VICTOR-EMMANUEL
forte é \êque
e princo illiisli'o. If prand ciloyoïi. l'honnêtp hommo donl nous allons raconter la vie, déjà si pleine, ])ien que, suivant les lois de la nature, elle soit encore loin de son terme , Victor-Emmanuel occupera une glorieuse place dans l'histoire contemporaine. Son nom demeurera éternellement lié au souvenir d'une des œuvres les plus colossales et les plus difficiles que notre siècle ait vu entreprendre et mener à bonne fin, nous l'espérons : la constituion de l'unité et de l'indépendance Italiennes. Victor-Emmanuel II ( Marie-Albert-Eugène-Ferdinand-Tliomas ) est né le 14 mars 1820, de Charles- Albert, un héros! et de Thérèse, archiduchesse d'Autriche, fille de Ferdinand, grand-duc de Toscane. II reçut une éducation à la fois militaire et monastique, rude et ducation! Sur la recommandation de monseigneur Bigex, ancien archede Chambérv. Charles-Albert confia l'instruction morale, religieuse et
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liUri'iiii'O (le son lils iiîiii'' à un pi'f'liil de ai'imil iiirrilc, rclaiii' ri Idlrniul. nioiiscif^iHMir r,liar\;is, aiiiourd'liiii S(''iia(('iir du i(i\aiiiiii' fl ar(iir\r(|ur de (irucs. Il csl lutu de cilcr les Ici'incs par losqucls un airlio\(''(|ii(' ra|i|)clail à (^luirliis-Allierl les lili'cs ([iir ral)bt> ('liar\a/, avail à sa confiance :
Il N'dirc .Majcsh', disad liKinsciiiiiciii' liifjcx, a Imijoiiis ((inscrvi'' iiii Ikim siniNciiir 1) à iiKuisi'ii^iKMii' (lliar\a/ ; elle l'a ('iii|)l(i\('' pliisiciii's luis «iriiciciiscincni, sans ic- » sullals d'ailleurs, dans les négociations religieuses (|uc \ invnuiiihlc npniiùlfrlrKV' i> Rome el smi insiileiwc {\\\\ (•(inliniielleuienl l'ail rcliouer. nial^ii'' l'obstinatienilu I) Piémont à les remiuei- sans cesse, (wcc assez, iicu tir (l/iiiiih\ il i'ani le recou- » iiaili'e. "
Le jeune, duc de Savoie fil de rapides progrès, mais ses professeurs niiiilaires eurent plus encore à se louer de leur élève que ses professeurs de belles-lettres. Doué d'une prodigieuse \igueur physique, il excellait dans les exercices les plus pénibles et les plus fatigants, dans le maniement des armes, l'équitation , la nage, etc., etc.
Charles-Allierl avait une prédilection marquée pour son second fils, le duc de Gênes, jeune homme blond el mélancolique, donl le bMupéranienl <'l les goùls conlraslaienl si fort avec ceux de son frère aîné. 11 redoulail les explosions de ce caractère bouillant et indomptable dont l'énergie lui plaisait cependant. <( U faudra marier bientôt ce démon, » disait-il.
A vingt-deux ans en effet, en 1842, Emmanuel épousa l'archiduchesse Marie- Adélaïde (Françoise-Reuière-Élisabeth-Clotilde), seconde fille de l'archiduc Renier d'Autriche. Cinq enfants na([nirent de ce mariage :
Le prince Humbert, aujourd'hui prince royal, né le 14 mars 1844;
Sa sœur aînée, la princesse Clotilde, mariée an prince Napoléon, née le 2 mars 1843;
Le prince Amédée, duc d'Aoste, né le 30 mars 1845, colonel de la V légion de la garde nationale de Milan ; major dans la ])rigade d'Aoste (iafanlerie) ;
Le prince Othon, duc de Monferrat, né le 1 1 juillet 184G ;
La princesse Marie-Pie, née le 16 octobre 1847.
La mère de ces cinq enfants mourut le 20 janvier ISii.T, uni\er.selleraent regrettée. Des deuils de famille frappèrent successivement, à la même époque, la maison royale du Piémont, et les organes du parti idtramontain, tant eu France qu'en Italie, ne manquèrent pas de faire remarque)-, à celte occasion, que le bras de Dieu s'appesantissait ainsi sur cette famille pour la punir d'avoir osé toucher aux biens du clergé.
