‹ Les célébrités du jourChapitre 42 sur 42 · GEORGES S A N D · texte numérisé non relu

GEORGES S A N D

'il est difficile de parler des hommes célèbres ou réputés tels, quand ils sont \ivants, il l'est bien plus encore de raconter l'existence des femmes, que quelque sloire ou quelque réputation environne. Tant de calomnies, tant de médisances, tant de choses absurdes ont été débitées sur elle! L'opinion a été si souvent et si complètement faussée sur leur compte ! Où est la vérité, où est l'erreur dans ces mille bruits que la méchanceté invente, que l'oisiveté et la sotlise propagent? Et même alors qu'on parviendrait à les discerner l'une de l'autre, de quel droit biographe pénétrerait-il dans la vie privée d'une femme , entre- 'udrait-il le public de ses amours ou de ses antipathies, de ses résistances ou de ses faiblesses? Mais, dit-on, cette femme a un talent hors ligne; elle est artiste ou poète, elle chante, elle écrit, elle peint, elle sculpte, et le public a le désir très-légilime de savoir qui elle est, comment elle vit, comment elle aime, comment elle souffre.

Que le public ait ce désir, c'est possible. Mais que vous vous croyiez le droit de le satisfaire et, pour cela, de scruter l'existence intime d'une femme, d'in-

soc CRonr.Ks sanh.

fei'pn''tcr cliaoïm do ses actos on cliacimo de ses paroles, (h^ louclior 'i sos affections pour les railler ou les déiiaturor, nous le nions.

Lorsque vous raconlcz la vie (l'un honune ctsli'bre h qnel(|ii(' litre ipie ce soit, est-ce que vous vous croyez obligé de l'aconler ses passions ou ses aventures, de divulguer ses amours, d'ébruiter SCS relations constantes ou mobiles? Non! Pourquoi n'en serait-il pas de même pour la femme que sou génie ou son talent a mise en évidence? Jugez son œuvre bien ou mal, appréciez justement on non sdii mérite, dites que sa réputation est légitime ou usurpée, rien de mieux! Mais n'allez pas plus loin, et respectez chez la femme ce que vous respectez chez l'honnne, sinon je croii-ai que vous n'osez contre celle-là ce que vous vous croyez interdit contre celui-ci que parce que l'un peut vous demander raison de vos offenses, tandis que l'autre est obligé de les subir.

Tout homme qui, publiquement, calomnie une femme ou médit d'elle, commet en effet quel<iue chose de plus qu'une inconvenance, il commet une lâcheté.

S'il fallait satisfaire le goût d'un certain public pour les scandales, toutes les inventions, toutes les anecdotes relatives aux femmes célèbres n'y suffiraient pas, il faudrait épuiser la chronique intérieure des familles. Pourquoi une femme, que son génie ou son talent a mise en évidence, serait-elle moins honorée, moins respectée que celle (jui vit dans l'obscurité? La gloire aurait là, convenons-en, un triste privilège.

Nous avons la réputation d'être un peuple galant et chevaleresque. Je n'en crois rien. Quand nous sommes en présence des femmes, ou quand nous désirons leur plaire, nous tou)'nons assez spirituellement les fadeurs; nous excellons dans le bouquet à Chloris, nous adresserons \\n sonnet à Célimène , nous \erserons un quatrain à l'eau de rose sur de roses appas, mais au fond nous ne savons ni aimer, ni respecter les femmes; notre bonheur, entre hommes, est d'en médire. Si une d'elles s'élève, aussitôt nous courons sus et nous ne nous arrêtons que lorsque nous l'avons salie par quelque bonne petite calomnie. Il semble que nous soyons plus tranquilles dès que nous avons lieu de croire ou de supposer qu'une femme publiquement admirée a une conduite peu régulière ou une certaine légèreté dans ses mœurs. De combien de talents féminins, de coml)ien d'artistes, d'écrivains, de poètes ce travers, disons mieux, ce vice ne nous prive-t-il pas? Combien de mères résistent à la vocation de leur fille pour les arts ou pour les lettres, parce qu'elles redoutent ces dangereuses carrières où la femme n'arrive à la gloire qu'en laissant aux l)uissons du chemin les lambeaux de sa réputation ou de son honneur.

nnoncnis sand. 307

Nous avions ces nMlexions sur le cœur, nous les aurions in('\ilal.l(,'iu<'ul ocrilcs, après avoir dil de Almr (ii-oi-cs Sau.l co (jiir nous avons à en riim; nous les avons exprimées (oui d'ahord cl l<^ icciciii- nous !.■ pardonnera. Arrivons aux faits.

L'âge d'une femme! Question délicate! Pourquoi les femmes rcdoul<!iilelles tant ([u'elle soit résolue ou seulement posée? N'est-ce pas de notre faute s'il en est ainsi? Nous n'aimons de la fenmie que sa jeunesse et sa beauté. Nous nous éloignons d'elle dès que ces deux rayons s'évanouissent. Savez-vous rien de plus méprisant que ce mot : une vieille femme! Nous avons un terme qui suffit à entourer de respect la vieillesse d'un homme ; nous disons : c'est un vieillard ! Vous ne trouverez ni une expression analogue ni même une périphrase qui rende la même idée ou éveille le même sentiment pour une femme arrivée au déclin de sa vie.

