INTRODUCTION XXXV
entre deux parties, dont l'une représentée par le vieux chevalier Hutin, soutient la cause de Loyauté en amour, et dont l'autre, sous les traits d'une jeune dame désignée sous le nom de la Guignarde, défend au contraire les droits de Fausseté. Le juge du débat, le jeune chevalier, se prononce en faveur de Loyauté, ainsi que trpis autres arbitres dont il réclame l'aide. La sentence de nouveau soumise à <« tous les amoureux », est confirmée par la majorité, sinon par l'unanimité, des treize poètes ayant répondu à l'appel. Le plaidoyer du bon Hutin n*est autre que le panégyrique de la chevalerie, telle que la concevait la société du xiv* siècle, avec ses allures guerrières, amoureuses et littéraires, ses devoirs de religion, de justice et de pitié, telle qu'en ont parlé les auteurs du temps, Froissart, Eustache Deschamps, Christine de Pisan surtout, telle enfin qu'elle se manifestait par des associations comme celles de VÉcu vert à la Dame blanche^ créée par Boucicaut ', ou de la Cour amoureuse^ fondée en 1401 *• Dans cet ordre d'idées, l'amour loyal, fidèle, discret et bien placé devient une vertu qui rehausse celui qui la pratique, et s'oppose victorieusement à l'amour volage et passager qui n'est qu'un plaisir et qu'une « delectacion du corps ^ n ; il fait naître la courtoisie à l'égard de toutes les femmes : « pour l'amour d'une * », on les sert et
1. Le livre des faits du bon messire Jean le Maingre, dit Bouciquaut^.éd, Buchon, à la suite du t. III (1840) des Chroniques de Froissart, partie l, chap. 37-38.
2. Voy. A. Piaget, Remania^ t. XX (189 1), p. 417-454 et t. XXXI (1902), p. 597-603.