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Viclor-Eiiuiiamiel, on l'a mi, a\ail di's rciilaiicc maiiircslr des dispusitidiis hclliqiieuses. Bien jeune encore, il rêvait la ploire, (|ui ilcxail plus lard s'adaclier à son nom, et l'indépendance de sa patrie. «Je ne snis pas Piémontais, disail-il souvent, je suis Italii'n. » Un écri\ain estimé, M. Léopold Gaiilai'd, a laconté l'anecdote suivante : <( Un soir que le premier ministre (comte Balbo) rent l'ait chez lui après une journée de travail et (pi'il traversait tout énni la fouli' applaudissant sous ses fenêtres, il fut accosté par un jeune homme dont le large chapeau cachait en partie la figure, et qui demanda à l'entretenir en particulier. Un moment après, l'inconnu se découvrant laissa le vieux patriote stupéfait d'étonneraent et d'émotion, c'était le lils aîné du Roi, aujourd'hui Victor-Emmanuel , qui venait le prier d'obtenir de son père la permission d'aller combattre pour l'indépendance de l'Italie. »
On sait quelle fièvre de patriotisme et de libéralisme excita en Italie l'avènement de Pie IX. Ce n'est point ici le lieu de revenir sur ces événements que nous aurons plus tard occasion d'apprécier lorsque nous raconterons la vie du Pape actuel. Cette fièvre, on le pense bien, gagna l'àme généreuse du duc de Savoie. La révolution de 1848 vint heureusement ouvrir une large carrière à l'ardente activité du jeune prince. Charles-Albert accepta la lutte contre l'Autriche et son fils aîné fut le plus intrépide de ses lieutenants, le plus brave de ses soldats. Le duc de Savoie prodigua son sang sur tous les champs de bataille pendant ces deux glorieuses campagnes de 1848 et 1849, que le grand désastre de Novare devait si tristement couronner; a Goïto, à Custozza, à Mortara, on les cavaliers de Radetzki lui enlevèrent ses chevaux et ses bagages, fi Novare enfin, Victor-Emmanuel, à la tète de sa division, fil des prodiges de bravoure, d'une bravoure poussée jusqu'à la témérité. A la bataille de Goïto (30 mai), au moment on il décidait la victoire en chargeant à la tête du régiment des gardes et en enlevant, par un vigoureux retour offensif, une position importante un moment occupée par les Autrichiens, une balle atteignit le duc de Savoie, et malgi-é sa blessure, il fut impossible de lui faire abandonner le champ de bataille avant le moment où le résultat de la journée fut définitivement obtenu . Et cependant, malgré cette vaillante conduite, cette intrépidité audacieuse qui l'avaient sans cesse porté au premier rang et dans les postes les plus périlleux, celui que l'Italie reconnaissante'devait acclamer, onze ans plus tard, d'un bout à l'autre de la Péninsule, du titre de Roi galant-homme, fut eu butte aux plus odieuses
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calomnies. On l'accusa soiiniciiiciil de Iruliisoii. " N'csl-il |)as. disait-on, l'cpoiix d'une Autricliioniic, l'clève des jt'suilcs ! i
Hasilc a raison. Uc la calomnie il resie toujours (|iiel(iii(' chose. Lois(|iie l'ahdication de (lliarles-Alherl, après le désastre de No\are, appela au trône le iiéros de (îoïto, I a\éueuienl de Victoi-Emmanuel l'ut accueilli avec méfiance.
(lliailes-Albeil a\ail alidi((iié de vive voix, à Novare, le 23 mars 1849. Ce fut le 3 avril suivant, à Tolosa (Espagne), qu'il confirma par écrit son abdication et désina pour lui succéder son fils aîné. Voici en quels termes le ministre Buffa rendait compte à la chambre des députés du Piémont, au milieu de l'émotion et de la douleur universelles, des circonstances dans les(|uelles cette transmission du pouvoir s'était accomplie :
« Les balles pleuvaient au-dessus de la tète du Roi ; plusieurs hommes tombaient à ses côtés. La nuit, il continuait de diriger la défense réduite à la ville. Le général Durando fut prié de l'entraîner par le bras pour qu'il cessât de courir inutilement de terribles dangers. « Général, disait le Roi, c'est mon dernier jour, laissez-moi mourir ! » Lorsque le Roi vit que l'armée ne pouvait pas tenir davantage, et qu'il était nécessaire de demander une suspension d'armes, il dit : « Ma tâche est accomplie désormais, j'ai vainement espéré trouver la mort sur le champ de bataille; après mûre réflexion j'ai résolu d'abdiquer. » Les ducs de Savoie et de Gènes, le ministre Cadorna, le major général et les aides de camp l'entouraient ; ils le pres- .saient tous de revenir sur cette décision. Il répondit avec fermeté : « Le Roi, c'est Victor, mon fils aîné ! » 11 embrassa alors toutes les personnes présentes, remerciant chacun des services rendus h l'État et à lui. .\ minuit, il partit, accompagné seulement de deux domesti(jues. »
Victor-Emmanuel fut proclamé Roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem. Quel pénible fardeau que celui de la royauté dans les circonstances où s'accomplit cet avènement! La réaction partout triomphante! L'Autriche plus puissante que jamais dans cette Italie qui l'abhorre! La Lombardie opprimée! Venise, la Venise de Manin, brisée sous un joug de fer! Les duchés gouvernés par des lieutenants Autrichiens! Les Cardinaux, maîtres du Pape, maîtres de Rome, livrant à la police et aux armes autrichiennes les populations des Marches et des Roniagnes ! h^ dynastie napolitaine, violant tous ses serments, bombardant Messine, or^ani-
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siiiil lillcrrciir! L'Ilalic nilirir \,uii<-iii-, (ciiassi'r cl imicllc ! \r l'irinoiil li ilir!
Partout la diMiaiicc (|ni siiil Imilc (Iciiiilc!
Vicliii-Kmiiunim'l iw (h'scspcia pas; il ciili'ciiiil, cii limiiiiic (iKtal, rcnnir ((ii il nepoiivail [)lns poiii'siiivi-c les armes à la main. Il liilta coiilre toutes les malveillances, contre toutes les perfidies. Les obstacles qui se dressaient devant lui, loin d'attiédir sa foi, l'exaltèrent. Dans les voies difficiles de la politi(iue, à travers les intrigues de la diplomatie, il marcha aussi résolument qu'il avait marché sur les champs de hataille, à travers les houlets ennemis, vers le noble but de sa vie: l'afl'ranchissenieut de la patrie commune.
