Car en la granche va le blé
Amours a pieça ses lois mises En tous ses lieux^ ne point abatre Ne les veult; pour ce^ sans faintises, Paine mettez a poy dèbatrë 1 5 Des cuers des plus belles embatre
A vostre amour, et a ce songne
Vers i3. C a corrigé fiaintise en faintises, que nous imprimons faintises 4
l^O LES CENT BALLADES
Le vostre, ne rien n'y ressongne ; Et par cela, en vérité, Arez des biens, qui que les dongne, 20 Car en la granche va le blé.
Tant plus vendront a vos devises Vos fais, tant plus devez fors batre En vous que n'y soient acquises Renommées, par qui rabatre,: . , , .
Sepuipit.Ia jo4e49Uiti:^oiplftf*rfi ■.
Trait de, vo çiif j^ ; ce dçfflt @n fr^i^sfi C'est tn^esae; maî^ Ga^Si.e^loagn^,: ',{ Puis qu'en eiir serei entré, -,
Vous vendront biens, je le te^mongne; Caren,J4,giranche.Y«le.blé.|... ,■ .,.•/
LES CENT BÂLtÂDES l3l
Et se par aucune des belles Que prières est descouvert Ce qu'arez dit, en telx nouvelles Doit estre le remède appert.
5 Dire lui pouez : « A quoy sert
« Qui de pôy priée se tient? »
Trop bien vous plest, s'en cuer lui vient Que s'amour vous eslongne et fuie; Prenez en gré s'ainsi avient :
10 A la fois beau chanter enauye.
Et s'ainsi que muent querelles, Ou voulentiers Amours s'aert D'autrui dedens les cuers de celles Qu'amerez, ce fait la se pert 1 5 Pour vous, car trop tendront couvert
Le désir qu'en eulx se maintient.
Vers 3. C Et quarez. — 7. C a ajouté plest. — 12. B voulentes amour; C volentez amour. — i3. C â ajouté Dautrui en marge. — 14. B, E se fait la; G se ce fait.
Se l'aparcevez, il convient Q'en tort les mettez, puis s'apuie Vo cuer a ne les prisier nient :
A la fois beau chanter ennuyé.
Fors tant que simplement entre elles Vous maintenez ; grant bien dessert Cil qui par secrètes sentelles Scet ramender un fait desen.
Se puis vous veulent, recouvert Tenez leur fait, il le convient ; Mais s'a part sont, bien me souvient Que grant vent chiei pour po de pluie ; Alez au point, bien appartient; A la fois beau chanter ennuyé.
Vers 19. C a corrigé en elles «i a ne les, paraoD en part sont.
LES CENT BALLADES l33
Autre chose vous veul aprendre :
Jatnaiz femmes ne chastiêz De leurs plaisirz; par ce, descendre En leur malvouloir pourriez.
5 Amez les, loés et prisiez,
Fuies tousjours leur maie grâce, Et s'aucun vëés qui pourchace Ce qu'amerez, n'en faittes compte :
Chascun ne prent pas ce qu'il chace,
lo Tousjours revendrez a bon compte.
Ne ja ne veuilliez entreprendre, Se d'une Taccort aviez, Qu'en vousissiez serement prendre, Car par ce vous vous lirriëz
1 5 A jurer ; s'en parjurriëz
Maint serement en poy d'espace. Et s'au fort leur vouloir s'enlace Que jurez, pour escheuer honte, Jurez, mais quierent qui le face :
20 Tousjours revendrez a bon compte.
Vers 14. A, C, E, F, G lieriez ; B lierez.
l34 LES CENT BALLADES
Je VOUS pry que veuilliez entendre Les poins que vous ay enseigniez Et maintenir^ et a ce tendre Qu'en sachiez plus, et si soiez
25 Songneux que d'Amours esploittiez.
Poursuiez tousjours celle trasse, Gardez que vostre cuer n'embrasse Vouloir dont Amours le surmonte ; Mais que ja n'entrez en sa nasse,
3o Tousjours revendrez a bon compte. »
LES CENt BALtADÈS l35
— « Avez vous dit, dame ?» — « Oy, sire.
