‹ Les célébrités du jourChapitre 9 sur 42 · LORD PALMERSTON · texte numérisé non relu

LORD PALMERSTON

o.^-^:^,^f i,„s 1rs !i<ivmii('s (i'Klal <1<' rAiiMlcI.M-iv oiit leur significaCioii ^(V^C-I^ ''''■" "■'"'' '■' l^i''"!''"'*''"'''' • '''"• "■'''' l';i'"islocratip et le pri- »^-^>}:,4 \il<^ge; Wplliniifnii. le vieil esprit anglais; Caiming. le libéra- ^rW^^^ii} lisme gc^iiércux ; Robert Peel . la réforme économique ; ([uant

'W^^^M -' lorf^Palmerston, il est impossible de savoir au juste ce qu'il l^|^Ç^f>4? représente: est-il vsigh ou tory, alisnlulislr ou libéral, partisan ^Jfâ3|^,l„ p.ogrèsou entifbé de la tradition? esl-il le défenseur oii lad- ^©œ corsaire de la cause constitutionnelle en Europe? est-il conserNa-

•C^K^ ♦„.... ^,". ,^rnm.pssiste9 O'cst ce (uie nersoune ne pouirait dire au

^^R^teur ou progressiste? C'est ce que personne ne pourrait dire au

5^ jtiste. Lord Palmerston est un problème, une énigme, un logogriphe

Ife^ 'viNanI; ..n la nu Inur à tour, <!aus le cours <le sa bmgue carrière po-

''^fy^^ lilique', smttenir les p.incipes les plus opposés, passer du blanc au noir

avec une désinvolture* singulière, tendr. u„. main aux aristocrab's, Taulre

aux- ra.liraux. Auj.uird hui pour la paix, demain pour la guerre; belluiueux et

paciiique sans qu ou sacbe pourquoi . poussant l'Anglelerre à des annemenis

l;,l,ul..uN .1 apprlanl «'..d^b n au minisliM-e. encourageant la rév.duUon italienne

66 I.OI'.n I' M.MKIIS'I'ON.

l'I l'aisaiil (les pdlilcsscs à I Aiiliiclic, lord l'aliiicrsloii a ci*''!'' dans la |i{ilili(|ii(! t'uroprciiiic le lùlc assez, aiimsaiil cl ((imI à l'ail iMiiivcaii de iiiiiiisirc-cliaradt!.

AVilliaiii 'l'ciiiplc, vicdiiito Paluit'i'slou, est né à IJroïKlIaiids, comlé de Soulliaiii|)tiiii, (Ml ITS'i. Il est issu de la liraiiche cadeths d'une nuiisoii dcjul l'orifi'iue reniuule, dil-dii, jusiiu'à la cduiiuèle; son titre de pairie esl d'Irlande. Kntr6 fort jeune an collège de llairow, il coiitiuiie ses éludes à Kdiiultoui';^', et les termine à ('Muubridye. Le iVont ceint encore des lauiiers iiiii\ersitaires (|u'il \ieMl de cueillii' en altondance, il pasïje des lianes de réc(de sur ceux de la llhaïulire des C.ounnunes. A peine majeur, les tories le choisissent pmir représenter rUnivei'silé (pi'il \ient d'illustrei' par ses succès : le candidat \\\y;\\ l'emporte sur son adversaire. Vin;4l-(pialie ans plus lard, les deux concurrents se trouvent réunis dans le ministère : le jeune lauréat tory était passé dans les l'anus des vvi^lis.

Lord Palnierston avait vin^lnpialre ans lorsqu'il entra, pour la première l'ois, dans la Cluunhre des Comnnines, oii Newport venait de l'envoyer. Il représenta peu de temps cette ville: Cambridge tenait à son écolier, et, de 1811 à 1831, l'Université lui confia l'honneur de défendre ses privilèges. En 1831 s'accomplit un douloureux divorce; Palmerstou faisait des infidélités à l'aristocratie, il fallait l'ompre avec lui. Séparé de corps avec Cambridge, il convola en secondes noces avec la ville peu célèbre de Blitchingley. A Blitchingley, supprimé comme collège électoral par le hill de r(''fornie, succéda South-IIants, qui ne tarda pas à se brouiller avec son représentant. On ignore les causes qui amenèreut une rupture entre les conjoints; on croit que les efforts des tories n'y furent points étrangers. Depuis ce temps-là, lord Palmerston a contracté avec la cité de Tiverton une (piatrième union juscju'ici sans nuages.

Depuis l'âge de vingt-quatre ans jusqu'à celui de soixante-seize ({u'il vient d'atteindre, lord Palmerston a été presque constamment ministre, et n'a pas cessé de jouer un rôle important dans les affaires de son pays et de l'Europe. Il serait le Nestor de la politi(iue, s'il n'aimait pas mieux en être l'Acliille ou l'Ajax.

Longtemps relégué dans les comparses, ce n'est guère qu'en 1830 que lord Palmerston peut enfin faire figure sur la scène, et l'on doit dire qu'il y tient lïuur façon brillante lemploi de ministie libéral, (pii n'est pas sans difficulté à celle époque.

Loiiii l'Al.\lKi;sT(iV. 67

Lni'd Wellington s'tMail oinpicssé de reconnaître la nionareliie issue de la révolution de juillet, et à cela il n'avait d'autre nK^'rite (|ue eelid de la bonne t;rAce et d(! la rapidité. (Jiiund la France Juge à propos de changer son gouvernement, il faut bien qu'on se résigne à le trouver bon : elle est assez puissante pdui- l'aire accepter ses décisions ; mais il nCii est pas de même de tous les Etats. La Belgique, par exemple, avait une certaine peine à faire sanctionner par l'Euroije le changemml (|ui \eiiail de reiner'seï' la dynastie d'Orange : la Russie grommelante, l'Autriche mécontente, la Prusse toujours tremblante pour ses minces frontières du Rhin, n'auraient pas mieux demandé que se venger sur la révolution de septembre des désagréments (pie la révolution de juillet venait de leur causer. Les traités de Vienne, brustjuement déchirés à Paris, troulilaienl cette pauvre Sainte-Alliance, et elle aurait bien voulu empêcher que la déchirure allât plus loin. On ouvrit une conférence à Londres, et lord Palmerston ne déploya pas moins de zèle que le prince de Talleyrand à faiie reconnaître par les puissances les faits accomplis en Belgique. Il est vrai que son zèle, dans cette circonstance, ne fut pas tout à fait désintéressé : l'idée d'asseoir sur le nouveau trône un prince dévoué à la politique de l'Angleterre entra bien p{»ui' (piebjue chose dans son empressement et dans ses efforts.