Si, au lieu d'écrire la biographie du prince, nous écrivions l'histoire du Piémont, nous entrerions ici dans le détail de cette œuvre gigantesque, de ces luttes formidables qui nont lassé ni la patience ni le génie de Victor-Emmanuel, pas plus qu'elles n'ont ébranlé sa foi profonde. Les limites de cette notice ne nous permettent pas d'entrer dans le récit des événements politiques qui ont successivement conduit le Piémont à la situation qu'il occupe aujourd'hui, (l'est tout au plus s il nous est permis d'embrasser d'un coup d'œil général l'ensemble de cette (euvre de libération dont l'Italie recueille les fruits.
En montant sur le trône, en succédant à son père, de glorieuse UM'iiioire, \ ictor- Emmanuel acceptait un liéritage. Charles-Albert lui léguait, avec la couronne, la charge de venger le désastre de Novare et d'affranchir l'Italie de toutes les servitudes qui pesaient sur elle. Ces servitudes, diverses suivant les lieux, se résumaient en un seul mot : l'Autriche.
C'était l'Autriche qui occupait la Lombardie et la Vénétie; c'était l'Autriche qui par les grands-ducs, ses agents et ses créatures, opprimait les populations de Parme, de la Toscane et de Modène ; c'était l'Autriche qui dominait dans les conseils de Rome que protégeaient les armes de la France; c'était l'Autriche dont 1 influence était pri'pondérante à Naples. Partout, le même ennemi disposant à la fois des armes temporelles et des armes spirituelles ; partout l'Autriche repré.sentée par des soldats et pai' des prêtres.
Le moment n'était pas venu de combattre sur des champs de bataille ; il fallait s'y préparer cependant et en même temps lutter contre les influences cléricales que l'Autriche dirigeait contre le Piémont. Toute lu polili(|ue de Victor-Enuna-
M \ HilHl \.M\\.\ \l I.L.
iiiii'l cl (In i;i';iii(l iiiiiiislic (|iii. um'c lui. a si |iiiissaiiiiii('iil riHilriliiii' à la drltvraiicc (le I llalic, csl dans ces deux nécessités impérieuses. IVudant iiik; période d(^ dix ans, le cahiiicl de Turin u'a (ail qu'ohéir à celle doul>le nécessité : coniliallre r.\ntiiclie an luxer nn^nie de sa pinssance, c Csl-à-dii'e ;i Ironie, avani de reprendi'e le cuudud ccintre elle par la \uie des armes.
(le lui an plus l'iirl de celle Inlle c(ndre liniiie el au UKimenI (iii, par une décision hardie, le Piémont venait se rangera côlé de la Fraïuc diuis l;i cam|»aj.;ne de Crimée, qui» le roi Victor-Emmanuel lui Frappé de ces deuils successifs dont nous avonsdéjà dit quelques mots et qui rnnrnireul au parti clérical le prétexte de si honnêtes déclamations.
Son frère, le duc de (îènes, son blond compagnon d'armes pendant les guerres de 1848 et 1849; sa mère, sa femme que l'amour et le dé\oùmeut conjugal avaient faite italienne, une des plus l)elles, des plus gracieuses et des plus aimées de toutes les souveraines de l'Europe et du monde, moururent, pour ainsi dire, coup sur coup. (I Dieu, pour nous ser\ir de la helle expression d'un des témoins de tant de scènes douroureuses. Dieu l'etira tous les sourires du palais de Victor Emmanuel et n'y laissa que des épées. »
Cet homme indomptable que les plus rudes fatigues de la guerre n'avaient pas lassé, (jui avait joué sa vie héroïquement sur tant de champs de bataille ; cette constitution de fer que rien n'était parvenu à ébranler jusque-Là, ne purent résister à ces terribles chocs qui frappaient en plein cœur les plus généreuses et les plus saintes affections. Le Roi, accablé parle chagrin, tomba gravement malade. Il ne dut son rétablissement qu'à la vigueur athlétique de son tempérament et au profond sentiment du devoir (ju'il avait à remplir comme citoyen italien et comme Roi.
Même pendant sa maladie il ne cessa de s'occuper de la direction des affaires, de l'organisation administrative et militaire du royaume. Et quand on l'engageait au repos, quand des amis et des serviteurs dévoués essayaient de consoler ce lils, ce père, cet époux si cruellement frap])t'', il rappelait, en souriant tristement, la devise de sa maison : j'attends mon asteie. c 3Ioii astre, disail-il un jour, c'est l'affranchissement de ma patrie, et ceux qui sont partis avant moi, ceux qui déjà sont près Dieu, me seconderont dans l'accomplissement de ma lâche, ils prieront pour ({ue cet as/re radieux se lève bientôt à l'hoiizon de notre Italie, o
\ ir. roii- i.MMA M I.I.. .-i;;
L(irs(|n il lui (|i!('sli(iii de l'iiirc |);irlici|)i'r le l'ii'iiKiiil ;i I cnliciii'isi' i\i' |;i 1m';iiicc l'i (le rAii;jlcl(Mi'(' eu (^riiiirc, de l'ain' paiiii^i'r ;m.\ li(ni|i('s llalii-iiiics la f^loirc cl Jcs (laiigt'i's (le celle idULjuc cl périlleuse campagne, les couscils contraires ne lui nianquèreul |»as. I H ('NtMiuc lui représentai! un jour les iiicon\énients (pie pourrait avoir celle (lé'cisioii. 'Il nCsl plus leuips de réllécliir. dit-il. et de controverser; où est las(cui'. le IVcre doit clic. Oi', la France est nolie souii-; la place de noli'c drapeau est h côté du sien. »
Généreuses paroles (pit ne l'ui'ciil pniiil oulilii'es, car la l'"rain'e, (|uel([nes années plus lard, faisait llolter son drapeau à rù\r du drapeau ilalien et conlriliuait. poui' une lai;i:e pai'l. à I (cuvir dV'tnaucipation dont \'icl(ji-l<]mmannel a fail le l)ut et la i,'loii'e de sa \ic.
