‹ Les célébrités du jourChapitre 6 sur 42 · C03DEN · texte numérisé non relu

C03DEN

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t -èy. J

ans un Imiirg dn comié de Siisscx, à Midhnrsl , \i\ciit, dans les premières années de ce siècle, un pauvre lerxiiier u poor farnicf » appelé Cobden , propriétaire de (pielqiies arpents dont "J^'l" !<" produit suffisait à peine pour entretenir sa femme et ses ^"^"^^1^^ deux enfants. Ou montre encore dans le pays le sentier bordé 'i>à-^:ÏSr'C^5^ ,jg iigjfij, i^ Cobden s lune» qui conduisait à la ferme, bien connue de loiil le voisinage par l'excellente bière qu'y fabriquait (lobden le faiseur de bière « itmlsti^r Cabdcit. » Celait le .^^£>i\' surnom ([ii'on avait donné dans le pays an père du feruiier dont

£ Ce fermier avait deux fils; Richard, le plus jeune, celui dont '^■■'^" nous avons à nous occuper, était né en 180i. Il aida son père dans ses travaux jusqu'au jour où se seulaul en âge de i'air<' son chemin el de s(uil('iiir sa famille, il patlil poui' Londres, où (in lui avait fait obtenir une place de commis dans une maison de conuvierc(\ Le travail iu'i<le du conqiloir occupa les prenui'res années de sa jemiesse. Sou zèle et sou iissiduité le firent remnft|uer, On lui confia «juelqucs capilmix à l'aide

ni iiiiiniN.

(Irs(|ii("ls il |iiil , ;issoci('' mec son IVrn'. Ininlci' h Miuiclii'slci' iiiic iiiiiiiiii'aclint' d'improssioiis sur (issus de Cdlnii, (|iii' les deux (ils de ('.(ilidcii « Cn/itli'ii's siKiDs M j)()ss(''d!ii<'iit (Mifoic il 11 \ a |)as l(iiif^l('iii|)s.

L'asscH'iatioii |)i'(is|i(''ra drs le d('liMl , cl les piddiiils de la iiiaisnii Cdhdcit's suons riireut biciilùl rcilicrclics cl prclci't's à Ions les aiilrcs, par les rcmiiics des divcM'ses classes de la s()ei(''lc. I^a iiinde adopta les <i Cu/x/r/i's pi'iiils » a\ec un ciiiprcssciiiciil (pii l'ail li(iiiiiciir au lad des jeunes luauuraclin'icrs déjà si liahilos à aller au-de\aul des uoùls du pulilic. lui IS.'i'i, Hicliard ('.(»l)deii. aliirs fiLié de \iiii^l-liiiil ans. |iiiur ('■leiidre les relalions coniniereiales de sa niais(Ui . parconriil la Turquie, l'Kgyple, la (irt'ce, l'Aiiiériijue du nord cl rKuid|ie. 1! \iiil à l'aris en [^'M , où il se lil })résenter à plusieurs de nos économistes, qui ne virent en lui qu'un négociant instruit, intelligent, quoiqu'un peu paradoxal, comme l'Angleterre en produit tant.

Eu France, où sur bien des ])oinls les uKeiirs sont encore plus fortes (pie les lois, après soixante ans d'égalité civile et politique, nous conservons certains préjugés des anciennes castes. Un négociant, un simple fabricant de toiles peintes ne publierait pas ses opinions sur les relalions diplomatiques de son pavs avec les puissances étrangères, sans affronter un peu le ridicule; nous parquons volontiers cliaque individu dans sa spécialité, et nous n'aimons pas (piil eu sorte. Te sentiment étroit n'existe pas cliez nos \oisins, aussi l'Anglais (pii \o\age porle-1-il sur tous les objets qui l'entourent un coup d'o'il libre et invesligatetir. et croit-il qu'il doit à ses concitoyens le résultat de ses investigations.

C'est cette pensée (pii donna lieu de la part de Colideu à la publication de deux brocbures intitulées : h' Angleterre, ïlrhnh/r et Y Amérîqiœ ; l'autre : Rxissie. Dans la première on voit poindre tléjà l'idée de la future association dont Richard Cobden deviendra l'un des chefs. Partisan convaincu du libreéchange, il se plaint que cette doctrine ne soit pas suffisamment répandue et développée, et qu'au lieu de tant de sociétés inutiles qu'on voit surgir tous les jours , il ne se fonde pas une société destinée à vulgariser les saines notions de la science sociale , à clianger la politique restrictive des gouvernements étrangers, et à soulager la misère du peuple. Cobden voulait qu'on offrit des pi'ix aux auteurs des meilleurs essais sur la rjuestinn des cérôa/es, et qu'on confiât à des professeurs {/ecturers) , la mission d'instruire les agriculteurs et de provoquer la discussion sur cette matière importante.

Cobden, qui professe pour la paix un amour peut-être exagéré, au lieu de suivre le mouvement qui excitait l'opinion publique contre la Russie, cherchait

dans sa socdiidr lM-..climv, /^/.v^/,^ ù lassiiivr ses couipaliioK's fnniie Ifs pirtendus dan-ers du sluvisnie , et à cnmhaUre la nissopliohie [n-opap^w par M. Urquhart, l'infati-ahle a.yilalnir aidi-liiisse. En attendant que le parli protectionniste reproehiil à CoImIcii dr vonldir livrer ])ieds cl |,(Hii-s lii^s l'Anf,deterreàla Russie, le fongueux Unjuhait accusa le jeune écrivain d'avoir reçu soixante mille roubles^ de Nicolas. Pour le venger de cette injui.». ses c.mcitojens le nommèrent membre de la cliambrr de commerce de Mancliesler. C'est dans cette assenibln> ((ue va cnui ncor son illuslralion.

