Les Celtes et les langues celtiques; lecon d'ouverture du cours de langue et littérature celtique fait au Collège de France
Pour arriver ù se former des Celtes, nos ancêtres, une idée scientifique, le moyen le plus sûr est de commencer par étudier leur langue. Leur langue, le celtique, est le rameau le plus occidental de la famille indo-européenne. Ce rameau se distingue des autres rameaux de la même famille linguistique par divers caractères,dont un des plus remarquables est la chute du P primitif; ainsi l’adjectif qui s’écrit en français plein , en latin plênus , en sanscrit prânas , devient en vieil irlandais lân, en vieux gallois laun, en breton leun; père , en sanscrit pitâ au nominatif, pitaram à l’accusatif, en grec TrocTTip, en latin pater , se dit athir en vieil irlandais *.
Le celtique ancien était divisé en dialectes comme le nouveau. Des dialectes du celtique ancien, celui que nous connaissons le moins mal est le gaulois, qui chez nous a précédé le latin, et dont la langue celtique, parlée en Grande-Bretagne au temps de l’Empire romain, était une variété.
1. Citons encore le sanscrit upari) en grec Circép, en latin s-uper avec p médial, mais sans p dans le gaulois lier-, ver -, qui est devenu en vieil irlandais for, en vieux gallois gucr (/* en irlandais, gu en vieux gallois, tiennent lieu de v initial). Pour plus de détails, voir un mémoire de M. Windisch dans les Beitraege de Kuhn, t. VIII, p. I et suivantes.
Un dialecte différent était usité en Irlande à la môme époque : il avait conservé le qu primitif, tandis que le gaulois changeait le qu primitif en p. Ainsi, en irlandais comme en latin, on avait gardé la gutturale sourde initiale du nom de nombre «quatre», en latin quatuor ; mais en gaulois cette gutturale était devenue labiale ; quatre se dit : petor dans le composé gaulois petor-ritum , « char à quatre roues » iy petuar dans le dérivé Petuaria, nom d’une ville de Grande-Bretagne 1 2.
Dans les siècles voisins de la chute de l’Empire romain, il se fit dans les dialectes celtiques une révolution analogue à celle que subit alors la langue latine; de là les dialectes ou les langues néo-celtiques.
Des langues néo-celtiques, les unes sont issues de la variété du gaulois qui se parlait en Grande-Bretagne; ce sont : le gallois et le breton, qui vivent encore aujourd’hui ; le comique ou langue de la Cornouaille anglaise, éteint au siècle dernier. De l’irlandais primitif sont issus : 1° l’irlandais, où l’on distingue ordinairement troisâges : vieil irlandais, moyen irlandais, irlandais moderne; 2° le gaélique d’Écosse ; 3° le manx ou langue de l’île de Man.
Les langues néo-celtiques forment donc deux groupes qui viennent, l’un de la variété du gaulois parlée en Grande-Bretagne, l’autre de l’irlandais primitif. Ces groupes conservent les caractères distinctifs des dialectes anciens dont ils descendent. En gallois, en comique, en breton, comme en gaulois, le qu primitif est remplacé par un p : quatre se dit petguar, pedwar en gallois, peswar en comique, pévar , péouar , pouar en breton. Celte substitution de consonne n’a pas lieu dans les langues nées de l'irlandais primitif; quatre se dit en vieil irlandais cethir , en irlandais moderne ceathair, en gaélique d’Écosse ceithir , en manx kiare. Les dialectes modernes nous offrent donc la môme bifurcation que les dialectes anciens.
On désigne souvent par le mot « celtique » l’ensemble de ces dialectes ou langues d’âge différent, les unes mères, les autres filles; mais quand on veut s’exprimer avec plus de rigueur, on distingue deux époques : l’épcque du celtique ancien, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et l’époque néo-celtique, qui succède à
1. Varron, liv. XIV Rerum divinarum , cité par Aulu-Gelle, liv. XV, cli. xxx. Varro cum de peiornto dixisset esse id verbum gallicum. Cf. Quintilien, liv. J, cli. v : gallica valuerunt ut... petorritum ; et Festus, qui au mot Petoritum s’exprime ainsi : et gallicum vehiculum esse et nomen ejus existimant a numéro quatuor rotarum.
2. riETouapia, Ptolémée, éd. Nobbe, liv. II, ch. ni, § 17. Cf. Wilberg, p. 108
la première vers une date contemporaine de celle où naissent les langues néo-latines.