Les soins de la campagne de Ciàniée n(> tirent pas négliger ceux de la politi(pnî et de l'administration. Un des griefs les pins acerbes de la conr de Rome et de la coterie des cardinaux contre le Piémont était le \ote et la promulgation des lois relatives aux biens ecclésiastiques etaux communautés i-eligienses. Le Saint-Père, dans un consistoire qui fut tenu le 26 juillet 18oj. excommunia tous ceux qui avaient pris part à la préparation et à 1 application de ces lois célèbres. Toutefois, cette excommunication ne fut pas officiellement notifiée au clergé piémontais.
A cette époque Victor Enunanucl vint eu France, où il l'ut accueilli avec enthousiasme. Le peuple de Paris salua avec joie ce monai(pic-s((ldat, dont la physionomie ouverte et sympathique, dont les manières, le caractère lui plaisaient. Lorsqu'il quitta la France pour retourner dans ses États, le Roi passa par (Iliambéry. Là, il l'ut harangué par l'archevêque (pii lui dit : « Votre Majesté a vu en F'rance un bel exemple de lunion intime des autorités et du clergé. Nous espérons qu'elle saura doter son royaume de ce grand bienfait rn mettant un terme mix persôciitinns dont l'Eglise est l'objet de la part du f/ovrernement. d
C'était pousser rinconvénance un peu loin. Ces ijerst'cutions dont se plaignait le prélat consistaient en ce (pie le Pi('Tiioiit a\ait pris, relnlivemeiit à l'administration des biens ecclésiasti(pies et aux conditions d'existence des corporations religieuses, des mesures analogues à celles (pie la France elle-même avait depuis longtemps prises.
"Vous a\ez raison, iiioiisiciir rarclieM~'(|iie. ii'pondil ^ ictor-I'Jiimaiiuel. de citer
irn \ icioii -i;.M.MA.M I.I..
('(iiiimc un Im'I exemple à siiiMc les l'iipporls réciproques «lu eleri^r de l'iMiice ;i\ec les autorités (le ri'liiipire. .Ii'ii suis telleineul eou\aiiicu. (pie je compte doimer tous mes soins à mettre le cIci^K' de mou rd\;umie sur le même pied (pie celui de Franco. »
Nous I a\oiis dit di'jà. toute opposilioii cliTicale, eu l*ii''iuout, a\ail esseiitiellemeiil un (■aiacl('i'e poliliipieei surtout un caracti-re aiitricliieii. i,e cahiiiet de N'ieime saisissait tout j)r(''te.\te d indisposer le clerj^i'' et. par le cler;;('', les populations contre le i^ouNeiaiemciil l*i(''iiHuilais. (1 ('lait la ,:^uerri' à coups dV'pin^les, la j^iierre |iar I Cxcitatioii des |)assions et des prt''iu^(''S reli^^ieiix. a\aiit la ijiierre à coups de caiioii.
Di'jà, lorsipie des deuils si ia|»procliés avaient frappé Vict(U'-Kminaiuiel, l'Autriche avait maniresfé son insolence et ses mauvaises dispositions par des hauteurs et des dédains ipie les pins simples convenances onssent dû lui interdiic.
La mort des deux Reines, mf're et t'emine du Roi Victor-Emmanuel, avait été notifiée par le gouvernement sarde au cahinel de Vienne avec d'autant plus d'empressement qu(^ ces deux princesses étaient de sang autrichien. Cette double communication, contrairement aux usages des Cours, demeura sans réponse, et certes aucun procé(l(> du Piémont ne pouvait justifier un pareil manfpie d'i'gards.
Victor-Emmanuel ressentit vivement cette offense gratuite. Aussi, eu 1856, (piand rem]»ereur d'Autriche, Francois-.Joseph. vint à Venise, aucun officier de la maison du Roi n'alla, conformément aux règles de politesse suivies entre souverains, le complimenter au nom de son maître. A la même épo(pie un aide de camp du Roi ayant dû passer par Venise pour se rendre en Egypte, on il allait offrir quelques présents à Saïd-Pacha. les journaux du gouvernement firent connaître le hnt de ce voyage et démentirent l'intention prêtée cà Victor-Emmanuel de faire complimenter l'Empereur par cet officier.
Le cabinet de Vienne n'avait pas besoin de surexciter j)ar une malveillance syst(''matique, et par de grossiers procédés, la haine instinctive et héréditaire du fils de Charles-Albert contre l'oppression autrichienne en Italie. Cette haine a de« profondes racines dans l'âme de Victor-Emmanuel; elle lient en quelque sorte à toutes les fibres de son être. Elle est excitée par des mobiles divers qui viennent converger vers un centre conrnuino
\i(;t(ih-i:.m.\i.\m i:i..