Nous sommes à la tin de 1838, on voit déjà s'amoncelci- à lliori/,,,] \vs nuages de cette crise industrielle qui doit durer pendant trois années consécutives, et soumettre l'Angleterre à la plus terrible épreuve qu'un gouvernement et un peuple puissent traverser. Nous n'essayerons pas de tracer le tableau de la misère publique, et des excès auxquels elle donna lieu : incendies, épidémies, meurtres, malheureux mourant de faim sur les trottoirs des villes et dans les fossés des grands chemins, tous ces détails soulèvent le cœur d'horreur et en même temps d'indignation contre cette législation inique de prohibition imposée à l'Angleterre dans cette année 181.5, qui vil partout les droits les plus sacrés des peuples foulés aux pieds et immolés aux privilèges de l'aristocratie. Après avoir soutenu contre la France tant de guerres où ses intérêts seuls étaient en jeu, l'aristocratie anglaise trouva bon de se faire indemniser de ses perles par le peujjle lui-même, et de prélever par an nu milliard de francs sur les pauvres.

La taxe sur les céréales, véritable loi de famine, ainsi que la nomme un économiste distingué , aggravait encore la crise industrielle en maintenant la cherté du pain. C'était cette taxe qu'il fallait d'abord briser : Manchester , Birmingham, Wolverhampton, Coventry, Leicester, Nottingham, Derby organisent des meetings; la chambre de commerce de Manchester se réunit pour délibérer sur une pétition au Parlement, que Cobden est chargé de rédiger, et dans laquelle il demande l'abolition immédiate et entière de la loi sur les grains {/■or)} hitcx}. Ouvrir une souscription, fond<'r un journal, nommer des délégués, tout cela ne fut pas long dans nn pays où l'on aime à passer vite de l'idée au fait , et de la théorie à la pratique. : « Formons, s'écria Cobden. formons une //(/i/e destinée à renverser les iniquités de notre aristocratie féodale, et que les

n(! i.:()i!ni:\.

(•Ii;'il(';ni\ ^■■(•l•(Mlll•^ du lUiiii ri de I IJIic sdiciil |>(>iii- nos iulNci-saircs nue, ivsrlalioii «lu soil (|ui les iiKciiil s ils pcisisiciil dans Iciii' lullc coiilic le |h'ii])I('. »

L'iissciiiltlcc cclalc m a[)i)laiidisscm('ids , cl la raiiiciisc lif^iic; est rorm(''('.

Si l'on |i(Mil ia|)|K)il('i' à ('.(dHJcii riKniiiciir de l'aNdic r(»ii(l(''0, il ost jusIcMJf' dire (jii a\aid lui des couiis Icnihlcs avaioni ('■!('• |)(irl(''s à la Icj^islatioii s\ir- les ccri'ales . luilaiiunciil par le lieuU'iiaiil-coIdiicl 'riidiiipsoii , aumicl (lolidcu a r(Mi(hi maintes fois jiisfico dans les niootinfis, cl doni les cuivrages fnrent connue nn arsenal où les ligneiiis [Miisèreid leurs plus s(dides ai'gnments. An sein d'une nation (iMuiue rAii^lelerre , où loules les classes sont si éclairées sur leurs iidéi'èls politi(|ues, une loi semblable à celle des céréales n'avait pu être établie ni durei' sans exciler la pins ^\\o opposilion. Il l'allnl, pendant qu'on la volail , enlourer d'un ceicle de baïoiniettes la cliambre des Communes, que le peuple voulait en\aliir; les députés eurent l)eancoup de peines à se dégager des mains de la loide. et l'on \il le niomenl où le feu allait être mis au palais Sainl-James. Cin<[ ans ])lus lard, à ^Nlancliesler, près de cent mille citoyens, musique en tête, des fleurs à leur chapeau, des branches vertes à la main, se rendaient processionnellemenl au pacilique meeling où le fnugeux et éloquent Hunt les avait {du\o(pu''s ])our signer uno pétition demandant à la lois la réforme électorale et 1(^ rappel Aos ror/i /n/cs. An moment on la foule prêle l'oreille la plus attentive à sf»n orateur favori, des cavaliers, furieux de vin et <le colère, se jettent sur les auditeurs, foulent aux pieds les femmes et les enfants, et dispersent l'immense meeting à coups de sabre. Les auteurs de celle lâche et sauvag(^ agression étaient les brillants cavaliers de la leomo/u//, les gentilshommes de la contrée.

Vingt ans plus tard, sur ce sol ensanglanté, s'élevait le palais des ligueurs, Frce trndo Hall . dont la -construction, qui revenait à près d'un million, avait été payée au moyen d'une souscription nationale.

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La gnuideur de (lididen, c'est d avoir compris tout de suite qu'il ne s'attaquait pas à une loi, mais au corps le plus puissant qui ait jamais peutêtre existé dans le monde, l'aristocratie anglaise, et de n'avoir point reculé devant cette lutte.