Avouons que, cette fois du moins, il eut la main assez heureuse. Le roi Léopold est resté le modèle des souverains constitutionnels; il s'est borné h régner sans chercher à gouverner plus qu'il ne convient à un monarque qui a d(>s ministres responsables. Convenons également que, dans cette affaire de la formation de la royauté belge, lord Palmerston, qui croit beaucoup à l'influence des femmes sur la politique, s'il faut s'en rapporter à l'irritation qu'il montra à l'époque des mariages espagnols, fit à la France une concession qui ilul lui coûter beaucoup en consentant à l'union du roi des Belges avec la fille du roi des Français, de telle sorte que, si l'Angleterre s'asseyait sur le trône de Belgique dans la personne de Léopold, la France y prenait place également sous les traits gracieux de la princesse Louise.

Dans cette phase de la vie politique de lord Palmerston, tout le côté Pitt de son caractère semble avoir disparu : il n'y a en lui que du Canning.

A peine la liberté constitutionnelle est-elle fondée en Belgique que lord Palmerston songe à l'établir solidement en Espagne. La chose n'était puinl facile.

es i,i»i;i) l'Al.M i:i;sT(iN.

Nous iii' vdiiloiis pus lurdirc de ri']s|);i!4ii('. mais il l'aiil coiiM'iiir (jhc c csI un siiijiiilicr pa\s. hai I S27, on Inùla cikmut nu jnil' dans une xillc de la IV'ninsul(^ doni Udns axons onlilii' le nom. l'asscr de I anio-da-fé à la loiriancc, de I aiisolidisinc à la lilicrh'. la Iransilinn l'iail nii |)i'n lirns!|U(', d aniani jdus (|iic l'alisidnlism;' Icnail la campa'-inc, occupail drs villes im|iorlanl('s, cnlrclcnai! des armi'TS nojnlircnscs dii'iLii'rs par de lions m''n(''i'an.v. sans compln' d innondifaldcs ;.Mi(''rillas (\\>.\ couraii'iil le pa\s comniaiulécs par des cnn's à liomlilon. i'ouillaicnl le.-; villages, les IVrmrs. mcllaicnl les lioiirgs h coiitrihnlion cl rnsillaicnl cà cl là los gens r'ichcs. les xicillards, les femmes et l(;s enl'anls snsjx'els de pidfesscr des opinions pen orlliodoxcs en malièro de gonvcrnemeid . C/élail le lion leni])s du curé Mérino cl des moines du très-saint ordic dn Irubuai. Le droil di\in cl le droit conslilidionnel s'exterminaient d'nn hoid de l'Espagne à l'anlre, et il i '^l for! diriicile d(' dire l(>([uel des denx l'cnl emporte'^ si l'Angleterre et la Franc;' n'axaient fait pcnclier la halance en faxenr dn dioit conslitntionncl. Lord Palmeislon se moidra sn|)eilie de clicxalerie en fiixenr de l'innoceide Isabelle : le colonel Kxans i'id autorisé à lever en Angleterre une légion de braves destinés à voler au secours des grâces et de la faiblesse, et la flotte anglaise reçut l'ordre de croiser le long des côtes septentrionales de l'Espagne ponr s'opposer à toute excursion de don Carlos.

Le Portugal était placé sous le sccidre dune iviiuî enfant. Non moins innocente et non moins mineure qu'Isabelle, dona Maria avait à lutter contre le faiducbe don ?t!igucl. Si don Carlos et <lon Miguel triomphaient, la Péninsule tout entière, de l'Èbre auTage, était replacée sons le joug des moines et de l'in- C[uisition. Aux efforts des deux prétendants, lord Palnierston opposa le fameux Iraiti' de (piailniplc alliance entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal, par lequel les parties contractantes s'engageaient à défendre les monarcbics péninsulaires contre toute agression du dedans ou du dehors.

Aussi, lorsqu'en 1834 lord Palnierston se vit forcé de quitter le ministère cl de suivre lord Melbourne dans sa retraite,- tous les journaux liliéraux versèrent des larmes sur sa retraite, et tous les amis de la monarchie constitutionnelle mirent un crêpe à hnir chapeau.

Ici les disposilions de lord Palmcrston changent subitement : il passe dn Canning au Pitt. connue la giiiineile loin ne dn nord au sud ou de l'est à 1 onesi, sans (pion puisse savoir pourquoi.

1,(11.1) I' \I.\II.I1STUN. 09

Idi'd Mclli(nini(' rr\iciil ;ni jninsdii- cl y r;iiiii'iic son anricii colliViic a\rc lui. Aiissilùl le IVii est à lu i»nlili(|uc : les caliiiicls (Hraiig(;r.s suiil luHileversés. bs limiuiirs d'Ktal ([iii U's dirii-'ciil ue savent plus où donner ,1,. la liMc. Oii'csl (IcNciiM l<' ralinorstou (l'aiilrclois? Celui d'aujonrfriiiii est loi^MC, cassant; tout lirrilc lout l'a-ace; il croit que loul le mon. le l'alhuiu.'. .4 il rlierehe querelle à IimiI le monde; il ne rcconnail plus ses amis ni lui-inèuie; il se \(iil <lans une -hue et se demande ([uel est cet inipoitnn.

