‹ Les celtes, la Gaule celtiqueChapitre 37 sur 67 · IV. 20-38. V · texte numérisé non relu

IV. 20-38. V

2 CîEs. V. 12-14.

3 ^dificia fere gallicis consimilia (V, 12). — Longe sunt huraanissimi qui Cantium incolunt — le pays de Kent — nequc multum a gallica differunt consuetudino (V, 14).

* Maritima pars ab ils incolitur qui prœdaî ac helli infe-

gaulois, Divitiac, roi de Soissons, put avoir aussi une partie de la Bretagne sous son autorité *.

A mesure qu'on s'enfonçait dans le pays, il prenait une autre physionomie. On était en face de populations sans agriculture, ne vivant que du lait et de la chair de leurs troupeaux dont la peau leur servait de vêtement *. Pdint de villes murées comme en Gaule ; mais seulement des oppidà^ simples refuges protégés par des fdl-tificàtlons toutes primitives ». Telle était la grossièreté des moeurs que les seJtes, si Ton en croît César, vivaient dans une softe de promiscuité*.

La Bretagne, coriitne la Gaule, était divisée en petits états qui se faisaient aussi entre eux des guerres perpétuelles. Mais, mieux inspirés que les chefs gaulois^ les rois bretons firëtlt tt^ève à leurs dissensions

rendi causa ex Bélgio trànsiëtiiht ; (jtii dmhes fere ils nominibus civitotum appellantur quibus orti ex civitatibus eo pervenerunt, et belle inlato ibi remanserunt atque agros colère cœperunt. (Cœs.V, 14.) — Pline (5ts^ na^, IV, 17) mentionne des Britanni dans la Graute beigique. Peut-être partit-il de là une colonie dont le nom aura été étendu ensuite à tout le pays où elle s'était établie. ^ Cses. Il, 4i

3 Oppidum Britanni vocant quum silvàs impeditas valle atque fossa munierunt, quo incursionis hostium vitandœ causa convenire consuerunt (Gœs. V, 21).

* Uxores habent déni duodenique inter se communes, et maxime fratres cum fratribus, pârentesque cum liberis; sëd si qui sunt ex his nati, eorum habentur liberi quo primum virgo quoque deducta est. (V, 14.) — Ce qu'avait dit César fiit répété par d'autres, comme Diodore, lxii, lxvi. —

pour s'utiir contre César dans une défense commune, sous le commandement de l'un d'eux « .

Les Bretons faisaient la guerre à la manière des Gaulois* ; mais c'est dans l'infanterie qu'était surtout leur force ^. Ils se distinguaient encore par l'usage des chars de combat que César a décrits *. Cett6 nouveauté jeta le trouble dans son armée ; mais ce ne fut qu'une surprise d'un moment.

César n'avait fait que montrer la Bretagne aux Romains *.

On semblait avoir renoncé à cette conquête quand l'empereur Claude l'entreprit de nouveau. Il trouva, pour réaliser ce projet, un général habile, Vespasien, qui se créa ainsi un titre à Tempire. La Bretagne

Les écrivains bretons refusent de croire à une telle grossièreté; Ils supposent que César fut trompé par de .fausses apparences.

^ V. Gaes. V, 11,

2 In pedite robur. (Tac, Agr», 12.)

* Potest videri ostendisse poslerig non tradidisse. (Tatc, Aijr., 13,)

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méridionale, vraiment soumise cette fois, reçut l'organisation que Rome donnait à ses provinces *.

Le siège du gouvernement paraît avoir été Eborocum (York), où fut établie ime colonie 2. Londres [Londinium) faisait déjà un commerce important : une douane romaine y fut placée'.

Les gouverneurs travaillèrent à consolider et étendre l'autorité romaine *. Son progrès fut arrêté par un soulèvement général à la tête duquel on voit une femme, la reine Boadicée. Les Bretons ne refusaient donc point d'obéir à une femme * : l'histoire mentionne encore une autre reine bretonne qui déploya la même énergie pour l'indépendance de son pays ^. La conquête, ainsi retardée, reprit bientôt sa marche. Rome fut servie par les rivalités des chefs et des peuples; car l'entente établie un moment pour repousser César n'avait pas duré ''.

