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il n'eût eu qu'à regarder autour de lui et à imiter les joyeuses folies qui se commettaient partout.
Mais non : à peine avait-il accompli sa vingtième année que, déjà mûr jjour la raison, déjà hôte assidu de l'observatoire de la Caille, du laboratoire de Rouelle, compagnon des herborisations de Bernard de Juasieu, il concourait pour un prix proposé par l'Académie. Il s'agissait d'un nouveau. mode d'éclairage pour la ville de Paris. Après plus de six mois d'un travail opiniâtre, il présenta son Mémoire à l'Académie, qui le couronna et le fit imprimer à ses frais. Lavoisier voulut que le prix, d'une valeur de deux mille livres, fût distribué à trois de ses concurrents pour les dédommager de leurs expériences coûteuses. Instruit de cette noble conduite, le roi fit remettre en séance publique au généreux lauréat une médaille d'or.
Ce n'était pour Lavoisier qu'un essai de ses forces. Il ne tarda pas à montrer quelle activité Dieu avait mise dans son âme honnête et zélée pour l'humanité. Il rédigea plusieurs Mémoires, un entre autres sur les couches des montagnes; il fit des expériences d'une persévérance remarquable sur l'eau, sur les corps aériformes. En 1774, il publia les Opuscules chimiques, dignes encore d'être consultés, malgré les immenses progrès accomplis par la science. Depuis sept années, les portes de l'Académie s'étaient ouvertes pour lui.
Nous ne pouvons entrer dans le détail de toutes les démonstrations scientifiques que donna Lavoisier, de concert avec Priestley et Black. L'air fut surtout l'objet de ses recherches.
Les progrès de la chimie, la découverte de nouveaux corps et de composés nouveaux, réclamaient un changement dans la nomenclature. Cette tâche difficile fut entreprise par un comité de chimistes distingués, que présida Lavoisier, et qui trouva le langage universel de la chimie adopté en médecine et en pharmacie. C'est sur ses nombreuses expériences et sur les principes qu'il en avait tirés que Lavoisier posa les bases de son admirable Traité élémentaire de chimie*.
La physique lui fut redevable également de notions nouvelles. Il
« Deux volumes publié en 1789.
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s'occupa surtout de la chaleur. Toutes les conclusions qu'il tira ont été vérifiées Irenteans après, et reconnues parfaitement justes.
Gomme homme public, Lavoisicr ne fut pas moins supérieur que comme savant. Voulant ne rien ménager pour ses utiles expériences, il songea à augmenter sa fortune, et se lit recevoir dans la Compagnie des fermiers généraux. 11 ignorait que ce serait plus lard la cause de sa perte. La réputation dont il jouissait lui valut, en outre, sous le ministère de Turgot, la place d'intendant de la régie des salpêtres. Appliquant ses connaissances chimiques à la fabrication des poudres, il en augmenta la force explosive et en quadrupla la production. L'agriculture aussi était l'objet de son attention, et il consacra une notable partie des terres qu'il possédait près de Vendôme à faire des expériences agricoles. Son Traité mr la richesse territoriale de la France fut imprimé aux frais de l'État, par ordre de l'Assemblée constituante. Enfin, nommé commissaire de la Caisse d'escompte, il introduisit dans cette partie des finances une régularité telle, que chaque soir on pouvait, d'un coup d'ceil, mesurer la proportion entre les revenus et les dépenses.
Partout cet homme éminent et honnête introduisait la lumière. Tout ce qu'il y avait en Europe de savants illustres accourait se presser autour de lui pour admirer l'accord du génie et de la vertu.
Et cependant il se trouva des bourreaux pour Lavoisier !
Incarcéré comme suspect, il avait pensé que l'abandon de sa fortune suffirait à désarmer ses juges. Il était tranquille sur son avenir, se disant que l'exercice modeste de la pharmacie lui fournirait le moyen de vivre.
Mais, par-dessus ses services, la Révolution voyait en lui l'ancien fermier général, et, le C mai 1794, Lavoisier monta sur l'échafaud « condamné à mort, comme convaincu d'être auteur ou complice d'un complot qui a existé contre le peuple français, tendant à favoriser les ennemis de la France ; notamment en exerçant toute sorte d'exactions sur le peuple français, en mêlant au tabac de l'eau et des ingrédients nuisibles à la santé des citoyens qui en faisaient mage. »
Dans cet arrêt le grotesque le dispute à l'horrible.