Qu'y a-t-il donc d'étonnant cà ce que les femmes ne veuillent pas vieillir? J'en sais qui sont mortes de chagrin à quarante ans. Pauvres femmes! Celles qui n'ont eu d'autres charmes que les charmes extérieurs doivent cruellement souffrir quand ils disparaissent sous la main du temps. Elles ne savent pas quelle royauté elles pourraient exercer dans leur vieillesse par des charmes moins périssables : ceux du cœur et ceux de l'esprit.

Mais si je me laisse entraîner ainsi de digression en digression, ie n'arriverai pas.

Voici une femme du moins qui dit tout haut son âge. Le 5 juillet 1804 ou, pour parler le langage du temps, le 16 messidor an XII, Mlle Amantiue- Lucile-Aurore Dupin naquit à Paris. Elle descendait, par son père, de Maurice de Saxe, fils naturel d'Auguste II, roi de Pologne, et de Mme Aurore de KiçEnigsmark. Maurice de Saxe, en sa qualité de fils naturel, eut à son tour une fille naturelle qui fut mariée au comte de Horn; devenue veuve, elle épousa en secondes noces M. Dupin de Francueil, receveur général de l'apanage du Berry. Mme Dupin de Francueil, qui fut reconnue fille de Maurice de Saxe, par arrêt du Parlement, après la mort de l'illustre maréchal, était la grand'mère de la petite fille née le 3 juillet 1804. Le père de cette enfant, Maurice Dupin de Francueil, avait servi avec distinction

ans ciioiîci.s sanh.

sous la |{(''piili!i(iii(' L't sous l'Iùiipiic. Il iiKiuriil bien ji'iiiic chcoim; (I'uik! diiili' (lt> clu'Viil.

Oiiainl ce (Imildiiiciix ('vriioiuciil la rciidil (nplicliiic, I i iil'aiit a\ait ([uatre ans au plus. Sa f^raud'iiii'i'c l;i piil aupri's (relie dans le cliàleau de Noliaiit ipie .M""' (ieoi'ges Saud habite encore aujonrd'bni e( ipii est désoiniais célèbre.

Dans un des livres les plus altachanls qui soient sortis de sa plume féconde, rillnstie écrivain a raconté son enfance et sa jeunesse avec un duirinc! inimitable, lîien mal avisé serait le hiojii'aplie ijui tenterait de résumer en (piebpu's lignes arides ces pages délicieuses! Nous ne coniniettrons pas cette faute.

Oue ceux (pii voudroni connaître Oeorges Sand ]is(>nt ses livres. Son imagination de lioiuu^ lieure la tourmentait. Presiju'enfant encore, elle composait un roiujui (|ui n'a jamais été écrit, mais (jn'elle a raconté. Plus lard, devenue jeune lille, après avoir passé i)ar les exaltations d(,' la vie dévote, elle organisait, dans le couvent des Angustines anglaises de la rue des Fossés-Saint-Yictor, un théâtre dont elle était l'auteur, l'îicteur et le ■^netteur en scène. La comiminauté des Angustines prenait grand plaisir à cette inofrensi\e récréation.

Elle quitta le couvent en 1820 et retourna an chiiteau de Nohant où elle perdit bientôt la bonne fée de son enfance, son aïeule paternelle. A dix-huit ans, elle épousa M. le baron Dudevant, ancien militaire, gentillàtre campagnard {|ui, pour tout idéal, avait cette maxime : Bien vivre!

Deux enfants naquirent de cette union mal assortie : Maurice et Solange. Maurice Sand — il a pris avec raison le nom que sa mère a illustré — est un de nos artistes les plus distingués, un écrivain consciencieux, un fureteur de vieux bouquins. Solange Sand est devenue M'i'c Clésinger.

11 y avait entre les époux une trop profonde incompatibilité d'humeur pour (pie la vie commune fût longtemps possible. Cette jeune femme, que son sénie tourmentait, souffrait le martvre au contact d'une nature si profondement antipatliique <à la sienne. Il fallait mourir dans cet enfer ou s'en échapper. M""^ Dudevant s'adressa à un excellent prêtre, son ancien confesseur au couvent des Angustines, et le pria de lui ménager une retraite dans ce pieux asile où elle avait laissé, comne pensionnaire, des souvenirs qui n'étaient point encore éteints. Le prêtre se prêta de bonne grâce à cette nt^gociation. La règle était sévère, elle interdisait formellement l'admission d'une personne étrangère; mais il pi'ia, il insista, et ht si bien

OliOHGUS SAM). 300

qui! les porli's s'oiisrirciil. M I;i Iciioniii' I)iiilc\anl i|iiill;i alms le ddiiiicilc

coiijujial cl \iiil se i(Tu,i;irr dans (■clic maison où s'cUiiciil ccmilci's les années les plus oullOM'ées de son adolescence.

l'ouvait-elle y deincurcr longtemps? Son ilhision iic lui pas dr ion^nio durée. i>u fond de cel aliri, de ee poii paisible, elle eiilcndil au loin les tempêtes du monde; la vauue f^rondait à ses pieds, el résolument elle s'y confia, à la ;^ardc (b Dieu! Sou mari lui assez sage pour comprendre (pTù cette tète ai'denle il fallail de l'aii', de l'espace cl de la liberli'. il c(''(la et consentit h ce que sa l'cunuc \îul h Paris, loin de lui, avec sa lille. Mais \ivre à Paiàs! ee n'est pas chose facile pour une fennue surloul qui compte demander au travail seulement d'honoi'ables moyens d'existence. M"" Dudevant lutta avec courage coulic les diflicnllés de la vie littéraire. Elle fit d'abord des traductions; puis, les traductions ue suffisant pas, elle mit en œuvre son talent de peintre et exécuta avec succès de menus travaux, des portraits au crayon et à l'aquarelle, des dessins d'ornement, des miniatures pour tabatières et bijoux.

