‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 119 sur 144 · Agathias, Histor., II · texte numérisé non relu

Agathias, Histor., II

4. Ces barbelures, xa^TiOXat àxîSs;, sont très prononcées dans les armes de Nydham (Engelhardt, Nydam Mosefund, pi. XI) et dans l'angon du Musée d'artillerie à Paris (Wylie, Archaelogia, t. XXXV, p. 51). Les armes de Nydham sont des produits barbares du ni» siècle après J -C, où Liudcnschrait voulait voir des armes romaiues.

Quoi qu'en ait dit Lindenschmit1, l'angon franc ne dérive certainement pas du pilum, dont on a rapporté, sans preuves suffisantes, l'invention aux Étrusques*. Les barbeluresdont est muni le fer de l'angon en sont le caractère essentiel, alors qu'il n'y en a pas dans le pilum*. Tandis que le pilum est un javelot, l'angon, comme son nom l'indique déjà, est surtout un harpon*. S'il fallait admettre un emprunt, nous croirions plus volontiers que le pilum est une imitation étrusque ou romaine d'une arme barbare analogue au gaesum. La présence d'un fer de pilum dans une tombe étrusque à Vulci, sur laquelle a beaucoup insisté Lindenschmit, ne prouve rien : ce pouvait être l'arme d'un mercenaire ou d'un auxiliaire gaulois. D'ailleurs, les populations primitives de l'Italie centrale possédaient des armes dites veruou falarica qui étaient fort analogues au pilum romain ». Entre elles et le gaesum barbare, il pouvait exister comme un rapport de cousinage, mais rien n'autorise à admettre une dépendance directe, une filiation.

Le passage du Vie livre des Argonautiques où Valérius Flaccus énumère

1. Sammbing Sigmarinpen, p. 21 ; Allerthùmer, 1, 11,5; Revue archéol., 1865, I, p. 387.

2. Voir A. Muller, dans les Denkmaeler de Bauineister, t. III, p. 2C47.

3. Il est vrai que Polybe (VI, 23) parle du « fer en hameçon » du pilum, pé).o; <jior)poOv àyxtffTpwxôv ; mais il n'y a trace de crocs ni dan* le pilum de Vulci, ni dans celui du mausolée de Saiut-Rémy; sur les monuments de l'époque impériale, c'est à peine si lepyramidion qui surmonte l'arme semble parfois barbé à sa partie inférieure (Lindenschmit, Alterlliiimer, t. 111, 6, Beilage, p. 8). L'expression dont se sert Polybe est donc impropre.

4. Cf. l'allemand Angel, ligne à pêcher, et le grec ayxtcrrpov, hameçon.

5. Veru : Virg., Géorg., 11, 168; Aen., VII, 665. Falarica : Aen., IX, TO.i. La même arme est signalée chez les Sagoutins par Tite-Live, XXI, 8. En revanche, je crois que Wylie se trompe quand il allègue le trophée dit Eoralia pila comme une preuve de l'usage du pilum chez les Romains dès l'époque royale {Archaeologia, XLII, 2, p. 329). 11 est vrai que les anciens eux-mêmes paraissent l'avoir quelquefois compris ainsi, témoin ce que Properce dit d'Enniiis (III, 3) : Et cecinit Curios fratres et Iloratia pila. Cf. Liv., I, 26, 10 : verltera vel intra pomoerium, modo inter illa pila et spolia hostium. Mais, en réalité, Uovatia pila n'est pas un pluriel neutre : c'est un féminin singulier. 11 s'agit d'un pilier coramémoratif, situé dans la V11I8 région de Rome, qui sappelait u la colonne Horatienne », Iloratia pila. Ce pilier était l'équivalent exact de ces menhirs des îles Britanniques que l'on appelle calh-stones, c'est-à-dire <> pierres de bataille » (Revue archéol., 1893, 1, p. 204). Par une sorte d'étymologie populaire, on en vint à prendre pila pour le pluriel de pilum. Les passants croyaient que ce monument avait été décoré d'un trophée d'armes, bien qu'il n'en restât plus trace : xà u,èv oùv ôrcXa ï^âvto-Tai 8tà u.r|xcK -/p^voy (Denys, III, 22). C'est à peu près l'équivalent de ce qui s'est passé au Louvre, où la Salle des sept mètres est devenu la Salle des sept maitres, dont ou prétend y désigner les chefs-d'œuvre. Du reste, Denys d'Halicarnasse ne s'y est trompé qu'à moitié (III, 22) : tyjv S' èirîxXïjCTtv % orA\z çuXâtTEC tt)v aÙTr(v, 'OpaTtay.aXo-JiJ.evr, iu').a. Cf. le scoliaste de Bobbio sur la Milonienne, p. 277 : loco celebri, cuipilae Uoraliae nomenest. — Dans le dictionnaire latin-allemand de Georges, on trouvera

les guerriers de la Scythie est fort intéressant pour la question qui nous occupe. Il est évident que ses descriptions s'appliquent à des tribus celtiques ou celtisées dont l'armement, aux yeux des Grecs et des Romains, était celui des barbares en général. Voici d'abord les chariots couverts de cuir des Coralètes ou Cœlalètes, d'où les enfants lancent la cateia : Et puer e primo torquens temone cateias (VI, 83.)

Plus loin, ce sont les Coralles, voisins de Tomi, qui ont pour enseignes des roues (les rouelles celtiques) « et des sangliers :

Densique levant vexilla Coralli, Barbaricae quis signa rotae, serrataque * dorso Forma suum...

C'est ensuite Teutagonus qui conduit les Balernes, nom où l'on croit reconnaître celui des Bastarnes ; ils sont armés de boucliers d'écorce et de lances dont le fer est aussi long que la hampe :

Quos, duce Teutagono, crudi mora corticis armai Aequaque nec ferro brevior nec rumpia ligno.

L'arme appelée ici rumpia était déjà mentionnée par Ennius, au livre XIV de ses Annales, comme le javelot des Thraces. Nous savons cela par Aulu-Gelles, qui donne une liste de noms d'armes que l'on trouvait dans les anciens auteurs latins ; dans cette liste, les mots cateiae et rumpiae sont juxtaposés*. La preuve que la rumpia, aussi dite rhomphaea, ressemblait à l'angon, c'est qu'un poème du vin0 siècle désigne encore ainsi le javelot d'un guerrier franc : cecidit vir fortis in proelio... cruentata rompïiea*.

Les Lusitaniens, parmi lesquels Strabon mentionne expressément une tribu de Celtici*, portaient, au dire de Diodore de Sicile7, des javelots tout

Horatia une première fois à l'article pila, se, une seconde fois à l'article pilum, i, avec la traduction : Die Wurfspiesse der Horatier. Cf. Jordan, Topographie der Stadt Rom, l. I, 2, p. 395.

1. Les commentateurs se sont imaginé qu'il s'agissait de roues de chars, trophées des victoires des Coralles : Forsan igilur rotas cuvribus exemptas pro signis Scylhae habuerunt (éd. Lemaire). Cf. cependant la note de la même édition, t. II, p. 70.

2. Les éditions portent ferrata, qui ne donne qu'un sens forcé. L'épithète de serrala s'applique aux dentelures des soies hérissées sur le dos du sanglier comme les dents d'une scie. Il faut de la bonne volonté pour interpréter ici avec Lemaire : Sues quibus pro selis aculeos ferreos addiderant; cependant Ovide compare les soies hérissées d'un sanglier a des hastilia {Metamorph., VIII, 286).

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