Lavoisier était occupé du soin de réunir en un corps d'ouvrage lous ses Mémoires. Il demanda un délai pour laisser à la postérité SOU testament scientifique tout entier. On lui réjnmdit : « Ia République 11a pas besoin de savants!... »
cuiv CONDORCET
M Kl IT»S - BOUT KN tilt
« Un volcan couvert de neige, » c'était ainsi que d'Alembert définissait son jeune ami Condorcel. Jamais portrait ne fut plus vif ni plus ressemblant. Il y avait en Condorcet de l'homme du Nord et de l'homme du Midi : froide raison, réserve parfois glapiale, sérieux inébranlable, cl d'un autre côté ardeur véhémente, juvénile enthousiasme, illusions généreuses et tendresse inépuisable! Sous cette neige quel volcan !
Il tenait en effet au Nord et au Midi à la fois, par le hasard de sa naissance comme par la double tendance de sa nature. Marie Caritat, marquis de Condorcet, naquit en Picardie : ses parents sortaient «lu pays Venaissin. Son oncle occupa plusieurs sièges épiscopaux. Enfant, le jeune Condorcet fut voué au blanc par sa mère et élevé parmi les jeunes filles : de là une timidité pemstante qui fit souvent contraste avec son énergie réelle.
A onze ans, il fut mis chez les Jésuites à Reims. Brillant écolier, il passa au collège de Navarre, à Paris. La thèse de mathématiques qu'il y soutint à seize ans lui valut beaucoup d'honneur, et entre autres louanges le précieux éloge de d'Alembert. qui devint son protecteur cl son ami.
Encore enfoui, Condorcet s'annonça comme un mathématicien d'élite. A vingt-deux ans, il présentait à l'Académie des sciences un essai sur le calcul intégral. Les prix de l'Académie de Berlin venaient
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récompenser ses découvertes. Ses Mémoires nombreux provoquèrent l'nttenlion et lu sympathie de tous les savante. On le félicitait surtout d'avoir avancé le calcul des probabilités, qui eut une telle influence sur la roulette, les loteries et les jeux «le hasard . Lagrange, Clairaut, l'estimaient autant que d'Alembert. En 1769, moins de dix ans après sa sortie du collège, tous ces illustres voulurent se donner pour collègue à l'Académie des sciences celui qui s'était fait leur compagnon de gloire.
C'était déjà un grand esprit que Condorcel. C'était aussi une àme noble et belle. Il s'était promis d'être toujours juste, et en dehors des luttes et des polémiques il ne faillit pas à son serment. Plus tard, il recommandait à sa fille la bonté constante, impartiale, universelle, étendue même aux fleurs et aux animaux.
Ses relations avec les savants et les gens du monde lui avaient fait souvent côtoyer la littérature. Il ne s'y engagea, avec discrétion toutefois, qu'après s'être lié avec Voltaire, le roi de la république des lettres. Sa correspondance avec le châtelain de Ferney devint fréquente et soutenue. En même temps, Condorcel s'essayait à écrire des Éloges (pie lui imposaient ses nouvelles fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Après Fontcnelle, après Mairan, Condorcel excella dans ce genre artificiel : il y apporta des qualités nouvelles, et y fit ressortir un talent littéraire et une verve de style qui ont leur originalité.
A cette époque, une transformation se produit chez le calme savant. Dans l'homme s'éveille déjà le citoyen. L'économie politique le sollicite vivement. Il se fail l'élève de Turgot, et se forme à celte école de libéralisme et de légalité. Dès lors les réformes sociales ne l'inquiètent pas moins que les inventions scientifiques : plus tard elles le mèneront aux théories politiques. Mais alors il vise avant loul à la destruction des privilèges et des monopoles qui, dans l'ancienne société, entravaient le triple essor du commerce, de l'industrie el de l'agriculture, et appauvrissaient cette vie qui doit circuler abondante dans toutes les parties du corps social. 11 prit la plume du polémiste d'une main agile et nerveuse, et ne la quitta pas jusqu'à la Révolution. Nous le voyons, infatigable allié de Turgot, soutenir
contre Neeker la libre circulation des grains, plaider pour l'abolilion des corvées, poursuivre partout l'injustice et l'inégalité. Nommé inspecteur des monnaies par Turgot, Condorcet offrit sa démission quand son maître fut éloigné du ministère. On n'accepta pas cette retraite, et quelque temps après on le désigna pour le commissariat de la Trésorerie, fonctions qu'il remplit jusqu'à l'ouverture de l'Assemblée législative.
