INTRODUCTION
La fin du xiv° siècle est par excellence l'époque de l'épanouissement de la chevalerie; c'est aussi le temps qui vit fleurir toute une littérature amoureuse dont le Livre des Cent Ballades reste le type le plus achevé. Ce gracieux et délicat poème peut être considéré comme le code du parfait chevalier et du parfait amant, sachant résisteraux séductions de l'amour volage, et désireux de se donner uniquement à sa dame. On connaît le sujet qui se réçume en quelques lignes; c'est l'auteur, ou mieux l'auteur principal, qui parle : Un jour que, jeune bachelier, il chevauchait entre Angers et les Ponts-de-Cé, il rencontre un chevalier. Celui-ci, voyant le )eune homme rêveur et mélancolique, ne doute pas qu'il ne soit amoureux, et, prodigue de son expérience, lui édicté lesrègies deconduite qu'il doit suivre en amour et en chevalerie; il lui enseigne comment il faut aimer, comment aussi il faut faire la guerre.
Il INTRODrCTlON
comment surtout, pour être réellement heureux, il faut fuir Fausseté et rechercher Loyauté.
Ces conseils occupent la moitié du poème, soit cinquante ballades. Le jeune bachelier se promet bien de les suivre. Près de six mois plus tard, se trouvant sur les bords de la Loire dans une compagnie de gens gracieux et plaisans^ il est pris à partie par une dame qui s'amuse à le taquiner sur sa fidélité en amour, lui vante les charmes de l'inconstance et lui prédit tous les ennuis que lui attirera son ridicule entêtement. Désespérant de le convaincre, elle lui propose de soumettre le cas à des arbitres. « Oui », répond brutalement le jeune homme, « demandons à maint compagnon vail- « tant de décider qui de Loyauté ou de Fausseté « apporte plus de joie en amour ». — « Vous exagérez dit la dame, « je ne fais pas fi de la Loyauté, « je ne préconise pas la Fausseté, mais je ne puis <c admettre que ce soit être faux que de placer en « mains lieux un amour discret et plaisant. » L*entretien prend fin alors (avec la ballade xcvin) ; la nuit vient, et le bachelier reconduit la dame hors de Loire. Depuis, nous dit-il, il a demandé leur avis sur la question en litige au comte d'Eu, à Boucicaut et àCrésecque; tous trois ont opté pour la Loyauté et ont décidé de faire avec lui un livre dé cette aventure. Nous apprenons ainsi que notre poème est dû à la collaboration du jeune bachelier, qui ne se nomme pas, et des trois personnages cidessiïs énoncés (bail! xcix). Les quatre auteurs en finissant (bail, c) s'adressent à tous les amoureux, demandant à. chacun de répondre à l'enquête et de dire ^ui plus le fait d'amours joieux.