^ Redacta paulatim in formam provinciœ proxima pars Britanniae. (Tac, Agr,, 14.) —L'histoire de la Bretagne romaine est à chercher dans les historiens de Tempire, et dans- les inscriptions dont un grand recueil, dû à M. Hûbner, a para dans une savante publication de TAcadémie de Berlin : Corpus inscriptionum latinarum. T. "VIL Inscriptiones britannic3s, 1873.

^ "V. Hiibner, Inscr, brit., p. 61.

' Loodinium... copia negotiatorum et commeatuum maxime insigne. (Tac, Ann,, xiv, 33.) — V, Hùbner, Inscr, brit,, p.22.

* V. Tacit, Agric, 14-17. Ann,, xn, 31-40.

* Nequeenim sexum in imperiis discernunt (Tac, A^r., 16).

* La reine Cartismandua (V. Tac, Ann., xn, 36. Agr,, 31. ^ Principes factionibus et studiis trahuntur. Rarus duobus

Un habile général, Agricola, porta les aigles romaines beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait encore * ; il s'enfonça dans le nord de l'île; et peut-être l'eùtil soumise entièrement s'il n'avait pas été rappelé.

Le sombre Domitien régnait alors. Pour ne point l'offusquer, Agricola eut besoin de voiler sa gloire. Mais dans un temps meilleur, Tacite, son gendre, put raconter sa vie. Nous devons au biographe d'Agricola quelques renseignements qui s'ajoutent à ceux que César nous a fournis. Tacite confirme la ressemblance de la Bretagne méridionale avec la Gaule * : on y voyait de même des petits peuples déchirés au-dedans par des factions, guerroyant souvent entre eux, sans lien fédératif permanent '.

Agricola s'était avancé jusqu'aux monts Grampians ; mais il ne parvint point à soumettre les peuples belliqueux que Tacite désigne sous le nom de Calédo-

niens *.

L'empereur Adrien fixa la frontière de la Bretagne romaine en construisant un retranchement continu

tribusve civitatibus ad propulsandum periculum conventus. Ita dum singuli pugnant, universi vincuntur (Tac, Agr,y 12). 1 V. Tac, Agr,, 20, 23, 24, 25, 33.

* Galles vicinum solum occupasse credibile est : eorum sacra deprehendas... sermo haad multum adversus {Agric.y

3 Olim regibus parebant ; nunc per principes factionibus et studiis trahuntur... In communi non consulunt. (Tac, ibid,)

* V. Tac, Agr., 22-38.

qui traversait l'île de Test à Touest^ dii golfe de Solway à l'embouchure de la Tytie ^ Antoniii porta plus au nord la frontière et la ligne de défense : il choisit te ' point où la Clyde et le Forth ne laissaient dans Tintervalle qu'une sorte d'isthtne^.

Cette barrière ne contînt point les peuples barbares qui habitaient au delà. L'empereur Sévère se transporta en Bretagne; il pénétra dans la partie de Tîle que ces peuples occupaient, s'y enfonça plus loin encore qu'Agricola '; ttiais il tie réussit pas mieux à les soumettre. Il lui fallut se contenter de Consolider le travail défensif qui avait été précédemment exécuté *. Lequel ? Celui d'Adrien ou celui d'Antonin ? La question est débattue depuis longtemps entre

^ Murum per octoginta millia passuum primus duxit, qui Barbares Romanesque divideret. (Spartian, iti Hndr», 11*) — Des restes encore subsistants de ce grand travail ont beaucoup occupé les archéologues anglais (V. Hùbner, Inscr. Brit.,p. 104-106).

