‹ Les cent ballades: poème du XIVe siècle composéChapitre 86 sur 97 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

Et en la serviaht acqueirezi De ce soiez vous tout certain, Telles teches dont puis serez Souvent courcié et soir et main ; Mais vous prendrez vostre confort A hanter gens qui de tel sort Seront que sera vostre amie, Et par eulx arez pis que mort, Ains que la feste soit faillie.

A toute heure Us trouverez

Faulx et mauvai», c*est leur reclaim ;

1 2 De tous mesdire les orrez :

Pour ce seront fel et vilain.

Avec ceulx sera vo ressort,

1 5 De tous maulx serez au droit port.

Car vous serez de vo panie Orguilleux, menteur, fel et on,

18 Ains que la feste soit faillie.

Vert 8. A, E, F ceulx. — i5. B, C a droit. — 17. B, E» G fol.

LES XBNT' BALLADB8'

Venteur, mauplaisant devendre^, Lâche, couan, de pechié plain ; Vostre amie jalouserez.

Rimoureux serez, pour certain; Mais souvent v^frçz qu'arez tort; Moustré vous sera par plus fort De vous, qui ara la maistrie, S'il puet, de vo dame et Taccort, Ains que la fcstesoit fiaillier

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IMS CBNT BALLADES g6

Et je Hïof qu'il n'y faudra pas :

Non feront d'autres grant foison, Car^ de belle bille beau tas, En ferd elle garnison ; Mais non pourquant long temps sera Que son chier ami vous tendra, Une fois fiere, autre en douceur; Et puis a droit point vous laira Vieil, povre, triste^ sans honneur.

De Taitier ne serez pas las,

Quant Fausseté pour vengoison

12 Vous fera sentir ce solaz

Qui vous aéra monel poison.

Car quant eslongier vous vouldra

1 5 Celle pour qui vo cuer gerra

Ou Ut d« tristesse et de pleur,

En langueur finer vous faudra

i8 Vieil, povre, triste, sans honneur.

Ver» 3. b; G ville, r- $. A^ G pourtant. — lo. La deuxième strophe (p, io-i$} nmnfue dans Â.

LB& CBNT BALLADBS

Or Tëez les périlleux las

Ou prins serez pour l'achoiaon

De Fausseté, s'a jeu n'a gas

De Tostre cuer lui faites don;

Car Loiauté neBnera

Tant qu'ainsi jusiiciéara

Cil qui maintendra tel erreur,

Et enfin morir le fera

Vieil, povre, triste, sans lionneur.

LtS CENT BALLADES gq

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I Frère, ot m'avez raconter

Une partie; des travaulx Qu^Amours fait a ceulx éndùrêr Qui estre ne veulent loiaux.

Mais non pas tous, car tant de inaùlx

,^r ii.<>' I'.» • i-i.' V

Y a que je n'en say le no.mBre.

7 Pour ce vous pry que dessoûbz i^ômbre

De Fausseté ne vous logiez,

Car tous les ihaulx en âriëz

Que dit vous av. sans nulle'faillé, Car Amours veult. tous jours paiér Les fausses gens, comnxeht qu'il aille,

i3 De tel service tel Ipiei;^

.. ■ 1 1 l 1 .'11' ti I '' ( • ,

14 Ne point n'y fault ; pour ce, garder

Se doit chascun qu'il ne soit faulx, Car qui la vie en veult mener, Il ne peut que les durs assaulx De Fausseté la destoiaux Ne vieignent en li4 sans semondre,

20 Tant qu'en douleur le faille fondre.

Vers 30. B, C ne faille; G la faille.

98 UESi CBHT 9iUil>A0I$

Ne remède n'y sariëz

Mettre, se venu estiez

A ce point la nommé, tant vaille,

Car nul ne peuy(^opVBlïèr

Vers Amours qu'en fin ne lui baille

26 • De tel service tel loier.

27 Ainsi veult Amours ordonner

Ses nobles îugepiens roiçiulx ; . ^ Par Fausseté fait tourmenter .