Vous plaist il telz voies tenir ?
Se mon conseil vouiez despire, Bien vous en pourra mal venir. » ,
5 — « C'est bien dit. S'Amours maintenir
Me doint joie et bonne aventure, Je n'ay de vostre conseil cure ; Trop y a malice et deçoite, La ne maint pas le bien qui dure;
10 Tout doit perdre qui tout convoite.
Car il me doit trop bien suffire D'amer celle, craindre, obéir Que mon cuer a voulu eslire D'entre les autres pour servir,
1 5 Ne je n'ay vouloir, ne désir
De mettre volenté, ne cure Au contraire. Pour ce, trop dure M'est vo parole, et riens n'esploitte, Car bien say, par vérité pure :
20 Tout doit perdre qui tout convoite.
l36 LES CENT BALLADES
De VOUS croire seroie pire, Et mon bien en pourroit tarir, Combien que bel me savez dire Ce qui ne pourroit avenir :
25 Et sachiez que cent fois mourir
Vouldroie, avant que desnature Fust en moy a tel desmesure Que mon cuer a Loiauté droitte Ne se tenist, car, je vous jure,
3o Tout doit perdre qui tout convoite. »
Vers 24. B, E qui me.
LES CENT BALLADES îSy
— « Amis, a vo contenance,
Sans doubtance, Voy bien que sieuir la sente Voulez par quoy Tesperance
D'alegence 6 Pardrez, sans que vous en mente,
Ainçois qu'aiez des ans trente ;
Car l'attente Qu'avez n'ara pas poissance Qu'en vo cuer ne soit présente
Comme rente 12 Plus Tristesse que Plaisance.
Ennuy me fait vo souffrance, Car penance
Avez empris et tourmente,
Et pour ce que sans doubtance Vostre avance 1 8 Vouldroîe, Foy me présente
Et Amours vouloir qu'entente Vraie et gente
l38 LES CENT BALLADES
Vous donne de vo grevance, Qui vault pis que plaie atente Dont on sente 24 Plus Tristesse que Plaisance.
Premier diray Tordenance
Ou Tenfance De vo cuer ploie et adente, Qui loial acoustumance
D'aliance 3o Prent en Amours, qui en tente
De douleur en sa jouvente
L'accravente ; Puis vous dourray remembrance Que qui en un lieu s'alente,
En soy ente 36 Plus Tristesse que Plaisance.
Vers 37. A, B, C Qui yo cuer; B, E, F, G plaie; G a corrigé ce vers où il a ajouté et.
^«M> ^«M> jMAI*
LES CENT BALLADES l3g
D'autre part vous moustreray
Et dîray La joie bien etireuse Dont Amour sert sans esmay
Tout cuer gay, 6 Vuit de l'ardeur amoureuse,
Qui pensée a curieuse,
Sans oiseuse, A pourchacier sans grant glay Sa destinée joieuse,
Deiitteuse, 12 Par un chemin que je say.
Devant tout vous blasmeray, Et de vray,
Vo loiauté précieuse ;
L'estat vous enseigneray Ou Tensay i8 D'entente si merveilleuse
Vous mettra, car dangereuse, Poy piteuse,
Fortune sur vous verray, De vous destruire envieuse Et songeuse, 24 Par un chemin que je say.
Vous m'avez dit» oy Tay,
Que le ray De la beauté savoureuse De celle dont dire ahay
Vous orray 3o Luist en vous; mais pareceuse
Est vo langue et paoureuse,
Trop doubteuse De lui dire, dont saray Vo fortune langoreuse,
Dolereuse, 36 Par un chemin que je say.
Vers 22. C a ajouté destruire. — 25. La troisième strophe {v. 25 à 36) manque dans E.