Sous prétexte d'extirper radicalcmcnl la traile des nègres, il ordonne le hlocus rigoureux des cotes de l'empire du Brésil.

Le Canada, à Ijont de réclamations et de patience, s'insurge un bran malin. Rien n'était plus facile que d'apaiser cette sédition par des mesures c(.n<ilianles: lurd Palmerston s'empresse de recourir aux moyens de rigueui-.

Le sentiment poijulaire se prononce eu faveur de la guerre contre les CirnK.is: au lieu de le combattre, lord Palmerston se plait, au contraire, à l'exciter, et il se hâte de terminer les préparatifs de cette injuste expédition.

Lord Palmerston semlile piqué de la tarentule politique; il ne saurait resteiun seul instant en repos, il va, il vient, il s'agite, il se démène, il marche sur le pied de tous ceux (pi il i-encontre, il se fait des affaires à chaque instant. La plus désagréable de toutes était, sans contredit, celle des soufres, que lord Palmerston avait depuis b.ngtemps avec Naples. Le commerce britannique désirait Ibrt de la màv linir. La France s'en mêle, propose un arrangement <pii est accepté et qui rouvre aux négociants anglais les ports de l'Italie.

C'est là. sans doute, un signalé ser^ice. Vous croyez que lord Palmersl.ni s'en montrera reconnaissant? Détrompez-vous : la sécurité rétablie dans la Méditerranée, la Hotte de l'amiral Stopfoid rede\enue disponible, la première pensée (!u ministre des aflaires étrangèies de T Angleterre est d'attaquer Méhémet-Ali, l'allié de la France, et de former contre elle une nouvelle coalition à pi-opos de la question d'Orient.

Une des plus étonnantes boutades de lord i'almerston est ce fameux traité de Londres qui faillit un instant amener une guerre européenne, qui renversa .M. Thiers, (pii nous valut les huit ans de règne de M. Guizot, et plus tard la

iVvohition de février.

Depuis le renversement de la branche aînée des Bourbons en France, la

70 I.OI", 1> P M.MKIiSl'ON.

Saiiilt'-AUiaiico riail (lissdiilc; 1 lùiropti se pailajicail m deux caiiips, celui des Etals cuiistiliilioiiiicls cl celui des i'ilals alisoliilisles : le ilidil divin d'un cnli', la libcM'Ié de l'aiilre; la Inice inorak'. I»alaii(;ail la inicc du nniiiinc. L(ird PalnuM'stdu tniine plaisaiil de diaiiLicr loul cela, l'ii lieaii malin il dil adien à ralliance frani^aiso ot convole avec l'alliance russe : (|iie la France, si elle \enl, repi'i''sente à elle seule le principe (le liberté; i|uanl à l'AnLilelenc, il est leni|is (pi'elle fasse un peu d'absolulisnie, cela (li\ei!ira le ministre des all'aires ôtrannt'res de l'Angieteire; el d'un liait de plume Inrd Palmerslon nous exclut de ce qu'on appelait alors le concert ctiropccn.

C'était le temps de la fjrande rivalité entre M. Oni/ot et M. Thiers. Le premier ministre donnait à l'ambassadeur des oi'dres que celui-ci suivait fort peu: ce (pie l'un trouvait bon, l'autre 1»! lr(Hivai( mauvais. M. (iui/.ot, à Londres, n'était pas nn agent du iiouvernenient, mais le représentant i\u cenliv droit; il était la sentinelle vigilante placée par M. Fulchiron et son piuli poui- donner le signal d'alarme au moindre accident (pii pourrait déranger le statu qiio, et pour maintenir la paix à tout prix. On se rappelle sa fameuse lettre à M. de Broglie; elle ne laisse guère de doutes sur l'antagonisme ([ui existait entre le chef du centre gauche et le chef du centre droit. M. Guizot regardait le dedans et non le dehors, comme les journaux de l'opposition le disaient à cette époque; el tandis que M. Thiers parlait à Paris aux ambassadein-s un langage à la romaine, M. (juizot faisait entendre aux ministres à Londres qu'il ne fallait pas trop prendre ce langage au sérieux, qu'il n'y avait qu'à agir d'une façon expéditive, et qu'une fois la besogne faite, il se chargeait, M. Fulchiron aidant, de la faire accepter par les Chambres. M. Guizot oubliait le pays, et huit ans après le pays lui prouvait que la pilule du traité de Londres lui était restée au gosier.

Quant au langage de lord Palmerstou , on peut dire ([u'il ne varia pas un seul instant dans toute cette affaire : il fut d'une parfaite insolence pour nous. En voici un petit échantillon , tiré d'une dépèche adressée par le ministi'e des affaii'es éti'angères au colonel Hodges, son agent en Egypte : « La seule chance de succès que Méhéniet-Ali pouri-ait avoir serait l'assistance du gouvernement français ; mais la France ne l'assistera point. La France s'opposerait à une coalition hostile des cinq puissances, si ces puissances menaçaient d'envahir son territoire, d'insulter son honneur ou d'attaquer ses possessions; mais la France ne se mettra pas en guerre avec les autres grands États de l'Europe dans l'intérêt de Méhémet-Ali ; elle n'a pas d'ailleurs les moyens tie le faire.» Voilà (jui est clairet net. Continuons :

« La France a, il est vrai, une tlotte de (piinze vaisseaux de ligne dans la

i.or.i) r/\i,Mi;r.sr()%. 7i

!\l('(li(('n'iiii('('. cl elle ^iiir;iil liiciili'il ;i|(iiil('' Iniis vaisscinix ;'i ce miiiiliiv; niiiis ce sdiil ;"i |)('ii |tirs Idiilcs les (nrccs luixiilcs doiil cllr pciil disposer, cl clic serai! Iidi's dV'Ial (le iiiellrc en \nc\- une lorce plus cuiisidci ahle , riièiue en cas (\i' guerre avec l'Europe. La (iraiido-I{rot;if,nic, an ((inhaire, dans le cas d nn cimllil. nielliail en nier i\nr llnllc ({ni lialaijcrail l'Océan.»