En 1839, déjà la bataille commence, la ligue a formé son conseil exécutif; PII y trouve les ?ionis du jeune fabricant d'amidon \Njls(tn, à qui l'Aiiglelerry

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coiilieni plus lard le soin de ivlalilir les liiiauccs de smi nupiic de I Inde, cl (|iii iiKdiria \icliiii(' de son /.rie cl de sdii drNoiiriiiciil au iiKiiiicul ilc (criniiier celte grandi- cl ial)orieuso tâche; du (|iiakcr IJiij^lil. aussi jcuuc i|ue lui et destiné à devenir le clief d'un parti imprudent parfois, mais loujoui's sincère et obéissant à de pénéieuses inspii'ations; de (jil)son, aujouid liiii 1 un des membres importants du Parlement; du colonid Thompson, l'ousrii'r delà première heure, de Fox, dii Villiers, de Smith, de Pau 1 ton , d'Asliwortli , de Prentice, le lédacteur du Mandtesler-Times. llickin remplit l'c^ince de secrétaire du conseil, Rawson celui de trésorier; Bickham et Walley acceptent la mission de répondre aux hnit cent mille lettres par an (|ue l'eçoit le comité; M. Lees se réserve les soins de l'administration. Le ciief reconnu de cet état- major est Cobden, (|ui Irouxe moyen de se nuiltiiiliei-, d'être partout à la fois, et de vivre à un meeting par jour. Dans deux mois, on calcule qu'il assiste à plus de quarante meetuigs.

Réduits à leurs propres forces, les membres du Comité de la ligue auraient succombé sous leur fardeau. Heureusement le génie du progrès moderne vient leur fournir de puissants auxiliaires. La vapeur permet aux orateurs du libre-échange de se transporter partout avec une rapidité foudroyante ; l'agitation fait vingt lieues par heure. Le soir elle est à Liverpool , le matin à Edimbourg; le chemin de fer la sème sur tous les points du territoire. Grâces à la réforme postale, la ligue peut subvenir aux frais de sa prodigieuse correspondance; enhn la Réforme électorale ouvre à la Réforme commerciale les poi'tes du Parlement, et introduit l'agitation dans le grand foyer politique, au sein même de la chambre des (Communes.

Ce grand mouvement qui renuie les Trois-Royaumes, part de Firc tradc Hall, ce Vatican du libre-échange construit en six semaines à Manchester. Pénétrons un moment dans la ruche, et voyons les ouvriers à l'ieuvre. Dans la salle du conseil ou apporte les lettres, on les ouvre, on les classe; toutes sont lues soigneusement, et la réponse ne se fait pas attendre; dans l'étage audessous est l'imprimerie; pendant que des centaines d'ouvriers composent les livres, les circulaires, les petits pamphlets [tractx), les instructions de la ligue, les presses les tirent à des milliers et des milliers d'exemplaires. Le libreéchange a recours à tous les moyens de publication, il pénètre dans les familles sous toutes les formes, même sous celle d'al)écédaire. Les opérations du pliage, du brochage de ces innombrables imprimés s'accomplissent dans diverses pièces; voici la salle ou, formés en ballots entassés, ils attendent le moment du départ. Tout est public, tout est ouveit au voyageur

3^ ( i)l;hl,\.

«indii acciirillf a\f<- la plus i^raciciisc iiospitalili'', cl (|ni li(iii\ci'a di' cliarniautes ladies cmiiivssi'cs à lui ollVii- du IIk' (hi des rurniicliisseinoiits avant de quiltt'i- /''/vv Irudi' llull .

Une la proscuci' des rniimcs dans un pareil lieu ne fasse jwiiiil sdiii'ire nos oompalriotes ; elles n'y sont [)uiii( déplacées, il s ajiil de seeniirir les paiivivs, de \èlir eeiix i]iii oui IVoid, <le nourrir ceux (jiii ont l'aiiii , d'enipècher les petits enl'aiils de nioniir de misère, les jeunes (illes de se prostituer, coninient les leniMies ne seraient-elles pas libres-échangistes?

Maîtresse du sol, du gonvernenient, de l'armée, l'aristocratie Jie répond d'abord aux attaques de (lobden ({ue par le sarcasme et le dédain; mais peu à peu l'agitation grandit, le fonds de souscription de la ligue s'élève à 200,000 francs en 1841, à 000,000 francs en 1812, et à 1 million l'année suivante ; en 1844 elle atteint le chiffre de 2 millions. En une seule journée la liste ouverte à Manchester dépasse un total de 400.000 francs. L'aristocratie se décide à entrer sérieusement en lice. Aux misères et aux souffrances du pauvre qu'elle daigne reconnaître, elle ne trouve, comme toujours, (ju'un unique remède, l'aumône : «Tu meurs de faim chez toi, dit-elle à l'ouvrier, eh bien, émigré; voici l'argent nécessaire, va-t-en! Ton enfant succombe à la fatigue, je limiterai les heures de son travail. » L'exil et un règiemeut administratif, voilà tous les soulagements que l'aristocratie offre au peuple. Nous ne parlons pas des bains, des chauffoirs publics, des lieux de recréation, des écoles. L'aristocratie est riche, elle peut dépenser de l'argent en établissements de ce genre, mais il ne s'agit plus de vains palliatifs ; la philanthropie a fait son temps ; ce qu'on demande c'est la justice. Soulager la misère du peuple ne suffit pas, il faut en supprhner la cause qui est tout entière dans le monopole, et dans la mauvaise répartition de la fortune publiciue.