Son premier ouvrage de polémique religieuse remonte à 1774. Cet opuscule, intitulé Lettres d'un théologien, fut très-remarqué au moment de son apparition. 11 rangeait Condorcet parmi les plus zélés adeptes de la philosophie de Locke et du déisme encyclopédique. C'était un disciple déclaré de Voltaire. Cependant ce disciple, cet enthousiaste, ne fut pas, comme la Harpe, Suard et tant d'autres, un lAche et vil adulateur. Il sut défendre Montesquieu contre les velléités malignes et jalouses de son rival de gloire. Il eut la sagesse de déconseiller à ce vieillard la publication d'une œuvre comme Irène, où l'on ne sentait que trop l'affaiblissement des années. Jamais, devant ce séduisant dompteur des volontés, il n'abdiqua une opinion, il ne renia une croyance. Cependant il admirait, il aimait Voltaire, et plus tard il devait écrire la vie de ce grand agitateur comme s'il avait eu à faire une apothéose.
Les travaux de Condorcet se multipliaient sans relâche. Cet homme h l'apparence si frôle avait quelque chose de l'athlète, toujours prêt h lutter et à se précipiter dans l'arène. Tantôt il met en avant la liberté de la presse, tantôt il jette sa protestation contre l'esclavage des nègres. Il publie une édition de Pascal, bien incomplète sans doute, avec un commentaire défectueux et d'un esprit équivoque, mais plus complète toutefois que les éditions précédentes, et faite pour préparer aux travaux définitifs de la critique moderne. Presque en même temps il fait paraître une apologie de Lally Tolendal, défense rétrospective d'une victime de la justice humaine.
Le mérite littéraire de la plupart de ces écrits fit entrer Condorcet à l'Académie française, où, par une singulière rencontre, il eut pour concurrent Dailly, sur lequel, treize ans auparavant, il avait remjjorfé le même genre de victoire à l'Académie des sciences.
Mais 89 approchait, 89, qui devait mettre en œuvre les idées, les projets, et jusqu'aux rêves et aux utopies de la philosophie du dixhuitième siècle. Dans ce travail mêle de toute une légion d'ouvriers, Condorcet avait eu une grande part. Nul doute qu'il ne dût aussi jouer un rôle dans l'application pratique de toutes ces théories accumulées. Pourtant, chose étrange, Condorcet ne fut pas élu aux états généraux qui devinrent l'Assemblée constituante. En revanche, il fut appelé à la municipalité de Paris, où il retrouva Bailly pour collègue. Ses écrits politiques se succédèrent sans interruption. Tous tendaient à des réformes radicales, plus profondes que celles que se proposaient même les Barnave et les Lamelh, ces progressistes de 90, qui en 91 devaient être traités de rétrogrades. En 1791, Condorcet fut élu à l'Assemblée législative, où il occupa un des premiers rangs. Il aflicha ouvertement le républicanisme, au même moment où l'on pensait à le désigner comme précepteur du jeune Dauphin. Mais dès lors Condorcet concluait à l'abolition de la royauté en France. Peut-être même rêvait-il la propagande révolutionnaire en Europe; car il fut le rédacteur de toutes les proclamations de l'Assemblée, en réponse aux violents manifestes des souverains étrangers. Condorcet y annonça que la France renonçait à la guerre de conquêtes, mais qu'elle promettait aide et secours à toutes les nations qui réclameraient sa protection contre leurs gouvernements absolus.
Les événements marchaient, rapides et terribles. Cette déchéance du roi Louis XVI, que Condorcet rêvait avant la fuile de Varennes, qu'il avait proposée à ce moment, fut votée par la Convention. Condorcet siégeait comme député de l'Aisne dans cette nouvelle assemblée. Il semblait qu'il dût y tenir une des premières places, être un des conservateurs et des gardiens des institutions républicaines, lui qui en avait été plus qu'un autre le promoteur et le fondateur. Excellent dans les comités, il n'exerçait pas la même influence sur une assemblée. Il demanda l'abolition de la peine de mort sans pou-' voir l'obtenir. Il commença une réforme de l'instruction publique qu'on ne lui laissa pas le temps d'achever. Quelle que fût son autorité sur ses collègues, son action sur la foule était à peu près nulle, et sa popularité bien douteuse. Ses ennemis, ses envieux surtout, détruisi-
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rcnt aisément cette popularité en calomniant Condorecl dans les clubs, où il ne pouvait guère se commettre avec eux. Sa place était à la Convention et non aux Jacobins. Les violents et les exagérés incriminèrent la noble conduite de leur collègue dans le procès de Louis XVI. Condorcet proposa l'appel au peuple et se prononça contre la peine de mort.
