‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 14 sur 144 · Hécatée, loc. cit., fragm · texte numérisé non relu

Hécatée, loc. cit., fragm

Hérodote, II, 33 :

« L'Istros (le Danube) est un fleuve dont les sources se trouvent chez les Celtes près de la ville de Pyrène. Il traverse l'Europe par le milieu. Les Celtes habitent en deçà des colonnes d'Hercule et ils sont voisins des Cynésiens (Kwïiaioiffi), le dernier peuple de l'Europe du côté du couchant. L'Istros se jette dans le Pont-Euxin, à l'endroit où sont les Istriens, colons de Milet. »

Et plus loin, IV, 49 :

« L'Istros coule à travers toute l'Europe. Il prend sa source chez les Celtes, les derniers peuples de l'Europe du côté de l'occident après les Cynètes (Kûvréxa«), et après avoir traversé l'Europe entière il se jette dans la mer sur les côtes de la Scythie. »

Du premier de ces passages il faut rapprocher la phrase suivante des Météorologiques d'Aristote (1, 13) * :

« De Pyrène (c'est une montagne vers le couchant équinoxial dans la Celtique) descendent l'Istros et le Tartessos : ce dernier aboutit en dehors des colonnes [d'Hercule], l'Istros, après avoir traversé toute l'Europe, au Pont-Euxin. »

Il semble donc que pour Hérodote, comme pour Aristote, le Danube aurait pris sa source dans les Pyrénées, ce qui atteste, d'accord avec le texte de Polybe cité plus haut, le peu de connaissances qu'avaient les Grecs de la géographie de l'Europe occidentale. Toutefois, il faut observer qu'Hérodote parle d'une ville de Pyrène, et non d'une montagne de ce nom; il est donc possible qu'il n'ait pas commis Terreur où l'auteur des Météorologiques est certainement tombé.

En résumé, les passages cités d'Hérodote indiquent qu'il se figurait vaguement les Celtes comme habitant à l'ouest de l'Europe, sans qu'il soit possible d'en tirer une information quelconque sur l'étendue du domaine qu'ils occupaient au milieu du ve siècle.

Soixante ans environ après Hérodote, Platon nomme les Celtes au nombre des nations belliqueuses, à côté des Scythes

t. Aristote, éd. Didot, t. III, p. 569, 45.

et des Thraces, mais sans donner aucun renseignement sur leur pays.

« Les Scythes, les Perses, les Carthaginois, les Celtes, les Ibères, les Thraces, toutes nations belliqueuses, aiment le vin et en boivent avec excès *. »

Il est probable que Platon avait eu l'occasion de voir quelques troupes de Celtes mercenaires, recrutés vraisemblablement sur le Danube. Vers la même époque, pendant que Denys le Tyran faisait la guerre aux Locriens, des envoyés des Gaulois qui avaient brûlé Rome quelques mois auparavant, vinrent solliciter son alliance et son amitié. Denys enrôla les Gaulois et continua la guerre avec eux *.

Xénophon, contemporain de Platon, parle également de ces bandes de Celtes et d'Ibères dont on achetait déjà le concours en Sicile, en Grèce et en Asie Mineure 3.

« Sur ces entrefaites arrivent aux Lacédémoniens les secours envoyés par Denys. C'étaient plus de vingt trirèmes, portant des Celtes, des Ibères et une cinquantaine de cavaliers... La troupe d'Archidamos ayant pris la fuite, une grande partie des fuyards furent tués, les uns par les cavaliers, les autres par les Celtes. »

Il s'agit sans doute des Celtes enrôlés par Denys le Tyran, dont les envoyés lui disaient, au témoignage de Justin* : « Notre nation est placée au milieu de vos ennemis ; nous pouvons vous être d'un grand secours, soit en les combattant de front, soit en les prenant à dos au moment du combat. » Ces Gaulois, restes de l'armée qui avait vaincu les Romains à l'Allia et pris le Capitole, étaient campés en Ombrie. Nous possédons, à cet égard, un renseignement précieux dans le Périple de Scylax de Caryande, dont la rédaction, s'appuyant sur un document plus ancien, se place vers 350 avant J.-C.

1. Platon, De Legibus, éd. Didot, t. II, p. 272 (trad. Cousin, t. VII, p. 36).

Page 1