A partir de 1841 la lutte des partis cesse d'être politique, pour devenii' entièrement économique; Robert Peel remplace lord Melbourne. Pendant que le nouveau chef du calnnet prépare l'étonnante évolution qui, du chef du parti protectionniste doit faire l'agent le plus direct et le plus efficace de la Réforme commerciale, la ligue acquiert de nouvelles forces, ses doctrines font de nouveaux progrès, et Cobden peut s'éci'ier en s'adressant à la phalange serrée det*

j)nil('c(iiiiiiiisl('s «le la (;liaiiil)i'0 : « Vous ries Inils, Mtiis a\r/. les t'Irclioiis, dites-vous, mais coiiiliicn (l(! tiîuips rosterez-vous au pouvoir ((iiaïul ce piédestal qui vous supporte aura été reuvei'sé? »

En 1840 Cobdcn avail vcru le mandat éiecloral delà \illr de SlockporI ; dans la Chambre ou couiplail ({uel((ues libres-échangistes, mais ils u'\ l'ni'uuiienl point un paili : (lidxicu résolut de (ourner tous les ellbi-ts di; la ii^ue de ce côlé , cl d iulcivcuir d iuk; l'arou puissante dans les élections. Il i'allait s'y préparer par un immense tra\ail d épurai ion des listes électorales, entiaînant après lui une suite interminable de procès. Ces préliminaires terminés, il s'agissait de trouver un [)oint favoi-able pour faire brèche à la majorité électorale. En examinant avec soin la situation, Cobden découvrit un endroit faible par où il espéra pénétrer dans la place. Il y a deux sortes de députés en Angleterre : ceux des bourgs et ceux des comtés. Une propriété pi'odiiisant quarante shillings, soit cinquante francs de rente, confère les droils d'électeur de comté en vertu d'une des clauses les plus. anciennes de la loi électorale anglaise, cai' elle date, dit-on, de six (('nls ans, et connue sous le nom de Clause Cliundas. Décider les ou\riers à consacrer leurs économies à l'acquisition de ces propriétés, dont le prix ne dépassait pas mille francs, c'était créer autant d'électeurs au profit du libre-échange. Les élections devaient avoir lieu dans quelques mois ; il n'y avait pas un instant à perdre pour populariser cette idée, et en faire comprendre les avantages. On vit alors Cobden passer d'un comté à un autre, prêcher de ville en ville l'achat des free-Zioider, infatigable au travail, inépuisable en arguments, variant sa thèse selon les personnes et les lieux, agitant si bien , qu'au bout de trois mois , dans trois comtés seulement, plus de cinq mille votes nouveaux étaient acquis aux candidats du libre-échange.

Les élections arrivent, le parti protectionniste est vaincu à Londres dans la personne de Bariug ([ue la Cité abandonne pour Pâtisson.

La souscription- annuelle de la ligne s'élève à six millions et demi.

L'exposition de Covent-Carden pro<luit plus de six cent mille francs.

Le Ti/ucs n'hésite plus, et jette les curn luws à l'eau, tombe sur la protection, sur les protectionnistes, sur le landlovdisinc, et crie à tue-tète : vive Cobden!

Une défection bien plus importante ne devait pas tarder à porter le dernier coup à l'aristocratie territoriale.

C'est vers cette époque que Cobden et lirigth soutinrent contre O'Brien et Regus O'Connor, les deux chefs du parti chartiste, une grande discussion en présence de plus de dix mille individus, financiers, négociants, manufacturiers

lu (.i)i;iii,.N.

et ninricis. Li's di'lials Ici-iiiiiirs , le inocfiiiii' cul à so prononcci' sur deux [ii-dpdsiliDiis : i;i piviuirit' de (lul)il('ii ainsi c'Oii(;ui' : » Le sysli'iiie pi'DlccIcui- rsl iiijiisic cl (Idil cire al)r()^L' sans délai; » lu seconde d'O'l'oniior: ■> Toute rciiuine cduiiMci'cialc (l(iil-cli-c abrogée jiis(]u'à ce (pie la ciiarle du peujilc ail remplacé la vieille conslilulioii. i> La proposition de ('.(didni lui ado-plcc. Oucl(|ue leuips auparavant (loixleu a\ail re(;u des lra\aillcurs de Leicoster une adresse de l'élicilaliiiii ; Inil de 1 ajjpui cl de de la synipalhie de plus en j)lus inaripiés des classes «iinrièrcs, Colidcu repril a\cc plus d'ardeui- et de couraf^e sa lulle contre les classes privilégiées. » J'ai conihatlu les landlords, s'écriail-il lii'renieiil à Londres dans un meeting, jusque dans leurs ])laces fortes, dans les couiti's de Norlolk, de Herti'onl, de Soniniersel; li semaine procliaine j irai dans le lUickingliamshire; la semaine d'après à Dorchester, et le samedi suivant dans le Lincoln. Je dis publi(pn,'ment aux landlords où je vais, et ils n'osent pus \enir m'y reuardei- en face. »

L'a triste mais puissant auxiliaire \int en aide aux réformateurs; la ci'ainte de la disette. Très-peu de blé en Angleterre, point de pommes de terre en Irlande. Enti'c les souffrances du peuple et les privilèges de l'aristocratie, il fallait prendre un parti décisif. Robert Peel n'iiésita pas, et proposa le plan linancier (]iù ruinait les dernières espérances du parti protectionniste.