■ >)^ » 1 9ll^l3BC^ZLi 1 »^^^
Et s'elle savoit vos maulx
Et travaulx Que tant lui voudriez dire, De legier, frère, nouveaulx
Ses consaulx 6 Prendroit en vous escondire;
Adonc seroit fort d'eslire
Le mains pire Des grieves doleurs mortaulx Qui vous mettront en martire
Et en yre.
1 2 Est ce jeu, compaihs, loiaux?
Puet estre que de mains beaux
Jouvenceaux Est priée tire a tire, Par quoy ses pensers roiauix Communaulx 18 Seront tousjours a desdire
Vers 6. A, B, E, F, G de vous.
142 LBS CENT BALLADES
Vos vouloirs, s'elle s'atire
Que désire Plus leurs jeux et leurs reveaulx Que les vos : lors serez sire
De l'empire !
24 Est ce jeu, compains, loiaux?
Tost perdrez vos jeux, vos saulx
Liez et baulx; En point de vous desconfire Serez, car les durs assaulx
Criminaulx 3o Qui font les amans dqfrire
Sentirez, sans contredire,
N'il n'est mire Qui douleurs si trescruaulx Alegast, tant que suffire
Deust pour rire. .
36 Est ce jeu, compaias^ loiaux? :
LBS CENT BALLADES 143
Encor n*èfstes vous pas prèz
Que comptez Lui soit le mal ^dôtit rés'traîne Pour sa douce àinour portez,
Dont ave^ 6 Mainte peneiise sepmaine.
Se c'est dame souveraine,
A grant paine - D'elle VOUS aprochéî^ez-; '- ' - - -^'-^ ^' Adez vous sera lointaine,' '- ' -- h -*-*
M aïs pf ochéîîie ^' • ' '^^ ^ 12 Toute doleur tfèùvèréz. ■ .b ot^f i
Car se si bien fortùnez Vous trouvez Que Fortune a ce vous maine Que sa grant beauté vëez Ou avez i8 Vostre espérance nxondaine,
Vers 7* Le vers manque dans F,
144 LBS <^^^'f BALLADES.
Lors l'ardeur d'amour grevaine
Dont la graine En vosue cuer sèmerez, Vous yra de vaine en vaine, Sy que plaine 34 Toute douleur trouverez.
Creintis, doubteuxdevendrez; .
S'en perdrez Vo manière premeraine, Pour Tamour dont Pâmerez ;
Lors verrez 3o Comme Amours amant demaine,
Quant le tient en son domaine^
Car alaine.
Ne cuer, ne pouoir n'arez De quérir garison saine,
Dont soudaine 36 Toute douleur trouverez.
Vers 23, Le vers manque dans E*
Et s'il est aiDsi que ce soit Femme sur qui garde soit mise, Vous y faudrez a veoir droit; Ce n'est pas cliose tost conquise Que dame quant elle est gardée.
Qui lui dira vostre pensée, N'a qui direz vous tel secré?
Tour n'y voy, c'est chose fermée :
Ja d'elle ne serez amé.
Or avenîst par quelque endroit Que de vous fust d'amours requise :
Tantost panir vous convendroit ; Po l'aroit vostre amour esprise, Puis seroit vostre demourée Longue, maiz a vo retournée Seroit vo fait mal ordonné.
S'ainsi est la chose atoursée, Ja d'elle ne serez amé.
Vers 3. Bt C, G qui >ur.
Car il avient, et on te voit.
Que compagnie amour atlw.
Et de ce faillir vous faudr^t, Car tout n'yroit pas a to guise, Et sans celle, bien po trouvée Amours es cuera enracinée D'amant et de dame a esté ; Mais pour ce qu'en ta vous devée, Ja d'elle ne serez amé.
Vers 34, C cncr. — 3&. A, E, F et dtnùt. Le ver* manque dont B
Et puet estre se elle est tele Que ja ne vouldra vostre amour Néant plus que d'un autre, et s'en celle Est vostre cuer, certes nul jour Vous n'en arez bien ne plaisance, Car point ne voudra Taccointance De vous, ne de vostre manière.
Lors serez, a po d'espérance, De tous biens reculez arrière.