Nous avons emprunté le mot «celtique » au grec. C’est un dérivé du substantif KsXtoç1 par lequel les Grecs désignaient les Celtes continentaux. Ce dérivé apparaîtpour la première fois, mais avec un sens géographique, chez Hécatée de Milet. Hécatée,vers la fin du vi0 siècle avant notre ère, a publié une sorte de géographie universelle qu’il a intitulée r^ç rapfoSoç ou « voyage autour du monde ». Malheureusement il n’en reste que des débris. Mais dans un fragment qui nous a été conservé on lit : « Marseille, ville de Ligystique près de la Celtique»; dans un autre fragment: « Nyrax, ville celtique 2 ». Tels sont les premiers témoignages que nous ayons de l’existence du dérivé KeXnxo;.
L’auteur le plus ancien chez lequel on trouve le mot KsXto'ç est Hérodote, qui mentionne les Celtes deux fois : la première, dans son livre II, écrit de 445 à 443 avant notre ère; la seconde, dans son livre 1Y, qui est un peu postérieur. Suivant lui, les Celtes, KeXtoC, habitent à la source du Danube, et en Espagne sur les côtes de l’Océan Atlantique 3.
Il est souvent question d’eux chez les auteurs grecs du ive siècle. Dès l’année 370 des mercenaires celtes au service du tyran Denys, viennent se mêler aux luttes intestines des Grecs4. Bientôt Théopompe nous montre les Celtes guerroyant avec les Illyriens 5.
1. GUick a proposé de considérer KeXxo; comme dérivé d’une racine kel, élever, qui se trouve dans plusieurs langues indo-européennes, notamment en latin dans le dérivé celsus = cel-to-s ( Beitraege de Kuhn, t. Y, p. 97). Cette étymologie peut être bonne. Elle n’est pas certaine. La racine kel, « élever », n’a pas encore été retrouvée dans les langues néo-celtiques.
2. MaooaXta tioXiç xŸjç Aiy uaxtxriç, xaxà t9)V KeXxixr)V... 'Exaxaïoç EOpwrofl. Nupa£ 716X1; xeXxtxrj. 'Exaxaïoç Eupum^. Didot-Mueller, Fragmenta historicorum graecorum , t. I, p. 2. Le fragment n° 19, ligne première, dans lequel Hécatée aurait mis des Celtes à Narbonne, est imaginaire, bien qu’on le trouve à la môme page des Fragmenta historicorum graecorum de Didot.
3. xicrxpoç xe yàp 7voxap.oç, àptjàp.evoç ex KeXxwv xai IIup^VYiç 7roXioç, peet, piariv <7)dÇu)V Eùpü>7r/]v. 01 Se KeXxoi elax e£w 'HpaxXewv cxr)Xewv, ôpioupeouai Se Kuvv oxoïci, oï ëo^axot ixpoç Suo-piwv oîxeouoi xtov ev xfl EOpwTUfl xaxoixY]pivwv. Hérodote, liv. II, ch. xxxm, édition Didot, p. 82-83. — Péei yàp ôyj Sià rajcaY]; xŸjç EùpwTtYiç à vIox poç àpijàpievoç ex KeXxwv, oï eo^axoi upoç rpiou Suojxewv piexà Kuvy]xaç oixéouot xwv èvtî] Eùpw7iï). Hérodote, liv. IV, ch. xlix, édition Didot, p. 198.
4. Xénophon, Helléniques , liv. Vit, ch. i, § 20, 31, édition Didot, p. 467, 4G9.
5. Théopompe, fragment 41, chez Didot-Mueller, Fragmenta historicum graecorum, t. I, p. 284-285. Ce fragment appartient au livre deuxième des Philippiques , qui était une histoire de Philippe, père d’Alexandre le Grand, et des événements contemporains, 359-336. Théopompe vécut de 380 à 300 environ avant J. -C.
Ephore- met l’Espagne dans la Celtique et attribue aux Celtes toute la partie du monde qui est entre le couchant d’été et le couchant d’hiver 2. Pythéas fut le premier Grec qui alla de Celtique en Bretagne, et, du port de la Celtique où il s’embarqua, il lui fallut plusieurs jours de navigation pour gagner le pays de Kent en Grande-Bretagne 3. Aristote a connu les Celtes. Je laisse de côté les ouvrages apocryphes, trop souvent cités, de ce grand polygraphe, je me borne aux ouvrages dont l’authenticité est admise : suivant lui, les Celtes se vantent de ne craindre ni les tremblements de terre, ni les flots 4 ; ils ne font porter à leurs enfants que des vêtements légers 5 ; cependant le pays où habitent les Celtes qui sont au delà de l’ibérie est si froid que l’ûne n’y peut naître 6. Si nous en croyons Plutarque, Aristote a su que les Celtes avaient pris Borne7. Le périple attribué à Scylax de Caryanda, monument où nous trouvons la géographie politique des années 338 à 335 avant J.-C., nous montre les Celtes établis au fond de l’Adriatique8.