Dans celte session de 1845, une des plus mémorables sans contredit de l'histoire parlementaire de la Grande-Bretagne, raristocratie vaincue n'eut plus recours aux arguments : il ne lui restait plus qu'une arme, le sarcasme, et M. Disraeli s'en servit non point contre Cobden mais contre l'honmie d'État dont le crime était de n'être pas assez aveugle pour aller jusqu'au bout du fossé, et pour préférer une retraite honorable à une culbute dans la révolution. Ces sarcasmes u'uccusaient «jue mieux 1 impuissance du parti conservateur, car s'il est toujours bon d'a\oir de l'esprit, il est des cas où il faut aussi avoir autre chose. R{diert Peel supporta fièrement ces railleries; il dut cependant lui en coûter de rompre avec, les idées et les hommes de sa jeunesse, pour défendre des idées nouvelles, et pour s'allier à des hommes nouveaux; aussi ce ne fut pas sans im certain frémissement dans la Chambre et sans une émotion visible dans .sa voix, qu'on l'entendit accoler ces mois : « Mon honorable ami ) au nom

(.llUlil.N. Il

(IcCoIxleii ([u'ils'élail roiil('iil(\iiis([u'aloi'K d'appeler d un (un Iroid : " l'honoralple député de Stockporl » ; l'alliaiu-c était donc cimentée entre la Jij^ne et le, ministère; il i-estait au parti tory une rcvauclie h prendre de sa défaite: il la |)ril en renversant Robert Peel, (|noi(pril sùl parfaitement (ra\aiice <pi'il ne parviendniil pas à le remplacer. Lord John lliisscll tenta d(^ former un caliincl, el il s'aperçut bientôt qu'il feiait sagement de renoncer à cette tâche. Iloliert Peel reprit donc sa démission, et dans la séance du 22 janvier il (h'veluppa le fameux plan de réforme <pii donnait raison h tontes Ica idées, et satisfaction à tous les vœux de Cobdeu et de ses amis.

Ce jour-là, nous devons le dire, ce ne fut pas seulement une réfoiTiie qui s'opéra en Angleterre, mais une révolution. C'est de ce moment (jue date l'avénenient des classes moyennes au gouvernement, qu(! l'aristocratie a reçu un coup dont elle ne se relèvera pas, et ([ue les mots de wiglis et de lorys n'ont plus rappelé (jue des souvenirs historiques. 11 s'est formé en Angleterre un parti ancien et nou\eau à la fois qui ne fait encore «pi'exercer son intluencc sur les affaires, mais qui ne tardera pas à en avoir la direction ; ce parti s'est réjoui de l'intlépendance de l'Amérique, et s'est opposé en 1792 à la guerre avec la France ; par le renversement des torys il a rompu la coalition qu'ils essayaient de former contre nous. Dans le présent, il a obtenu la réforme électorale, l'émancipation des catholiques, l'abolition des cofii laivs; dans l'avenir, il obtiendra l'abolition des substitutions et détruira le dernier privilège de l'aristocratie. C'est avec ce parti, de jour en jour plus nombreux et plus puissant, (|ue la démocratie française est appelée à contracter une alliance intime (pii sera le salut et la force de la civilisation, non-seulement en Europe, mais dans l'univers entier. Héritière directe des traditions politiques de l'aristocratie romaine, l'aristocratie britannique n'a fondé sa grandeur (jue sur l'injustice et l'oppression. Ecraser pour gouverner, telle était sa devise. Souffrir une puissance égale à la sienne dans le monde, lui semblait déchoir. Cette grandeur factice, la nation a refusé. de la payer plus longtemps au prix de son sang, de ses misères, de ses privations. Le peuple anglais a rompu avec son aristocratie , et c'est surtout pour avoir l'éclamé et fait prononcer ce divorce que le nom de Cobdeu restera grand dans l'histoire.

Au moment de quitter le pouvoir, et celte fois pour ne plus le reprendre. Robert Peel déclara solennellement devant la chambre des Cumnnines qu à Cobdeu revenait la plus grande part d'honneur dans le grand combat (ju'oii venait de livrer au monopole. C'est un éloge auquel Cobden se montra sensible, et qu'il luéi'ilait. Cobden, depuis huit ans, était sur la brèche; il était temps

\-> I iii;lii.N.

pour lui (le se rcpdstu' uu peu sur ses lauiit'is. Uiius iiu dciiiicr luccliuy lus résululidiis sui\aii(('s l'ui'ciil [iniiidsccs cl aduph'cs :

1" l'ii acic (lu |iai-|('uicul a\a)il alxili la l(ii dis cûmiU's, à partir de Février 18^it). les opi-ralidus de /'ini//-ajr/i /i//r-/cuf/ue snul suspcudui's. Le conseil exécutif de Mauclicslcr csl prie de i Ime les aiïaiics de celle lii:iie.

2° Après le premier versenieut, les souscripteurs du fonds de 250, 0(M) livi'es (six millions) seront déj^afiés de toute obligation idiérieure.

3° Dans le cas où le parti protectionniste demanderait les rappcd de cette loi, les membres du conseil exécutif sont cbargés de convoquer cette ligue.

Une telle demande n'était guère à craindre, et Cobden put avec vérité s'écrier au milieu de i'entliousiasme général : » Je crois i[\iv noire caus(^ ne court plus aucun danger, et (piil sérail désormais plus facile d abolir la grande charte, de supprimer l'insliluliou du jury, de déchirer le biU de réforme, (jue d'inscrire de nouveau les droits prohibitifs sur les codes de la nation. »

Résumons eu (juelques mois les travaux accomplis pai' la ligue sous 1 impulsion de Cobden.

