PHI LIPPE- AUGUSTE
\£ rx Itu — suiiT » i»r,
Si l'on nous demandait lequel Cul le plus grand, de (lharlemagne ou de Philippe-Auguste, nous aurions peine à répondre. Mais si l'on voulait examiner lequel rendit le plus de services à la France, nous n'hésiterions pas. (Jiarlemagne trouva un empire tout formé' par ses glorieux prédécesseurs : Philippe-Auguste, au contraire, n'avait recueilli, des mains de Louis le Jeune, qu'une ombre de royaume.
PHILIPPE.ÀUGUSTE
L'Angleterre, enrichie do la dot d'Aliénor de Guicnne, tenait tout le littoral de l'Océan, depuis Bayonne jusqu'à la Loire ; en outre, par la Normandie, elle avait sa frontière à deux heures de marehe de notre capitale. La Bourgogne, la Champagne, la Provence et le Languedoc avaient autant de petits souverains qui se raillaient de la suzeraineté du roi de France
Philippe-Auguste n'avait (pie quinze ans lorsqu'il dut porter le poids de la couronne. Déjà cependant il avait réprimé l'audace de plusieurs grands vassaux. Une première conspiration fut tramée contre lui par le duc de Bourgogne et le comte de Sancerre: le roi amena les traîtres à composition. Il se fit ensuite restituer le Vcrmandois, que détenait injustement le comte de Flandre, oncle de sa femme, Isabelle de Hainaul. Puis, après avoir châtié les bandes de Cnlerenux qui ravageaient le Beriy, il s'occupa du soin d'embellir sa capitale. Ce fut lui qui le premier en lit paver les rues, véritables cloaques. Le bois do Yincennes, le marché (les Innocents, furent entourés de murs ; la foire de Saint-Lazare fut établie, avec affectation de ses revenus à l'hospice des lépreux.
Une première rupture avec l'Angleterre valut au jeune souverain la reprise du château de Gisors et de toutes les autres places du Vexin que Louis VII avait données en douaire à sa fille Marguerite, ces biens devant retourner à la France si Marguerite devenait veuve sans enfants.
Dans une seconde guerre contre les Anglais, Philippe s'empara du Mans et de Tours, qu'il rendit à Richard Cœur de Lion contre les terres de Graçay, d'Issoudun et les fiefs d'Auvergne.
Ces démêlés n'empêchaient pas que dans la plaine de Champ- Sacré les deux rois eussent fait .serment de partir ensemble pour la croisade. Ils ne se réunirent qu'à Messine, mais plutôt en ennemis qu'en frères et chrétiens combattant pour la cause de Dieu. Philippe arriva le premier devant Sainl-Jean-d'Acre, cpiî ne fut pris qu'au bout de deux ans de siège. Le retour du roi de France causa des transports de joie parmi ses sujets. De son coté, Richard, après la dure captivité que lui avait fait subir l'empereur Henri, revenait altéré d'une haine plus forte (pie jamais contre Philippe: un coup
Ai
l'INLII'rE-AlT.lSTK
d'arbalète mil lin à sa vie de violences. Il fut lue au siège deGhalus, près Limoges, le 8 avril 1 1 09.
Philippe s'était hAté d'aller recevoir l'hommage du jeune Arthur, due de Rretagne, qui venait d'entrer en |R)ss«*ssion de ce riche héritage, il comptait s'en servir utilement contre le roi Jean, rival sans valeur et sans gloire. Arthur, fait prisonnier par les Anglais dans le Poitou, est égorgé dans sa prison. La France entière accusait Jean de ce crime. Les pairs du royaume sont convoqués pour juger le meurtrier. Jean fut déclaré atteint et convaincu de parricide, condamné à perdre toutes les terres qu'il avait en France; et l'exécution de la sentence fut commise au roi.
Toute la Normandie rentra sous les lois de Philippe-Auguste; Rouen ne tint que quarante jours ; le reste ne fit pas de résistance. Successivement, soit en personne, soit par ses généraux, Philippe soumit le Poitou, l'Anjou, le Perche et la Touraine.
Déjà, appelé par le saint-siége au trône d'Angleterre, il avait fait d'immenses préparatifs et réuni à l'embouchure «le la Seine une flotte de dix-sept cents voiles et une arméede soixante mille hommes, lorsqu'une ligue formidable vint mettre en péril non-seulement l'existence de la royauté, mais même celle de la nation. Renaud de Roulogne, Ferrand, comte de Flandre, l'empereur Othon IV, le duc de Rrabanl, les comtes de Rar, de Namur, Jean sans Terre, tous les princes de l'empire étaient delà coalition. D'avance, on s'était partagé la France.
Écrivons la date glorieuse du 27 juillet 1214, — la date de la bataille de Routines.
Avant l'action, Philippe déposa sa couronne sur un autel élevé au milieu du camp, et offrit de la céder au plus digne. Aussitôt s'éleva cette unanime clameur: a Gardez-la, sire roi, gardez-la ! »
Jamais mêlée ne fut plus acharnée : Philippe fut abattu, foulé nux pieds. Avertis par Galon de Montigny qui agitait avec force l'oriflamme, les chevaliers se précipitent au secours du roi : celui-ci se relève, remonte à cheval et décide la victoire. Othon n'échappa que par une fuite rapide. Les auteurs de la coalition, Salisbury, Renaud de Roulogneel Ferrand de Flandre furent faits prisonniers.
BLANCHE liK CASTILLE K
En commémoration de cotte grande journée, Philippe-Auguste fonda près do Son lis Vabbaye de la Victoire.
Les dernières années «lésa vie si remplie de guerres purent cire consacrées par lui a des travaux pacifiques. Il mourut à Mantes, le 1 i juillet après quarante-trois ans du règne le plus glorieux et
le plus utile à la France. Outre le jwrtage équitable qu'il avait fait de son éprgne entre la reine Iscmbergo, ses enfants, le roi de Jérusalem, les églises et les hôpitaux, il chargea ses exécuteurs testamentaires de faire restitution pleine et entière à ceux de ses sujets qu'il aurait injustement dépouillés.
N'est-ce |>as là finir en roi chrétien !