Vicl(.i-Kiiiin;ii)iicl ;i sims «loiilc l;i ii;issi(.ii .limiiimiilc <lii iMlriolisiiic . le s(Milini('iil italien au plus li.nil dc-rr. Mais sa liaiiio conlrc rAiilridif s;ili- „i,,„lr h (1 aulr.'s soiiirrs. I.;i .irlaitc <l.- son ])v\v ;i Nfnair pi'M' ;i scii àiur (•(uiinir lin i.l..c .Ir plonih. .'1 «v l.l.ic iir sera sciilcNr (|iio \nys,\ur lAiiInclic aura rvacur la Vriiélit; ('l pcnlu Idiilc inlIuciHC dans la Frniiisiilc
A ces deux piincipalos causos il faiil joindre raiul.ilidii dn nionan|nc. I amour dos combats, des grands ((uiiis d <••[)(■■(' et aussi un sculinirul tout /roV.//. un aident dc'^siride Javer ioutrafic lait pai' lAulridic à la maison de Sasoic
Ce sentiment profond. invinciMe. est sans coidredil le irait !<■ plus accnsr (le cette belle et étranf>e plnsionomic l.e caracfi'rc énergique, résolu. j)i'ofondément b(jn de Victor-Iùnmanuel, se peint sur sa ligure en même temps ([ue la bauteur et la dignité. Rigoureux obsersaleni' de l'éti(pietle dans les relations onicielles, il est . <lans la \ie privée, aimable et bienveillant. ■ Ouelqu'amour du pouvoir qu il nourrisse intérieurement, a dit un éci'i\ain (pii le connaît bien, il est profondément pénétré de l'obligation dans ]a.[uelle il se trouve d'observer la constitution et de se consacrer à la prospérité r.'.dle de l'État. Dans le sentiment avec lequel le regardent ses sujets il n'entre aucun respect superstitieux pour le <lroit des Rois; ils ont appris à ne voir dans leur monarque qu'un magistrat suprême dont ils respectent les fonctions et bonorent les j)iiNi-
léges. »
Victor-Emmanuel, secondé merveilleusement par M. de Cavoui', a inocule a l'Italie sa patriotiqu<' passion. 11 a très-réllement ressuscité sa patrie; c'est lui ipii a dit à ce Lazare : Sors du tombeau! M. de Cavour et (laribaldi ont ensemencé et fait fructider le terrain, mais Victor-Emmanuel l'avait lalKuii'é; il a empi'eint l'Italie de son individualité, il a ranimé cette glorieuse morte, il lui a donné confiance en elle-même^ et c'est pourquoi le nom de Victor-Emmanuel tiendra une si large place dans l'histoire de notre temps, c'est pourquoi son nom sera béni par les générations à travers les siècles. Pierre le Grand a engendré la Russie; Victor- Emmanuel a fait plus ]Kiur l'Italii^. il l'a léchauffée sous son souffle et l'a res-
suscitée.
C'est dans les plus ])etites comme dans les plus grandes choses (pie se lévi'lent cette généreuse passion, ce sentiment de la nationalité italienne qui est
la loue
•|S \ ll.Klli- I.MMAM l.l .
siipiviuc (II' N'iclitr-l'Jiimaïuicl. l'iaiicliissc/ la ridiilirrc ilii l'ii'iiiinil . ri sur la prcmii'ic hiiiiic ilii clii'iiiiii mhis lin'/, ces mois: Iiai.ia, sintu Sunidj, liaiic, rial Sai'dc, à peu pivs cummc (ui dirait clic/, ikmis: Imianck. I^rovcncc
Nous aiii\iiiis à la pciindc la plus ('clalaiilc cl la plus di'cisixc d(» ce rcpiic (pic de si ciiiisi(l('TaltIcs (■•ni'iiciiiciiIs diil rempli, h la j.:l(iriciise cam|)ai;iic de |.S,')<I.
Grâce à l'Iiahile dirccrKni (pic .M. de ('.a\(iiir a\ail ddiiiK'c aux allaires inh'rieiircs et e.\t(''rieurps, grâce il sa participatidU à la cam|)a}iiic de (IriiiK'c (pii lui a\ait (luxert l'ciilri'e du C.oMjiW's de l'aris. le l'ii'>iii(iiil a\ail piis, depuis plusieurs années, en Europe et parmi les jurandes puissances, une siliialiou exceptionnelle, (le n était pas encore une puissance de ])reinier ordre, mais on sentait Itien (pie par hifiiandcur du r(ile (pi'il ('tait appelé à remplir, pai' l'importance des événements (pu se préparaient, le royaume de Sardaifinc allait sV'Iever au premier ranfi.
Des sijyncs inlaillildcs aiiniincaieiil la reprise jirocliaiiic des lioslililcs cuire r.\ufric!ie cl le l'iémonl. I.cs rapports des deux t^diivcrncmcnls étaient tendus à Iciii' extrême limite et les préparatifs de j^uerrese laisaicnl (iiiNcrlement de pari cl d'autre.
Indépendannnent des liens de confraternité qui s'étaient établis entre la France et le Piémont devant Sébastopol, d'autres liens s'étaient formés. Yict(U'-Knnnanuel s'était uni, d(^puis peu, à Napoléon III, en mariant sa tille aiiu'c. la princesse Cl(jtildc, au prince Napoléon-Jé renne.
Dans la lutte (jui allait s cngajicr, la France était donc lalliéc naluiclie du Piémont. Plus encore (pie les liens de famille et les souvenirs de la campagne de Crimée, les principes politiques sur lesquels la constitution impériale est fondée, les antécédents personnels de l'Empereur traçaient au gouvernement français la voie qu'il devait suivre. L'indépendance du Piémont était menacée. Le Piémont, c'était la digue opposée aux empiétements de l'Autriche en Italie ; cette digue une fois renversée, la Maison dt; Ilapsbourg devenait, en fait, la souveraine de l'Italie. Fidèle à ses plus vieilles traditions, la France déclara qu'elle s'allierait au Piémont contre l'Autriche, si l'Autriche prenait l'offensive.
