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LE CARDINAL DE RICHELIEU

La cour sut bon gré à Richelieu de la conduite qu'il avait tenue. Après le mariage de Louis XIII, il fut nommé grand aumônier de la jeune reine; et, quand la régente et le maréchal d'Ancre voulurent se débarrasser par une arrestation du prince deCondé, qui s'était mis à la tôle des mécontents, l'évêquc de Luçon fut appelé dans le conseil et placé à la direction des affaires étrangères.

Les mesures de violence avaient, comme d'ordinaire, rencontré une violente résistance. Tout à coup un péril nouveau se posa en face de la régente et du maréchal : le jeune roi, poussé par son favori de Luynes, voulait se dégager de l'autorité qui jusqu'alors l'avait étreint. Richelieu prévit la cauistropheà laquelle succomberait Codcini ; il lit prudemment quelques ouvertures à de Luynes. La catastrophe arriva , et Richelieu sut sortir des affaires avec assez de calme et de hauteur pour n'avoir pas l'air d'un homme disgracié.

Bientôt il redevint non-seulement utile, mais indipensable. Les féodaux, qui, de concert avec de Luynes, avaient renversé le maréchal d'Ancre, virent que le nouveau ministre se jouait d'eux, et se rallièrent autour de la reine mère. Richelieu, qui s'était retiré à Avignon, fut appelé à servir de médiateur, et il opéra la transaction d'Angers. La reconnaissance de la cour lui valut le chapeau de cardinal. C'était une dignité qui devait merveilleusement servir de marchepied à son pouvoir.

Le roi perdit son favori de Luynes et ne le remplaça pas; mais un instinct secret le prévenait contre le cardinal ; il voyait en lui « un ambitieux» capable de « manger le royaume. » Le conseil avait également peur de Richelieu et ne lui accorda que voix consultative. Mais il suffit à Richelieu d'entrer dans ce conseil pour en devenir le maître; il écarta tous ses compétiteurs, depuis le duc de la Vieuville jusqu'au duc d'Anjou.

Nous n'avons pas à rappeler les avantages que le cardinal trouvait dans sa fermeté, dans sa persévérance, dans son éloquence nerveuse; son extérieur grave et imposant était, en outre, celui d'un homme fait pour commander.

Tout était péril eu ce moment : péril par le protestantisme, qui aspirait à créer à l'intérieur même une république avec l'appui des

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Hollandais el des Anglais; péril du côté de la calliolii|ue KsjMgne, donl l'alliance était au prix d'un démembrement; péril parla noblesse, qui voulait se reconstituer en féodalité.

Richelieu, devenu maître, ne songea qu'à s'appuyer sur l'intérêt monarchique et national pour avoir raison des intérêts privés. Kn même temps il reprit le plan de Henri IV pour l'affaiblissement de la maison d'Autriche, et rechercha dans les Ktats secondaires une série d'alliances utiles. I.a noblesse s'agitait; il (il tomber la lêle du comte de Chalais. Il poursuivit la guerre civile dans ses ordonnances rigides contre le duel, et détruisit les vestiges de la féodalité en aballanl les fortiûcatious qui protégeaient les maiioiis.

l'ar la prise de la Hoehelle, après une année d'un siège opiniâtre, il assura l'unité politique et territoriale du royaume. L'Espagne, malgré l'intérêt catholique, avait vu ce succès d'un œil jaloux et n'avait rien fait pour y contribuer. Richelieu se vengea d'elle en Savoie, dans une campagne admirable de vigueur. Cejiendanl, les protestants ayant relevé la lêle en Languedoc, le cardinal-ministre accourt d'Italie et vient dompter la rébellion.

Richelieu a atteint le faite le plus élevé auquel puisse arriver un homme d'Klal. Alors ses dangers personnels commencent ; deux ennemis placés sur les marches mêmes du trône lui vouent une haine sans merci : c'est Gaston d'Orléans , le prince léger el suis foi ; c'est surtout Marie de Médius; et, dans la lutte acharnée, Marie «le Médicis est réduite à fuir hors du royaume, à errer de ville en ville cl à mourir enfin à Cologne, dans un étal voisin de l'indigence!... IMus il voit croître le nombre de ses ennemis, plus Richelieu devient sombre, méfiant el dur. Il ne fait grâce à personne, ni à de Thon, ni à Cinq-Mars; les requêtes du Parlement sont lacérées; Rassompierre est écroué à la Bastille, Marillac moule sur l'échafaud. Richelieu ne marche plus qu'avec des bourreaux ; il siit que sa chute serait le signal de son supplice, et la peur le rend inexorable.

D'autre pari, cet homme bourrelé de terreurs, ce puissant à qui sa vie est disputée, veut trôner même parmi les |>oëles; il écrit Mimmo, il stipendie les Boisrobert el a île superbes dédains pour Corneille, parce qu'il ne veut reconnaître aucune supériorité. Il n'e*l

MAZAIUN

qu'un homme auquel il pardonne d'avoir du génie, de l'habilelé, <ln courage: cet homme, son unique confident, son seul ami peut-être, c'esl le 1*. Joseph, VEmineuer (jrisc.

Avant de mourir il se donna la satisfaction d'une dernière guerre contre l'Espagne, sa vieille ennemie. Cette guerre fut d'abord malheureuse, mais l'astre de Richelieu se releva ; le Roussillon fut conquis, et la France l'a gardé.

\m fin du cardinal fut pleine d'une résignation chrétienne. Ku • voyant entrer le prêtre qui lui portail le saint viatique, Richelieu s'écria : « Voilà mon Seigneur et mon Dieu ; je proteste devant lui que, dans tout ce que j'ai entrepris, je n'ai jamais eu en v ue que le bien de la religion et celui de l'État. » A la nouvelle de la mort de >on ministre, Louis XIII, qui devait le suivre sitôt dans la tombe, dit : « Voilà un grand politique de moins. » Ces mot» expliquent l'ascendant que le. cardinal n'avait cessé d'exercer sur Louis XIII. Ah! si Richelieu avait été le roi!...

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