Les nécessités de cette ecistencc l'obligeaient à des déniai'ches, k des courses nombreuses.. Elle était remarquablement belle et sa beauté la gênait. Elle avait, pendant son enfance, au milieu de la liljre vie des cliaraps, porté lùen souvent des costumes de jeunes garçons. Pour échapper aux poursuites et aux fades galanteries des hommes, elle eut l'idée de reprendre les vêtements avec lesquels elle était familiarisée.

Elle voulait écrire; sa tête était pleine de romans qui ne demandaient qu'à éclore. Mais les appuis dont tout débutant a besoin, où les trouver? Elle fut présentée à M. de Kératry qui, sèchement, lui dit (pTune femme ne devait pas écrire. Elle vit Bal/.ae qui préparait aloi's son œuvre immense et (|ui ne lit guère attention aux projets littéraires de ce petit bas-bleu. M'"e Dudevant rencontra Delatouche, alors fort répandu. Delatouche était un Berrichon, il prit sous sa haute et bienveillante protection cette inconnue et l'engagea à écru-e des articles pour le Fiçjnro. Elle y réussit médiocrement. Elle rencontra là un jeune homme devenu aujourd'hui académicien, M. Jules Sandeau. Ils produisirent en collaboration un roman complètement oublié : Rnxc et Bhncho ou la Cmnédienne el la Religion. On trouva un éditeur et le livre parut sous le pseudonyme de Jules Saud. 11 eut assez de succès pour donner quelque retentissement à ce nom de Sand (pii apparaissait pour la première l'ois dans le monde des lettres. Aussi, lorsque M'»c Dudevant présenta à l'éditeur un roman d'elle et d'elle seule sous le titre d'I/ul/ana, elle fut accueillie. Et comment siguerez-vous

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vdlivoMivro? d'il \r libraire. — Du pseudonyme de Georges Saud, rrpondilelle. — Va pour (ieorges Saiid! r('i)li(|ua-t-il.

Imliana |iarul. Iliiil jouis plus lard, h; pseudonyme de Georges Sand riail drjà lin uoui célèhre. Le succès celte lois fui inunense. La presse entièr(! loua ou critiipia la donnée morale de celte oMivie, v\W. l'ut unanime à ronslalcr la valeur hors ligne de l'écrivain, son style correct, pur, éhîvé.

Vak'iUnto \\\\v\\\. bientôt après et souleva des discussions passionnées. A partir de ce moment, le pseudonyme de Georges Sand acquit une telle popularité qu'il (hnini le nom propre, le vrai nom de M""" Dudevant. Nous avons relu bien d(^s l'ois ces deux premiers li\res delà l'enmie illustre (;t — ce (|ui vaut mieux encore — de l'excellente femme qui a produit tant d'œuvres remarcjuables, et — de coml)ien de livres, hélas! pourrions-nous en dire autant! — nous avons retrouvé, en les lisant hier encore, le même charme, les mômes émotions que nous éprouvâmes à la première lecture, il y a vingt-sept ans!

Je viens de citer les titres des deux premiers ouvrages de Georges Sand et ie m'arrête effrayé devant l'étendue de ma tâche. La seule nomenclature des travaux dus à cette plume élégante est déjcà à elle seule une assez rude besogne ; l'enlreprendrai-je? et si je l'entreprends , quelle place me restera-t-il pour juger l'œuvre et l'écrivain ? Il y a dans cette femme trois aspects principaux : elle a élevé le roman à des hauteurs désespérantes pour tous ceux et toutes celles qui tenteront de la suivre; elle a porté au théâtre une révolution en y faisant parler et agir de vrais paysans vivant de leur vraie vie, et entin elle a pris au mouvement politique une part indirecte mais active.

Il y a aussi un (juatrième aspect qui est bien simple, bien bourgeois, mais qui, à mes yeux du moins, a une importance essentielle : c'est celui sous lequel je vois G.eorges Sand non plus comme romancière ou auteur dramatique, ou écrivain politique, mais tout bonnement comme fennue. Je ne sais et ne veux rien savoir de sa vie intime, des penchants de son cœur, de ses relations avec celui-ci ou avec celui-là. Elle a fait, comme femme, l'usage qu'il lui a convenu de faire de sa liberté; elle a usé de son droit dans la limite où il lui a plu d'en user, lîn pareille matière il n'y a qu'un juge : notre propre conscience, et le biographe n'a rien à y voir. Mais ce que je sais bien, ce que j'ai le droit d'affirmer

fiEOlUIES SAND. .',11

sans (•(iiilivdil, c'csl (HIC (•(•(le ((■iiiiiic csl Iiouik; ci dovou^! sans oslcndiliim ; c'est que, ilans le lonrs (!(> sa laborieuse et féconde carnère, elle a lendn la main an.x faibles cl aux petits; c'est qu'elle fait de sa fortune, con(juise par le travail, un généreux et intelligent usage.

Lorsque je lavis pour la première fois— c'était en i84:{ — elle occupait un petit appartement dans le square d'Orléans, rue Saint-Lazare. Elle vivait là, entourée de ses enfants, donnant ses soins, avec la patience d'une sœur de ciiarité, à un pauvre grand artiste, Chopin, qui se débattait dans les étreintes de la maladie sous lesquelles il devait succomber; égayant à force de bonne humeur ses derniers moments. Nous corrigions, elle et moi, les épreuves du premier volume de poésies de mon compatriote, Charles Poney, le poète-maçon qu'elle voulut i)atronner elle-même devant le public. Dans n; modeste intérieur une servante annonçait les noms les plus illustres de la littérature contemporaine. On devisait simplement, sans prétention, honnêtement; jamais un mot n'était prononcé que les enfants n'eussent pu entendre. La maîtresse du logis laissait volontiers la parole à ses hôtes; sa seule excentricité, bien excusable, consistait k fumer de petites cigarettes roulées avec du tabac oriental.

