‹ Les célebrités françaisesChapitre 39 sur 208 · JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D ARC

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Supplice de Jcann? d'Arc

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pagne, à deux pas des grandes forêts des Vosges, ou voyait une étroite cabane, où un laboureur élevait sa famille dans la crainte de Dieu et l'amour du travail. Jeanne, la plus jeune, avait été marquée du sceau de la prédestination. Elle était belle, elle avait le maintien grave cl doux. De son père elle tenait un grand courage, de sa mère une grande piété. Elle aimait à aller à l'église et aux saints pèlerinages. Fuyant ses rieuses compagnes, souvent elle se retirait dans la solitude sous un arbre séculaire, que la tradition avait nommé Varbre des fées. Au 1" mai, les petits enfants y suspendaient des couronnes, et le curé, pour combattre la superstition locale, célébrait chaque année une messe sous le hêtre. Ainsi Jeanne naquit dans un pays de naïves légendes, et fut elle-même une légende vivante. Mais, à côte de ces rêveries populaires, il y avait la cruelle vérité, il y avait la guerre avec toutes ses horreurs, avec les lamentations du toscin, les lueurs de l'incendie, le tumulte du pillage. Orléans, dernier boulevard de la monarchie, était assiégé et serré de près ; Charles VII songeait à se réfugier en Espagne. C'était grande pitié au royaume de France.

En présence de tant de maux la jeune fille se demandait si Dieu n'enverrait pas un libérateur, comme il l'avait fait autrefois pour Israël. À trayers ses ferventes oraisons, elle écoutait des voix qui semblaient l'appeler : « Jeanne, lève-toi ! va assister le roi de France, sainte Catherine et sainte Marguerite le prêteront leurs conseils. » Tel était l'ordre quelquefois doux et tendre, souvent impérieux et terrible, que son cœur entendait. Ah! qu'elle aurait voulu, la pauvre enfant, après ces extases, s'envoler avec ses frères et ses sœurs du paradis, qui lui apparaissaient dans une grande lumière, pour lui dévoiler la volonté du Hoi du ciel ! Il fallait changer sa destinée, quitter son village pour le monde, ses bons parents pour la vie des camps. Elle qu'un seul mol déconcertait, il lui fallait aller vivre parmi des soldats que la guerre avait transformés en bêtes féroces. Quels combats Jeanne dut livrer dans son jeune cœur avant d'aborder les ehamps de bataille! L'archange saint Michel lui commandait de prendre les armes; son père jurait de la noyer si elle quittait sa chaumière.

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Après avoir lutté longtemps el renversé des obstacles qui paraissaient insurmontables, Jeanne part enlin sons la conduite de deux gentilshommes, Jean de Melz et Bertrand de Poulongy, «jui lui témoignèrent un grand respect. Elle parcourut ainsi, vers la fin de l'hiver, en pays ennemi, une route de cent cinquante lieues, au milieu de tous les périls possibles. Enfin elle arriva à Fierbois, village de Touraine, près Chinon, où elle entra le 24 février 1429, sans que son arrivée produisît une sensation marquée. Les courtisans étaient d'avis que Jeanne ne fût |>as admise à voir le roi : « Je ne sais ni a ni b, dit-elle; mais j'ai une mission à remplir, c'est pour cela que je suis née. Je dois chasser les Anglais, délivrer Orléans, et faire sacrer le gentil Dauphin. » Les uns la crurent folle, les autres subirenl peu à peu l'ascendant de s» foi et do sa sainteté. Pour éprouver la bergerette, Charles se mêla à la foule des seigneurs. Jeanne n'hésita pas, et, s'agenouillant humblement devant lui : « Gentil prince, dit-elle, le Roi des deux vous mande par moi que vous serez son lieutenant au royaume de France, dont vous êtes vrai héritier. » Charles VII, Irès-surpiïs, la tire à l'écart pour l'interroger, et, après cet entretien, il déclara que Jeanne lui avait dit des choses secrètes que nul ne savait et ne pouvait savoir' hors Dieu et lui, et que pour cette raison il avait pris grande confiance en elle. Cependant il n'y eut sorte de précautions dont on n'usAt, tant celte mission paraissait surnaturelle; et Jeanne, bien qu'entourée déjà de l'enthousiasme du peuple, ne vit ses services acceptés qu'après avoir passé par l'examen des théologiens, du parlement, et subi mille questions. Toutes difficultés étant levées, on lui donna l'étal d'un chef de guerre, écuyer, pages, hérauts d'armes. Ce fut merveille de la voir sous son armure blanche, chevauchant avec grâce sur son destrier noir, et brandissant une épée miraculeuse qu'on trouva, d'après son indication prophétique, derrière un autel de Sainte-Catherine de Fierbois. Elle tenait aussi un étendard de soie blanche fleurdelisé, sur lequel Dieu le Père était représenté un glol>e dans sa main, avec ces mots : Jhnn*, Maria.

C'est ainsi que Jeanne d'Arc fit son entrée dans la ville d'Orléans, à enté de Dunois, suivie du |ieuple, des femmes, des enfants, qui

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criaient Noël! et croyaient voir au milieu d'eux l'ange des combats. Elle répondait doucement à tous, les exhortant à honorer Dieu, le seul dispensateur de la victoire. Les plus vieux guerriers subirent son influence et reconnurent sa supériorité mystérieuse. Dès loi-s tout change de face. La confiance succède au découragement, la discipline au désordre; chaque jour, nouveaux combats et nouvelles victoires pour les Français. Leur courage, abattu précédemment par tant de défaites, s'était ranimé : maintenant l'Anglais commençait à trembler et à reconnaître que la main de Dieu pesait sur lui.

Le 7 mai 1 429, eut lieu une attaque générale contre les assiégeants, qui éprouvèrent une déroute complète; le 18 juin, les Français gagnaient la bataille de Patay et prenaient Talbot ; le 2H juillet, le roi était sacré à Keims. Pendant la cérémonie, Jeanne se tint auprès de l'autel avec son étendard victorieux. « Il était à la jKîine, disait-elle fièrement, c'est bien raison qu'il soit à l'honneur. »> Après avoir ainsi rempli sa mission, elle voulait se retirer et aller reprendre si vie obscure : le roi la retint malgré elle. La pauvre Jeanne avait le pressentiment d'une mort prochaine et disait : « Je ne durerai qu'un an : hàtons-nous! »

Quel changement! aux cris de joie et de triomphe, aux

brillantes fanfares ont succédé des sanglots, des glas funèbres. Un bûcher est préparé. . .

Houen, Rouen, de quel crime tes mors vont être souillé* ! Une jeune fille, une douce victime, marche au supplice sous l'escorte de mille soldats anglais, armés de haches et d'épées. Ils croient laver la honte de leurs défaites dans le sang de Jeanne d'Arc. L'héroïque vierge de Vaucouleurs, prise par les Bourguignons en défendant la ville de Compiègne, a été vendue aux Anglais; et, après les insultes les plus grossières, le procès le plus inique, cette sainte fille a été condamnée au feu. Jeanne avait été plus surprenante, plus courageuse pendant qu'elle se trouvait aux prises avec le mensonge et l'hypocrisie, que lorsqu'elle combattait face à face les ennemis, l'épée à la main. Rien n'était si simple, si pieux, si vrai, (pie tout ce qu'elle disait. Mais rien ne put la sauver de la fureur des Anglais. Malade, ils l'avaient soignée dans sa prison, afin qu'elle périt

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