S'il avient que parler a elle Ne puissiez^ trop arez doulour,
12 Ou, s'il ne piaisoit a la belle
Vostre accointance par nul tour, Vous mourriez de desplaisance.
1 5 De telz mes plus qu'a suffisance
Sert Amours en sa court pleniere Ceulz qui sont par droitte ordonnance
1 8 De tous biens reculez arrière.
Vers I. A, B, C, F, G estre est elle telle. — 1 1. G douleur.
Et ce sont ceulz qui la querelle Maintiennent et la grant fotour
21 Ou TOUS estes. Et pour ce, felle
Seroie vers vous sans séjour, Se moy, qui congnois dès enfance
24 L'esfort d'Amours et sa poissance,
Ne crëez de pensée entière.
S'ainsi n'est, vous serez d'usance
27 De tous biens reculer arrière.
LES CENT BAUAPES I49
Or pensez donques a quel fin Vostre fait conclurre pourra :
Tant Tamerez que cuer enclin, N'amour, ne penser n*arez ja A autre puis qu'en ce s*enlasse Vo cuer que Loiauté embrasse ; Dont trop plaing vo jeunesse et dueii, Elas ! tant je vous conseillasse Tenir la rieule que je vueil.
Je congnois trop bien le butin Qu'Amours de ses biens vous dourra,
1 2 Puis que vous prenez le chemin
' De tant amer : s'en avendra Que voie ne tendrez, ne trace,
1 5 Sy non la ou sa belle face
Verrez, dont serez en l'escueil De mort, s'etir ne vous pourchasse
18 Tenir la rieule que je vueil.
Vers 7. C d ajouté Dont en marge.
l50 LES CENT BALLADES
Car vostre vouloir enterin
Sy fort désirer vous fera 21 A la vëoir soir et matin
Que chascun s'aparcevera
Que vous Tamez. Et lors grant masse 24 Arez de douleur, car en place
Ou elle soit, n'arez accueil
D'elle : pour ce, trop vous loasse 27 Tenir la rieule que je vueil.
LES CENT BALLADES l5l
Mais s'il avient que vous puissiez Estre vers elle longuement, Lors crerez, se la prïissiez D'amours bien gracieusement, Qu'en etissiez responce tele Que Yostre cuer de la nouvele En fust en bien joieux estât.
Mais pour la creinte qu'arez d'ele Long temps serez en ce débat,
Pensant que se lui deissiez Bien a loisir et loing de gent,
1 2 Que meilleur responce etissiez.
Mais ce ne treuve on pas souvent.
Car bien tost mue tel querelle,
1 5 Et souvent a droitte cautelle
Avient qu'entre les deux s'embat Destourbier; pour ce, pour la belle
i8 Long temps serez en ce débat.
Vers 3. B, C, E, F crcrîcz.
l52 LES CENT BALLADES
Lors seroit fort que n'entrissiez En maint estrange pensement
21 Et qu'en penssant n*ordenissiez
Vo prière quelle et comment.
Mais au fait volerez d'autre ele,
24 Car parole tele ne quele
N'en direz, puis qu'Amours s'embat En vo cuer^ par cui estincele
27 Long temps serez en ce débat
Vers 36. A, B« C, E, F, G qui. — 27. La ballade se continue par la suivante.
tBS CENT BALLADES l33
I Couart, sans ce que lui osez
Par nesun tour compter ne dire, D'un grant temps, ce que penserez ; Et en ce temps Amours defrire Vous fera tousjours tire a tire.
Mais au fort il vous convendra
7 Le lui dire, mais ce sera
Bien loing de ce qu'arez pensé,.
Car un tout seul mot raconté N'en sera par vous, bien le say ; Mais prendrez nouvelle manière De prier, dont vo fait, pour vray,
1 3 Yra tout cen devant derrière .
14 Car moult nicement lui direz,
Trop redoubterez Tescondire, Dont tout nice lui semblerez.