Le jeune empereur François-Joseph donna à ses troupes Tordre de franchir le Tessin. En vain lui repiésenta-t-ou les périls de cette téméraire entreprise, l'état déplorable des finances autrichiennes, les cousé(juences probables d'une lutte avec
VICKIIi- KMMAM II,. ^ii)
la France dniil l'aiiiiée aguerrie! \eiuiil ilc l'aiiv si \aiilaiiiiiu'ii( ses preuves eu Crimée. Krane'iiis-.losepli répoiulil à ses cduseillers : <> [.'Kiupereiir l'ail ce (|iie l'Kuipereur veul l'aii'e. » Il n'\ a\ail plus (|u';i oitéir; l'aiiui'e aiilricliieniic IV.iiichit le Tessiii. Imi ap|iieiiaiil celle nouvelle, Viclor-Kuiiiiainiel plia le j^cnfni (l(!van( le porhail de sdii piMc. cl, dans un élan de palridriipie cnlliniisiasine aulanl (pie d'auKinr lilial, remercia Dieu (pii lui eii\ii\ail celle jnic suprême. L'xV.ulnclie, en pienaiil I nirciisi\e. assimiail sur elle loule la responsaliililé des évéuements ipii allaieiil s accomplir. Le Pi' okiiiI élail dans le cas de l(''j;ilime (lélense. i>ulle siUialiou ni' punvail èlre pins belle el plus avanlageuse pour lui. Avec une rapidité prodigieuse l'armée rraii(;aise arriva eu Italie. Nous n'avons pas à faire l'histoire de cette foudroyante campagne. Victor- Emmminel pril U' connnandement en chef de l'armée italienne ; sur tous les champs de hataille ou le trouva en tête de ses troupes, m'dminant avec le .saiig-lroid d'un général et chargeant avec l'intrépidité d'un soldat.
On sait tiue le 3" régiment de zouaves, dans son admiration pour \ iclor- Emmanuel, le nomma caporal de la 3*^ compagnie du T' Italaillon. (le fui le sdir (lu 31 mai 1839, après la hataille de. Paleslro. Un des aides de camp du Roi, le comte Cicala, avait été hlessé d'une halle à l'épanle au moment on le Roi lui donnait un ordre; à ce moment le général La Marmora avait un cheval tué sons lui. Le Roi s'élança alors, avec son impétuosité habituelle, vers le pont de la Rrida, où zouaves et hersaglieris faisaient merveille et rivalisaient de hravoure. Victor- Emmanuel se porta, de sa personne, au plus fort du danger, à ce point que le colonel Chahron, rhéroïf[ue commandant des .zouaves, dut se précipiter vers lui el le supplier de ne pas exposer inutilement ses jours. Le Roi ne s'arrêta (jue lors- (jue la victoiie ne fut plus douteuse.
Dans ces circonstances, au milieu des enivrements de la hataille, Victm'- Emmauuel n'est plus maître de lui. Cet amour, dont nous parlions plus haut, cet amour des grands cou])s d'épée l'empoi'te alors sur toute autre chose. Ce n'est plus le Roi, cen'estplus l'homme d'État ayant la responsabilité des destinées d'une nation entière, ce n'est plus même le général, c'est un gentilhomme pas.sionné pour la guerre, bravant avec joie le danger, exposant sa vie pour le seul plaisir de savourer les émotions du combat. Ce qu'il fut à Palestro, où il conquit l'admiration de l'armée française, il l'avait été pendant les guerres de 1848-49, sous les ordres de son pèie, il U' fui sur fous les champs de bataille.
ou \ i(;i(iu-r;.M.MA.NLi;i,.
>i(iiis II avons pas assez la [lassioii îles m'aii<ls cdiiiis «IV'ix'c |)niii' lacdiilcicl admirer un à un Inns ceux (|iio J3()i'la N'icInr-lMnnianiiel. (le n'es! pas la \ie t\u soldai, ('"est celle du prcmiei' ciliç en de l'Ilalie ipic nmis raconliiiis, et le \ii' ('■clal des Iiatailles éclaire mal ces grandes jùvsidiioniies.
Le Irai! dislinclir de ce caraclènM'sl celui <|ne le peuple, nii excelleni jnge! a saisi le jniir où il a ddiiiK'à Vict(n'-Enimaiiuel le snrnuni de Moi (idhnU-HcDiinir. La loyauti'' do Victor-Emmanuel est à tonte épreuve, et cette loyauté s'allie à une finesse do vues, aune porspicaciti'" remanfuahles. Nous n'en voulons citer (pTiin trait. Lorsque Santa Rosa, ministre du commerce et de l'agriculture, mourut. M. (îalvagno proposa au Roi do donner ce portefeuille <à M. le conYte de Cavour. Le Roi se fit prier, et comme M. Galvagno insistait : <( Comment ne vous apercevez-vous pas, lui (lit-il, ipie ci^t lionmie finira par vous supplanteistous ? »
Au début de son règne, il fut très vivement sollicité de hriser le statut sarde i|ue. lors de son avènement au trône, il avait juré do maintenir. Un État constitutionnel forait tache en Italie ; c'était un funeste exemple poui- les autres peuples, et l'Autriche n'épargnait rien pour décider le Roi à abandonner cotte voie déploral)le, à se rattacher aux ancionnos dynasties absolues, à faire cause commune avec les monarchies do droit di\in. Un coup d'État, c est sitôt fait! Victor-Emmanuel résista à toutes les sollicitations: J'uiji/ré, Je tiendrai! répondait-il invariablement. Et il avait d'autant plus de mérite en cela 'qu'il comprenait peu le mécanisme savant et compliqué du régime constitutionnel. Nous n'en voudrions pour prouve que la singulière proclamation par la<|iiello le Roi Victor- Emmanuel intervenant, au mépris de la sage fiction parlementaire, dans l'arène électorale, demanda aux électeurs de lui envoyer une Chambre (jui secondât sa politique. Ce curieux document mérite d'être cif('', l'homme s'y révèle tout entier :
« Dans la gravité des circonstances actuelles, la loyauté (|Ue je crois a\oii' » montrée jus([u'à présent dans mes paroles et dans mes actes, devrait peut-être 1) suffire à éloigner des esprits toute incertitude. J'éprouve néanmoins, non pas la » nécessité, mais le désir d'adresser à mes peuples des paroles qui soient un )) nouveau gage de sincérité, en même temps qu'une expression de justice et de )) vérité.