Ceulx qui sont si desnaturaulx 1 Qu'a ses euvres ^ont communaulx ; ^ Sans, menacier si les encombre * 33 Qu'on les pourrpif lier 'et tondre.^ * /

Quant en ses laz sont trébuchiez, Jamais n'enseront desliéz :

T M • t • . ; • ! « > j • • ;/ . '; ' f J •■ ) •" j J r J tj ; î i

es estraint, point et travaille En. faisant de vie dangier .

Ainsi leur paie, compte et.taïUe 39 De tel service tel loier.

i'u)V/jn Viïij •jïrion Jnob -yj ?:jw 1 oi:

.^ijîo'i ôîfjpivj^I ;<,'iiijnv; '^riu/

♦ Jn Offl Jiii I L» ^Tw /fie; <î ' v)i o ;•: >, ,

I Tooinfois w qneiroitSiX&Sft}' < - ; i

De Fausseté, en vous moustrant Les grans maulx qui viennent par ii Et comme* die est dèsavenknt^ • • * i ' '^ En corps de lignage 'vafdiaiit -- ^ Et en cuer ijtiitebtitctf^iioaâf bit -^ -^'

7 A hautesse lé éhèmTn'ârbit^ •' ^

Quiaffierti'dheVâlerîê, '^ '• N'est pas qtiè Wto ne'éi'ohl''«'dîtf • Qu'ade^'iétoei^istelëidfflttït,^ ''^ ^ - ' ' Car bien Vby'clti6^v6cucrWc!6totdè; ' Mais fait Vousf àjr ^eti^ei^ëni'éht ^^

i3 Pour^ce (j[u'eti'fin Vous en recotde; *

f t i . i \ J Ij ..kl* '•« . < . '

1 4 Gar Ibieiijoroy que/diAmoiifs ffaery • i o .

Serez» beau doulx chier frère, tant Que lié» gent, joieux et joly»

Gay , amoureux, doulx et plaisant»

Loial, secret, tre&d^irant

Vers 3. C, F lui. — 14. La seconde strophe (v, 14^26) manque dans F. — i5. C a ^ouié chier en surcharge. : : .«, ... :..

1 60 âfê' 4:BNT %ALLADks

De maintenir en tout endroit 20 Tout ce dont noble cuer devroit

Avoir pensée gaie et lie« Vous tendra ; Loiapté Tottrie, Qui l'amoureux avancement Vous veult, et que vo cuer s'amorde A ses loys savoir fermement, 26 Pourcéqu'en^finvouf en«ècMde# i

^^ Etquaiî|;{i^td.^ie}ie9ricky,„;:^., ••

Vous ara.lf^^Ç puissant , . ; - De Lo|^té,j>ar quy^^pi, ,, j,.^ ,.:

Serez de renom. avetitat.i .. . ,.,.,0 ; Et de maintieii;^ «sjo;ij^%ap^ . ,.,,;..(.

Tw^^^noble. cyer, estrs P.9lW*iOJt„:^K

33 Qu'aucune -«u^f «fl^s m^SfSà^■.J^i.\^0

De vpu^.pjj.4e bon cuer ami§^,: ri; v.

Mais lors^^dez si françjif^peçti .

Vo cuer qu'a Fausseté n'aborde.

De ce vous faiz avisement, 39 Pour rce <qii'ten' fiiivoiis enipeeoirflei'ii

••lot ,"M • ' • 'f J» ' ' t U« M' ••». n .% » . ,

LB$ ÇWt BAI.IJU>B?. 1.01

I Moult me fu plaisant le conseil,

Moult me $,embla loial et sain, Du chevalier qui sans pareil Fu, ce m^est viz ; de grâce plain, Beauz et preuz, dévot et mondain, En fait, en parler (gracieux

7 Fu et est, ses renoms est tieulx.

Lors lui dis par humble parole :

« Sire, moult me plaist vojstre escole Et vo noble , conseil loial, . .

Ne du trespasser n'ay entente; Sans lui n*aray ne bien, ne mal : .

1 3 Amours ce vouloir me présente^

14 Qui veult que tout mon appareil

Soit miz a servir soir et main Loiauté^ et moult me merveil Comment homs a le cuer si vain Qu'il a a Fausseté reclain :

Telz gens sont trop malgracieuz.

20 Sy vous merci de cuer joieuz

Vers 18. C a t^ùnU a en «urduir^.