Cependant tel était encore l'ascendant de sa réputation, que la majorité de l'assemblée l'envoya au comité do constitution. Il rédigea presque a lui seul un projet qui ne fut pas mis à exécution. Les mouvements populaires vinrent renverser cette œuvre pacifique. Le parti de la Gironde, dont Condorcet se séparait sur beaucoup de points, venait d'être abattu au 51 mai et au "2 juin. On eût cru que Condorcet ne serait pas entraîné dans celte chute. Mais que de ressemblances il avait avec les Girondins! môme respect de la légalité, de la liberté individuelle, du droit et de la justice; même aversion contre la tyrannie, les proscriptions, la violence ignorante et brutale, et tout ce qu'on a appelé la Terreur. Les hommes du parti triomphant, les grossiers administrateurs de la Commune, ne pouvaient voir sans une jalousie féroce un ancien marquis, un ex-académicien, un ami de Voltaire, un homme qui parlait avec élégance et modération, siéger parmi les premiers de la République. Ils épièrent l'occasion de frapper celui qui les imfiortunail par ses lumières et sa justice. Celte occasion, Condorcet la fournit par une imprudence. 11 écrivit un Mémoire énergique contre la constitution de 1795, dont Hérault de Séchelle était l'auteur. L'acharnement de ses ennemis éclata. Chaque jour ils vinrent le dénoncer à la Convention, et réussirent à le faire comprendre dans le décret qui envoya à la prison, et de là à l'échafaud, trente Girondins, parmi lesquels étaient un Vergniaud et un Censonné !
Condorcet se déroba aux poursuites. Pendant que sa malheureuse "femme, réduite à la misère par la confiscation révolutionnaire, élail obligée, pour nourrir son enfant, de demander à son pinceau des ressources incertaines et dangereuses, en allant faire dans les prisons le portrait des captifs, Condorcet n'échappait h la mort que grâce au dévouement d'une amie, madame Vernet, qui, rue Servandoni, lui
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offrit un asile. Plusieurs fois Gondorcct fui reconnu par des Jaeobins, niais aucun d'eux n'osa le dénoncer. Ce fut là que, sans livres, le philosophe composa son Tableau historique des progrès de l'esprit humain, ouvrage malheureusement inachevé. Ainsi, presque sous le fer des bourreaux, Condorcel posait le principe de la perfectibilité indéfinie, chantait un hymne à l'humanité, et prédisait le triomphe progressif de la civilisation, pendant la renaissance de la barbarie. N'est-ce pas la marque d'une grande Ame, que cette conviction inflexible qui, sûre de 1 éternité, ne cède pas devant des réalités passagères? La foi républicaine de Condorcet n'avait pas été ébranlée sous le poids de la tyrannie présente, il rêvait la république future, le libre échange, la paix universelle, les États-Unis d'Europe. Il projetait pour l'avenir l'égalité, non pas brutale et niveleuse, mais légale et régulière, par la suppression des derniers monopoles et privilèges, la diffusion de l'instruction et du crédit. Répandez l'éducation et le bien-être, disait-il, et vous rendrez les hommes dignes de la liberté et capables d'en comprendre les bienfaits.
Telles étaient les généreuses idées qui travaillaient l'esprit de Condorcet, au milieu même de la Terreur. Que ne s'esl-il laissé abandonner au cours de ces idées, sans se détourner un moment vers les bruits du dehors! Un brusque sursaut le fit reculer et le perdit. H avait entendu dire que les hôtes des proscrits étaient menacés de mort. Il voulut partir, se refusant à compromettre davantage son amie, et lui disant tristement :
« — Je suis hors la loi . . .
— Vous n'êtes pas hors l'humanité, » lui répondit noblement celle femme héroïque.
Mais Condorcet fut inébranlable dans sa résolution. Il s'échappa la nuit et se mit à errer au hasard aux environs de Paris. Il comptait trouver un asile chez son ami Suard ; il trouva une porte et un cœur fermés. Epuisé de fatigue et de faim, il entra chez un cabaretier de Clamart, où les soupçons se portèrent sur lui. Arrêté sur-le-champ, il fut conduit en prison au Bourg-la-Reine* Le lendemain, comme on allait l'interroger, on le trouva mort. Il avait fait usage d'un poison foudroyant qu'il portait dans le chaton de sa bague.