Il m'est resté de ce temps et de cette relation un souvenir qui s'est constamment dressé dans mon esprit et dans mon cœur contre les mille rumeurs que la malveillance colporte. Telle j'ai vu alors Mme Georges Sand, telle je l'ai vue toujours : affectueuse, simple, bonne et dévouée. Je ne crois pas qu'une seule femme ayant dû à un talent quelconque une célébrité plus ou moins éclatante ait échappé cà l'inteiprétatiou malveillante ou calomnieuse de ses actes, de ses plus sincères affections. Mais Georges Sand y a été en butte plus que toute autre et moins que toute autre peut-être elle en a été atteinte. A quoi cela tient-il? à bien des causes; à une sorte de sauvagerie un peu rude qui est le fait de son éducation, de son caractère; au peu de cas qu'elle a fait en tout temps non pas de la critique mais des critiques, et surtout cà ce malheureux mot de gazeticn, qu'en voulant désigner les journalistes elle mit dans la bouche d'un des personnages de sa pièce intitulée : les Yammes de Pandolphe.

J'ai l'honneur d'être journaliste et j'ai eu souvent cà critiquer des œuvres littéraires ou artistisques ; j'avoue que ce mot de gazctiers, toujours pris en mauvaise part, ne m'a pas profondément blessé en cette circonstauce. Toute liqueur a sa lie; toute profession, si honorable qu'elle soit, a ses enfants perdus. Il est malheureusement vrai que le journalisme a ses fjazetiers , pourquoi ne serciit-il pas permis de le dire? Si puissante que soit la presse, nous ne sonnues pas d'assez grands seigneurs pour qu'on n'ose pas nous

m 2 (WÎOHGES SANlt

dii'o iKis M'rih's. INous avons des i/iizoIiits painii nous, mais cclu aiiMiiti- (lri(-t-il le caractère IioiioraMc de ceux (|ui iw le sont ])as, d(^ ceux (|iii exercent dignement, loyalenicnl ce diriicilc cl priiilile inriier d'ccri\ain, ou plutôt d'improvisateur quotidien? Kt (icorges Sand elle-niêmi' n'a-t-clh' pas pris, quand il l'a l'allu , la jjlumc du journaliste ponr exposer ou défendre ses idées? N'est-ce pas la crili([ue, si injuste qu'elle ait été parfois, n'est-ce pas 1 iulluence du jonrnal qui a donné ;i son nom le retentissement et la gloire qui l'environnent ? Comment supposer (|u'une femme d'une si haute intelligence, d'un sens si droit ait voulu atla(pier on dénigrer une profession (ju'elle a elle-niéme exercée, qu'elle exercerait demain encore s'il le i'allait, pour la défense de ses convictions.

Quant à cette rudesse un peu sauvage dont je parlais tout à l'heure, elle n'a rien qui me déplaise et je la préfère de heaucoup à cette banalité de formes, à ces gracieusetés stéréotypées que l'on rencontre trop souvent dans les relations littéraires. Je comprends que Georges Sand ait pu, par la silencieuse gravité de son allure, indisposer contre elle bien des gens, mais je crois aussi qu'elle a dû par là se concilier de sérieuses sympathies.

Et puis, elle est femme! voilà son tort capital. Nous voulons bien ([u'une femme soit niu' tragédienne, une cantatrice, une artiste célèbre. Qu'elle se fasse un nom en dansant, en nous amusant, rien de mieux! Mais écrire, écrire avec talent! Il semble que ce soit un vol commis à notre préjudice. Que vient faire cette pécore, ce bas-bleu sur .notre terrain? N'a-t-elle pas de pot au feu à soigner, de bas à racommoder ? Et les meilleurs, les plus grands parmi nous n'échappent pas à ce travers. Nous avons dit comment, au début de sa carrière, Georges Sand avait été repoussée. « Une femme ne doit pas écrire ! » avait dit sentencieusement M. Kératry. Balzac, après le succès des premiers romans de Georges Sand, disait souvent, quand on lui demandait son avis : « Ne me parlez pas de cet écrivain du genre neutre! La nature a eu des distractions à son égard, elle aurait dû lui donner plus de culotte et moins de style! » Mais cette vaste intelligence ne pouvait longtemps persister dans un pareil déni de justice. Plus tard, Balzac connut et sut apprécier plus justement Georges Sand pour laquelle il ressentit une sincère et profonde amitié dont il voulut éterniser la trace en lui dédiant un de ses romans; c'est une page qu'il faut citer, car elle honore également celui qui l'a écrite et celle à qui elle était adressée :

« Ceci, cher Georges, ne saurait rien ajouter à l'éclat de votre nom qui » jettera son magnifique retlet sur ce livre. Mais il n'y a là, de ma part, ni 1» calcul, ni modestie. Je désire attester ainsi l'amitié vraie qui s'est continuée