Lfeè' ' àààr'' BÀtLADÉS '

De ce que la, pensée foie M'avez moustré, qui ceulx affole Qui ont cuer faux et desloial, Desquelx ne quieJsulrla sente; Tenir vueil le chemin roial :

Amours ce vouloir me présente,

A qui je sers, pour qui jfe veîf, Qui est mon bbnfort souverain^ Qui m'est clarté^ lune et soleil, Qui par éspioif me fait certain D'estre de bon eûi-prôchàiri, Qui tant m'esjolt en tous lieux Que ded'ens mo^i âe mieux eh mieux, Lôiai voiilofr atachè et côlè, ' Qui mon cuer embrasse et acbléj Et par ffan'chîisè hatîuràl ' ' ^'^' -' Lui piaistqu*eiiv6ui5" me ferme et ente Comme kmofî conseil principal: ' Amours ce vouloir me présente. »

Vers 24. B ne veul ; C ne vueil. — 28. B, C Ce est. — 33. C miex en miex. --> J5.' C Quil. Xè vers manque dans G.

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I Auques tost après me parti

Du chevalier qui conseillié M'ot loialmenty et puis ce di En fu totisjours mon cuerplus lié^ ' Car adez melencolfé M'estoie a Loiàuté tenir, ' >

7 Et il fne moustra que veiiir

M'en pouoit des'biêns sans mesure.' Tant Al lié de celle aventure < Et son conseil tant me pkisbit < Que radofitçr ne le saroiè, Car en ce monxuer se fermoitt

1 3 Pour ce que- loiaumentamoie . -

14 Bien retins le conseil de li ;

Du faire fu appareilliez . i . . .

Car mon cuer le vouloit ainai^

Pour ce qu'il estoit allé

A Loiauté et obligié,

Ne pour riensj)'en vi^tmist partir.

20 Et j'amoie sans repentir

Vers 14. A, B, C» E, F, G lui. -- 20, Le vers manque dans F.

104 LH8 CBNT iJSXABBS

De vraie amour loiale et pure; Je 7 mettoie toute ma cure, Car tout mon désirer estoit De servir ma dame et ma joie, N*autre rien mon cuer ne voulolt, •

26 Pour ce que loiaument amole .

27 Ainsi en ce penser joli,

Loiai et gay et envoisié Me maintins, et moult m'abeli Ce qu'il m^ot dit et anoncié Que par Loîauté avancié Estre poudie et parvenir

33 A Proesce, qui fait flerir

Les vatUans «n renom qui dure.

Et que de l*àmoureuse ardure Qui par Désir me destraignoit, Par Loiauté trouver pourroie Alegence, et ce m*avendroit

39 Pour ce que loiaument amoie.

Vers 36. Lei vers 26 à ^ Manquent dans B par wite de Varrachement d'un feMtetl

LBS CBNT 9ALLADBS loS

Lin

I Puis ne demoura pas long temps Qu'en une compagnie vins

De gens gracieux et plaisans.

Trop volentiers entr'eulx mê tins, Car ilz estoient bien aprins 6 De faire plaisir a cliascun, '

Ce lieu fu a joie commun, '

Et tous ceulx qui dedens eistoient Trop bien maintenir lé savoleht, Et si fu asâis pour niiez plaire '

I I Dessus la rivière de Laire.

1 2 Des dames y vis avenans,

Belles, plaisantes, aus cuers fins; Et des damoiselles jouans Y ot assez en ce pourprins.

Mais tous leurs noms pas ne retins :

17 Pour ce n'en vuell nommer nesun.

Mais toutes les vy sur le flun

Vert I. Le$¥ert t à 25 manquent dans B« — i3. C a corrigé plaisant en plaitantet»

I06 . LË^ XEM* BALLADES

Aler jouer, et la faisoient Maintes choses qui moult plaisoient* A tous cela leur vy je faire 22 Dessus la rivierq (1^ flaire.

23 Lors me tray vers un des chalanst

Et drçit au ppint çjuele y survins^ ^, Y vint chevaliers, ne say quans Avec femmes?., La ip e çoqtins ,

Com ieuAes boms qui . est enclins . ,,

28 A son vouloir». cv ïï^ox ^pçu.n . ,

Ne diz, n'a uuUuî ne,.tin§:ru,n ; . , .

