‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 34 sur 144 · Polybe, II, xv · texte numérisé non relu

Polybe, II, xv

4. Strabon, IV, îv, 2; Diodore, V, 28; Arrien, Exp. Alex. I. 4; Plutarque, Marius, XXVI ; Pausanias, X, 20 ; Appien, De reb. gallicis, II, vu, 8.

5. César, Bell, gall., II, 30; Bell, afric, 40; Virgile, Aen., VIII, 662; Tite- Live, V, 44; VII, 12; XXII, 2; XXXVIII, 17; Florus, II, 4; Silius, Punique*, XV, 715; Ammien, XV, 11.

faisait des Celtes, vers l'an 300 avant notre ère, un des compagnons d'Alexandre, Ptolémée fils de Lagus1.

Dans l'art grec, le type des Gaulois fut fixé par les artistes de Pergame qui furent chargés de perpétuer le souvenir des victoires d'Attale Ier (241-197) et d'Eumène II (197-159) sur les Galates d'Asie Mineure2. Nous possédons deux séries de sculptures qui dérivent de ces œuvres d'art, popularisées par de nombreuses copies et imitations. A la première appartiennent le Gaulois mourant du Capitole, faussement appelé Gladiateur, et le Gaulois se tuant après avoir tué sa femme, groupe de la villa Ludovisi où l'on reconnaissait autrefois Arria et Paetus. Ce sont des statues de grandes dimensions qui ont probablement fait partie d'un ensemble disposé à la manière d'un fronton. Les originaux, en bronze, avaient sans doute été dressés, à l'époque d'Attale Ier, sur l'acropole de Pergame. La seconde série comprend des répliques en marbre découvertes à Rome, d'après des statues en bronze plus petites que nature qu'Attale Ier avait exposées sur l'acropole d'Athènes. Ces statues constituaient quatre groupes: une Gigantomachie, la bataille des Athéniens contre les Amazones, la bataille de Marathon et la défaite des Gaulois par Attale. Les trois figures des Gaulois qui se sont conservées presque intactes sont à Venise (un vieillard et un jeune homme mort), et au Musée du Louvre (un jeune homme blessé) ; on peut en voir des moulages au Musée de Saint-Germain. Dans toutes ces œuvres, le type des Gaulois paraît identique : ce sont des hommes de taille élevée, fortement musclés, avec une chevelure abondante et inculte, un profil énergique et presque brutal qui s'éloigne très sensiblement de l'idéal grec. Ainsi fixé par des artistes éminents, dont les œuvres furent bientôt populaires, le type plastique des Gaulois fut reproduit avec une fidélité remarquable jusqu'aux derniers temps de l'empire romain; on le retrouve notamment sur l'arc d'Orange et sur le grand

i. Comparez Strabou, VII, ni, 8 et Arrien, Exp. Alex., I, 4. 2. Voir S. Reinach, Les Gaulois dans l'art antique et le sarcophage de la vigne Ammendola, Paris, Leroux, 1889.

sarcophage de la vigne Ammendola, aujourd'hui au Musée du Capitole, dont les motifs sont certainement empruntés à des œuvres d'art contemporaines des rois de Pergame. Bien plus, ce type des Gaulois devint, à l'époque romaine, celui des Barbares en général, Germains, Marcomans et Daces. « L'art romain n'a rien innové dans la représentation des peuples celtiques. Il s'en est tenu à la vulgatc fixée à l'époque alexandrine, sorte de tradition iconographique qui se perpétua jusqu'aux derniers jours de l'empire. De même que l'on continua à copier et à « contaminer » les bas-reliefs et les peintures de la Grèce qui représentaient desbatailles d'Amazones et d'autres épisodes mythologiques, de même les nombreuses œuvres d'art du uie siècle, relatives aux défaites des Galates d'Asie Mineure, furent comme l'album où les artistes postérieurs cherchèrent des motifs toutes les fois que le sujet à traiter le comportait : c'est ainsi que les Galates devinrent les Barbares par excellence, que leur type fut prêté à tous les autres Barbares et que le reflet des trophées de Pergame embellit encore, trois siècles après Eumène, les monuments des victoires impériales sur les Germains, les Daces et les Marcomans1. »

Il y a donc, sur le type physique des Gaulois, parfait accord entre les monuments et les textes; les uns et les autres dérivent d'une tradition qui a été fixée de bonne heure et qui s'est maintenue sans altération jusqu'à la fin.

Roget de Belloguet, que la question du type gaulois a préoccupé pendant plus de vingt ans, après avoir longtemps hésité entre différentes hypothèses, a résumé dans un sens analogue l'opinion à laquelle il s'était arrêté* :

« Nous avons reconnu que les Celtes ou Gaulois appartenaient tous, sans distinction entre les Belges et les Gaulois proprement dits, à un même type et par conséquent à une seule et même race, d'un caractère tout septentrional, c'està-dire blonde, de haute stature et d'un tempérament lym-

i. S. Reinacb, Les Gaulois dans l'art antique, p. 76. 2. Ethnogénie gauloise, t. IF, Types gaulois, p. 308.

phatique qui supportait difficilement les chaleurs du midi. » Roget de Belloguet ajoute que « dans les œuvres d'art arrivées jusqu'à nous, ce type est principalement caractérisé par la longueur de la tête en opposition avec un autre type à tête ronde. » Cette dernière proposition est, pour le moins, trop absolue, car le Gaulois mourant du capitale et le Gaulois du groupe dit d'Arria et Paetus sont nettement brachycéphales. Nous ignorons, du reste, si les artistes grecs se sont jamais préoccupés d'indiquer avec exactitude le développement antéropostérieur du crâne, particularité'dont les auteurs anciens n'ont pas davantage tenu compte. L'exploration des sépultures et l'étude des squelettes peut seule nous renseignera cet égard : c'est un travail qui se poursuit, mais que rend difficile, en bien des contrées et pour une longue période, la prévalence du rite de la crémation.

Si l'on doit, avec Roget de Belloguet, admettre l'unité du type physique dont l'apparition coïncide avec les grands événements auxquels le nom des Gaulois est attaché, en Italie, en Grèce et en Asie Mineure, durant les quatre derniers siècles avant notre ère, on s'exposerait à de graves erreurs en voulant attribuer ce type aux populations du reste de la Celtique d'E^ phore, celles de l'Espagne, delà Gaule centrale, de la Grande- Bretagne, de l'Irlande, de la Germanie. A côté du type des grands dolichocéphales, il y a, en effet, celui des petits brachycéphales bruns, qu'on ne peut faire dériver de premier en alléguant des « influences de milieu » et qui accusent une provenance ethnique toute différente. Il faut même se bien garder de considérer comme appartenant au « type classique » les nombreuses tribus celtiques de la Gaule méridionale qu'Annibal, en 218, rencontre sur son chemin des Pyrénées aux Alpes. Polybe, il est vrai, qualifie expressément ces populations de celtiques1. La conquête du sud de la Gaule par les Celtes était alors un fait accompli, probablement même depuis longtemps; mais une conquête n'entraîne pas,

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