1. wE9opoç 6s ÙTCEpéàXXouoàv ts xiÔ p-EyéÔEi Xsyei ttjv KeXtixyjv, okxte, rjai rep vüv T Sr\piaç xaXoüpEV, èxeivotç Ta Estera xcpoavspsiv pixpi TaSetpcov (Strabon, liv. IV, ch. iv, g 6). Epliore, fragment 43, chez Didot-Mueller, Fragmenta historicorum graecorum, î. I, p. 245. Ephore écrivait dans la seconde moitié du ive siècle. C’est un contemporain de Théopompe.
2. Ot psv yàp [TvSoi] sîot p.£xa|ù ÔEpivwv xaî yweip.spivwv àvaxoXwv. KeXxo'i 6è xr,v (mo ôepivtov psyp1 xeipîpivwv ouapôjv ytopav xaTsyooai, etc. Ephore, fragment 38, chez Didot-Mueller, Fragmenta historicorum graecorum , p. 243-244.
3. ïïuôsaç, àvyjp ^Euôiaxaxoç... xo Kàvxiov y][xspwv xtvwv tcXoûv àus'yeiv ty); KeXTtxîj; çrjai. Strabon a été le naïf écho des rancunes de Polybe, qui ne pouvait pardonner à Pythéas d’avoir recueilli, au ive siècle avant notre ère, toutes sortes de renseignements curieux sur le nord-ouest de l’Europe, tandis que Polybe, au second siècle, ne pouvait obtenir aucune indication précise. Mais Pythéas avait eu la hardiesse d’aller lui-même jusqu’aux Iles Britanniques et à la mer du Nord, tandis que Polybe n’osa jamais s’éloigner des côtes de la Méditerranée. Voir K. Muellenhof, Deutsche Alterthumskunde, t. I, p. 353,354, 359. Strabon, liv. Ier, ch. iv, § 3, édition Didot- Mueller et Duebner, p. 52. Le voyage de Pythéas paraît contemporain du règne d’Alexandre le Grand, 336-323.
4. El priQsv 90601x0, [xïite cEtopov prjxE xà xùpaxa, xa0à7t£p (paa'c xoù; KsXxoOç. Ethica Nicomachea, liv. III, ch. vu, édition Didot, t. II, p. 32.
5. Ilapà 7ioXXotç sari xwv (3ap6àpü>v £0o;, toi; psv eî; Ttoxapov à7ro6à7Txsiv xà yiyvop.£va ^uypov, xoïç 6s oxÉTtaapa pu pèv apulaysiv, olov KeXxoÏ;. Politique , liv. VII, ch. xv, édition Didot, t. I, p. 622.
6. vExi 6e i^uypôv xo Çaiov ô ovoç ècrxlv ■ 6toTC£p èv xoîç yEipsptvoiç où 0sXei ylvscOa xotcoiç... olov... Tcept KeXxoùç xoùç ùuèp x^ç T6y)piaç • i];vxpà Ï“P <xüty] h X^pa< De animahum generatione, liv. II, ch. vin, édition Didot, t. III, p. 3C9.
7. ’ApiaxoxÉXY); 6s ô 91X60090; xo pèv à)ü>v ai xyjv tcôXiv Otto KsXrwv àxpiêw; 6rjX6; éoxtv àxYixoux;. Plutarque, Camille , ch. xxn, édition Didot, p. 167.
8. Mexà 6e ToppYivoù; Etot KeXxo'i eOvo; àTioXei çôévxe; x9j; oxpaxeta;, èrci (rrevaiv péy pi
Les Celtes de l’Adriatique envoyèrent une ambassade à Alexandre lors de son expédition contre les Thraces et les Gèles, vers l'an 335, et Ptolémée, fils de Lagus, a parlé de cette ambassade dans un livre écrit vers Tannée 300 1.