Mais au plus, JiQl^g.dpijtrilz Copient,- En pçns(^$qui m'^sipïssQient, . .,

M'apQiay,.eaçUni^.vwrç :, ., .,,

33 Dessus la. rivier^!, de. Lairci, ,

Vers 29. C a ajouté na en surcharge.

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I La fu regardaqî l|^ff?a?f^U« i n . -: : y^ :■,

Et les ^mx^mow »mfi : i -r .- , : i

En pensant,;* ijift .4wnc;}>fii}f e: i; : .i' Car.plys: J^etpl4Ϋ>kW;PftW«jv iH-(:

Que tous les biens qu'autres donner 6 Me pourroient, car taat amoie

Dès lors celle qui est ma joie, Mon bicn^ m'amour et m'esperance, Que ce penser en oubliance Me fist mettre la compagnie

I I Doulce, plaisant, gente et jolie.

12 Car adonc en mon cuer nouvelle

Estoit amour, qui tant amer Me faisoit, c'onques d'amour tele N'oy nulz boms, œ.croy, parler; Et depuis, tousjours sans cesser,

1 7 Dedens moy croist et moulteploie .

Mais bien le vueil^ car ce m*enyoie Leesse, douceur et plaisance, Et par cela me vient poissance D'avoir en moy pensée lie,

22 Doulce, plaisant, gente et jolie.

io8

tSS CENT BALtÀDES.

Et plaisir, dont mon cuer sautele.

Et grâce d'Amourz espérer.

Par qui Pamoureuse estincelle Croist en mon cu^ et luist si cler Que je 7 puis a droit remirer Sa grant beauté qui tant m'esjoie. Son plaisant maintien qui m'avoie A estre en son obéissance, Car par sa bonne bienveillance ' Me puet donner' jorease Tie/ Doulce, plaisant, gente et 'jolie.

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LÉS CENT àALLADBS tO$

ill.Jl'/» M> J 11 v>>»>« r lil« .1./

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J'oyauned^i^U^ dire; , « J'ca..yQywxqm,prwtsQii ^^fr« , .

A penaftr^ 9^ |awr ^e , riirç Vers lui yoiç.sfvçfr ^'P!Sfo»A%^^%.y, 6 Mft;yoi^Wrade,|ja9yf,^ç9ifWç.,^

Unepartiçd^i^penî^r: ,\ ir.,^, (,,, „- Qui en ce. poiûfjle lle^^t ^m^,;,,,,i:)

Je croy>iço <ji^^ d'Ap^m^ Mîfît^^j ^..

Qui Ta mis en son doulx servage

1 1 Es jeunes jours de son aage. »

:w 'j'/.>y\îi *. Lî ♦:- " • . Vf v> , *;iîi: foi ?<:{ i ,.i ,«l .A .ii zto/

1 2 Lors s'en vinf sans plus de débat Vers moy, en moy disant : « Beau sire.

Je vous voy cy simples et mat ; Bien croy qu'Amours vous fait desrire Et qu'a lui peiâes tire^ tire

17 Et es biens qu'il vous peut donner.

Est ce vray? Ne veuilliez celer

Vers la. La seconde strophe (y. i2'22) wumque dansB^^ wuus non dansB.

H9 ww/.qBNj im^^s^

A moy ce que vo cuer soustient.

Car par bon conseil bien avient

Qu'aucun amoureux devient sage

22 Es jeunes jours de son aage.

23 Et la besongne va de plat

A celui qui ne scet eslire Son bien tti-'iérÀfisréém '^Mm^ Un autre en ce ^ï^îl pllig'kém,'^ t^''- Doni^Fsïé'^àiiïWWV'ftMrèi'''- »

28 Et, pourêè'ïitiè^vou^'Vèy ester ""^'1 ^

Vous voiifdtàywéii'rt' U'hr^'Ai

En tel qu'il en )àUMiHkéiii''' ^" '

Chascuft^Hûï yt^'ikkii^m^^''' '"^ 33 Èi'pAesfoM^tfekotfkaléiV';'^^'-

« .yjiîjfî nc)<jî)b 2iL'0( earifjoi ^H i :

