‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 141 sur 144 · Helbig, Das homerisvhe Epos, 2« C'Jilion, p · texte numérisé non relu

Helbig, Das homerisvhe Epos, 2« C'Jilion, p

des molifs et de leurs contrastes, le caractère hellénique et non oriental du bouclier d'Achille, fut frappé, en 1887, de l'analogie que présentent ces motifs avec ceux des situles de l'Ilalie septentrionale. Laissons parler l'illustre historien de l'art antique. Il vient de rappeler les découvertes des situles de la Gertosa, du terrain Arnoaldi et de Watsch, ajoutant, comme une chose évidente et inutile à démontrer, que l'art dont ces objets sont l'expression n'a absolument rien à voir avec l'art étrusque et que le groupe auquel ils appartiennent a été plusieurs fois qualifié d'ombrien. Voici maintenant ses propres paroles4 :

« Dans la conception des figures humaines et animales, dans l'ensemble de l'indication des formes, on sent moins le caractère particulier d'une école d'art que, d'une manière générale, celui d'une individualité ethnique. Brizio a justement signalé, dans bien des détails, la trace d influences grecques postérieures et montré aussi que, malgré leur apparence très archaïque, ces œuvres ne peuvent pas avoir été fabriquées à une époque bien différente de celle à laquelle appartiennent les autres objets des tombes de la Certosa. D'autant plus étonnante est leur concordance avec l'art grec le plus ancien dans toute la conception tectonique, poétique et artistique. // n'existe pas un second groupe de monuments que Von pût utiliser aussi directement, pour la restitution du bouclier homérique, que les situles de Bologne et de Watsch. Tout d'abord, à cause du choix des représentations : scènes d'agriculture et de chasse, cortèges de fêtes et de sacrifices, musique, jeux gymniques, marches de guerriers, etc. ; puis dans l'expressionsimple de la pensée rendue par l'image, comme dans l'économie des moyens représentatifs du dessin ; enfin, dans la disposition générale par bandes parallèles. Et cependant, entre le bouclier homérique et les situles, il s'est écoulé peut-être cinq siècles, alors qu'une préhistoire de l'art, jetant comme un pont sur cet intervalle, n'existe pas ou existe à peine pour ces dernières, alors encore que la continuation de cet art serait enveloppée d'une obscurité complète si le hasard ne nous fournissait à cet égard une indication précieuse dans un monument déjà anciennement connu. Il s'agit du fauteuil en marbre du palais Corsini, découvert en 1732 à Rome près du Latran (Monum. deW Instit., t. XI, pi. 9), qui occupait jusqu'à présent une place tout à fait isolée et indéterminée parmi les monuments romains. Tout récemment, M. Benndorf a remarqué (Mittheilungen de la Société d'anthrop. de Vienne, 8 mars 1884) que les fauteuils tressés de la situle de Watsch ressemblent tout à fait à ceux de la sedia Corsini, dont les reliefs présentent aussi des analogies très dignes d'attention avec ceux des situles. Mais nous devons aller plus loin. Les guerriers qui s'avanventàpied ou à cheval, la chasse, le cortège de sacrifice, les jeux, dans leur relief peu accusé, leur répartition en bandes, font tout l'effet d'une situle traduite en pierre, si ce n'est que dans le rendu des figures le

1. Brunn, Ueber die Aasgi'af/ungen der Certosa, Munich, 1887, p. 26 [170]. Ou Voudra bien considérer que la prose de M. Bruuu est à peu près intraduisible eu français.

style qui prédomine est celui de l'art gréco-romain postérieur; cependant les personnages enveloppés dans leurs manteaux rappellent encore nettement leurs prédécesseurs en bronze et, en outre, l'emploi ornemental des branches de lierre et des postes t'ait immédiatement penser à la décoration des stèles de Bologne.

« .Nous nous trouvons ici devant une série de problèmes qui, dans bien des parties essentielles, attendent encore leur solution de l'avenir. Mais les laits suffisent pour nous indiquer, et cela est important, que l'art ne peut être mesuré au même étalon à la périphérie de la civilisation grecque et italique qu'au centre même de son développement L'art « ombrien » est un rejeton né à l'origine des racines (un drageon), qui s'est sans doute élevé d'un vieux tronc commun, mais qui, alors que l'arbre lui-même, ennobli par l'hellénisme, avait déjà achevé tout son développement, a continué à vivre d'une vie isolée, sans avoir la force d'accomplir à son tour un développement semblable, bien plus, qui a marché rapidement à son déclin par l'efFet d'une fécondation partielle et d'un essai de transposition de ses principes dans une langue artistique postérieure'. »

