CHAPITRE XII
LE GARAGTÈRS GAULOIS
Je ne saurais clore cette analyse des renseignements que les anciens nous ont laissés sur notre pays, sans rassembler quelques traits semés dans leurs écrits, surtout dans César, qui composent une vivante peinture du caractère des Gaulois.
C'était un peuple éminemment sociable \ chaque page de César en témoigne ; peuple généreux \ Strabon montre le Gaulois toujours disposé à prendre le parti du faible Contre le fort; peuple vaillant, renommé pour sa bravoure dans tout le monde ancien.
Il était dit, dans un ouvrage de Caton, dont il nous est seulement parvenu quelques courts fragments, que les Gaulois s'appliquaient surtout à deux choses : se bien battre et bien parler ^ . Tel fut leur goût pour les succès de la parole qu'un empereur qui voulait se rendre agréable à la Gaule, ne trouva rien de mieux
^ Rem militarém et argute loqui. (fiwronc. roman» reliquixi éd. Muller;
LIS GABACTÈRE GAULOIS 187
que d'y établir un concours périodique d'éloquence, à la suite duquel on couronnait le plus beau discours *. L'éloquence avait été divinisée sous les traits d'un Hercule qui ne portait pas de massue ; mais des chaînes suspendues à ses lèvres enchaînaient son auditoire ^.
Le Gaulois avait l'esprit éveillé, curieux. Je suis peu frappé de ce que dit César que les voyageurs étaient souvent arrêtés pour les questionner ^ : le désir de se renseigner sur les événements d'une guerre où le sort du pays était engagé fut bien naturel. Mais les Mémoires de César montrent chez les Gaulois une curiosité plus large, un louable désir de s'instruire de tout ce qui pouvait être un progrès, et une merveilleuse aptitude à imiter ce qui avait paru bon *.
La Gaule n'était que trop disposée à s'éprendre de nouveautés séduisantes dont, Texpérience faite, on se dégoûtait vite pour se porter avec une ardeur pareille vers d'autres nouveautés, et s'apprêter ainsi de nouvelles déceptions ^. Les Gaulois, constants seulement dans cette inconstance, donnaient ainsi sujet
* Sueton. in CaliguL 20.
a V. Lucian. D. Bouq., I» 604.
3 Gœs., IV, 5.
* Summum genue solertisB, atque ad omnia imitanda atque efficieuda quae a quoque traduntur aptissimum. (Gaes., VII, 22.)
* Omnes Galles novis rébus studere (Cœs., III, 10) — quum semper auctor novorum conciliorum magnam auctoritatem habeat (VIII, 32.)