Lors doublera vostre martire Tant qu'a peine apaiserez l'ire
Vers 1 3, 26 et 39. C sen; les autres mss, ce. — 16. E, F trop nice; G moult nice.
l54 LBS CENT BALLADES
Dont vostre cuer chargié sera, 20 Quant serez a part ; et dès la
En avant croistra vo pensé Que, se plus doucement parlé Sans paour et sans long delay Eussiez de venue première, Mieulx fust, car pour ce nice essay 26 Yra tout cen devant derrière.
27 Lors des maulx d'Amours sentirez
Tant qu'il devra plus que suffire, Car petite espérance arez, Ne bon tour ne sarez eslire En vostre fait, mais, qui que rire Ou plorer en doie, il faudra
33 Qu'encor la priez : lors sourdra
En vo cuer tristesse a plenté, Car plus ne vouldra que compté Lui soit vo fait ; pour ce, d'esmay Portera vo cuer la baniere, Et par ces poins que dit vous ay
39 Yra tout cen devant derrière.
Vers 37. La troisième strophe (u. ^7 '3g) manque dans E. 33. C a ajouté lors en surcharge \ C souldra.
LES CBNT BALLADES l55
I Car cuer triste ne souffreroit
Faire chose qui detist plaire, Et cuer trop doubteux referoit Tourner ses biens tout au contraire ; Et de trop amer tel afaire Vient, cela savons nous trop bien.
7 Or regardez en quel lien
Se boute qui aime trop fort ; Encor y a plus, car Tesfort De mesdisans met contre soy, Qui tost congnoissent sa pensée, Car en cuer qui n'a frain, n'arroy
i3 Amour ne puet estre celée.
14 Et ilz scevent bien, on le voit,
D'une tel besongne a chief traire, Car cil qui premier Tapparçoit Le va tost aus autres retraire.
Et ne semble pas que desplaire Leur doye nul bien terrien ;
20 Mais tantost par ami moien,
îb6 LES CENT BALLADES
Dont ilz ont maint de leur accorty Mauvaiz garçons sèment discort Entre les amans, je m'en croy, Et descuevrent a la volée Les secrez d'Amours, dont pour quoy 26 Amour ne puet estre celée.
27 Puis destourbent par quelque endroit
Tout ce qui plaisir puet atraire, Car tout amoureux, puis qu'il soit Gracieux, secret, débonnaire^ Joieux, plaisant, cestui desfaire Vouldront, s'il peuent, ne pour rien
33 N*essauceroient son maintien ;
Mais lui feront de son droit tort, N'a sa dame par nesun sort Ne pourra parler, dont esfroy Lui fera faire mainte alée Entour elle, et par tel conroy
39 Amour ne puet estre celée.
Vers 28. A quau plaisir; B, C que plaisir.
I A ce point vous convient venir,
Se ne maistriëz vostre cuer, Mais ne cuidez pas qu'esjo!r S'en doie la belle a nul fuer, Car adès ont dames cremeur Au premier que apparceûe
7 Ne soit leur amour et sceûe,
Ne cil n'est pas en amour sage Qui ne scet celer son courage :
S'en est moins prisé qui ce fait, Et charge sa dame et ennoie ; Ce chemin tendrez au parfait,
1 3 Puis qu'Amours vostre cuer maistroic.
14 Mais tel usage maintenir
Estrangit Tamoureuse ardeur Des cuers des dames, ne plaisir N'y prennent, n'amour, ne douceur; Car chose^ tant soit de valeur,
Vers 14 et 27. Les strophes dewfième et troisième sont interverties dans C<
l58 LES CENT BALLADES
Puis que sans traveil est eue 20 Et sans désir, n'est chier tenue.
S'en avicotf on le voit d^usage, Qu'amant qui poursuit a oultrage Sa dame, en la tenant, forfait Vers elle et son eûr desvoie.
Par ce perdrez vos biens a fait, 26 Puis qu'Amours vostre cuer maistroie.
27 Ainsi vous en doit avenir
Puis que maintenez tel erreur, Ne vo dame n ara désir D'alegier vostre grant douleur.