«La désignation de cette civilisation comme ombrienne repose sur l'hypothèse que les Ombriens ont été refoulés sinon complètement, du moins en grande partie par les Étrusques, des environs de Bologne vers le nord et la région des Alpes. Mais tout récemment on en a proposé une autre, qui semble surtout motivée par les découvertes dans les régions déjà plus éloignées de laCarinthie (voir A. B. Meyer, Gurina im Obergailthal, Dresde, 1885, et Orsi, Bullett. dipaletnol. ital., t. XI, 1885). Des populations illyriennes auraient été poussées des rives orientales de la mer Adriatique vers le nord et vers l'ouest, et ainsi la civilisai ion illyrienne de la Grèce du nord serait arrivée, par voie de terre, dans l'Italie septentrionale. Des découvertes ultérieures pourront seules décider entre ces deux désignations. Mais, dès à présent, on peut dire que l'hypothèse de la durée plusieurs fois séculaire d'un certain état de civilisation parait singulièrement perdre en invraisemblance, lorsque nous envisageons l'état de choses qui subsiste encore aujourd'hui précisément dans des régions voisines de celles-là,

« Tandis qu'en Italie et dans toute l'Europe occidentale, l'art, depuis Giotto, a accompli plus qu'une évolution complète, l'art byzantin reste presque inaltéré dans les pays des Balkans et, plus loin encore, dans tout le domaine de l'Église gréco-orientale. Si un jour il essaie de rompre le9 liens dont il est actuellement enserré, il lui sera bien difficile de traverser à nouveau les mêmes phases que l'art occidental, mais il disparaîtra en lui et s'éteindra, comme l'art ombrien ou illyrien a disparu dans l'art gréco-romain. »

M, Brunn est revenu sur les mêmes idées en 1893, dans la première partie de son Histoire de Cart grec*. Il a commencé par montrer que, dans le détail des scènes, dans le choix même des sujets, il va beaucoup

1. Cela ressemble à du galimatias, mais, eu y regardant de près, on reconnaîtra quelles pensées profondes se cachent sous cette forme amphigourique et compliquée.

2. Bruuu, Griechische Kunstgesc/Uchte, Muuicli, 18'J3, p. 77 et suiv.

de points communs entre le bouclier d'Achille et les bas-reliefs assyriens du palais de Sanhcrib. Mais si les ressemblances particulières sont frappantes, l'esprit de la composition homérique est tout différent de celui des œuvres assyriennes. Celles-ci juxtaposent les éléments figuratifs à la façon d'un chroniqueur, tandis que l'artiste du bouclier d'Achille compose et dispose les siens comme un poète. M. Brunn admet, cependanl, que l'art hellénique primitif a puisé largement dans le répertoire des formes assyriennes, mais il a su transformer ce qu'il empruntait en l'assimilant. De même, dans un autre domaine, les Grecs ont reçu les caractères de leur alphabet des Phéniciens., mais ils ne doivent leur littérature qu'à eux-mêmes.

Sur un bas-relief assyrien publié par Layard, que M. Brunn avait déjà allégué en 18G8, on voit une ville assiégée, entourée de combattants, qui rappelle un épisode analogue du houclier homérique. Ce bas-relief n'est pas antérieur à l'an 700 avant J.-C. Mais, en 1890, le nettoyage d'un fragment de vase d'argent, découvert par Schliemann dans la quatrième tombe royale de Mycènes, nous a mis en possession d'une scène en relief beaucoup plus voisine encore de celles qui sont décrites dans les Boucliers d'Homère et d'Hésiode'. Comme l'a dit M. Perrot*, «ce qui fait l'imporlauce et l'intérêt du monument, c'est le thème que l'artiste y a traité. Ce thème, celui d'un combat livré entre deux partis ennemis, sous les murs d'une ville assiégée, nous l'avons souvent rencontré chez les peuples de l'Asie antérieure, dans les bas reliefs de l'Egypte et de l'Assyrie, ainsi que sur les coupes phéniciennes : mais rien ne nous autorisait jusqu'ici à penser qu'il appartint au répertoire de l'art mycénien. Sans doute, en lisant les poètes épiques, on avait soupçonné qu'ils s'étaient inspirés d'ouvrages réels, vus et admirés par eux, pour décrire le Bouclier d'Achille et le Bouclier d'Hercule; on s'était avisé qu'ils avaient dû emprunter à ces ouvrages la plupart des traits et des couleurs dont ils se sont servis pour peindre les scènes diverses qu'ils groupent dans le champ de l'orbe décoré par la main d'un dieu ; mais, faute de connaître l'art mycénien et la variété de ses ressources, c'était uniquement du côté de la Phénicie que l'on s'était avisé de chercher les modèles qui auraieut éveillé l'imagination d'Homère et d'Hésiode. Il y a sans doute quelque chose de fondé dans cette hypothèse : ce que ces poètes ont pu devoir aux tasses historiées d'argent et de bronze doré que les ateliers de Sidon répandaient sur tous les marchés de la Méditerranée, c'est cette division en zones concentriques qui définit l'ordonnance de leur composition; mais pour ce qui est du choix même des objets et de l'esprit dans lequel ils sont traités, on y goûte un sens de la vie et une vérité concrète que l'on chercherait en vain dans les produits routiniers de l'industrie syrienne3. »

On pourrait demander à M. Perrot sur quoi il se fonde pour admettre

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