GEonciîS SANn. :ji3

» entre nous, ;'i Iravoi's nos voyages l'I nos absences, tnalL;!!'' nos lra\an.\ d les » m(!'cluuicet6s du iikmkIc. Ce scnlinicnl ne s'allrrera sans ddiilc jamais. \ji » corU''g(^ (le noms amis (|iii accompagnera mes compositions mêle un |»laisir » aux peines (pic me cause leur nombre, car elles- ne sont point sans douleur, » à ne ))arler (pie fies reproclies encourus par ma menaçante fécondité, comme » si le monde ijui pose devant nous n'était pas plus fécond encore. N(? sera-ce » pas beau, Georges, si (piebjue jour ranli(|uaire des littératures détruites ne » retrouve dans ce cortège que de grands noms, de nobles co-iirs, de saintes et » pures amitiés et les gloires de ce siècle? Ne puis-j(; me monlicr plus lier » de ce bonheur certain (pu; de succès toujours contestaides? l'our (pii \ous » connaît bien, n'est-ce pas un bonheur (jue de pouvoir se dire, comme je le » fais ici, votre ami.

Paiiis, juin 1S!|0.

» Dk Balzac. »

Ce sentiment, cette sainte et pure amitié dont parlait Balzac, Georges Sand l'a inspiré très-puissamment. !Mais il n'entre pas aisément dans l'esprit des hommes (jue l'amitié soit possible entre un homme et une femme. Il n'est pas un des amis de Georges Sand (jui n'ait été véliémentement soupçonné d'être son amant. :Pour un très-grand nomlire de bourgeois, Messaline était une petite sainte auprès de cc/i'^ Geonjcs Sand (historique) qui a dévoré plus d'hommes que le Minotaure ne dévorait de vierges.

A l'époque où Balzac adressait à Georges Sand ^cette belle dédicace placée en tête des Mémoirex de deux jeunes mariées, la gloire littéraire de cette femme illustre n'était plus contestée. Sa fécondité n'était pas, Dieu merci! moins mena(^ante que celle de l'auteur de la Comédie humaine. Le poème magnifique qu'elle avait publié, en 18.33, après Indiuna et Yalenline, sous le titre de Zc/w, était considéré comme un des chefs-d'œuvre de notre langue.

Au retour de son premier voyage en Italie elle avait publié les Lettres d'un Voyageur qui avaient produit une très-vive sensation. Puis, ce fut Jacques, le plus discuté et le plus touchant peut-être de ses livres. Dans une notice que Georges Sand publia en 18o3 nous trouvons, au sujet de ce roman, quelques

31i (.KdlK.KS SAM).

lignes (|n il l'uni rcpiuilnii'c :» Qno Juajues , •iWl-cUo , s(»il l'oxprcssiori cl le irsiillal do pensées trisles et de senlimcnls aiiici's, il nVsl pas iicsoiii (li> \r, tWiv. (J'est lin li\r(> (loiiloui'onx <i nn dénoùinent désespéré. Les gens lienrenx <|ni sont parfois Tort inlolérants m'en ont hlAnié. A-t-on le droit d'èli'e désespéré? disaientils. A-t-on le droit d cire malade? .lacqiios n'est oepciidaut pas ra|)ologie dn snicide; c'est l'histoire d'une passion, de la dernière et in(olérai)li! passion d'une Ame passionnée. Je ne prétends pas nier cette consé(|nence du roman : que certains cœurs dévoués se voient réduits h céder la place aux autres et que la société ne leur laisse guère d'autre choix puisqu'elle railh; ou s'indigne devant la résignation ou la miséricorde il'un époux trahi. En ceci la société ne se montre pas fort chrétienne. Aussi Jacques finit-il peu chrétiennement sa vie en s'arrogeant le droit d'eu disposer; mais à qui la faute? Jacques ne pi'oteste pas tant qu'on croit contre cette société irréligieuse. Il lui cb(\c au contraire heaucoup trop puisqu'il tue et se tue. Il est donc l'homme de sou temps, et apparemment que son temps n'est pas l)on pour les gens mariés puisque certains d'entre eux sont placés sans transaction possihle entre l'état de meurtriers et celui de saints. »

11 y a là une irrésistihle vigueur d'argumentation. Oui, cela est vrai en théorie, niais dans la vie comhien trouverez-vous d'hommes de cet héroïsme qui touche à la fois aux deux limites de tout héroïsme : au sublime et au l'idicule? J'ai rencontré pour ma part l»eaucoup de parodistes de Jacques, mais le héros, où est-il? Je ne l'ai trouvé que dans ce livre immortel.

Il n'est pas un des romans de Georges Sand qui ne puisse soulever des montagnes de discussions. Ce serait folie que de vouloir expliquer, critiquer, dans une notice aussi brève et aussi rapide que celie-ci, l'idée, la portée de chacun de ses ouvrages. Ce serait beaucoup que de les nommer.

Après Jacques, André ; api'ès Am/ré, Lcone-Leoni, écrits tous deux à Venise ; puis Simon, le Secrétaire intime, Lacinia, Metella, Mattea, la Manjuise, un chef-d'œuvre ! et Mauprat, et la Dernière Aldini et les Maîtres mosaïstes, et Uscoque — mais je n'en finirais plus, vous dis-je.

Ce fut pendant cette première et abondante floraison de son magnifique talent, que M'"« Dudevant fit consacrer par les tribunaux la séparation qui existait, de fait, entre elle et son mari. Elle était fort belle et jeune encore à cette époque, les malignités du monde l'épargnaient peu; il faut croire que la justice sut à quoi s'en tenir sur ces prétendus désordres, car le tribunal qui prononça la séparation de corps entre les époux décida que l'éducation des deux enfants serait confiée à la mère.

