‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 24 sur 144 · Traduction Gaucher, t. 1, p · texte numérisé non relu

Traduction Gaucher, t. 1, p

cherchaient par quelle issue ils s'élanceraient, à travers ces roches perdues dans les cieux, vers un autre univers ; un pieux scrupule les retint encore. Ils apprirent que des étrangers, cherchant comme eux une patrie, avaient été attaqués par les Salyes ; c'étaient les Massiliens, venus par mer de Phocée. Les Gaulois virent là un présage de leur propre destinée ; ils les aidèrent à s'établir sûrement sur les rivages où ils avaient débarqué et qu'abritaient de vastes forêts. Eux, ils franchissent les Alpes par des gorges inaccessibles, traversent le pays des Taurins', battent les Toscans près du fleuve Tessin et s'établissent dans un canton qu'ils apprennent s'appeler terre des Insubres. Ce nom rappelait aux Éduens les Insubres de leur pays : ils virent là un heureux augure et fondèrent à cet endroit une ville appelée Mediolanum.

La précision de cette légende, qui aurait dû mettre en garde contre son authenticité, a fait illusion pendant longtemps aux plus sagaces. Mais depuis que les premiers doutes ont été formulés par le comte du Buat2, nombre de graves historiens, Niebuhr, Zeuss, Jacques Grimm, MM. Mommsen et d'Arbois de Jubainville se sont accordés pour refuser tout crédit à la tradition recueillie par Tite-Live. | \

Écoutons d'abord l'illustre Zeuss3 :

« L'expédition des Celtes vers l'est eut lieu au commencement du iv° siècle avant J.-C. et c'est à cette époque que leur invasion en Italie est fixée par les renseignements que nous fournissent Polybe, Diodore, Appien, Dion Cassius et Justin. Tite-Live seul s'écarte des autres historiens d'une manière importante, en plaçant au temps deTarquin l'Ancien le passage des Alpes par les Celtes. Niebuhr, dans son Histoire romaine, a prouvé que cette date est inadmissible. Cette date a été chez Tite-Live le résultat d'une addition fabuleuse à l'ancienne tradition qu*il reproduit. Ailleurs, cet historien se met lui-même en contradiction avec cette doctrine chronologique, puisque dans son récit des événements qui eurent lieu de 395 à l'an 387 avant J.-C, les Gaulois, arrivés en Italie, suivant cette doctrine chronologique, deux cents ans plus tôt, sont appelés par l'assemblée générale des Étrusques gentem invisitatam, novos accolas (V, 17) ; les habitants de Clusium voient en eux formas hominum invisitatas et novum genus armorum (V, 35) ; et pour exprimer la pensée des Romains, une formule analogue est reproduite : invisitato atque inaudito hoste ab Oceano terrarumque ultimis oris bellum dente (V, 37). La fable, sur laquelle

1. Voir ce qui sera dit plus bas de ce passage, dont le texte est contesté.

Page 1