‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 15 sur 144 · Justiu, XX · texte numérisé non relu

Justiu, XX

Décrivant les côtes orientales de l'Italie, le géographe grec s'exprime ainsi ' :

« Après les Tyrrhéniens vient la nation des Celtes, restes de l'invasion. Us occupent une bande étroite de terrain jusqu'à Adria. Après les Celtes viennent les Yénètes chez lesquels coule l'Éridan. Puis on trouve les Istriens et le fleuve Ister *• »

Les Celtes « restes de l'invasion » sont un trait de lumière au sein de l'obscurité des faits relatifs aux Gaulois du ive siècle. Rapprochée de la phrase de Justin, ou plutôt de Trogue Pompée, qui nous montre les Celtes, peu de temps après l'incendie de Rome, campés dans l'Italie centrale sur les derrières des Romains, cette mention rapide prend une importance particulière.

Vers la même époque (350), l'historien Théopompe a l'occasion de parler des Celtes en racontant des événements qui se produisirent en Illyrie 3.

« Les Celtes, connaissant l'intempérance des Ulyriens, firent dresser dans leur camp des tables couvertes de mets, dans lesquels ils répandirent une herbe vénéneuse qui produit un effet violent sur les entrailles. Grâce à ce stratagème, les uns furent surpris et tués par les Celtes, les autres se jetèrent dans les rivières voisines, parce qu'ils ne pouvaient supporter les coliques dont ils étaient atteints. »

Il est aussi question des Celtes établis sur l'Adriatique dans un passage de Y Expédition cT Alexandre d'Arrien, passage qui remonte certainement à un des historiens du conquérant macédonien qui écrivirent au iv° siècle *:

« Là [chez les Gètes] des députés vinrent trouver Alexandre de la part des autres nations indépendantes qui habitent les bords de l'istros et de

1. Scylax, Periplus, c. xvm, dans les Geographi minores de Didot, t.I, p. 25.

2.MeTa Sk Tupp-/jvou; eîtrc Ke>to\ sôvo;, aTioXetîpOlvTEç xr(; dTpaxsta;, eVi <ttev(ov (Jti/pt 'ASpsou... Me-cà 8è KeXroù; 'Eveto! elatv sOvo; xai iro-rap-b; 'HpiSavô; èv aùroïç. Mexà 8è 'Evstouç ec<riv ê'8vo; "Iarpot xal Ttoxafiôî "Iurpo;.

3. Théopompe, fr. 41, dans les Fragm. historié, graec. de Didot, t. I, p. 284.

4. Arrien, E.rped. Alex., I, iv, 6 ; Cougny, Extraits des auteurs grecs concernant la Gaule, t. III, p. 360.

la part de Syrmos, roi des Triballes. Il en vint aussi de chez les Celtes établis sur le golfe (Vlonie '. Les Celtes sont de grande taille et ils ont d'eux-mêmes une haute opinion. Tous venaient, à ce qu'ils disaient, avec le désir d'obtenir l'amitié d'Alexandre. A tous Alexandre donna des gages et il en reçut d'eux. Puis il demanda aux Celtes ce qu'ils redoutaient le plus au monde, espérant bien que son grand nom avait pénétré dans le pays des Celles et plus loin encore et qu'ils allaient lui dire que c'était lui qu'ils redoutaient le plus. Mais la réponse des Celtes fut tout autre qu'il ne l'espérait. Établis loin d'Alexandre, habitant des contrées d'un accès difficile et voyant Alexandre prêt à s'élancer vers d'autres régions, ils ne redoutaient rien, lui dirent-ils, que de voir le ciel tomber sur eux. Il les appela ses amis, puis les congédia, en ajoutant seulement que les Celtes étaient de grands hâbleurs. »

Il faut citerle passage où Strabon raconte la même entrevue : la concordance des deux narrations est telle qu'on en reconnaît aisément la source commune. Suivant Strabon, ce serait l'histoire d'Alexandre écrite par un de ses compagnons d'armes, Ptolémée fils de Lagus, qu'Arrien cite, à côté d'Aristobule, comme la principale autorité de son récit2.

Strabon, VII, m, 8 3:

«< Durant la même expédition Tau delà du Danube], Ptolémée fils de Lagus raconte qu'Alexandre reçut une députation des Celtes de l'Adriatique*, chargée de conclure avec lui un pacte d'alliance et d'amitié. Il fit à ces barbares le plus cordial accueil, et, dans la chaleur du festin, se prit à leur demander ce qu'ils redoutaient le plus au monde, croyant bien qu'ils allaient prononcer son nom; mais leur réponse fut qu'ils ne redoutaient rien que de voir le ciel tomber sur eux; que, du reste, ils attachaient le plus haut prix à l'amitié d'un homme tel que lui. »

La Porte du Theil, qui a publié, de concert avec Gail, une traduction de Strabon, fait suivre ce passage d'une note sur laquelle nous appelons l'attention : « C'étaient, dit-il, des Carnes ou des Japyges, qui, ayant suivi Sigovèse sous le règne de Tarquin l'Ancien, avaient ensuite fixé leur demeure près de l'Adriatique. » C'est ainsi que les erreurs se propagent sous le couvert de savants justement estimés. Où la Porte du Theil

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