M. Tliicrs jugea à propos de no poini, se faire b(da\ic)\ e( il rappela l'amiral Lalandc. En revanche, il pai'couinl fièrement les boulevards à clieval, escorté d'un nombreux état-major, et traversa le faubourg Saint-Antoine dans foute sa longueur, afin de terrifier par sa présence les ouvriers (pii chantaicnl la Marseillaise.

Le président du conseil, qui parlait sans cesse de ses armements poussés au grand complet, trouva au dernier moment qu'il n'était pas prêt, et qu'il lui aurait fallu ([uatorze régiments de plus et cent mille hommes à jeter sur le Riiin.

Voilà donc lord Palmerstou triomphant et pouvant dire avec juste raison , en parlant du gouvernement français : <( Il n'y en a pas (pii donne moins d'inquiétude à ses adversaires avoués comme à ses ennemis cachés.»

Cependant, quels sont les résultats de son triomphe? L'ascendant de la Russie en Europe et en Orient , ascendant que l'Angleterre ne peut combattre plus taid qu'en revenant à cette alliance française fpi'un caprice de lord Palmerston lui avait fait abandonner, l'ébranlement de l'autorité de la Porte, qu'il voulait, assurait-il, affermir, et une guerre civile qui faisait dire à l'organe principal de lord Palmerston , an Moriiing Chronicle lui-même : « Il ne reste plus qu'à rendre la Syrie à Méhémet-Ali. »

Tels furent les résultats de ce 181 o diplomatique. C'est pour cela que lord Palmerston avait j(jué l'alliance de la France et la paix du monde. Un autre résultat se produisit auquel il n'avait sans doute pas songé.

L'Angleterre ne pouvait pas changer le principe de sa politique à l'extérieur sans modifier également celui de sa politi(pie intérieure. Substituer l'alliance russe à l'alliance française, c'était appeler les tories au pouvoir à la place des wighs : lord Palmerston fut donc obligé de suivre dans la retraite lord Melbourne, le chef du cabinet dont il faisait partie.

11 se consola en pensant qu'il avait humilié la France.

72 i.onii p \ i,M i',i;m'o\.

L IniMiirpiliiiii lie ISI.'i, (l(''\(ii-(r cil mIcikc pciiihiiil ((uiii/c ;iiis, iiiiiniii IVxplosidii (le jiiillcl IS:!0 fl le i riivrisciiiciil de la liraiiclir aiiiiT ; riiuiiiilialioii lie ISld Ml' lui |iiiiiil ('(laii.i^rrc à la r(''\(iliili(iii dr l'iAiicr !(S'iS cl à la riiiiio lie la liiaiiclic cadcllc. L Angleterre n a pas gagné giaiiil Vliose à Iniil cela.

l'oiir le iiiniiieiii , la r'iaiicc l'Iail liiiiiiilice: cela siiHisail piiiir reiiilie liiril Paliiici'sinii |Hi[tulaire. lui (juillaiil siiii |iniicrc\iillc, il \iiil s'asseiiir en liiniiiphateiir sur les lianes de la C.lianilirc des ('.miiiiiuues, oii il rcnijilil ciinioiulenicnt a\ec liird .Inliii lîiissell rcm|)l(ii de cliiT de ropjxisilinii (leader), et appuya, ce dont il t'aul lui saviiir gré, Ja i-éioiine c(iiiinierciale entreprise par sir Rohert Poel. Dans le niinislère ipii remplaça le cabinet Peel au mois de juillet I8't(>, lord Pahiierstoii reprit la direction des affaires étrangères, et l'ou \it de nouveaux orages se préparer à l'horizon.

En remplaçant M. Tliiers. le premier soin de M. Guizot l'ut de leplrilrer l'alliance anglaise. On cessa <le chanter la Marseillaise, et même l'air d'ilalévy :

Cucrrf aux lyiaiis! .lauinis en [''rance , .laiiiais l'Anglais ne ir.^nera !

11 faut con\eiiir, néanmoins, que ni lord Pahnerstoii ni ses successeurs ne rendirent à M. (iui/.ut sa lâche i'acile. A force de patience et de résignation, il parvin! cependant à son but. Uii beau matin, les journaux ministériels annoncèrent d'un Ion ^ain(jlleur ipie la reine d'Angleterie s'apprêtait à venir Aisiter le roi des Français. La reine Victoi'ia aurait voulu que la visite eût lieu à Paris; mais ses ministres, on ne sait trop pourquoi, s'y opposèrent; il fallut qu'elle se contentât du séjour d'Eu, que ses hôtes cherchèrent, par tous les moyens possibles, à lui rendre agréable. On manda au ciiàteau MM. Yatout et Arnal, on lit des parties en char-à-bancs, on visita les environs, on goûta sur l'herbe, et les principaux artistes parisiens furent chargés de dessiner un album composé des plus charmantes scènes de cette entrevue. Un an a[)rès, Louis-Philippe rendait à Londres sa visite à la reine Victoria; il revoyait ces lieux oîi s'était écoulée une partie de sou exil, et qu'un exil si prochain devait le forcer à revoir encore. Le roi, à son retour, parut euchauté de l'accueil qu'il a\ail reçu de toutes les classes de la population. i\l. (iuizot triomphait, l'entente cordiale était eulin rétablie! Hélas! pour bien peu de temps!

l.in;i> I' \i.\ii' r.sioN. 73

Jaiiiiiis l'ciiic (le sf'i/c ans n'a iii;mi|iir de pi^i'IcrHlanls ; ils vciiaicnl par (loii/.aiiirs jducr de la f,niitare sous le Ijaicoii d'isalicllc.