Pendant une seule année le nombre total des brochures et adresses publiées par la ligue s'est élevé à 9,026,000, pesant 200,000 kilogrammes; quatorze propagateurs parcoururent o9 comtés, et firent plus de 630 cours; en trois mois, vers la fin de 1844, la ligue acheta pour 250,000 livres, soit 0,250,000 fr. de free-Zio/r/cr ; en 1845, le fonds de souscription à la ligue était de 12,500,000 fr. De grandes expositions, jusfju'alors inconnues en Angleterre, furent ouvertes à Manchester et à Londres, et pioduisirent des sommes considérables.

La création d'une pareille machine de propagande l'ait honneur nouseulement aux honnues (pii lont conçue et exécutée, mais encore au pays dans lequel elle a fonctionné, et un des membres principaux de la ligue a eu raison, à Londres, eu plein meeting, de prononcer ces paroles : « A l'avenir, quand les hommes voudront savoii' s'il est possible de détruire un abus protégé par la puissance et défendu par la richessj, par le rang, par la c<iiiuption; quand ils se demanderont s'il y a quelque espoir de détruire uu pareil abus à force de dévouement et de persévérance, ou leur montrera les pages qui contiendront l'histoire de la ligne contre la loi sur les grains. »

Qu'est-ce que l'honnue qui a osé croire à la possibilité de ce succès, et

(lui a le [ilus lail |i(Mir le iviidiv rcriain? l'ii siiii|ilc iiii|)iiiiu'iir sur calicot. Pendaul huit ans Cnlwli'n saciilic sou Iciups, sa saule, sa l'oi'luiu' à une entreprise doul il iic dnil iviiivi- aucun a\aula,-i> |icrs(iinicl. Pendant .|u d paironil lAu.nletenr du sud au innd, de resta l'ouest, seinani partout le ^rain de sa parole, les toiles peintes de la maison CiMen's soons reçoivent sans doute plus <l nu échec sur le marché; on suit quel soin, qnelhî acli- \ité. (pieUe \igilance de tons les instaids sont in'cessaires pour maintenir la j.riorité sur Ions les antres articles du même genre à un produit industriel dont ,1e sncci's dépend entièrement des caprices de la mode. Cid.den ne pouvait diriger en même temps la ligue et sa fal)ri((ue, et cumidei' la profession de manu tac In lier avec celle de trilniu. Ci' trihun. du irslc, m; .se contente pas de pa\er de la parole, il paye également de la hom-se. On hi voit s'inscrire pour 500 livres (12,000 francs i sur la dernière liste de souscription ouverte par la ligue : aussi ([uand le Frce Irade triomphe est-il complètement ruiné. Heureusement Cobden a-t-il all'aire à une nation généreuse et qui sait récompenser elle-même et sans attendre 1 initiative du gouvernement les gens qui se dévouent à Tintérêt public. Le peuple anglais pensa qu'après avoir travaillé comme il l'avait fait, Coliden devait avoir besoin de repos, et une souscription ouverte pour lui assurer ce repos légitime s'éleva, en quelques mois, au chiliVe de deux millions.

Jamais iV'munéi'ation ne lut plus glorieuse et en même temps mieux méritée. On dit que des revers commerciaux lui en ont enlevé la plus foile partie, et que dernièrement les négociants de Manchester ont été obligés de faire entre eux un fonds de souscription pour venir en aide au héros de la

ligue.

C'est en 1846 (jue la ligue s ajourna. On calcule que Cobden, dans l'espace de quelques années, avait assisté à plus de douze cents meetings. Le lutteur avait besoin d'un repos qu il demanda au ciel de l'Italie : il traversa la capitale de la France pour se rendre à Naples, et le 18 août 1840, la Société des Économistes de Paris lui offrit un banquet. Députés, pairs de France, industriels, savants, journalistes, plus de cent personnes assistaient à cette réunion d'élite. Ceux (pii ont entendu Cobden à cette époiiue gardent encore la très-vive impression que leur lit éprouver le discours prononcé à cette occasion par l'orateur du Frce frude, discours original, imprévu, d'une saveur toute particulière par les sentiments si français ([u'il exprimait dans un accent étranger, accent qui, en donnant encore plus de couleur et de pittoresque aux paroles de l'orateur, semblait en augmenter la sincérité.

U (:(i|;|ii;\.

iNuiis ciilidiis iiiaiiilcuaul dans la .secundo phase de la cairière de (loliden. A partir de IS'iN, il n'est plus seulement l'instigateur principal de l'agitation é((in(inii(pi(', il de\ieid le (lier d un parti dont les doctrines peuxent paraîti'C inipriideules cl prématurées, mais (pii n Cii nii'iile pas moins l'intérêt et latteiition de tous ceux (pii en\isagent la question du progrt's non pas au point de \ue de tel ou tel peu|ile, mais de riiuniaiiilé loid entière.

Le peuple anglais est sujet à une certaine maladie (pi'on pourrait appeler la panique de l'invasion française. Lorscpi'on s'y attend le moins, la panitpie s'empare du malade (pii perd la tète au premier moment. Eu 1848, un de ces terribles accès de frayeur sévissait en Angleterre. Nos voisins voyaient partout des soldats français débarquant sur la côte : trois navires de pêcheurs leur senililaient une tlotte, et au moindre mouvement de troupes dans les départements du littoral, ils criaient à la formation d'un nouveau camp de Boulogne. Une Revue importante de Londres s'écriait que le premier engagement avec la France aurait lieu sans déclaration de guerre, et (ju'il fallait songer à empêcher un enlèvement <le la Reine dans Osborne-House.