OEOar.ES SAM). 31S

.l'iii sdiivciil ciiloiulii reprocher h Georges San*! ceci : elle s'inspire, dil-oii, des hommes éminents avec lesquels elle a (l(!s relations amicales et prête h leui-s (Idchiiics, il leurs idées la merveilleuse puissance de son imagination et l'éloquence de sou style. C'est ainsi qu'elle a été Saint-Simonioune dans Jndiana et Vakntiiie; chrétieinie,. grâce à riniluencc de Lamennais, dans S'ilriiiion et les Sept cordes de la Lyre; socialiste avec Pierre Leroux dans les Compa(jmn.H du Tour de France, dans Horace, dans Conmelo, dans la Comtesse de Itudidstddt et etc..

Où est le mal ? artiste, philosophe, elle a cherché ardemment la vérité. Là où elle a ci'u la voir briller elle est allée humblement. Elle n'a pas cru (pie Dieu lui eût donné la science infuse; elle a eu confiance dans les lumières des personnes considérables qu'elle aimait ou qu'elle estimait, plus que dans les siennes propres. Quand nous devrions à ces sortes de collaborations intellectuelles quelques beaux livres de plus ; quand nous ne leur devrions que l'intéressante étude des tâtonnements, des hésitations d'une grande intelligence et d'un noble cœur à la recherche du beau et du vrai, serait-ce une raison suffisante pour les maudire? En vérité, nous sommes bien injustes ! voilà une femme, mère de famille, qui, seule, sans fortune, sans appui, découragée dès ses premiers pas dans la littérature, aux prises avec les difficultés de la vie, atta(iuce, calomniée, s'élève au premier rang parmi les écrivains les plus illustres de notre pays; elle met vaillamment sa plume au service de toute idée généreuse"; penseur hardi, elle touche aux plaies sociales les plus profondes, elle combat tous les préjugés, elle plaide avec une admirable éloquence, au moyen des plus ingénieuses fictions, la cause des faillies, et nous lui reprochons d'avoir prêté l'oreille aux voix diverses qui sollicitaient l'appui de sa magique parole ! Mais c'est le contraire qu'il faudrait lui reprocher. Nous comprendrions, si elle s'était enfermée dans son isolement, dans l'orgueil de son individualité, ([u'on lui en eût fait un crime. Rassurons-nous ! on n'y eût pas manqué.

Quand on songe à la masse des œuvres que Georges Sand a produites, sans collaboration effective, par elle seule , par son propre effort , on demeure confondu. Nulle fécondité n'est comparable à la sienne. Sans doute, de cette œuvre immense, fout ne restera pas; pourtant ce qui même est

3111 (ii;i)i\(;i:s sa.mi.

(Icstiin' à disparailn' csl iiia^islrali'iiu'iil (^iii|)i('iiil iKni-siiilc ni de son lalciit,

mais aussi (le celle lumiie \(il(iiil('', de relie ai'deiir (lu'elle [Hiile à la reclierclK^ duiit muis parlions plus haiil , t'oUe reelioirhe du \iai il du heaii (pii a clé, a\ee le travail, la pins ooiistaiite passion de sa \ie.

Sa \ie pourrait se résumer en (h'ux mois : elle a lra\aillé sans relAelie. Ilieii n'a pu l'éloiimer ou lu distraire de sa làelie. I^llc ne tonnait pas ou du moins elle a \ictorieusemenl conibaltu ces lièvres épliénières (pii nous portent pres(|ue tous, nioinontanément, vers iineliprall rayant laljenr où nous nous acharnons, [xiur retomber ensuite dans des accès de nonchalance. i:lle Iravaille constamment, elle distribiu,' son temps avec la n\uularité d'un homme d'atl'aires, et même pour qui connaît sa vie intérieure si laborieuse, sa production reste inexplicable.

,)'ai cité déjà bien des livres, plus (pi'il n'en faudrait pour la j,doirc de dix inunortels. Que serait-ce si je voulais les mentionner tons : Jeanne, le Meunier d' AngibnnJt , Tererino , Isidnra , Liierezia F/onani , Adfiuni , le Picdnino, la Daniellal et V Histoire de ma Viel et cette série impérissable : la Petite Fadette, François le Clnnnpi , la Marc un Diable, le Château dos Désertes, le Dinble aux Clnunpsl sans compter les articles de Revues, les criti(|nes d'art, les préfaces, les brochures, d'admirables pages, écrites au sujet de M,,,. Pauline Garcia. Et les Maîtres Sonncursl la Fauvette du Dorlein\ les Beaux Blessieiirs de Dois-Doré, la Filleule, le Marquis de Villewer, Constance Verrier, Jean de la Roclie, une de ses plus parfaites créations. Et les Dames Vertes, ï Homme de Xeiye , Narcisse, le Mont Rcvéchel

Et son théâtre enfin, (jui n'est pas la partie la moins originale de cette œuvre immense! Comme auteur dramatique, Georges Sand n'a pas eu de succès comparables à ceux de ses romans. Elle n'a pas le nerf comique, elle n'a pas le sens de la réalité (jui est indispensable à la scène. Mais son n>uvre scéni(|ue a une valeur considérable; elle a ouvert une voie que d'autres parcourront avec plus de bonheur sans doute, avec les ({ualités essentielles -qui lui man(iuent; là ou elle a semé d'autres récolteront; la gloire pourtant lui restera d'avoir introduit au théâtre un élément nouveau et tout puissant; l'élément nourricier en toutes choses : la campagne! les champs ! Là encore elle a eu l'instinct , le sentiment profond de la vérité, la vérité qu'elle a toujours cherchée et qui a été la grande et généreuse ambition de sa vie.