(]'('s( d'aliord la Noix iiii ]U'\\ (rop llùlrc du consin d(in l''raiH'ois d'Assise (|iii s(î fait cnlfiidrc, puis le haiyloa doiicci'ciix du cdusiii .Monh-iiinliu ; ('•coulez inaiulenant la tarentelle du comte de Ti'apani et le lied du piinee de Cohoui-j^. L'infant don Eniique, un autre cousin, sérail aussi un I ru or assez afjréaljle; maison ne lui permet pas d'approcher du ])alcon el de lancer comnu' les autres sa séguidille. Lequel des chanteurs l'emportera?

La France soutient le cousin d'Assise; l'Autriche et la Russie pai'lenl m faxciir du cousin Montémolin ; les jésuites poussent le jeune Trapani. Icui' élt'\e; du connaît le faihle de l'Angleterre pour les Cohourg. C'est pour Léopold ((uc hird Palmerston comhat, quand il ue met pas tlamherge au veut pour Enrifjuc Chatpie prétendant est aliandonné et repris tour à tour par ses protecteurs: tantôt c'est Assise qui a la corde, tantôt Trapani; aujourd'hui le Montéraoliu a des chances, demain le Cohourg est celui pour le(piel tous les amateuj's parient . La politi(pie se déroule ciiinnie luie comédie de cape et d'épée; dans cet imhroglio niou\ant dont la reine-mère tient les iils, le feuilletonniste de théâtre le plus madré ne parviendrait pas lui-même à se reconnaître.

(jue l'innocente Isahelle épousât un Bourhon ou un Cohourg, nous ne voyous pas ce (pie la France avait à y gagner ou à y perdre, ni l'Angleterre non plus. Ouand Richelieu rendit à la France la force qu'elle avait perdue, quand il abaissa la maison d'Autriche, c'est à la grande cause des peuples qu'il rattacha la nôtre; ce sont les protestants et les armées de Gustave-Adolphe qu'il se donna pour auxiliaires. Les mariages espagnols, conclus au gré de M. Guizot, ne nous apportaient même pas l'alliance certaine de l'Espagne; son triomphe, simple triomphe de cour, ne pouvait avoir aucun résultat politique. Il s'était fait l'agent matrimonial, le de Foy ou le Villiaume de la royauté, et son succès ou sa chute, Irès-impoi'tants pour une famille, intéressaient f(n-t peu le public.

;\hu'ie-Cluistine aimait lu France et surlout Paris; elle songeait ([u'elle serait peut-être forcée de s'y réfugier un j<uir, et elle \oulait qu'on y eût de la reconnaissance pour elle. C'est son influence maternelle qui assura le triomphe de .M. Guizot, et (|ui lui peiinit de monter au Capitole en costume de dieu de l'hvménée, le front couroniu'' de roses, un finmiieau à la main.

7â i,(»i; 1) I' M.MKi; sroN.

A un liMiiiiiic l'iiiiiiiic 1(11(1 l'iilmcrsldii. le cdiii» dcv.iil ('lie sciisililc ; on sVii ;i|M'iriil ;ni\ l'cjjivsaillcs piirrilcs (juc lui sut;x''i'ii <l:i'is (•clic (•ircdiislaiicc son aiii(iui-i)r(»|)i(' lilcssé. M. nulwt-r rc<;iit l'ordre de prolesler ù Madrid ((nilic le douille luaiiai^c de iMaucois d'Assise avec la reiiu', el du due de Moutpeusier a\ec riulaute, s;i su'iif; il adressa h lord Nornianil)> uue inlerniiiiahie dé|)êche où il raliàcliail les griefs de l'Aii^lelerre contre la France, el, h; jour de l'audicsnci! accoiili'e |t;u' le duc de Montpensicr au corps diploniatifpu^ pour recevoir ses fc^iicitalidus au sujet de sou mariage, la Bourse Itaissa de \iunl-ciii(j ccnliines, parce i|ue l'ambassadeur de la (Jrande-Bretagne ne sClail pas présenté aux Tuileries.

C'en est donc fait encore une fois de l'entente cordiale!

Ne nous eu plaignons pas li'op: toutes les fois tpie lord Palnierston a maille à partir a\ec la France, il devient d'un libéralisme plus eflicace et plus vif. Immédiatement après les mariages espagnols, il cherche noise à l'Autriche, à propos de l'occupation de Cracovie; il aide les libéraux suisses à se débarrasser du Sonderbund; il envoie dev. armes et des munitions aux insurgés de la Sicile; il soulève questions sur (juestions; il est le tronble-fète des dernières années du règne de Louis-Philippe; il empêche M. Guizot de dormii'. Taquiner les gens, lord Palnierston n'a pas d'autre but, et, ce but atteint, il se soucie peu du reste. Ne lui parlez pas de principes à défendre , ces mots n'ont point de sens pour lui : il lui en coûte aussi peu, par exemple, d'armer les Siciliens contre le roi de Naples que de les livrer aux vengeances de ce dernier, lorsqu'il croit de son intérêt de le faire.

Le beau temps de lord Palnierston, c'est l'année 1848. Le ministère vvhig commençait à branler un peu au manche ; la révolution de février le .raffermit. Partout les rois et les peuples se disputent. Quelle belle occasion d'offrir sa médiation! Rassuré par le manifeste de Lamartine, voyant l)ien que la France républicaine ne ferait pas la guerre, pour répondre au reproche de l'avoir trop aimée autrefois, lord Palnierston devient tout à coup d'un libéralisme effrayant ; il encourage les révolutionnaires de l'Autriche, de la Prusse, de l'Italie, de la Hongrie, de partout; il envoie en Italie ce terrible lord Minto qui porte, disaiton, la révolution dans son sac de nuit. Le Piémont cependant était vaincu à Novare , la Hongrie succombait sous la ti-ahison de Gœrgey, la réaction allait commencer ses représailles en Europe. Que de sujets d'occupation pour lord

r.oiîn pAr.Miu'.STON. 75

Palmci'slon ! Ils no lui siiniseiil pas, cl un liciiii jour on appiciid (lu'il ;i oiddiiiK'' le liiocns (les («iris cl des eûtes do la (Irreo, poiii' fonder l(! goiivoraiinicnl de ce |)a\s à icconiiaîlic la civanco du sioui" l'acilico, P(irln;^ais di; iiaissancc, i|uiiicailiier do iiirlici', juif de rclij;iun, ot ])lacé sous la pnilcclion lirilaniii(|iii'.