Puis que c'est des dames la fleur, D'assez d'autres est bien volue
33 Plus liez, plus baulx, dont retenue
Fera d'aucun, et le musage Paierez ; nul autre avantage N'y voy pour vous ; car trop mestrait Avez d'avoir choisy tel voie, Et de grâce en serez desfait,
39 Puis qu'Amours vostre cuer maistroie.
Vers 34. C a corrigé le vers et a ajouté Vers en marge.
LES CENT BALLADES iSg
I Et se Fortune vous est
Sy douce et si gracieuse Que celle qui tant vous plaist De vous veuUe estre amoureuse, Celle leesse joieuse Gaires ne vous durera,
7 Car vo fait s'apparcevra
Long temps ains que ce aviengne.
Cuidés qu'alors n*en souvieigne A ces jaloux mesdisans ?
Oy, car trop leur agrée A telx fais estre nuisans
i3 De cuer, de corps, de pensée.
14 Lors avendra sans arrest
Que celle gent envieuse, Qui de mesdire sont prest, Maineront vie ennuieuse A vo dame et dangereuse.
Mais bien apointié sera
20 Par eulz que vous n^orrés ja
Nouvelle qui de lui vieigne, Ne qui en espoir vous tieigne
l6o LES CÇNT BALLADES
D'avoir joie, ne bon tamps :
Trop sera de prez gardée ; A ce seront entendans 26 De cuer, de corps, de pensée.
27 Par ceulx mouteploie et naîst
Aus amans douleur crueuse, Car s'Amours vous fait le prest De destinée etireuse, Par ceste gent despiteuse En tristesee muera,
33 Car pouoir ne vous vendra
Que lettre de vous parviengne A elle, et qu'il ne convieigne Qu'en lit de douleur gisans Languissiez nuit et journée, Les biens d'Amours desirans
39 De cuer, de corps, de pensée.
Vers 23. C ne joie; C a corrigé temps en tamps.
LES CENT BALLADES l6l
I Ainsi, par longue demeure Et par amours mal celer Pourroit tost avenir Teure Qu'elle se pourroit tenner De vostre amour, car durer
6 Ne puet jeune cuer sans joie ;
Et pour ce, prendra la voie De quérir autre plaisance.
Ce n'est pas fort, c'est usance ; Ne vous en merveillez ja :
I I Or s'en gart qui s'aimera.
1 2 Mais ainçois qu'elle sequeure
Vostre cuer par lui donner S'amour, trop vous courra se^re Fortune, car hors aler Ne vouldrez, ne eslongner
1 7 Celle ou vostre cuer s'emploie.
Mais ceulx qu'Amours ne maistroie En tous lieux querront vaillance^ Et au retour, sans doubtance, Aront des biens ça et la :
%2 Or s'en gart qui s^aimera*
l62 LES CENT BALLADES
23 Ceux la verrez au desseure
De leurs fais et surmonter Vous, car Fortune labeure Pour telz gens guerredonner Des biens d'Amours, car amer
28 Les veult on, ains qu'on les voie.
Proesse a ce les avoie Et Renom les y avance ; Partout aront bienveillance, Cbascun les essaucera :
33 Or s'en gart qui s'amera.
LES CENT BALLADES l6S
I Sachiez que liez, gais et jolis, Joieux, prestz de prendre leur bien Seront partout et ententis
A l'exploit d'Amours : pour ce, crien Qu'aucun d'eulx ne veuUe avoir sien 6 Le hault bien que tant desirez.
Bien soucier vous en devez.
Car ce n'ert pas merveille grans, Se l'un d'eulx y est avenans, Car partout prise on, ce me semble,
I I Jeunesse et hault renom ensemble.
1 2 Et quant vous les verrez assiz
En si hault degré terrien Que de tous aront loz et pris, Et vo dame sur toute rien Loera le preu ancien,
17 Adonc croire et penser devrez
Qu'au jeune preu vault miex assez.
Vers 8. A, G nest pas. — i3. B, C En si grant.