Vers 3i. Â, B, E, F Et tel qui; C, G qui. — 32. C a ajouêé en en surcharge.

o'iij jjf^Srf&lTrjq iui li'iJp Jv^l .DHîiob ju^jq i^.' li'up gfiai'i <:u isii "i

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Droite merveille me sëmbli^" Ce qu'otosï fait cohséli ni''offroit Saas requeste^ et si m ennuià Quëmonidoiilï penser me toloît, Car de riens ne mé congnolssoit, S'alors ne s'en estoit enquise Aus chevaliers qui a devise Estoiem beaux et bons et preux; Et i'estoie un enfant entr' eulz.

Sy pense que p«r eulz avint Qu'ainsi araisonner me vint.

Toutesfois a

De moy moi ;

Mais pour c >a,

Car par semblant trop bien moustroit

Que sa volonté desiroit

A savoir se m'amour assise

Avoie eniierement et mise

A servir le Dieu Amoureux.

Mais mon cuer en fu merveilleux

Et pour eitrange chose tint

Qu'ainsi araisonner me vint.

LES CENT BAUADBS'

De rechief encor m*aparla, Car ea cela plaisir prenolt, Et doucement me demanda Se mon cuer bieit «t.foit amoit.

Lors dit : « O7, > car vray estoit.

Puis me dist, sans estre requise, Que s'amer vouloie a sa guise, Qu'el me dourroit conseil eureux Tant que je séroïejdieuz A mon temps, d^es fols plus de vint Qu'ainsi aroisonner me vînt.

LES CENT BALLADES Il3

Puis m'enquist se celle qu'amoie M'avoit encor s'amour donnée; Je dis que non, maiz j'esperoie

4 Que ma plaisance bien eurée

Venroit par elle, et la pensée Plus de leesse m'en donnoit Que tous les biens qu'autre rien née

8 A tousjours donner me pourroit.

a Filz, Espérance vous resjoie Par vo dit, et plaist et agrée; Mais volentiers de vous saroie

12 La response qu'avez trouvée

En vo dame, puis qu'acordée N'est a ce que vo cuer voudroit. * — « Nulle, mais bonne destinée

1 6 A tousjours donner me pourroit.

N'encor ne fu onques en voie Qu'ausé lui eusse avoir comptée L'ardeur qui me point et maistroie 20 Pour sa belle beauté loée

Qui en mon cuer est si fermée Qu'autre ne l'en desfermeroît, Et par qui de biens grant livrée A toasjours donner me pourrolt. >

— <c Onques ne lui déistes les maulx Qu^amours vous font pour lui porter»

Ne les peines, ne les travaux

4 Qu'il font a vo cuer endurer? »

— « Certes non, maiz le doulx penser Qui me vient par la douceur d'elle La me fait et fera amer,

8 Car c'est du monde la plus belle, »

— « Vous voulez donc estre loiaux?

Je le voy bien a vo parler. »

— « Certes voire, car d'estre faux 12 Font toutes gens trop a blasmer.

Mieulx veul morir que ja fausser Vers celle que ma dame appelle ; Sien suis sans autre désirer, i6 Car c'est du monde la plus belle. »

— « Se saviez les durs assaulx Qu'Amours vous fera présenter

Vers 9. La seconde strophe (v. 9 à 16) manque dans E.

Par Désir qui est ses vassaulx, Bies croy que vostre cuer muer Se TOuldroit, car, sans plus, compter N'oserez pas vostre querelle. » — « Ne m'en chaut; laissiez moy ester, Car c'est du monde la plus belle. »

— « Encor ne vous est pas besoing

Qu'ainsi me départe de vous.

Des biens d'Amours estes trop loing

4 Et taillié de les perdre tous

Par vo penser qui tel courroux Vous dourra; telle est ma sentence Qu'enviz serez de mort rescoux,

8 Car po avient ce que fol pense.

Sy vous pry, requier et enjoing, Beau chier frère, beaux amis doulx, Que du maintenir n'aiez soing,

1 2 Ne pour riens n'en soiez jaloux,

Car mis seriez au dessoubz Des biens d'Amours, sans que desfence Eussiez par le Dieu Amourous,

16 Car po avient ce que fol pense.

Ne soiez pas féru ou coing De ces fols trop maleûroux ;

Vers ly, A partir de ce vers les finales primitivement en eux ont été corrigés dans C en ous et oux. — 18. ces manque dans A et C, qui a corrigé le vers en ajoutant sont entre trop et maleuroux.

