‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 125 sur 144 · Tite-Live, 1. V, c. xxxv, § 6; c. xxxvu · texte numérisé non relu

Tite-Live, 1. V, c. xxxv, § 6; c. xxxvu

aucun autre écrivain ne parle. A l'époque de l'invasion des Celtes en Italie, le régime monarchique avait prévalu chez eux, Ambigatus ou mieux Ambicatus était roi du CelHcum, c'est-à-dire — non pas de la petite Celtique de César, qui est au ier siècle avant notre ère, une partie de la Gaule barbare entre la Seine, la Marne et la Garonne, — mais de la Celtique des géographes grecs au ive siècle avant J.-C, c'est-à-dire de. la Celtique d'Éphore, qui, à l'ouest, comprend la plus grande partie de l'Espagne jusqu'à Cadix, et qui, à l'est, touche au pays des Scythes.

Après que les Celtes eurent conquis sur les Ulyriens une grande partie de la région du Danube central, ive siècle avant notre ère ; après leur établissement dans le bassin du Rhône et dans les régions voisines restées jusque-là ligures, commencement du nie siècle, quand enfin les Carthaginois eurent soumis l'Espagne à leurdomination, 236-220 avant J.-C , on put donner de la Celtique la définition qu'on trouve encore chez Denys d'Halicarnasse à la fin du i** siècle avant J.-C. « La Celtique est située dans la partie occidentale de l'Europe entre le pôle boréal et le couchant d'équinoxe1. Elle est en forme de rectangle; elle touche au levant les Alpes qui sont les montagnes les plus hautes de l'Europe; au midi et là où souffle le vent du sud, elle atteint les Pyrénées; au couchant elle a pour limite la mer qui est au delà des colonnes d'Hercule ; les races scythique et thrace la bornent au nord et là où coule le Danube qui prend sa source dans les Alpes, qui est le plus grand des fleuves de la région et qui, après avoir traversé tout le continent septentrional, se jette dans le Pont-Euxin. La Celtique est assez grande pour qu'on puisse dire qu'elle comprend presque le quart de l'Europe. C'est un pays arrosé de nombreuses rivières, il est fertile, les récoltes y sont abondantes et ses pâturages nourrissent de nombreux troupeaux. Il est divisé en deux parties égales par le Rhin, qui après le Danube paraît être le plus grand des fleuves d'Europe.» Telle est la Celtique où, suivant Denys d'Halicarnasse, Arruns aurait été conduire du vin, de l'huile et des figues au commencement du ivc siècle avant J.-C*.

La Celtique ou le Celtlcum où régnait Ambicatus vers l'an 400 avant J.-C. était plus étendue au sud-ouest puisqu'elle comprenait une grande partie dé l'Espagne, elle avançait moins loin à l'est puisque les Celtes n'avaient pas encore conquis la Pannonie, mais elle renfermait toute l'Allemagne moderne sauf la région nord-est; elle ne comprenait ni le bassin du Rhône ni les côtes françaises de la Méditerranée, ni la Suisse, contrées

1. Non plus le couchant d'été comme chez Éphore, sa limite à l'ouest est modifiée depuis la perte de l'Espagne.

2. Denys d'Halicarnasse, 1. XIV, c. i; édition Didot, p. 700-701. à comparer le passage suivant de Plutarque, Marius, c. xi, § 6, édition Didot, p. 490, 1. 38- 24 : « Certains auteurs prétendent que la Celtique est assez grande pour s'étendre de la mer extérieure (océan Atlantique) et des régions septentrionales dans la direction du levaut jusqu'à la Méotide (mer d'Azov), eu sorte que la Celtique touche la partie de la Scythie qui borde le Pont-Euxin (mer Noire) et que là les Celtes sont mêlés aux Scythes. »

alors toutes habitées par les Ligures ; elle n'avait donc pas la forme de rectangle que prit plus tard la Celtique dans les Antiquités romaines de Denys d'Halicarnasse'. Mais c'était un très grand pays qui n'avait aucun rapport avec la petite Celtique de César; Tite-Live croyant à l'identité des deux circonscriptions géographiques commet un gros anachronisme ».

On peut donc pour cette époque parler de l'empire celtique. Les Celtes continentaux paraissent avoir possédé à celte époque une sorte d'unité politique qui semble avoir déjà existé dès le ve siècle et avoir continué jusque vers la fin du ive siècle avant notre ère. Cette unité politique explique l'unité de leur langue, la stabilité de leur politique extérieure, leurs succès dans les guerres.

Antérieurement au me siècle avant J.-C, le système politique unitaire que nous voyons prévaloir en Celtique et en Belgique au 11e siècle et auier et que l'habileté romaine sut détruire, paraît avoir prévalu dans l'ensemble des Celtes continentaux et avoir donné naissance à un grand État. Mais cet État n'était semblable ni à l'État romain, ni à l'empire de Napoléon, ni en général à la France moderne. Si on veut trouver une conception gouvernementale analogue, il faut se transporter en Allemagne. L'empire celtique était un groupement de petits États, de petits peuples parlant la même langue et au milieu desquels un peuple un peu plus puissant que les autres avait l'hégémonie. C'est ce que dit formellement le passage de Tite-Live relatif à Ambicatus. « Chez les Celtes, le pouvoir souverain appartenait aux Biturigen. Les Bituriges désignaient le roi du Celticum. Ce roi était Ambigatus", » lisez Ambi-catus.

Dans cette formule empruntée à la tradition celtique, il y a un détail qui peut sembler singulier, c'est le nom du peuple. Il paraît bizarre que Boirges ou Bordeaux fût la capitale de l'empire celtique, il est plus naturel de placer cette capitale à l'est de ces villes : Appien racontant l'invasion celtique en Italie fait venir des deux rives du Bhin ces nouveaux maîtres du nord de la péninsule*. Les Insubres qui fondèrent Milan étaient des Aedui; le nom sous lequel ils s'établirent en Italie était le nom d'un pagus des Aedui 8 ; or, les Aedui n'habitaient point alors dans le bassin du

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