Dans la nomenclature très-inconq)lète que j'ai donnée plus haut de ses

or.nnr.F.s sanh. nn

plus relc'ii lissantes [jiililiciilioiis, j'ai omis à (Icssciii le titre iTiiti ii\re sur lequel dos jugements très-divers ont rté portés. Ce livre a pour titre Elle et Lia! Si rapide et si insuflisanle que soit celte iioliee. je ne puis pas ne pas m'arrêter un instant sur ce livre qui est à la fois une dps plus belles œuvres que Georges Sand ail éeriles d un des feuillets 1rs plus intimes de sa vie. J'y toucherai avec la réserve et la délicatesse que conunande un tel sujet; mais je ne puis me dispenser d'y toiudier.

. Un grand poète qui a été le poète d(! noire jeunesse, pour lequel j'ai et j'aurai toujours une profonde admirarKui, Alfred de Musset, était, sous le rapport de son organisation, de son lenipérament, de ses liai)iludes, de ses nerfs en un mot, l'antipode de Georges Sand. Elle avait des fermetés et des résolutions viriles; il était capricieux, fantasque comme un enfant gâté. Son génie, pour édore, avait besoin de toutes les surexcitations, de toutes les fièvres du cœur et des sens. Elle était calme, forte et maîtresse d'elle-même. Le démon du travail s'emparait de lui comme un bourreau s'empare d'un supplicié. Elle travaillait au contraire avec bonheur, avec sérénité, avec la conscience qu'elle accomplissait son devoir.

Ces deux êtres, si diversement privilégiés, ces deux organisations si dissemblables s'aimèrent et souffrirent de cruelles douleurs. Le monde s'est emparé de cet amour et l'a traîné sur la claie. Que n'a-t-on pas dit contre lui et contre elle! Le frère du poète, mû par un sentiment ou plutôt par un ressentiment pieux, se laissa entraîner h une regrettable inspiration. Il publia sous ce titre: Ljiiet Elle, une histoire à travers laquelle on pouvait suivre, sous un voile transparent, le douloureux pèlerinage des deux amants. Étrange façon d'honorer un mort que de toucher ainsi à une femme que ce mort a aimée ! Cette publication mettait pour ainsi dire Georges Sand en demeure de s'expliquer elle-même. Elle écrivit ce livre: Elle et Lui l C'est, je le répète, une des plus splendides pages qu'ait écrites cette main qui a écrit tant de chefs-d'œuvre. Et cependant j'aurais voulu que ce livre ne parût pas, au moiîis du vivant de Georges Sand! J'aurais voulu, tant qu'il lui restait un souffle de vie, qu'elle gardât la dignité du silence en face des calomnies , des railleries cruelles qui, depuis plus de vingt ans, s'acharnent à salir cet amour , comme des corbeaux à un cadavre. J'aurais voulu, dans ma respectueuse affection pour cette femme illustre, que rien ne pût parvenir à délier ses lèvres sur ce mystère de deux âmes, ni lui faire ouidier qu'en fêle de son Histoire de ma Yie, elle avait piis pour épigraphe ces mots: « Charité envers les autres, dignité envers moi-inéme!» La dii^nité en ce cas. il me le semble du

318 (iKOlICKS SAND.

moins, consislail à m' se poiiil iltMondro , ;\ laisser retomber une iill;u|ue

(licli'o sans (icmlc jiar nu sentiment respeetable , mais (|iii ne pouvait aller si haut.

Il me resterait h parler i\(\ l'écrivain politique et je ne m'en sens pas le courage. Voici pourquoi ! Tout ce ([ue (îeorges Sand a pensé, cru, espéré, rêvé en poliliipie, je le rêve, je l'espère, je le pense, je le crois. Tout ce qu'elle a écrit j'aurais été très -heureux et très-fier de l'écrire comme elle. Elle a rédigé, dit-on, en I8i8, quand Ledru-Rollin était ministn? de l'intérieur , des circulaires épouvantables. Ces circulaires, j'ai \onhi les relire, et savez -vous l'impression qu'elles m'ont laissée? La voici :

A l'heure du péril, quand les plus braves tremblaient, quand les plus riches auraient volontiers sacrifié la moitié de leur fortune fi l'État pour être sûrs de conserver intacte l'autre moitié, quand toutes les ambitions fermentaient, quand pour élire un représentant du peuple les électeurs trouvaient devant eux cent candidats s'échevelant , se démentant dans les clubs, déclamant leur profession de foi, une femme qui n'avait rien à attendre, qui ne voulait rien ; que son talent , sa gloire, sa fortune élevaient au-dessus de toutes les agitations et de toutes les compétitions politiques, eut assez de courage, de patriotisme, de désintéressement et de généreuse audace pour prêter sa parole magique à l'exposition, à l'élucidation de certaines idées, de certains principes mal compris encoie. Que l'expression ait quelquefois trahi ou exagéré sa pensée, c'est possible. Mais que cette pensée ail été mauvaise, non ! Elle aurait pu demeurer dans sa solitude, poursuivre ses travaux, s'enfermer dans son égoïsme. Sans arrièrepensée, sans préoccupations personnelles, elle vint apporter son contingent à la chose pul)lique. Elle en a été récompensée par des haines et des calomnies. C'est tout simple et tout naturel. Bien faire et compter sur la reconnaissance des hommes comme sur une chose due, ce serait de l'usure. Laissons la politique. Georges Sand n'a abordé ce brûlant terrain que pour y exprimer des aspirations, des idées qui commencent déjà à avoir droit de cité parmi nous. N'a-t-on pas canonisé des gens qui avaient été brûlés? N'a-t-on pas dressé des statues à des hommes qui, de leur vivant.