2 Pausan.^ YIII, 43. — Ce point avait attiré l'attention d'Agricola qui paraît avoir conçu la pensée qu'Antonin réalisa : « G Iota et Bodotria (Ciyde et Forth) divers! maris œstibus per immensum revectse angusto terrarum spatio dirimuntur; quod tune preesidiis flrmabatur, summotis velut in aliam insulam hostibus»(A^fïc.,23). — Un biographe d'Antonin dit de son travail • « Britannos par Lollium Urbi cum legatum vicit, alio muro cespititio subniotis barbaris ducto. » (Capitol, in Anton, pio.) ^ V. Herodien et Dion abrégé par Xiphilin. * Britanniâm..* muro per transversam insulam ducto utrimque ad fmem Oceani munivit (Spartian. în Sew. V,Aurel.Vict.,r/e Cœs., 20..Epitom. 40. — liiutrop., viir, 19.)

les archéologues anglais. Il me paraît peu probable que Sévère ait ramené en arrière la frontière romaine, en abandonnant Texcellente ligne de défense qu'Antoftin avait choisie K

Derrière cette défetise s'étendait la Bretagne romaine.

Tacite expose admirablement la politique pratiquée par Agricdla pour assurer la conquête en changeant les mœurs du pays, et lui faisant prendre celles de Rome^. Agricola exhorte, il aide les Bretons à construire des maisons, des forums et des temples. 11 fait instruire les enfants des chefs dans les lettres et les arts ; et ceux qui n'avaient jusque-là connu qu'un idiome grossier se piquent de parler le latin avec élégance. Le vêtement romain devient à la mode; on fait connaissance avec les portiques, les bains, les festins somptueux. Ces hommes sans expérience, dit le grand historien, s'initient même à nos vices, et

' Uopinion. contraire est cependant soutenue par le savant éditeur des inscriptions latines de la Bretagne, M. Hiibner (p. 99 et s.).

* Agric, 21.

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appellent civilisation ce qui est le gage de leur servitude. C'est aussi par de tels moyens que notre Gaule fut romanisée.Son idiome celtique fut même étouffé par la prédominance du latin. Il en fut autrement en Bretagne : la vieille langue y était encore en pleine vigueur quand la domination romaine prit fin. Cette remarque suffirait pour montrer combien il s'en faut que la Bretagne ait été transformée au même degré que la Gaule. Les efforts du gouvernement y furent absorbés par les soins de la défense : ce qui figure dans les inscriptions, ce sont les légions qui défendent le pays, les postes occupés par elles, les routes stratégiques qui relient ces postes. On y voit encore figurer les officiers qui président à Tassiette et au recouvrement de l'impôt. Il n'y a guère d'autres vestiges d'un régime civil. Le système municipal, qui fournit ailleurs la matière d'inscriptions sans nombre, apparaît à peine ici. Quelques colonies de soldats furent établies par des moyens violents ^ mais les municipes ne paraissent point s'être multipliés. Cette province lointaine semble avoir été considérée comme un poste avancé, susceptible seulement d'un régime tout militaire.

^ Comme par exemple Gamuiodunum(Colchester).V.Hùb., Inscr.f p. 33 : « Golonia Gamulodunum valida veteranorum manu deducitur in agros captives. (Tacit., Ann., xii, 32.) — In coloniam Gamulodunum recens deducti (velerani) pellebant domibus, oxturbabant agris, captives serves appellando (Ann., XIV, àl).

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Pendant que des institutions romaines s'établissaient à la surface du pays, une. autre révolution s'y faisait dans l'ordre religieux.

Nous savons que la Bretagne avait été le berceau du druidisme : un de ses principaux sanctuaires, son centre peut-être, avait été l'île Mona {Aiiglesey)^ dont la prise a été racontée dramatiquement par Tacite *. Il est attesté que l'empereur Claude abolit entièrement en Gaule le druidisme 2, dont l'exercice y avait déjà été restreint par Auguste et par Tibère ^, Une mesure semblable fut sans doute prise pour la partie de la Bretagne qui était devenue province romaine. Mais quelle portée faut-il attribuera la mesure de Claude? La politique commandait de dissoudre le

^ Stabal pro iittorc diversa acies deasa armis virisque, incursantibus fœminis iri modum Furiarum, quœ veste ferai!, crinibus dejectis, faces praeferebant.Druidaeque circum preces diras sublatis in cuelum manibus fundentes... [Ann., XIV, 38.)