Vérification l'aile par une connnission nommée ad lioc, il lut r{;eonnu rpio la créance du sieur Pacifieo se montait à eeni (■in(pianle livres slerlin^, soit à trois mille sept cciil cinqiinnle l'mncs en moiinaii; de France!

Le lion sens saxon (ron\a (pie c'était peid-èli'e jiicndre un pen li(}|) ,'1 cd'nr les iniérêls des proli''f;és liiitanni(pies (pie de s'exposer à une j^neire j^énérale pour une somme do trois mille francs; mais, pour le ipiart d'li(^iiro, lord Palmerston en fnt quitte pour quelques attaques an soin du Parleinent. Sa position ministérielle non ont pas été le moins du inoiuie ébranlée, s'il n'eût cjutisi précisément le moment où il accueillait à bras ouverts les rél'ufjiés hongrois, et oîi il paraissait le plus hostile aux souverains absolus, pour donner son approbation officielle an coup d'Etat de décem!)re 1851, sans avoir pris seulement la peine d'en avertir ses collègues. Une crise ministérielle s'en étant suivie, loi'd Granville fut chargé de former un cabinet. Ainsi, par ini dos contrastes les plus singuliers de cette vie féconde eu contrastes, lord Palmerston ipii, on tSI.'i, avait signé l'ordi'e do transport de Napoléon à Sainte-Hélène, perdit le pouvoir trente ans pins tard pour avoir mis trop d'empressement à saluer l'axénement de son neveu.

Onand une adroite molion de lord Palmerston ouf mis lo ministère Russell on déroute, les tories, maîtres du pouvoir, lui firent des avances qu'il repoussa, mais sans se montrer trop hostile à leur politique dans les discussions de la Chambre des Connnunes. Chef d'un cabinet de conciliation, lord Aberdeeu s'adressa aux peolisles, aux wighs et à lord Palmerston, qui accepta les fonctions assez insignifiantes de ministre de l'intérieur, et les garda jusqu'en 1853, on il prit la présidence du cabinet sous le titre de premier lord de la, trésorerie.

Ici nous nous trouvons en présence d'un Palmerston fantastique et impossible, qui, après la signature du traité do Paris ipii à consacre l'alliance de la France et de l'Anglolorro, «lierche tons les moyens de la rompre ou du moins de la rendre sli'iile. 11 s'oppose à l'union dos Principautés danubiennes, (ju'il avait auparavant soutenue; il se tourne du c(Jté de l'Autriche; il met obstacle sur

7(i l.(ii;h I' \i,M i:ks TON.

oli.sliiclr au |icic('iiiciil ilr I i^lliini' de Suc/. ; il se jrllc m |il('!ii dans cri le |i(iliii(|iir (le raiix-rii\aiils cl di' ii''scr\cs mciilalcs. ddiil il ri'csl t^iicic |iliis sdili dc|iuis rc lciii|)s-là. (|iii a l'ciiilii cl (|ui l'i'iid ciicdi'c I Aiiulclcrrc si iiii|i(i|iidaii'c sur Idid II' cduliiicul.

l.a i)iilili(|uc de liird l'alinccsldu csl celle de IV'uihsiiic le plus uialadi'oileuieul (lé;;uise; pnur la j)rati(|uer a\cc {|ucl(|ui' succès, il faudrail supiinsiT (|ue les aulft's iialimis sont aveii.ules. Il y a loiij^lciups ce])eii(laid (|ue |iers(iuiie ne s'y lniiu|ie. cl le prciuiei' niiuisli'e de l'Anglolerrc use ce (|ni lui icsle de lurces (laus celle vaine leidali\e de lr(iui|iei' I lùiMipe eu masse cl clia(|ue peuple loui' à hiur. Ldi'd l'aluieisldu [lerd idus les jdurs de son iullueuce; sa \ideiM' persuiiuellc diuiiuue; il inspire moi us de cnuilance, non pas aux pailis. (pii n (ud jamais cdmplé sur lui. mais à une rractiou assez iniporfaiite de la nalidu anglaise (pn a \u jns(pi'ici eu lui uu homme capaltle de soutenir le poids du gou\(>inenieid el d'ass\n-er sa marche dans iiiK- ciiroiislauce décisive. On s(! liait peu au carailire de hud Palmerston, mais beaucoup à sa capacité. 11 en a, sans doute; mais, en \oyant sa perpétuelle inquiétude d'esprit, ses contradictions incessantes, ses inc(uiséquences, ses changemeuls du ses frasques, nous sommes de l'avis de cet liduime d'État (pii disait en parlant de lord Palnierston : n Dieu lui a donné du talent, mais c'est le diahle (pii en règle l'usage. »

11 y a des gens liizarres qui allendeid, pour se lancer dans la \ie a(li\c. (jue la goutte leur arrive, et qui ne songent à devenir immortels (pi'au moment de mourir : lord Palnierston semble cire de ce nombre. Entré presque imberbe à la Chambre des Communes, il s'ensevelit dans l'obscurité de la haute administration, et pendant vingt ans il s'absorbe dans les travaux de la bureaucratie. A (juarante-cinq ans, il pense qu'il est temps pour lui d'être jeune, et le \oilù qui se met à casser les réverlières de la politique. La compagnie morose des vieux tories ne lui convient plus; il passe dans celle des wighs. et c'est avec eux qu'il fait toutes ses fredaines.