VICTOII-I'MM AMI.I,. C)
» Par la dissoliilion (l(^ la Cluuiihredes di-piilrs, les lilicilrs du pays ne cnini'iit I) auciiii risque. Confiées à l'iKniiieur de la Maison d(î Savoie, elles sonl protéfiées )) par la vénérable mémoire de (;iiarles-Ailierl, mon père, el pai' la reli:;ioii dr )) mes serments. Oui oserait craindre pour elles ?
» Avant de réunir le Parlement, j'adressai à la nation el |)rin(ipalenicnl aux I) électeurs des paroles franches. Dans mes proclamations du .'! juillet 1819, je les » avertissais d'ajrir de manière à ne pas rendre le slahil ini|)ossilil('. X(''annioins. il 0 n'yaeufju'nn peu plus du liei's des électeurs t\\n ail concoinn aux élections; I) les antres ont néfiligé ce droit (pii est, en même letiips. le shici devoir de 1) chacmi dans nn État libre. .l'avais icmpli mon devoir; |joiii(|noi n'onl-ils pas Il rempli le leur?
>i Dans le discours de la courmme je Taisais connaître, et ce n'était que trop » nécessaire, les tristes conditions de l'État. Je. montrais la nécessité fie mellrr' » une trêve à toute passion de parti et de résoudre promptement les questions » vitales qui rendraient douteuse la chose publique. Mes paroles étaient dictées » par un profond amour de la patrie et par une loyauté sans tache. Ouel fi'uil )) ont-elles produit ? Les prefniers actes de la Chambre furent hostiles à la Cou-
)> ronne. La Chambre usa de son droit J'ai juré de maintenir la justice, la
» liberté, le droit pour chacun. J'ai promis de sauver la nation de la tyrannie des » partis, quels que 'soient le nom, le but, la position des hommes. Ces principes, I) ces serments, je les ai remplis par la dissolution d'une Chambre devenue » impossible. Je les ai remplis en en convoquant une autre. Mais si le pays, si les )) électeurs me refusent leur concours, ce n'est plus sur moi que retombera la I) responsabilité de l'avenir et des désordres qui en pourraient résulter. Ce ne » sera pas de moi qu'ils auront à se plaindre, ce sera d'eux-mêmes. »
Ce ferme langage, en dehors des usages constitutionnels, frappa vivement les électeurs qui répondirent à un si loyal appel.
C'est ainsi, c'est à force de loyauté, on peut le diie, que Victor-Emmanuel a conquis les sympathies ardentes de l'Italie entière, qu'il l'a personnifiée en lui.
La forte et originale physionomie dont nous venons d'esquisser quelques (rails, a des caractères particuliers cjui la distinguent profondément, C'est sur ces carac-
«2 VKKill- l'.MMAM 1:1..
It'i't's ([lie lions voudrions ])li"is Nivcnn'iil iiisislri', cai' eu pci^naiil l'IiomMic, ils pcruH'tlout d'enlrevoii' les dt'slint'i's du pîus sur Icijucl il exercera dans l'avenir une inllupiu'o plus directe ci |)lus considérabltH'ncore (|iie celle (|n'il u exercéo jnscju ici sni' le Piémont.
Victor-Enniiaiiiiel n'est pas seulomeut la |ilns liante rejtrésentatimi de l'Italie niddeiiie, il en est le ri'snnit' \i\ant. Son individualité n'est anti-e cliose (pui rindi\i(lnalitr' italienne; ses aspirations, ses (inalités, et ins(pr;'i ses défauts, t(nd en lui ti'adnit Uis aspirations, les (pialités et h's défauts d(î sa bien-ainu''e patrie. Jamais homme n'incarna un peuple eu lui plus com]ilélenienl et |)lus paifaitcnient.
Connue l'Italie, Victor-Kimuannel aspire à la plus compli'te indépendance, et à kl plus grande puissance possible; comme elle, il ne se rend pas exactement compte des moyens par lesquels cette indépendance sera réalisée, cette puissance sera conquise, mais il a confiance en Dieu d'abord et eu son épée; comme son peuple il est superstitieux, il attend son astre, et cet astrea exercé déjà sur ses destinées et sur celles de sa patrie une si heureuse influence qu'il a quelque raison d'avoir foi en lui. Cet astre, c'est celui qui a affranchi la France de l'ancien régime et de toutes les servitudes qui pesaient sur elle ; c'est celui qui a affranchi l'Amérique, la Belgique, la Grèce, les duchés de Parme, de Modène et de Toscane, les Romagnes, les Deux-Siciles. C'est donc une superstition très-excusable que celle-là!
