CHAPITRE PREMIER
ORIGINDS PS I^A GAULE
Au delà de Tbistoire positive qui repose sur des témoignages formels, il y a une histoire conjecturale que la science contemporaine s'efforce de construire.
La géologie a fait reconnaître les transformations par lesquelles passa le globe terrestre avant d'arriver à l'état dans lequel nous le vpyons.
En fouillant le sol de notre pays, on y a trouvé des crânes épargnés par le temps ; de leur comparaison on a tiré des inductions hasardeuses sur les races humaines qui l'occupèrent dans des temps antérieurs à toute tradition.
L'archéologie nous a fait assister aux commence* ments et aux progrès du travail de l'homme. Des silex bruts, ou taillés, ou polis, furent, avec des os, les premiers instruments qu'il sut se faire. Il apprit plus tard à fabriquer les métaux : le bronze d'abord, puis le fer. On a distingué en conséquence un âge de pierre, un âge de bronze, un âge de fer. — Des
découvertes plus récentes ont fait apparaître des cavernes remplies d'ossements et d'autres débris de repas qui suivaient de grandes chasses. Elles étaient dirigées contre les grands animaux qui errjiient dans les vastes forêts et les hautes herbes dont notre terre était alors couverte. — Pour avoir des retraites sûres, on se fit des habitations lacustres dont les vestiges ont été récemment retrouvés sous les eaux.
C'est vraisemblablement à ces peuples inconnus qu'il convient d'attribuer les monuments grossiers, mystérieux, qu'on avait jusqu'ici qualifiés de celtiques, druidiques, et que l'on se contente maintenant d'appeler mégalithiques; dénomination déduite de leur forme, qui a le mérite de ne rien préjuger.
Géologie, paléontologie, crâniologie, archéologie, combinant leurs efforts, soulèvent ainsi peu à peu le voile épais qui recouvre les âges préhistoriques.
11 est encore une autre science nouvelle qui a rendu à l'histoire les plus grands services : c'est la linguistique . Elle s'égarait à la recherche d'une langue mère de toutes les autres, quand, au commencement de ce siècle, elle a trouvé sa véritable voie. L'étude comparative des différents idiomes a fait distinguer des familles de langues qui révèlent des familles de peuples ^ Un flambeau a été ainsi fourni par la linguis-
^ De même que la diversité des races n'exclut pas Funité primitive du genre humain (v. Quatrefages, l'Espèce humaine, 1877), de même la diversité des familles de langues ne prouve point qu'elles n'ont pas ea une origine commune
tique à l'ethnographie. C'est ce flambeau qui me guidera dans Tétude que j'entreprends.
La linguistique nouvelle a recomposé une grande famille à laquelle appartiennent les Celtes, la famille indo-européenne. Elle a aussi recomposé la famille celtique, dont les Gaulois nos pères ne furent qu'une branche.
Des peuples appartenant à une autre famille, que la science n'a pu encore classer, avaient précédé les Celtes : Ibères et Ligures, voilà nos aborigènes; non les premiers humains qui aient habité notre pays, mais les premiers qui aient laissé un nom.
(Max Millier, Science du langage, 5^ leçon). L'idée d'une langue mère n'est donc pas aussi chimérique qu'on pourrait le croire : la chimère fut la vaine recherche de cette langue, et l'attribution de ce rôle à tel ou tel idiome.