* Dryadarum religion-eni apud Gallos dirœ immanitatis... ]iOTiitus abolevit. (Suet., m Claud., 25.)

* Religiohem tantum civibus sub Augusto interdictam (Suct., 7G). — Tibère paraît avoir fait un pas de plus. (V. l>lino, Hisf, nat , m, 30.;

corps druidique ; l'humanité voulait que ses sacrifices humains fussent interdits; il n'existait point de

raison pour proscrire le polythéisme gaulois ou breton. De même que le Bel ou Belen de la Gaule devint un Belenns Apollo S de même plus d'une divinité bretonne put encore être adorée sous les traits et le nom d une divinité romaine analogue ; et, en Bretagne comme en Gaule, dfes descendants des druides purent se croire fidèles aux traditions de leurs pères en se consacrant à ce culte équivoque *.

Une révolution religieuse plus profonde, plus durable, se fit par l'introduction du christianisme. Quand et comment pénétra-t-il en Bretagne? On rencontre ici des légendes, comme sur l'origine de beaucoup d'autres églises '. Ce qui a plus de valeur, c'est le témoignage de Tertullien : il nous piontre dès le second siècle, le christianisme propagé jusque dans des parties de la Bretagne où les armes romaines n'avaient point encore été portées ^. L'église bretonne se distingua par certaines particularités qui ont été

^ Sujif. p. 445.

^ Gomme ce gallo-romain dont parle Ausone, qui était d'origine druidique, siifpe druidum satus, et qu'on voit attaché, sous le nom de PhsehiiuuSj au culte de Belenus Apollo. ' ^ D'après une légende bretonne, Joseph d'Arimathie aurait apporté, peu de temps après la mort du Ghrist, le précieux vase qui avait servi à la cène. — C'est cette légende qui servit plus tard de donnée aux romans du Saint-GraaL

* Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita (Adv. Jtidœos, 7).

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exagérées : elles portaient sur des questions d'un ordre très-secondaire * qui n'avaient d'importance qu'au point de vue de l'établissement d'une parfaite unité. La présence d'évêques bretons aux conciles d'Arles (314) et de Sardique (344) prouve que cette église n'avait point d'autres dogmes que le reste de la chrétienté, et que l'autorité supérieure du siège de Rome n'y était pas moins reconnue.

Les remparts élevés par Adrien et par Antonin n'avaient point mis la Bretagne à l'abri des incursions des tribus guerrières du nord de l'île. Celui que Sévère fit exécuter ne fut pas une défense plus efficace : il fut à son tour forcé plus d'une fois, et la Bretagne fut ravagée par les peuples que Tacite avait appelés Calédoniens, et qui sont alors nommés Pietés. Leurs attaques devinrent plus fréquentes , plus redoutables à mesure que l'empire s'affaiblissait. Il était menacé de perdre la Bretagne quand un grand

* Comme la question du jour où devait se célébrer la Pâque.

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général, un futur empereur, y fut envoyé. Théôdose fit une rude guerre aux envahisseurs, renforça la ligne de défense, et remit l'ordre dans le pays.

Un document dressé vers le commencement du cinquième siècle, la Notitia dignitatum iitriiisque imperii^ fait connaître Torganisation de la Bretagne.

On y comptait alors cinq provinces. Toute la Bretagne romaine n'en avait formé qu'une primitivement; Sévère la divisa en Bretagne supérieure et Bretagne l inférieure ; on voit plus tard quatre provinces, sans

doute par suite d'une division de l'une et de l'autre I Bretagne; au temps de la Notitia^ une cinquième

\ • province s'y était ajoutée. Etait-ce quelque territoire

r conquis par Théodose? Ou s'était-il fait seulement

[, une nouvelle division des quatre provinces? Aucun

ï document ne nous apprend à quelle contrée chacune

[ correspondit; on est réduit à des conjectures.

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