MARIVAUX
la vogue no s'attacha point à son nom; mais son nom plul, son génie lui créa dos imitateurs, et, sans y avoir songé peut-être, il fit école.
Il a produit énormément do pièces, tant pour la Comédie-Italienne que pour la Comédie-Française. De ces pièces, dont IV numération seule remplirait une de nos pages, il en est resté quatre : le Jeu de l'amour et du hasard, le Legs, Y Épreuve nouvelle et les Fausses Confidences. C'est bien quelque chose, lorsque tant d'hommes célèbres ont laissé après eux qui un sonnet, qui un quatrain, qui un litre. Oui, il y a dos gens fameux par le litre d'un livre que personne ne lit.
Pierre Carlet dcChamhlain de Marivaux était le fils du directeur de la monnaie de Riom; et sans doule son père avait deviné ses heureuses dispositions, car il le fit élever avec le plus grand soin. Lancé do bonne heure dans le monde, Marivaux rechercha la société des femmes; ce fut à cet enseignement du beau langage et dos belles manières qu'il apprit cette façon d'écrire, d'analyser, d'alambiquer les sentiments, qui semble lui appartenir en propre. Lié avec Lamelle et Fontenello, admis familièrement chez madame de Tencin, qui ne se gênait pas pour appeler les gens d'esprit « ses bêtes, » il contracta dans ees relations l'habitude d'un genre qui le rapprochait dos précieux du dix-septième siècle. L'avantage qu'il trouva dans ses défauts fut du moins de n'être jws le copiste de Molière, et de mettre en scène, avec une certaine fidélité, les figures qu'il voyait de près. Son théâtre a une physionomie jKii liculièrc : on n'y trouve pas de situations fortes, de caractères bien tranchés; en revanche, on y applaudi! à l'amour honnête, ingénu, qui se tourmente, s'agite — souvent sur la pointe d'une aiguille, — cl qui finit par triompher. Marivaux est cent fois plus moral que Regnard; il ne possède pas sa verve, mais il va plus sûrement au cœur. Ses femmes sont charmantes; on ne les voudrait pas autres. Et qu'est-ce donc quand on a vu ces rôles interprétés par mademoiselle Mars !
Les critiques ne firent j>oint faute à l'auteur de ces heureuses comédies où l'on dissorte si bien. Il n'en prenait pas souci, et il eut la sagesse de n'y jamais répondre, a J'aime mon repos avant tout, disait-il, h je ne veux jkis troubler celui «les antres. » Il était bon et ne
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paraissait que spirituel ; généreux, et il ne son vantait pas. Bien que son revenu fut médiocre, il payait pension pour une jeune personne qu'il avait détournée du théâtre où elle voulait entrer et mise dans un couvent. «Pour êlre assez bon, disait-il, il faut l'être trop. » Discret au plus haut degré sur le chapitre de l'argent, il ne se départait jamais de cetle délicatesse, filant malade, il reçut la visite de Fontenelle, qui, craignant qu'il ne fût à bout de ressources, lui apportait eenl louis.
«Je les regarde comme reçus, répondit Marivaux; je m'en suis servi, et je vous les rends avec toute la reconnaissance que mérite un serviee semblable. »
Ce Irait honore également les deux amis, el c'est un démenti «le plus donné à ee qu'on a dit el écrit de l'insensibilité de Fontenelle. Marivaux ne put se défendre toujours d'une mesquine jalousie de métier; il épousa parfois les petites brigues de coteries, mais il sut conserver la dignité et la loyauté du caractère.
Il fit des romans. Malheureusement il a négligé d'achever les deux meilleurs, le Paysan parvenu et Marianne. Cette dernière œuvre brille par l'intérêt des situations et la vérité des caractères.
En résumé, Marivaux est consacré au théâtre, où nul de ses imitateurs ne l'a égalé. Seulement, il ne faudrait pas qu'une maladroite admiration tentAt de l'égaler à Molière.
« Une scène de Molière, dit avec beaucoup de justesse M. de Rarante, est une représentation de la nature; une scène de Marivaux esl un commentaire de la nature. »
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Il esl d'usage, quand on a à parler du comte de Buffon, de se le représenter soigneusement poudré, vêtu du plus bol habit de soie ou