Lors^ pour passer les mieux faisans |
Et a vo dame estre plaisans, Prendrez le chemin qui assemble 22 Jeunesse et hault renom ensemble.
23 Lors yrez hors auques pensiz,
Mais vo cuer dira tost : « Revien « Velr la beauté, lez doulx ris a De ta dame et le doulx maintien. »
Ce conseil ferme en toi et tien,
28 Ou par mort serez dessevrez.
Toutesfois ce qu'empris arez Vouldrez fournir ; maiz en brief temps Serez du retour desirans ; Celle ardeur destruit et dessemble
33 Jeunesse et hault renom ensemble.
Vers 19» B, C le mieux. — 21. A, B Prenez; C a corrigé Prenez en Prerrez. — 25. A Veoir; E, F, G Voir ; A, E, F, G et les doulx riz; G a ajouté et en correction, •>- 28. G seronz; F seront.
LES CENT BâLLÂBES i65
Lxxxm
I Lors tant le Fèi6urdesirre27 ' Que bridf retourner vous faudra, ' MaiS; poy !lii^rès que partirez, Aucun gtaiït bîen y avenârà :- On l'a veu avenir pieça,
6 Que d'ost de guerre ou de frontière
Sont maint amant tourné arrière, Quant les grans biens y avenoient^ Par la force dont ilz amoient ; Et par ce venoit au rebours
I I Leur fait et d'armes et d'amours.
1 2 A bon renom par ce faudrez,
Chascun moins vous en prisera, Et vo dame que tant amez^ Quant si desprisié vous verra, Quanque ferez lui desplaira.
17 Ja d'elle n'arés bonne chiere,
Tousdis sera envers vous fiere, Car maintes fois dames s'ennoient De leurs amis, quant telz les voient, Dont en fin recule tousjours
22 Leur fait et d'armes et d'amours.
l60 LBS CENT BALLADES
23 Or regardez que gaignerez
Tant qu'en vous Loiauté sera !
Certes nëant, et me crëez.
Car nulz biens d'Amours n'arez ja.
Mais ceulx qui aiment ça et la
28 Et qui n'ont pas pensée entière
A Loiauté, la douceur chiere Que tant vouleâs cent fois aroieat . >.
Plus ^ost que vous^ et si feroietit Devant tous partout» par leurs tours,
33 Leur fait et d'armes et d'amours.
Vers 34. C Tant que. — 28. pas manque dans B^ C, F, G.
LES ÇEIfT BALLADES 167
I Bien Tëez ^qu« pouez faillir Aus plaisirs' 4'Amours^eiir6ux Et a chevalier devenir,
Au moins estre nommé de ceulx Qui tiennent le chemin des preux^/ .
6 Parvostre povrc loiauté ;.
Ou vous estes trop ahurie, : . . .:
Quant ettt arme§^ je ne dy mie Que poujc ramoii.r:de vo^tre amie.
Ne fussiez vaillant et hardi,
II Mais par demour serez honni.
1 2 La loiauté qu'on doit chérir
N'est pas ou mestier amoureux; Mais pensez de la maintenir Ou raison est, c'est mes. conseulx.
S'ainsi le felssiez^ doubteux
17 Ne deussiez estre en vérité
De venir en haulte bonté ;
Vers 2» E, F, G sauoureux» — 1 1. C serrez corrigé en séries.
l68 LES CENT BALLADES
Mais pour l'ardeur qui vous maistrie Faudrez a tout ou a partie :
S'estes vous de cuider garni, 22 Mais par demour serez honni.
23 Quant les autres verrez florir
En renom, trop serez honteux; D'eulx verrez grant compile tenir, Et vous demourrez auques sèubc :
S'en serez triste et desdaigneux^
28 De ptoesce<qiierir tenné.
Pensantquejamaiz recouvré
N'ert de vous, s'en mourrez d'envie :
Du tout lairez chevalerie^
Sans honneur vivrez/ plus ne dy,
33 Mais par demour serez honny.
Vers 36. C, E, F, G, demourez. — 3o. G Nest.
s CENT BALLADES, p. 169.