De vingt à quarante ans, lord Palmeistou esl un vieillard; de l'âge de ipiarante ans jusqu'à celui de soixante-seize qu'il a aujourd'hui, c'est un jeime homme. 11 sert dix-neuf ans s(uis les tories, et seize ans sous les wighs; il passe ces premiers dix-neuf ans à préparer la guerre eu qualité de ministre, et ces

i.oi; Il p \i.\i i;i;sr()\. 77

ilfiiiicis sri/.c ans à rssa\cr (\t' idinjuc la paix. 'IVaNailIciir iiilaliuialili' dans les liiiicanx, il a|i|i(iilc la iimiiic aidciii- dans la |iiilili({iii' acli\(' : il l'ail Idiil. Idnclic à Inul, (•(innncncc liinl ci ne linil rien. Il aime à atiir mieux (|n à |)('iisf>r, cl il rcclii'iclii' I aciion pour i'aclidii. ^l'and diTaul ciic/. un lidunuc d'Klal ; mais joid Palniersldu rsl [)lu(nt un pialicicn jidliliipic ipiun lidniinc d'l';ia( : !<■ pirscnl seul l'occupé, il ne sow^e ptiini à l'aNcuir. ,\ la Iriliuur. il csl pulrmislc liicii plus (proraloiir ; il no développe jamais une giandc (picslion. il se lioiiic à répondre à ses adversaires: son intelligence nian(puî dV'Ieudiie el il'rh'Nalidii. Au gouvernement, c'est un chef de manœuvres habile et résolu, e( non jidinl un amiral; sa place est aux voiles et non au gouvernail; dans un grain, il peut rendie des ser\ices à bord, pourvu (|u"un aulre, pendant la tempête, se charge de diriger le navire vers le \Hnl.

Il faut (|ue le gouvernement marche : Tlic qiicc)i''s (jovcrnmcnt musl lie carried on; telles étaient la devise et la règle de conduite de Wellington, ((i:e lord Palmerston paraît avoir également adoptées; pour lui, les parfis ont Tair de ne point exister. Peu lui importe d'être ministre avec les vvighs ou avec les tories; l'essentiel est (jue le gouvernement marche, le reste importe peu. Cette absence de principes se conçoit, à la rigueur, chez un homme comme Wellington, militaire de profession et occupant dans son pays une position qui le mettait réellement au-dessus des partis, dont il était l'arbitre. Lord Palmerston n'en est point là. Rien ne justifie chez lui ce manque de principes qui éclate dans foule sa vie polifi(jue, et qui lo rend souvent si incertain et si vacillant dans les grandes aussi liien (pu' dans les petites choses. La fermeté d'action, chez un homme d'État, vient de la fermeté des principes.

Ce (pi'on a dil de AVellington, qu'il était le plus Anglais de tous les Anglais, r.\nglais type, on l'a répété également à propos de lord Palmerston, et il est singuliei- (pie les deux hommes choisis pour personnifier le génie de l'Angleterre soienf précisément deux Irlandais.

Palmerston est \\igh paixe que la force semblait être jusqu'ici dans ce parti; mais grattez le wigh, vous trouverez le fory a\ec tous ses préjugés et toutes ses haines. Il a soutenu le bill de réforme électorale, il a proposé un bill de réforme adnùnisiralive; mais, au fond, il ne croit pas à l'élection, et les vieux abus ne sont pas ce qui l'effraye. Né dans l'aristocratie, il a été et il est encore l'honmie de sa caste, quoiqu'il se déguise parfois en libéral et même en révolutionnaire. On retrouve en lui ce mélange de goiits raffinés et d'instincts gi'ossiers dont se conqjose ce qu'on nomme un dandy en Angleterre. Il professe une égale admiratinn iionr la danse de la Rosati ou de la Ferrari et pour le

78 I.OKh I'ALMEHSTON.

[iii^ilal, |)(Uirl;ililtrraliiic('l |>(iiii la Imixc Kcriiirivtiifiil, I'Auj^IcIitiv IouI ciilit'ic t'Iail mise en (■iiidi pac iiiir liillc df linxciiis. Loiidios accoiirail en masse dans la |)laiii(' 1111 allaicnl se mcsiiivr les deux coiiihatlaiils. Pcmiaiil |)liisi('urs liciircs, iiii \il un di's |ii'ii|il('s les plus iiislruils, les plus iiilellij;enls, les jjIiis rclif^ifux (le rKuidpc, se drlcclcr à la suc de deux liummcs acliariirs (;ommo deux 1)0108 iridcfs i'mi ((uiliv l'aidn'. Une masse inerte tomba sur le sol ; aussilùl un liiiiiaii iiniuciisc de iiKiulcr m'is le eiel : le champion de l'Anj^lelerre était victorieux! car c'ciail un duel ([iii se vidait entre deux nations, un duel à coups de poings! Cet iKiiiime fui porté en Iriomplie; on lui donna des l>an(juets, on ouvrit uni! s(uiscription nationale v.n son honneur, et lorsque, dans les Cliamhres, des cris osèrent s'élever contre ces ignobles et sanglants spectacles, lord Palnierslon, le piciuier ministre de la reine, monta à la tribune et prit, de ce ton leste et dégagé (|ui lui est familier, la défense de la boxe comme d'une institution nationale destinée à fortifier un ])euple et à le rendre plus viril.

On n'occupe pas pendant trente ans une position élevée dans le ministère sans accjuérir une grande habileté dans le maniement des honnnes et des affaires. C'est l'idée exagérée que se font ses concitoyens de cette habileté, qui est la force de lord Palmerston. Dans un temps où les partis sont à la fois si faibles qu'on ne peut rien faire avec eux, et si forts qu'on ne peut rien faire sans eux, on sait gré à lord Palmerston de cette adresse qui lui permet de conduire sa barque à travers tous les récifs politiques dont la Chambre des Communes est hérissée. Il se débrouille mieux qu'un autre au milieu des partis, parce qu'il les représente tous, et qu'il est comme le résumé vivant de l'histoire de sou pays depuis cinquante ans. L'ancienne Angleterre peut se reconnaître en lui. Il y a dans lord Palmerston quelque chose de tous les hommes qu'elle a le plus admirés : du Pitt, du Wellington, du Canning, du Robert Peel. En vieillissant, s'il est vrai ([ue lord Palmerston puisse vieillir, on dirait que les souvenirs de sa jeunesse prennent sur lui plus d'influence, et que, par une pente irrésistible, il revienne à ses premières amours. Ce mot suranné de coalition, qu'il entendit si souvent prononcer pendant la première moitié de sa carrière, semble chatouiller plus agréablement son oreille et son cœur. N'osant pas attaquer la France, il se contente de l'agacer et de lui faire des niches : c'est le Pitt de la taquinerie , et , s'il est permis de s'exprimer ainsi, le Castlereagh de Vasticotage.