Ainsi périt de la plus triste et de la plus regrettable des morts cet homme qui ne sut pas attendre jusqu'au 9 thermidor libérateur, et qui avait su ne pas désespérer de la liberté sous la plus lourde des tyrannies, de l'humanité au milieu des bourreaux et des délateurs. (Juels que soient ses fautes et ses torts, que le lecteur appréciera, Condorcel a droit à la sympathie et à l'estime. Ses talents scienliliques et littéraires sont de l'ordre le plus élevé ; ses idées politiques attestent une intelligence qui dépassait l'ancien régime, l'œuvre des constituants, les rêves des girondins et les sanglantes chimères de la démagogie; son intrépidité dans le malheur, sa noblesse d'âme qui pardonne aux prescripteurs, sa tendresse conjugale et paternelle, ses scrupules de dévouement qui, en dernier lieu, lui font |>erdre la vie, tout cela est d'un esprit éminent, et, ce qui vaut mieux, d'un grand cœur.
N'oublions jamais que Condorcel a prononcé ce mol admirable : « Rendons l'homme respectable à l'homme! »
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11 est peu d'hommes sur lesquels tous les partis soient d'accord comme sur l'honnête et malheureux Bailly. Celte ligure si touchante, si résignée, doit nécessairement paraître dans notre galerie. Mais nous avons laissé le soin de la dessiner à l'auteur de V Histoire- Mmêc de la République, M. Augustin Challamel, juge éclairé et consciencieux de cette mémorable époque :
« Jean-Sylvain Bailly, dit-il, fut à la fois un savant, un administrateur éclaire et un homme de cœur; c'est une des plus pures, des plus belles et des plus nobles figures de la Révolution de 1789.
« Dès l'âge de seize ans, il débuta dans les lettres par la composition
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de deux tragédies, un Ctotaire, où, par l'effet d'une singulière coïncidence, on voyait un maire de Paris massacre par le peuple, et une Iphigénieen Tatiride. Mais il renonça bientôt à ce genre de travail pour se livrer avec passion à l'élude des mathématiques sous la direction de Clair h ( père, et de l'astronomie avec les conseils cl les leçonsde l'abbé la Caille, fiailly avait à peine vingt-quatre ans quand il fit ses premières observations astronomiques.
« Depuis celle époque (4760) jusqu'en 1787, il s'occupa exclusivement de science et de littérature, entremêlant ses publications scientifiques, telles que l'Histoire de l'astronomie ancienne, de l'astronomie moderne, de l'astronomie indienne et orientale, de polémiques avec Voltaire sur l'origine des sciences, de rapports importants sur le magnétisme animal, sur la création de nouveaux hôpitaux, sur les abattoirs de Paris, et enfin de discours et de Mémoires, parmi lesquels on remarque les éloges de Charles V, de Molière, de Corneille, de Leibnilz, de Cook, de la Caille cl de Gresset, dont quelques-uns lui valurent divers prix académiques.
« En 4785, il fut appelé à occuper à l'Académie française le fauteuil de M. de Tressan ; enfin en 1785, il était élu à l'Académie des inscriptions et belles-leltrcs ; le premier après Fonlenclle, il avail l'honneur de faire partie des trois grandes Académies de France.
« La carrière politique de Bailly commença en 1789, à l'occasion de la convocation des élals généraux. C'est le 21 avril 1789, jour de la formation des districts, que le bourgeois de Chaillot, entrant dans la salle des Feuillants, s'imagina, ainsi qu'il le disait lui-même, « respirer un air nouveau » et regarda « comme un phénomène « d'être quelque chose dans l'ordre politique par sa seule qualité de « citoyen. » Nommé d'abord premier électeur de son district, Bailly fut, quelques jours après, le 12 mai, élu premier député de Paris par l'assemblée générale des électeurs, ce qui ne l'a pas empêché de consigner, dans ses Mémoires, une curieuse observation à ce sujet : « Je remarquai, dit-il, dans l'assemblée des électeurs, une grande « défaveur pour les gens de leltrcs et pour les académiciens. » Le 5 juin, il était nommé doyen et président des communes, et celte qualité le mettait en position de revendiquer plusieurs fois, pendant