Il n'est pas jusqu'aux vieilles traditions féodales dont le souvenir vit encore dans les cités italiennes, qui ne se retrouvent dans le caractère de Victor-Emmanuel. Son cœur est le cœur de l'Italie et c'est ce qui explique l'empressement enthousiaste avec lequel son nom est acclamé au Midi comme au Nord, à Naples comme à Palerme. Cette complète analogie entre le peuple et le souverain est sans contredit le plus précieux et le plus puissant élément de l'unité vers laquelle le souverain et le peuple tendent d'un commun accord.
A l'heure où nous écrivons ces lignes, des événements considérables, destinés à exercer sur la Maison de Savoie une influence décisive, s'accomplissent de l'autre côté des Alpes. L'armée piémontaise, à la suite d'une très belle et très éloquente proclamation de son souverain, a franchi la frontière des États Pontificaux pour délivrer les malheureuses provinces des Marches et de l'Ombrie de l'oppression que faisaient peser sur elles les l)andes étrangères enrôlées sous les ordres du général Lamoricière. Après un engagement oii, de part et d'autre, on s'est vaillamment conduit, M. de Lamoricière a abandonné le champ de bataille et a pu, à la tête de quelques cavaliers seulement, pénétrer dans les murs d'Ancône. La place a résisté quelques jouis, puis s'est rendue.
Vir.TOIl- KMMAM l.l . m
De loiilcs los |)arli('s df l'Itiilic Mi'rirliniialc, df Paloriiio. <lii Iniul des (^alahrfs, (l(^ IN'apIrs, lies di-piilalioiis accoiircal vers U' IJraiu/ Jlulini, ikmii- le \)v\w de v(!iiir proiidi'c possession d<'s Dciix-Siciles. Victor-Eiinnuiiucl pcul-il ne pas ('('dcr? Lfî jour 011, pour sauver quelipies provinces de l'oppression (jui [icsail sur elle, le, l'.oi s'est décidé à iVamliir la frontière des États Pontificaux, n'a-(-il ])as jiris vis-?i-vis de ses compatriotes sans exception rengagement <le \euir à leur secoiii's, de les di'livrer, dans la mesure de ses forces? Que peut l'aire la diplomatie conti-e le sd'u si nettement Inrmulé des populations, elle qui a respecté le \œu populaiic dans l'annexion des duchés et des Romagnes an Pii'moul. et d;uis celle de la Savoie et du conilé de Nice à la France?
\ictor-Emmanuel est dans la vérité de sa mission; il l'ait ce qu'il doit faire, lui vain dira-t-on qu'il envahit les États du l'oi de Naples. Nous ne connaissons pas d'États appartenant au roi de Naples. Il existe des populations Italiennes qui se distinguent entre elles par des noms de localités, qui se disent Napolitaines, Calahraises, Siciliennes, mais leur caractère, leur type distinctif, c'est d'être Italiennes. Or, si ces populations repoussent la domination de la dynastie Bourbonnienne et acclament la souveraineté de Victor-Enmianuel, quelle force, et nous dirons plus, quel droit peut s'opposer à l'accomplissement de leur vœu?
Victor-Emmanuel est à Naples à l'heure où nous écrivons ces lignes.
Et maintenant, que va-t-il advenir ? La France protège à Rome la personne ilu Pape. Tant qu'une ba'ionnette française sera à Rome, nul n'y pénétrera, sans douté; mais une telle situation ne peut se prolonger, et la question des États- Romains une fois résolue, restera la question non moins grave et non moins embarrassante de la Vénétie. Il est bien évident que A'ictor-Emmanuel ne peut laisser cette noble et héro'ique population de Venise courbée sous le joug autrichien. Que ce soit par la guerre, que ce soit par une transaction, Venise doit appartenir en fait comme elle appartient en droit à la famille Italienne, à la nation qui travaille si courageusement à l'œuvre de son indépendance et de son unité.
Il suflit d'envisager les éventualités très prochaines d'un conflit entre l'Italie et l'Autriche pour comprendre la grandeur du rôle réservé à Victor-Emmanuel. Jamais, ce nous seml)le, une responsabilité plus lourde n'a pesé sur la tète d'un homme ; de même qu'il résume dans son individualité l'individualité de la patrie, il porte en lui ses destinées.
Oiioi(|iril en soif, une ciise prochaine est inévitable. Qu'adviendra-t-il? Pour nous, la réponse n'est pas douteuse. Les hommes qui servent l'idée de l'indépendance e1 de l'iinilé italiennes peuvent commettre, puisf|u'ils sont hommes.
VliTOU- i;\i\i.\M l'.l..
• les railles i|iii a|(iiiriit'iil le lii(iiii|ilir de (cllc uU'C. .Mais le Iriiimplic csl iinAitalilc. L(> (Inipcaii Italien Huilera sur ii' Oiiiriiial l'I Viclor-Eiiiinaiiiiel sera |ii(ielaiiié, à Rome, Roi d'Italie. Ouaiid? Si les sages coinitinaisoiis du Uni el celles de riKniiine d'Étal émiueiil i|iii le secdiide ne siuil |iiiiiil (iniliariées pai' des ineideiils (|iie l'on peut pi'é\(iii- el par des passions iiio|)poiliinéineiil surexcitées, ce sera bienlùt. iMais rpie ce soit tôt, que ce soif lard, cela doit èli'e. cela sera.
Tjj). Eiiiest Mey^-T, à Pan: