LUXEMBOURG
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Fils du malheureux comte de Boulteville, qui paya de sa fêle le tort de s'être battu en duel, contrairement aux ordonnances du cardinal de Richelieu, François-Henri fut adopté par sa tante, la princesse de Condé, la mère du vainqueur de Rocroy. Cette parenté étroite,' aussi bien que la vive intelligence du jeune comte de Boulteville, explique que Condé voulut se l'attacher, l'emmena en Catalogne, et, l'année suivante, lui lit partager l'honneur de la victoire de Lens. A vingt ans, Boulteville était maréchal de camp, et ce n'était pas sa haute naissance qui l'avait sitôt conduit si loin.
Les troubles de la Fronde le mirent dans les camps où hit Condé .
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c'est dire qu'il vint un moment où Boultevillo combattit avec les Espagnols. Il se distingua dans la plupart des actions meurtrières qui précédèrent la bataille des Dunes. Du moins, s'il avait eu la triste fortune de servir contre son pays, sut-il montrer, lors de la conclusion de la guerre, que son dévouement pour Condé l'avait seul détourné de son devoir. Le roi d'Espagne lui ayant envoyé en cadeau une somme de soixante mille écus, Boulteville refusa en disant : « Je n'ai jamais entendu être au service du roi d'Espagne; je ne recevrai de bienfaits que de la main démon roi. » Un brillant mariage vint le récompenser de son désintéressement: il épousa, en 1661, l'héritière de l'illustre maison des ducs de Luxembourg, dont il prit le nom et les armes.
Désormais Luxembourg apprend son nouveau nom à la victoire. Il marche avec le roi et Condé à la conquête de la Franche-Comté. Il vengea son roi des attaques continuelles de la Hollande, conquit la province d'Utrechl, battit le prince d'Orange sous les murs de Voerden, |)énétra sur la glace dans le cœur du pays, s'empara de Swamerdam et de Bodegrave, revint retrouver le roi au siège de Maëstrieht; puis, forcé d'évacuer la Hollande, fil une admirable retraite avec seize mille hommes seulement.
Nommé maréchal de France après la mort de Turenne, il conquit la principauté de Montbéliard; puis, revenant en Flandre, prit Yalencicnnes, Cambrai, et gagna sur le prince d'Orange la bataille de Cassel. La paix de Nimègue suivit tous ses succès, que nous ne jiouvons enregistrer qu'en parlie.
Ce fut alors que le glorieux Luxembourg se vit impliqué dans l'affaire des poisons, accusé d'avoir un commerce avec le diable et d'avoir voulu faire périr sa femme, le maréchal de Créquy et diverses autres personnes. La haine de Ixnivois, entièrement secondée par le lieutenant de jwlice la Heynie, fit décréter le maréchal de prise de corps par la chambre de l'Arsenal. — Luxembourg dédaigna de fuir. Il se rendit de lui-même à la Bastille, où sa détention dura quatre mois. On eut l'infamie de le tenir dans une chambre étroite et suis air; sa santé, si précieuse pour la France, s'y altéra sans pouvoir jamais depuis se remettre complètement.
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Bien qu'absous par anôt du 14 mai 1680, Luxembourg eul à subir une disgrâce de dix ans.
Louis XIV comprit enfin son intérêt en remettant le maréchal à la tète d'une armée; et celui-ci se vengea noblement de l'ingratitude du roi en lui gagnant les batailles de Fleurus et de Steinkcrquc. 11 ne pouvait mieux terminer sa grande existence de prouesses que par la victoire de Nerwinde. Les fatigues de la guerre, les chagrins, les souffrances de la prison, avaient détruit sa santé. 11 mourut à Versailles le 51 décembre I09i, au bout de quatre jours de maladie.
Quelques services qu'il ait rendus à Louis XIV, ce roi l'estima plus qu'il ne l'aima. 11 le défendit mal contre la haine des courtisans. La gloire seule a dignement payé le grand général de qui madame de Maintenon a dit : « Qu'il jjrenail des rilles et gagnait des batailles en badinant. »
Luxembourg avait l'humeur joviale et la repartie vive, comme tous les bossus. On lui disait, un jour, que les ennemis se moquaient de sa difformité.
— Comment, répondit-il, peuvent-ils rire de mon dos? ils ne l'ont jamais vu.