Jusqu’au me siècle avant J.-C. les Grecs n’ont eu qu’un nom pour désigner les Celtes continentaux ; ce nom est KeXto'ç. Quelle est l’origine de ce nom ? Suivant Pausanias, écrivain du second siècle de notre ère, KsXxo; est le nom que les Celtes se donnaient à euxinêmes 2. Vraisemblablement cette assertion n’est qu’en partie exacte. KsXroç est l’orthographe grecque du nom gaulois Celta, et César nous apprend qu’en gaulois Celta désigne, non pas l’ensemble des Celles continentaux, mais le rameau de la race celtique établi entre la Garonne, la Seine et la Marne à l’époque où commence la conquête de la Gaule transalpine, l’an 58 avant notre ère 3. Ce rameau de la race celtique dut être le premier avec lequel la ville grecque de Marseille, fondée l’an 600 avant J.-C., noua des relations commerciales; quand ce nom eut pénétré dans la langue grecque, on l’étendit aux autres rameaux de la famille dite depuis celtique, quoique dans leur langue nationale les membres divers de celte famille portassent d’autres noms4. Les Grecs se servirent même du nom de Celtes pour désigner les Germains. Dion Cassius, dans
\A8piou. ’EvxaüOa 8é èaxiv ô [u>x°S xoû ASpi'ou xoXtcou. Didot-Mueller, Geographi graeci minores , p. 25.
1. 4>rj(7t 8è IIxoXep.aïo; ô Aàyou xaxà xauxriv xr)V crxpaxetav avpiputjai x<5 AXe&xvSpco KeXxowç xoùç Tcspî xôv ’Aoptav çiXtaç xai Sjevi'aç X“Ptv* Strabon, liv. VII, ch. 3, § 8, édition Didot-Duebner et Mueller, p. 250, Arriani Anabasis de Didot, seconde partie, p. 87, fragment 2; cf. lre partie, Anabasis , liv. I, ch. iv, p. 5.
2. ’O^s 8s Tïoxs aùxoùc; xaXeïaQai TaXàxaç ètjevixYj<re. KsXxoî *yàp vtaxà xe açâ c; xô àpxatov xat îrapà xotç àXXoïç (î)vop.àî;ovxo. Pausanias, liv. I, ch. in, § 6, édition Didot-Dindorf, p. 5.
3. Qui ipsorum lingua Celtae , nostra Galli appellantur... Gallos ab Aquitanis Garumna flumen,a Belgis Matrona et Sequana dividit. ( De bello Gallico, lib. I, c. i.) Comparez Strabon, liv. IV, ch. i, édition Didot-Duebner et Mueller, p. 146-147. Strabon met par erreur les Celtae à l'est des Cévennes. Sur les Celtae de César, voir Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine , t. II, p. 411-427 et 462-499. De Celta dérive Celtillus, nom d’un gaulois de race Arverne, père du célèbre Vercingétorix. De bello Gallico, 1. VII, c. îv.
4. C’est ce que dit Strabon, liv. IV, ch. i, § 14, édition Didot-Mueller et Duebner, p. 157. Seulement le savant géographe se trompe quand il avance que le groupe celtique spécialement désigné en sa langue par le mot KeXxoç habitait la Narbonnaise. Il doit cette erreur à une fausse interprétation d’un passage de Polybe, liv. III, ch. xxmi, § 9, 2e édition Didot, p. 143. Les Celtes que Polybe nous montre près de Narbonne dans ce passage sont des Volcae , et non des Celtes, dans le sens étroit dn mot. Sur les Volcae , voir la page suivante.
son histoire, écrite pendant la première moitié du me siècle de noire ère, traduit systématiquement par Kekxoi le latin Gcrmani , tandis qu’il rend le latin Galli par TaVi-ai, synonyme grec relativement nouveau de KeXto; 4.