C'est au milieu de ces alarmes, et de l'excitation ([u'elles faisaient naître , (jue Cobden, dans lui meeting convoqué à Manchester pour célébi'er l'entrée au Parlement des nouveaux membres abolitionnisles , eut l'occasion de faire connaître sa pensée sur la question des armements qui préoccupait d'autant plus l'opinion. publi({ue eu Angleterre, que le vieux duc de Wellington venait d(> la recommander spécialement h l'attention de ses concitoyens dans une lettre forte et pathétique (jui lessemblait h un appel d'outre-tombe. Çobden ne craignit pas de lutter avec un homme à qui, de son vivant, l'Angleterre avait dressé des statues, et (jui passait pour le génie tutélaire de la patrie. 11 se mo(|na d'abord de la panique dont nous venons de parler, en rappelant une autre panique dont les Russes étaient la cause il y a quelques années : <i A vrai dire, cette panique est une sorte de maladie périodique. Je la compare quelquefois au choléra, car je crois qu'elle nous a visités la première fois en même temps (jue le choléra. On nous disait alors que nous aurions une invasion de Russes. Je crois (jue si je n avais pas été choqué de la folie de quehjues journaux ^et il y en aujoui-d'hui qui sont prcs(|ue aussi fous que ceux-là», — lesquels prétendaient que les Russes

r.onitr.N. -î"

alliiionl aborder (l'iin nionicnl ;i l'aiilii' à I'oiIsuhuiHi , — je crciis, dis-jc , (liic j(^ 110 sorais dovonu ni aidoiir, ni limiiiiic piiMic, i|ii(' i(! n'aurais jamais écrit de painpiilels ni pi'ononcr' de discours, cl (|uc je serais dcniciiic jiisijn aujourd'luii lin laborieux inipiinicnr dr cdlim. »

Issue d'un mouvement libc-ral cl nacili(|iie, lu HcpubrKiuc Ac Fcvrier se souvint peut-être un peu Irop de [celle oi'ijiinc. Sans doulc il élail lion d'élucidei- les questions sociales; mais il y avait aussi des qucsiions |)olili(|iics extérieures qui demandaient une solution. Les résultats de 1815 pesaient encore sur la France. Le manifesie de Lamarline prouva aux puissances qu'il ne serait rien tenté pour les modilier. Il n'y avait donc plus aucun prétexte de romj)re l'alliance anglaise. Bien loin d'y soiijîer, le fi:oiiverncment ne cliercliail au coniraire qu'à la rendre plus étroite. C'est ce que Cobden s'efforçait de démontrer toutes les fois que, prenant la parole dans un nieetinf^, il s'occupail des relations entre l'-^nplelerre el la France; lout ce <|ui |)ouvait ])oi(er le trouble dans ces relations élail sûr de rencontrer en lui un ennemi décidé. Nul ne se montra plus sévère contre le duc de Wellini^lon à propos de la letlre dont nous venons de parler : <( N'aurait-il pas mieux fail , dil Cobden, en parlant du \ieux Maréclial , de prèdier le pardon el l'oubli du passé, que de raviver les souvenirs de Toulon, de Paris, de Waterloo, el de faire tout ce qu'il faut pour engager une nation courageuse à user enfin d(> représailles, et à se venger de ses désastres passés? N'aurait-il pas accompli une œuvre plus glorieuse en mettant du liauuK^ sur ces blessures, maintenant à peu près guéries, au lieu de les rouvrir, en laissant h une autre génération le soin de réparer les maux accomplis par lui? »

Il V avait certainement du courage à prononcer de telles paroles, et on peut dire que Cobden n'en a jamais manqué. Qu'il attaque un abus ou un préjugé, c'est toujours le même bomme ferme et im))erturbabl(' ipie ni l'injure ni le sarcasme ne peuvent atteindre.

Le parti que Cobden représente demande pour toutes les colonies la liberlé d'éclianger avec le inonde entier, sans privilège avec la métropole; il proclame le principe fie non intervention dans les affaires intérieures des autres nations, d'abolir les lois de navigation, de réduire les forces de terre et de mer à ce qui est indispensaltle à la sécurité du pays, de renoncer h toute idée de pi-épondérance et de suprématie en Europe. Ces idées peuvent paraître folles et ridicules à ces Anglais qui ne voient dans leur patrie ([ue le pays oligarcluque et monopoliste (pii a causé tant de niaiix h rbumanité, qui a imposé parlont on il l'a pu sa ilominalion injusie et \jolente, qui a

iii idiiDr.N.