Crëez le conseil que tous doing :

Par ce pourrez estre joiouz, Doulx et plaisant et gracieux, Et s'autrement faites, en ce Trouverez tous mauli doleroux.

Car po avient ce que fol peuse.

Vers aa, C, E, G a/oulait te m-ant faites, m quieit inutile pour la mesure du ver*.

LBS CENT BALLADES IIQ

Or me dittes, se trouviez Belle dame, douce, plaisant, Et a son maintien vëiëz 4 Que d'Amours vous moustrast semblant,

Vouldriëz la par convenant Qu'amie la deussiez clamer?»

— « Nennin, car j'aim ma dame tant 8 Qu'autre ne quier, ne veul amer. »

— ff Et se priée l'aviez

De s'amour, en lui requérant La sienne que tant vouldriëz, 12 Et de ce vous fust refusant^

Dittes moi, dès la en avant Vouldriëz vous sien demourer?»

— « Oll, certes; je vous créant

i6 Qu'autre ne quier, ne veul amer. »

— « Certes, fil, mestier ariëz De bon conseil, car maintenant

Vers 9 et 17. La seconde et la troisième strophes sont interverties dans B.

Voy qu'avenir ne sariëz Aus grans biens qu'alez désirant.

Pour ce vous pry que tant ne quant Ne maintenez ce fol penser. > — « Ne m'alez plus de ce parlant, Qu'autre ne quier, ne veul amer. »

LES CENT BALLADES f2I

— «Au moins vous laissez conseillier, Et puis faines vostre plaisir.

Vous m'avez dit que par cuidier Espérez vos biens avenir Et que celle que tant servir

6 Voulez, n'en scet encore rien :

Vous ne congnoissiez a combien, Beau doulx filz, vostre fait se monte ; Trop estes loing de vostre compte, Quant vo dame ne le congnoist.

Dittes lui, n'en aiez ja honte ;

12 Ainsi qu'il puet aler, si voist.

Dès que vous pourrez adrecier Vers elle, faittes lui sentir Que vous estes son chevalier A tousjours mais, sans repentir.

Se lors avient que parvenir i8 puissiez a vostre fait, c'est bien;

Se non, ne soiez pas si sien

Vers 3. que manque dans C. — i3. vous manque dans C.

Que d'autre amer ne faciez compte.

Gardez qu'amour ne vous surmonte, Car en peu d'eure monte et croist.

Faittes ce que je vous raconte :

24 Ainsi qu'il peut aler, si voist.

Car, s'elle peut mouteploier

En vo cuer si fort que tenir Vous puist dutout en son dangier, Vous estes pis que se morir

Vous feïst : pour ce, revenir 3o Vous veuilliez, frère, au conseil mien,

Et vous istrez hors du lien Qui vostre cuer destraint et donte.

Mais gardez qu'on ne vous mescompte.

Car par ce le plaisir descroit; Priez partout, chez duc, chez conte :

36 Ainsi qu'il peut aler, si voist.

Mais faines bien secrètement Vostre fait, quel part que ce soit, Car s'il estoit sceu vraiement,

Vo besongne pis en vauldroit Et trop moins prisée en seroit.

6 Mais c'est toute la loiauté

Que vous avez en vérité, Mon doulx enfant, a maintenir.

Pour ce me créez, car venir Vous en peut des biens grant foison J Pensez bien d'Amours parfournir :

13 Vent au faucon, vent au hairon !

Toutesfois regardez comment Vostre fait fournir se pourroit Ains que pries, et doucement Vous tenez entre elles, c'est droit ; Servez cbascune en son endroit, i8 Loez leurs fais et leur beauté,

Car trop mielx en prendront en gré Vos paroles, quant requérir

t24 I-BS CENT BALLADES

Les voudrez de vous retenir.