l.oiin l'ALMEIlSTON. 79

A l'époque (iii le clidli'i'a s(''\iss;ii( à l^oiiilics, itliisiciiis inembros du cIcM-f:!'' ('■fOssais (Iciuaiiflèreul à Imd l'alunTsIdii. ahns iiiiiiisirr i\t' riiilt'iiciir. de piicr la iriiic (II- lixcr un joui- de prières publiques pour dcuiandcr au ciel la cessation ilu lli'aii. Le uiiiiisti'e se; (•onlciila de ivjtitudic (|u il vaudrait mieux sonjier à uetloyer les égouts de la capitale (it would be betler to look aflcr loivn drainugej. Tout l'honinie est dans cette réponse. Loril Palnierslon ne comprend que les moyens matériels; il ne s'entend qu'à la pratique des clioses; il maui|ue d'élévatiou et d'idéal, qualités essentielles dans un pays constitutionnel connue l'Aniileterre, où le premier ministre doit marcher vérital)lement à la tête de la nation. Comment s'étonner des impertinences fréquentes de lord l'almerslmi envers les puissances étrangères, qnand on le voit trailei' si cavaliérenienl la Providence elle-même ?

L(ud Palmeiston commence tout et ne finit rien; il n'a que des velléités; il s'agite, et le hasard le mène; il montre une vacillation, une inconstance, une étourderie, une pétulance qui rappellent le caractère des membres les plus fi'agiles de ce sexe que Shakespeare compare à l'onde pour l'inconsistance et la mobilité; il est premier ministre de nom, mais en réalité ce n'est pas lui qui gouverne. (I L'affaiblissement et la décomposition des partis, disait, il y a quelque temps, la Revue iVEdimbourg, ont créé dans la société anglaise une opinion publique dont l'inlkience domine de plus en plus les partis et leurs chefs. La nation a acipiis un sens politique plus éclairé. C'est maintenant la presse qui (Hscute une question et l'impose au Parlement. » Obligé de subir cette opinion publique (|ui le domine malgré lui, lord Palmerston n'est guère en ce moment qu'un homme d'État postiche, une sorte de ministre chapeau qui occupe, en attendant, la place du ministre véritable, ([ui ne tardera pas à surgir du sein de l'Angleterre nouvelle. La décomposition politi(jue ^[vn s'opère dans ce pays est le signe certain d'uue rénovation prochaine. La démocratie touche au pouvoir; elle ne tardera pas à s'en emparer tout à fait, et c'est de ce moment que datera réellement, entre la France et l'Angleterre réunies par les mêmes principes et les mêmes intérêts, le règne de l'entente cordiale.

Laissons en attendant lord Palmerston se livrer à ses tours de force, et admirons l'adresse dont fait preuve ce merveilleux clown politique. Si à quatre-vingts ans Wellington était un miracle de conservation.* de vigueur et d'activité, Palmerston à soixante-seize aus jouit au plus haut degré de ces mêmes avantages. L'ex-coUègué de Pitt court le renard , boit à l'anglaise , dicte dix ou douze dépêches par jour, prononce des discours de trois heures oii les reporters les plus habiles ne trouvent rien à retrancher, et trouve le temps de figurer aux

HO

l.()i;i> I' \l,\l IliSTDN.

Im'IIcs |);iili(',-, (le Ikixc iui |iiciiiii'r raiiti des jitiiiilciiis les plus (lisliiipii(''S de I Aii,L:l('lcri-('. Ses clicNciix siiiil lil.iiics. ses jours lidiM's, ses iiicinlucs aniaii^ris ; mais s:i (aille csl (iidiic, sa (rif liaiilc. cl sdii ('S|iril plein de rcssoiiices el de \i\a('ilé; il aime eiicoi'e à se monirer fjaiaid, el dans ses .speechs an liampiet du l(U'<l-maire . il y a Innjduis (pn'Npies eoinplimenis ayréaldenicnl lonriiés à l'adresse du liean sexe d Alhidu. Ijud l'almerslun m' ci'oil pas à la vieillesse, el, s il (piidail le minisièie. son premier soin, nous eu soimiies sur, sérail de s'euiùlei' dans la compaunie des volontaires de Ti\erlon. !\Iais ce n'est ])as (|naud ou lies! (|ue septuagénaire (jue Ton quille une cai-rière à j)eine coimueucée, el lord l'almerslou est encore liiip jeune |)our y souder. C.ependaul l'iuslant de la reiraile pourrait sonner jionr lui lieauconj) plus |(i| (|u il ne l'iinafiine. La force <le celle opinion pnl)li(|ue doni nous pai'lions loni à llieure j^randit Ions les jonrs, nne Angleterre uon\elle se lève derrière l'Angleterre ancienne; la vieille école polititpie des wighs et des tories a l'ait son temps, la démocratie arrive, et le moment n'est pas éloigné où William Temple, vicomte de Palniersion, ira rejoindre ses confrères de cire dans ce cai)inet de (Inrtius qui s'appelle la Clianiltre des Lords.

IMP. BESOU £T M-ll'LDE.

Typ F.iiiest Meycr, .1 Paris.

DE GAVOUR

I I i J ! I I I I I I ,1 i ,1 ,1 I, I ijnfi^iiiiinmiinïïriiiMlTnMiiiMriiïrimHinriirinHiiiiiniiiiim

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