainpnto avait renversé en 1843 se trouvait, par \xnno\.\\nn\\ivoni(nciamcnto, porté au pouvoir, qu'il allait partager avec celui qui prit la plus grande pari h sa chute.

La bonne intelligence entre les deux chefs du gouvernement ne pouvait pas être de longue durée. O'Donnell, peu satisfait d'avoir lire les marrons du feu pour Espartero, ne songeait qu'au moyen de se débarrasser de- hii, et Espartero, mécontent d'avoir un rival, attendait le moment favorable de le mettre à la porte du ministère. 11 n'entre pas dans notre cadre de faire l'histoire de ce gouvernement tiraillé en sens contraire, aujourd'hui monarchique, demain révolutionnaire, convoquant une Constituante pour changer les lois de l'Etat, et déclarant la royauté inviolable, singulier spectacle où l'on vit la reine Marie-Christine exilée par celui qui avait partagé son exil en 1843, et la reine Isabelle protégée et défendue par le chef même du parti qui ne reculait pas devant l'idée de la renverser. Dans cet assaut de bizarreries et de contradictions, l'avantage devait rester, à la longue, à celui qui ne se contredisait que d'une fa(;on apparente el, pour ainsi dire, de parti pris, c'est-à-dire à O'Donnell. L'indécision et l'incerlilude étaient le fond même de la situation et du caractère d'Esparlero; chez O'Donnell ces défauts ne résultaient que des circonstances. Petit à petit il se rapprochait de la cour et se fortifiait par elle.

Des désordres venaient d'éclater dans la Vieille-Castille; le ministre de l'inlé-

O'DONNliLL. '210

1 icur l'>((iMir;i, iiilerpcllù à ci; siiji l ;ni sein des Corlcs, n'iicsita pas à les allrihuer à la l'aclioii l'aild-clriicale; O'DdiiiicII, (|i:i songeait à se ménager |)iini' l'aviTiir un appui dans ce parli, contesta les appréciations de son collègue. De là une crise dans le cabine!. ODouncll demandait le renvoi d'I'lscosura, en ollVanl sa démission si elle ne, lui ('liiit pas aeeonlée : " (In l'un on I anire, » dit-il à Es[)arlero : « L'un et l'autre, lui lépondit celui-ci, on ni l'un ni l'antre. » U'Donnell savait ce qu'il taisait en posant ainsi la ijueslioii ; il se sentait assez l'oit pour IVapper un grand eon|i. La reine, juge constitutionnel entre le» deux ministres, prononea la dissolution du caliinel et cliarçca O'Donncll d'en l'ornier un nouveau. On C(nniait les résultats de l'insurrection (jui, à Madrid, à Harcelone et à Saragossc, suivit cette espèce de coup d'État. La cour resta victorieuse, la milice nationale fut dissoute ainsi (|uc les Corlcs, et Espai'tcro alla méditer encore une fois à Lngrono sur l'incertitude des choses humaines.

Celle fois encore, il se trouva qu'O'Donnell n'avait point travaillé pour lui, mais pour Narvaëz. Le parti conser\alcui' triomphant, son premier soin fut de se venger de celui qui avait causé sa chute, et qui venait de lui faire passer de si mauvais moments. O'Donncl] ne fut pas même élu aux Cortès. Heureusement il lui restait un siège au Sénat, dont il profita pour faire une guerre acharnée à Narvaëz, qui perdait tous les jours du terrain dans la discussion. Son adversaire lui porta un coup terrible en prouvant sa complicité dans le mouvement de Vicalvaro. Pendant ces eomhals de tribune, les débris de YUnion libérale, fondée pendant le ministère Espartero-O'Donnell, se ralliaient autour de ce dernier; beaucoup de conservateurs modérés vinrent les rejoindre. Ainsi se forma le noyau d'une opposition qui devint bientôt assez forte pour renverser Narvaëz en 1858, et pour porter O'Donnell au ministère.

Au début de son administration, le nouveau président du conseil créa V Union libérale, n dont les principes et l'action, nous dit un des plus récenls panégyristes d'O'Donnel, devaient rallier les extrémités rapprochées des partis, et gagner ainsi peu à peu les centres, laissant alors les oppositions extrêmes livrées à elles-mêmes, cl sans force devant un pouvoir également appuyé par tous les partis. » Le ministère était donc un ministère de fusion. Restait à savoir si les partis se rallieraient à celte politique et accepteraient l'alliance qui leur était offerte. La convocation des Certes fut donc décidée. Le précédent cabinet, présidé par M. Isturitz, était tombé sur la question de la révision des listes électorales, mesure dont on comprendra la né*

220 iiDONM.l.l,.

Cossilr lorsi|u'(iii saiira i|m', diiii^ la iilii|i;ui îles |irii\iiict's, lo lislcs il^Mct leurs loin'millaiciil (ron'Ciiis volonlaircs, cl im'à C;ii'ercs, par fxeiii|il(', sur 2.7.'!,'! clloyciis iiiscrils, 9'il uv ri'iii[)lissuiont aucune des coiidilioiis voulues; il en él.iil de nicnic à la Corogne, où, sur le nombre lolal des électeurs, la moilié ne j)ayail pas le cens Uxé par la loi.

Pendanl (|ue 1(! eonstril d'IUaL eL le sénal ou\raienl leurs poiles à des progressistes mêlés à des eunservalenrs, les élections générales avaient lien sur des listes révisées, et O'Duunell expliquait sa poliliqnc à la nalien dans nue; circnlaii'(! du ministre de riiilérieur : « l.e gouvernement, disait M. l'osada ilerrera, ne se croit pas oliligé de favoriser des parlis (pii prétendent fonder la monarchie chacun sur une constitution différente, (pii aspirent à établir un système adminisiratif chacun suivant ses vues propres, et qui voudraient livrer les fonctions de l'IClal à un personnel exclusif. Il n'admet pas que des [larlis de cette nature puissent s'appeler constitutionnels, et il ne croit pas que la nation puisse en attendre

d'autres fruits que le despotisme ou l'anarchie il y a de toutes parts des

hommes honorables (jui conservent, par tradition, certaines dénominations q\ii ne signifient plus rien de réel dans la plupart des cas; il y a aussi une jeunesse pleine de nobles aspirations, obligée jusqu'ici de s'éloigner des ad'aires publiques, ou de se fondre, en abdiquant toute liberté, dans les anciens partis. Quand vous aurez obtenu l'appui de cette classe de personnes, vous pourrez défier ces colères intempestives des partis extrêmes » La politique de rf/«/«5?« ///'(^rfl/e consiste donc, en

définitive, à prouver aux anciens partis qu'ils ont tort d'exister; ce qui est une lâche rude dans tous les pays, et surtout en Espagne.

On ne peut pas trop dire ce qui serait advenu du ministère O'Donncll et de VUnion libérale si une qucpliou exlérieure, débattue avec fermeté et résolue avec vigueur, n'était venue prêter son appui au système de fusion.

On remplirait plusieurs volumes du récit des interminables querelles entre l'Espagne et le Maroc depuis l'époque oii Ferdinand le Catholique expulsa les Arabes de son pays jusqu'en 1859. Le fruit de toutes les expéditions tentées par l'Espagne sur les côtes du Maroc avait été la possession de Mélilla, Penon de Vêlez, Penon de Alhucenas et Ceuta, colonies fort incommodesque l'Espagne, faute de pouvoir en tirer meilleur parti, avait transformées &\\ pvcsiJios. C'est là qu'elle envoyait ses malfaiteurs subir leur peine. Entre l'Espagne et le Maroc la paix n'a jamais guère existé que de nom; chaque règne, pour ainsi dire, a eu maille à partir avec les barbares habitants de la côte marocaine; vingt fois châtiés, ils ne se lassaient point de revenir à la charge, et l'on peut dire que l'histoire des possessions espagnoles dans ceile partie de l'Afrique n'est qu'un long blocus.

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A la iimni.MV iKMivcllo ,1,. rinsiili,' faile •, son |iavillnn, l'Rspnonc tout onlièrc Ircssaillil, l'opinidii iMil,li(nio se prononça d'iiiic faroii iinanimo pour qu'on saisîl cotlc occasion (l'on liniravcc des iKirharcs pour qui l'i.lcu d.; droit n'exisic pas, cl qui ne rcconnaisscnl (pic la lorcc. Les partis se Ironvcrcnl d'accord au moins un(> lois dans leur vie, ou pliilôl il n'y ont plus de partis devant l'honneur national à défendre. OKonnell n liésila pas à suivre l'élan oém'.ral, cl, au milieu des acclamations des Cortès, il annoma cjui' la guerre était dé( larée.

L'expédition du Maroc présenlait des diflicullés de plus d'un genre ; adminislralives, financières, militaires et politiques. Toutes les fois que l'Espagne avait voulu régler par les armes sjs aflaire avec le ftLiroc, l'action de l'Angleterre s'était fait scmitir, et, sans intervenir d'une façon directe en faveur des Barbares, elle mettait tout en œuvre pour entraver l'attaque ou pour en circonscrire les effets. Cette fois encore le cabinet de Saint-James eut recours aux procédés d'intimidation diplomati({ue qui lui avaient réussi jusqu'alors; M. Buchanan, ministre d'Angleterre, fut cbargé de demander, par écrit, une déclaration portant « que si, par le cours des événements l'armée espagnole était obligée d'occuper Tanger, cette occupation ne serait que temporaire, et ne se prolongerait pas au delà de la ratification d'un traité de paix entre l'Espagne et le Maroc. » Il paraît même que lord jolin Russell, allant plus loin, déclarait l'occupation incompatible avec la sûreté de Gibraltar si, le payement de rindemnité n'ayant pas lieu, elle devenait permanente. La fermeté du gouvernement ne se démentit pas pendant tout le cours d'une correspondance longue et délicatel'Angleterre comprit qu'il fallait céder, et le délai fixé à l'empereur Sidi-Mohammed pour l'acceptation de Vultiinatum étant expiré, on poussa les préparatifs de l'expédition avec vigueur.

Le 14 novembre 1800 toutes les troupes étaient réunies au camp d'Algésiras; O'Donnell, qui s'était réservé le commandement en chef de l'expédition, les passa en revue; le 18, le 1" corps touchait à Ceula, après avoir franchi le détroit au milieu d'une tempête effroyable. A peine débarqués, les Espagnols sont attaqués par les Maures, et le temps se passe en escarmouches jusqu'au jour de l'arrivée du oénéral en chef. Le 12 décembre les trois corps qui formaient l'armée d'opérations étaient réunis, et l'on se mit en marche sur Tetuan, non sans avoir soutenu contre l'ennemi un grand nombre de petits combats vifs et meurtriers. Nous n'entrerons pas dans les détails de la bataille de Castillejo, dont le résultat fut d'ouvrir aux Espagnols la vallée qui mène à Tetuan, ni dans ceux de la prise de celte ville, où la paix fut signée.

Le soldat espagnol dans celte campagne s'est montré digne de sa vieille renommée; il a été sobre, patient, intrépide, non-seulement vis-i\-vis l'ennemi, mais encore en

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faco (lo9 privations, dos maladies, pai'iui li>sqncll('s le clniln'a, i|iii fil (Jans rarnu'-i' ospa^nolo do noiiihrcusL's victiiiios. A leur rolniir, l'Espagne acciieillil les vaini|noiirs du Maroc avec un eiilliousiasme voisin de l'ivresse; ses orateurs el ses poi-lcs déclarèronl que les temps de Goii/alve de Cordouo cl de Cliarles-Qninl élaienl revenus; c'est beaucoup dire, mais nn |ieM d'exagéralion ne messicd pas i\ un peuple quand il s'agil (ramoiu'-pi'opre national.

TIII

O'Donnell rapportait du Maroc la dignité de maréchal, le litre de duc do Télouan, el, par-dessus le marché, la consolidation de son pouvoir.

Le pouvoir, en Espagne, n'est pas chose faci4e à conserver.

Malgré V Union libérait', ou peut-être à cause de cette union, les partis n'ont pas cessé d'être tous passablement nombreux dans la péninsule; il y a des progressistes modérés et des progressistes purs, des démocrates et des républicains, des conservateurs progressistes et des progressistes conservateurs, des absolutistes mitigés et des absolutistes absolus, des catholiques et des néo-catholiques.

Il y a, en outre, la reine et les gens qui l'entourent; puis le roi et ses familiers; puis la reine-mère, qui dit son mot de loin ; puis les confesseurs, les moines, les religieuses^ les camereras, les majordomes, toutes les influences de la chapelle et de l'antichambre.

Le malheureux président du conseil est obligé de se débrouiller au milieu de tout cela. Jusqu'ici il y est parvenu, cl ce succès fait honneur à sa dextérité. Après la victoire du Maroc, on aurait voulu le pousser à intervenir en faveur du pouvoir temporel du pape, el il a résisté à ces excitations, ce qui fait honneur à son bon sens. Il lui reste maintenant à satisfaire d'autres exigences, celles de la nation, et c'est là le plus fort de sa tâche.

L'Espagne n'a point oublié le fameux programme du Mançanarès ; elle attend encore la pratique rigoureuse du gouvernement constitutionnel ; l'amélioration des lois d'élection et de la presse; la réduction des impôts, basés sur les lois d'une stricte économie, la réforme de la centralisation et le rétablissement de la milice nationale. Au lieu de tout cela, on lui donne des chemins de fer; c'est bien quelque chose, sans doute, mais ce n'est pas tout. Les gouvernements qui ne s'appuient que sur les intérêts matériels ne remplissent qu'un côté de leur mission. On ne fait pas longtemps prendre le change à un peuple; les intérêts moraux Unissent toujours par reprendre le dessus, et ils se vengent du pouvoir qui les a méconnus en le renversant.

OI)ONNi;i,l.. 223

Dans la physionomie spirihuîUc (ro'nonnoll; tlniis sos ymx iianlis cl inlclli"cnls, (111 lil plus (It! liiu'ssc (|iic (l(; pidriiiidi'iir, plus d'Iiabiloté que de grand(!ur vérilable. C'est un lioinmo d'oxpédionls, et les expédioiits pouycnt servir à sa posilidii pcrsonlu'lli', mais l'Espagne aurai! bcsnin irnii !i(imiiii' d'I'llal.

Les modérés, naturelloinonl, n'ont point pardoimé à O'Donnell son alliance avec Espartero, et ils ne laissent perdre aucune occasion de la lui n^proclier avec amerluinc ; la modération, à ce qu'il paraît, n'exclut pas la rancune;. O'Donndl a lieau répondre que cotte alliance était indispensable, qu'une règle élémentaire du faraud art des conspirations est d'embrasser les gens pour mieux les étouffer, les modérés ne se laissent point toucher, et ils répondent au ministère comme le Journal des Débats à M. (Juizot : « Vous pourrez bien avoir notre appui, mais jamais notre estime. » O'Donnell est bonîme à se contenter de l'appui et à se moquer parfaitement du reste.

Il paraît pourtant que le gros du parti modéré lui refuse même son appui; des tentatives de rapprochement ont eu lieu, mais les gens qui s'en sont mêlés prétendent qu'O'Donnell, à son tour, garde contre ceux qui ne l'ont pas appuyé, dès qu'il est entré tout seul au pouvoir et qu'il a pris le gouvernement pour son propre compte, une rancune et des préventions qui rendent tout raccommodement extrêmement difficile, sinon impossible. O'Donnel garde le souvenir des offenses, et il paraît qu'on l'offense facilement. C'est une faiblesse pour un homme d'État. Sans méconnaître ses grandes qualités de commandement, les modérés l'accusent de petitesses de caractère qui nuisent à son action dans la politique; les quelques progressistes qui se sont ralliés autour de lui n'en disent pas grand'chose, ils se bornent à le suivre sans enthousiasme, et à l'appuyer sans sympathie, se contentant de ce ministère faute de tomber dans un pire.

Sans avoir une intelligence de premier ordre, 0 Donnell est instruit, persévérant jusqu'à l'opiniâtreté, fin jusqu'à la dissimulation, ingrat si cela est nécessaire, injuste s'il le faut ; des vertus et des vices il ne prend que ce qui est absolument indispensable à ses intérêts. Le sens moral n'est pas ce qu'il y a de plus développé chez lui ; on ne peut pas dire, cependant, qu'il soit tout à fait un méchant homme ; il a à ses côtés trois guides par lesquels il se laisse à peu près également conduire : son amour-propre, sa vanité et sa femme.

O'Donnel aime la louange, et il la paye généreusement. Les flatteurs sont nombreux autour de lui, dit-on, dont il a fait la fortune, tandis qu'il oubliait ses meilleurs, ses plus sincères et ses plus honnêtes amis. Un jour viendra, peut-être, où il les regrettera. Brillante en apparence, sa position manque de solidité réelle. Placé entre l'absolutisme et la liberté, il a également trompe et mécontenté les partisans

(»ihinm;i,i,.

lie- lieux principes; suspccl ;"i la amv ci à Topposilion, soiitcmi, iimi point ynv un p;irli, mais par tics fragmonis ,1,. Ions les partis, son appui le jihis soli,lc parail èlrn iImiis rarmé.' ; or, on sail ce cpic \aul cel appui dans un pays comme l'Espagne.

Les espagnols ne sont jiliis des cnCanls (pii crient quand on les nettoie, ils prouvent Ions l.'s jours (pi'ils coniprcnncnt tous les progrès de la science moderne et qu'ils savent les appliipicr. I,e inonachisme et l'ultramontanisme, les deux monstres qui dévoraient ri'.spagne, sont bien près de disparaître, il suffirait d'une main ferme pour leur porter les derniers coups. O'Donnell le fera-t-il? on ne saurait guère l'attendre de lui. Se méfiant à la fois de la cour et de la nation, il essaye de garder l'équilibre entre elles sur la corde tendue d'une coalition politique. Aux deux extrémités comme au centre, le moindre mouvement peut ébranler la corde, et adieu l'équilibriste ! 11 faut à l'Espagne un homme d'idée, et O'Donnell, ainsi que nous l'avons dit, n'est qu'un homme d'expédients. Il se soutient par l'expédient de la oloire, il vil sur sa campagne du Maroc. Nous verrons si elle le fera vivre longtemps.

Typ. Ernest Meyer, à ParÎB.

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