S^une prent en gré vo raison^ Acomplissiez brief vo désir :

24 Vent au faucon^ vent au bairon !

Sacbiez que prendre prestement Son bien si tost qu'on l'aparçoit, Est fait de bon gouvernement.

Mais Facoustumance nuiroit Qui deux ou trois en prieroit

3o En un hostel, car descelé

Seroit tantost et raconté De l'une a l'autre sans faillir.

Telz fais font parjures tenir Les gens qui sont de tel renom* Au fort, rien n'y devez cremir :

36 Vent au faucon, vent au hairon I

Vers 33. A font par peines; C font par pammes; F font par peine.

LES CENT «ALtADES 12&

Mais les belles que prierez, Poursuivez les jusques en fin Humblement, et vous trouverez Que d'Amours arez bon hutin.

Simplement, comme en larrecin,

6 Les priez main, soir, nuit et jour,

Sans long parler; mais nul séjour Ne mettez en ce poursieuir.

Se par dur escondit fuir Ne vous convenoit cest afaire, Ce que non ; maiz, pour bien joir,

1 2 Moult est avenant faire et taire.

Taire, que ne raconterez Compte de vous soir ne matin.

N'en mal d'autrui ne parlerez ; Aus femmes serez bon voisin Secret, maiz soiez enterin 1 8 De mettre vostre fait ou tour

Vers 4^ C un hutin.

Par quoy la grant joie d'amour Vient a ceulx qu'Amours endrulr Veult de ses biens, et resjolr Vous fera> se le pouez traire Au point ; et pour Tacconsieuir, 24 Moult est avenant faire et taire.

Les femmes moult obéirez Qui le conseil estroit et fin Saront de celles qu'amerez ; A leur plaisir serez enclin, Et se parent ont ne cousin

3o QuUlz aiment, mettez vo labour

A leur faire bien et douçour.

Par cela pourrez esbleuir Maint cuer félon et ensuir L'euvre que tant voulez parfaire.

Mais pour tous ces poins assouvir,

36 Moult est avenant faire et taire.

Vers 3o. B, C, F, G Quil.

LfiS CENT BALLADES 137

Ne ja vo cuer ne s'esbahisse, Se priez damoiselle ou dame Qui radement vous escondisse :

Tost se rapaisera, par m'ame.

Donnez en a Amours le blasme,

6 En luy priant que vous pardonne ;

Dittes que tant est belle et bonne Qu'au fort amer la vous convient ; L'estriver a rencontre est nient.

Puis Tembraciez secrètement En jouant, fol est qui ce crient :

I a Trop sens n'af&ert a jeune gent.

S'en mal le prent, trop sera nice, Ou fera trop la sage femme.

Mais n'en doubtez, car tel office Ne feroit cuer qu'amour embasme.

Et le vostre tout sien se clame, 1 8 Et par Amours a lui se donne. »

Vers 6é C a corrigé luy en surcharge»

— « Guidez vous donques qu'a la bonne Amoureuse dont tout bien vient N'arrive? » — « Trop bien me souvient Comme Amours en po d'eure esprent :

Fournissiez, car bien vous avient ; 24 Trop sens n'afEert a jeune gent.

Amisy se Dieu me beneisse, S*a vo cuer qui par Amours pasme Plaisoit bien que je Tapreisse, L*ardeur qui le point et entame Adouciroit, et Tardant flame

3o Qui le bruU et atisonne

Cesseroit, car bien abandonne A vous ce qui joie maintient :

Qu'amez partout. Et s'il avient Que des femmes priez un cent, Mieux vous en vendra, se Dé vient :

36 Trop sens n'afEert a jeune gent.

Vers 19. B, E, F, G que la bonne; qua manque dans A; C a corrigé que en qua. — 34. C a corrigé de en dez, pte nous imprimons des.

Car dès aussi tûst que conquises En arez deux, ou trois, ou quatre, Trop mieto sarez en toutes guises Entre les autres vous rembatre ;

5 Asseûr vous pourrez esbatre,

Ferme sera vostre besongne, Moult vous chaudra po d'une alongne, S'en la vous fait par fausseté.

Tous biens vous vendront, qui qu'en grongne,

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