Un autre nom d’une branche de la famille celtique a été employé pour désigner la famille entière, c’est celui de Volca. Ce nom appartenait en propre à une tribu celtique établie au nord du haut Danube dans la région qui, à partir de César, porte dans la géographie ancienne le nom de Germanie1 2. Cette tribu envoya, probablement au commencement du 111e siècle avant notre ère, une colonie dans le bassin du bas Rhône, sur les deux rives duquel nous la trouvons établie lors du passage d’Annibal, 218 ans avant noire ère3. Plus tard, elle s’avança davantage à l’ouest, et, sous la domination romaine, cette tribu, établie tout entière sur la rive droite du Rhône, était divisée en VolcaeTectosages à l’ouest, en Volcae ArecomicihYe st4. Mais les Volcae de Germanie ont joué un rôle beaucoup plus considérable. Leur nom, dont la forme germanique est Valah , devient, chez les Germains, le nom générique de la race celtique ; et quand la domination romaine se fut substituée à celle des Celtes, dans les pays qu’ils avaient occupés au sud du Danube et à l’ouest du Rhin, les Germains transportèrent aux Romains le nom par lequel ils désignaient les Celtes. De là le nom de Yalaques, un de ceux que
1. LemotKEATo; est l’équivalent du latin Go//wsdans un seuKjiassagc de Dion Cassius; c’est le fragment 34 de l’éd. d’immanuel Bekker, p. 27. Chez Denys d’Halicarnasse, liv. XIV, ch. i, édition Teubner-Kiessling, t. IV, p. 198, la Celtique s’étend de l’Océan Atlantique à la Scythie et à la Thrace, le Rhin la coupe par le milieu : d’un côté la Galatie (Gaule), de l’autre la Germanie, qui est par conséquent une partie de la Celtique.
2. Quae fertilissima Germaniae sunt loca circa Hercyniam silvam... Volcae Tec tosages occupaverunt, atque ibi consederunt ; quae gens ad hoc tempus lus sedibus sese continet summamque habet justitiae et bellicae laudis opinionem. (De btllo Gallico, lib. VI, c. xxiv). Le périple dit de Scylax, qui date de 338 à 335, dit : ’Atîo oè Têrjpcov eyovTai Aiyueç xai "lêripeç puyàSeç piywpi Ttotapioü ‘PoSavoù. Geograplu graeci minores de Didot, 1. 1, p. 17. Les numismatistes attribuent à la région située entre les Pyrénées et le Rhône, outre des monnaies gauloise3, des monnaies ibériques, et on y trouve des noms de ville probablement ibériques. Voir George Phillips dans les Sitzungsberichte de l’Académie de Vienne, classe de philosophie et d’histoire, t. LXV1I, p. 386-400; cf. A. de Barthélemy, dans la Revue celtique, t. III, p. 296.
3. Ilanmbal , caeteris metu aut pretio pacatis, jam in Volcarum pervennat agrum, gentis validae ; colunt enim circa utramque ripam Rhodani. Tite-Lie, XXI, xxvi.
h. Mexpï toü ‘Pooavoü TioTapioù Où6).xou ’Aptxopioi. Ptolémée, liv. II, ch. x, § 10.
portent les populations de langue latine de l’Europe orientale; ce nom est identique à Valah. Waelsch , nom allemand des Italiens et des Français, Welsh, nom anglais des populations celtiques du midi de la Grande-Bretagne, Wales, nom du pays habité par ces populations, sont des dérivés de Valah , et par conséquent de Volca. On doit ces rapprochements à M. Gaston Paris. Nous prononçons Galles l’anglais Wales ; el de Galles nous avons tiré « gallois », nom d’une langue néo-celtique importante qui se parle encore en Grande- Bretagne. Il serait trop long d’exposer ici par quelles évolutions le gaulois Volca a donné naissance au mot français « Gallois», qu’il faut se garder de confondre avec le mot français « Gaulois » .
Les Romains ont pour désigner les Celtes continenlaux un terme spécial à leur langue : c’est Gallus, dont nous avons tiré notre nom dérivé « Gaulois ». Gallus , en latin, ne désigne pas seulement les populations celtiques de l’Italie du nord et celles de la Gaule transalpine entre les Pyrénées et le Rhin, il s’applique aussi aux Celtes d’Espagne1, de Germanie2, de l’Europe orientale3 et même d’Asie Mineure 4. Le terme géographique Gallia, dérivé de Gallus, a désigné en latin, comme tout le monde le sait, outre les territoires celtiques de l’Italie du nord, la région située entre le Rhin et les Pyrénées : il existe un exemple de l’application de ce nom à une autre contrée celtique. Sempronius Asellio, qui écrivait entre les années 90 et 80 avant notre ère, met en Gaule Noreia 5 6, capitale du Norique, aujourd’hui Neumarkt en Styrie. Il était naturel d’appeler Gallia tout le pays habité par les Galli, mais, à partir des conquêtes de César, Gallia ut, dans la langue administrative de Rome, un sens précis et restreint que les historiens acceptèrent, et qui est encore reçu aujourd’hui. Notre mot Gaule a ce sens précis et restreint; il désigne le pays situé entre le Rhin, les Alpes, la Médi-