CKOnCRS SANI). M<.)

avaient élr abreuvée (riniiniliaiioiis et do (léfi;ofils? Notre vie est éternelle ; la mort marque seulemout les étapes de celte roule mystérieuse (|ui nous mène vers Dieu. Saclions être patients?

J'aime mieux employer l'espace qui me reste, à parler île ses livres immortels. Quel que soit le jugement que l'on porte sur eux, sur leur moralité , sur l'inlluence qu'ils ont exercée , il est impossible de niei- le majïnilique talent de leur auleui'. Nous ne pensons jias qu'une contradiction puisse sérieusement s'élever sur ce point, (lo.wx même qui ont le |)liis vivement attaqué la partie morale de ses productions rendent justice à leur valeur littéraire, mais ces attaques elles-mêmes nous' paraissent dénuées de fondement. Le romancier peint les mœurs de son temps, il en tla,t;elle les travers et les vices ; pour leur iniliger ce châtiment pulilic il faut bien qu'il les mette en évidence. Si le monde qu'il retlète est immoral, c'est le monde et non l'auteur qu'il faut accuser. Mais j'avoue qu'il est plus facile de jeter la pierre aux romanciers, en les accusant d'immoralité, que de s'accuser soi-nu''me.

Je fus vivement frappé un jour en lisant cette phrase de Georges Sand ; elle est, je crois, dans Y Histoire do ma Vif : « Ma l'oligion n'a jamais varié quant au fond. Les formes du passé se sont évanouies pour moi, comme pour mon siècle, à la lumière de la réflexion ; mais la doctrine éternelle des croyants : le Dieu bon, l'âme immortelle et les espérances de l'autre vie, voilà ce qui a résisté à tout examen, à toute discussion et même à des intervalles de doute désespéré ! »

En lisant cette profession de foi si simple , si complète , je me souviens que je me demandais combien, parmi ceux et celles qui jugent si légèrement et si sévèrement M™o Georges Sand, croyaient avec sincérité au Dieu bon, h l'àme immortelle et aux espérances de l'autre vie ; combien pouvaient dire comme elle : Voilà ma foi profonde et invincible ; elle a résisté à tout examen , à toute discussion , à tous les orages du doute.

Je voudrais citer quelques lignes encore ; je les ai lues bien souvent et jamais sans une profonde émotion. 11 me semble qu'elle y a enfermé tout son cœur.

(( 11 m'importe peu de vieillir, il m'importerait beaucoup de ne pas vieillir seule. Je n'ai pas rencontré l'être avec lequel j'aurais voulu vivre et mourir, et si je l'ai rencontré ie n'ai pas su le garder. Écoute mou liistoiic et pleure! 11 y avait un bon artiste qu'on appelait Watelet, qui

nroni^.Ks sand.

gi'iwail à ri'iui-l'itrli" iiiiiiix (|u';m('uii linimiic (l(^ smi temps. 11 nim;i Mar- «jiuM'ile Loronito et lui a\)inH a gravor à rcau-l'oiic aussi bien que lui. Islli' i|uilla sou mari, ses liicus pf son i)ays pour aller vivre avec Wate- !(■(. Le moude les maudit, puis eouune ils claieul pau\res et modestes on les oulilia. Ouaranfc ans après, on découvrit aux environs de Paris, dans une maisonnette appelée Moulin-Joli, un vieux homme rpii gravait à l'eaul'orte et une vieille i'enuue (pi'il appelait sa meuniéi'e et qui gravait à l'eau-lorle, assise à la même taMe. L(> dernier dessin (pi'ils gravèrent représentait le Moiilin-Joh, la maison de Marguerite, avec celte devise : Ciir rallc /lentwto/i sahiiKi ilicilias operesiorrsl (1) Il est encadiv dans une clianihre au-dessus d'un portrait dont personne ici n'a vu l'original. Pendant un an l'être qui m'a donné ce portrait s'est assis avec moi toutes les nuits à une petite table et il a vécu du même travail que moi. Au lever du jour nous nous consultions sur notre œuvre et nous soupions à la même petite table tout en causant d'art, de sentiment et d avenir. L'avenir nous a mampié de parole. Prie pour moi, ô Marguerite Lecomte ! »

Je donnerais bien des poèmes pour ces vingt lignes. La femme qui les a écrites a quelque chose de plus que du talent, quelque chose qui est supérieur au génie lui-même, elle a un grand cœur.

(I) Ce qui pont fp trnduire ainsi : Pourquoi changei'ais-jo le Moiilii) juli contre des ricliesses cmljarrassantcs.

TTPOr.HAPniE ERNEST MBYRE, 22, ErR DE VERNEriL, A TAEIS.

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Le Pape Pie IX. . .

Garibaldi

Cobden

Victor-Emmanuel. .

Lord Palmerston.

Le comte de Cavour. .

Lamartine

Abd-el-Kader. .

Rossini

Ingres

Léopoldj roi des "Belge;:., Le cardinal Antonelli.

L'Empereur d'Autriche.

Le maréchal O'Donnell.

L'Empereur de Russie.

Kossuth.

Michelet

Le Roi de Prusse, Eugène Delacroix. .

Georges Sand. .

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Typ. Er.us'. Mc.or, a l'avis.

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