iv(lif^(' I acic (le iia\i^iili(iii , (jiii a cl.ilili lii lui mic 1rs (■('■iviilrs, (|iii u (l(''claiv la jjiicric aux l'ilals-l'iiis cl à la l{(''volii(inn rraii(;aisr; mais ers Anglais (l(îvioiiii('iil (le iiliis cil jtliis rares. D'autres ^éiiéialidiis s'élèveiil . i|ni cniiipreniioiil les f,^raiHls chaiiiiciiieiils siii\eiiiis dans le iikiikIi- (lepiiis Ireiile ans, el (|iii senleiil hieii (|iie [KPiir l'Aii^leleire cniiinie [iiiiir loiile aiidc nafiiiii le lenips est passi'' (le re\en(lii|ner une prépiuKleranee exclusive sur les autres peuples. L'iùirope tend à (le\eiiir de |diis eu plus nue sorte de ledérution clinHieiine, et sous ce point de vue le iilan d'or^auisalioii européenne iniaf^inô par Henri IV est peut-être plus près de se réaliser ipTou ne se l'iniaf^ine conininiiénieiit. C'est i]u moins la croyaiire de (".idideii el de ses amis, et ceux qui les raillent de leurs sentiments à ce sujet , et de la l'ranchise avec laquelle ils les expriment au sein du Parlement, dans les meetings, dans les livres, dans les journaux, ne tarderont peut-être pas à les partager, car malgré les apjiarences contraires, les idées de modération, de balance, d'éijuilibre, dominent et dirigent bien plus le monde que les instincts i]o conquête, de guerre et d'ainliition.

A Londres, les meetings de la ligue se tenaient dans les salles de Drury- Lane et de Covent-Garden, toujours trop étroites pour contenir la foule. Jamais le cliiffre des spectateurs ne s'est élevé à moins de six mille; on se disputait une carte d'entrée comme s'il eût été question d'une des |iliis brillantes représentations du théâtre de la Reine. Onand on relit dans les journaux du temps les récits de ces meetings on est vraiment forcé d'admirer l'enthousiasme de cette nation anglaise qu'on nous donne souvent comme un modèle de froideur. Il faut entendre les cris, les hurrahs, les battements de mains toutes les fois qu'un des orateurs favoris du public, Cobden surtout, prend la parole. De tous les orateurs de la ligue Cobden est sans contredit celui qui montre le plus de talent, de verve, d'imprévu à varier un thème qui ne change jamais. Les orateurs du Parlement peuvent puiser l'inspiration dans vingt sujets; les orateurs de la ligue n'en ont jamais qu'un seul : le monopole. Voici comment Cobden le dépeignait un jour : « Le monopole ! oh ! c'est nn personnage mystérieux qui s'asseoit avec votre famille autour de la table à thé, et quand vous mettez un morceau de sucre dans votre tasse, il en prend vivement un autre dans le sucrier, puis, lorsque votre femme et vos enfants réclament nn morceau de sucre, le mystérieux lilou , le monopole leur dit : je le prends pour votre pro-

Ici'liiiii. " On rcIrdiiNci'iiil (l;iiis ses (liscmii's vIiil;! r.\ciii|)l('s de (cllc lacdii vi\(! cl |iii|iiaiilc (i'alla(|iicr un alnis cl (\i' le mcllrc à nu. I,a raillerie n'es! poitil Sun iinii|Mc Ion, cl (in le \()i( soiimmiI s'r'lc\cr à IV'l(M|ncncc \i''iiialilc. F,cs mnscr\alcni's. iionr icinédici' anx danj^crs (\r la ciisc, a\;iicnl |)i(i|i(isi'' lU' ((inriiir' aux ouvi'icrs le moyen (l'cniiiirei'. Colideii sV'Jève contre ce hill avec une, émotion et une clialenr (|ni \ons jja.ynent nièuie anjoui'il'lini : ((Les l)(rnls et les clievanx, dil-il, maintiennent leur prix sni' le marché; mais ([luuit à l'iiomme, cet animal surnuméraire, la seule préoccupation de- la léj,qslation |)araît être de savoir comment on s'en déltarrassera même à perte. . . . d

"Je demandais à un gentleman, partisan du hiU. si, par hasard, il avait dessein d'émigrer?

— Oh! non, répondit-il.

— Qui doiK' voulez-vous renvoyer? lui demandai-je.

— Les pauvres, ceux qui ne trouvent pas d'emplois ici.

— Mais ue vous semhle-t-il pas que ces pauvres devraient avoir au moins une voix dans la question? Ont-ils jamais pétitionné le Parlement pour qu'on les fit transporter? A ma connaissance, depuis cinq ans, cinq millions d'ouvriers ont présenté des pétitions pour qu'on laissAt les aliments venir vers eux, mais je me rappelle pas (jn'ils aient demandé nne seule fois à être envoyés vers les aliments. »

Les souffrances et les misères du peuple trouvent toujours en lui un défenseur dont l'éloquence émue (>f pathétique n'emprunte rien anx artifices de la rlu'torique. Le talent de Cobden est tout dans le naturel et la simplicité. soit qu'il parle, soit qu'il écrive, il trouve toujours l'idée juste, le mot propre et le ton t'onvenahle. Celui (pii ue l'entend qu'une fois, n'admire peut-èti'e que sa clarté et son bon sens, mais si on le suit |dans sa carrière d'agitateur, si l'on songe à la quantité d'écrits sortis de sa plume, et de discours prononcés par lui, on est émerveillé de 'l'inépuisable fécondité de sou esprit et de son imagination, du nombre, de la force, de la variété des arguments' (pi'il emploie, sans qu'au bout de sept ans d'une fertilité de ce genre, il paraisse plus épuisé que le joui' où la ligue tint son premier meeting à Manchester.

Les Revues et les jonrnaux [)rotectionnistes ont longtemps soutenu que

Cobden ne réussirait pas à la Chambre des Communes. L'expérience a fait

justice de cette assertion, par lacjuelle le parti vaincu cherchait à se venger

de sa <léfaite.

. En eidevaut le privilège foncier à l'aristocratie par la suppression des

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