BUCY
Ainsy qu^Amours et le joly penser Qui avec moy ont pris leur demourance M'ont commandé de par Amours amer, Le voir diray a ma droite plaisance.
5 Sachiez que j'ay cuer et corps et puissance Miz en amer une tant seulement A tousjours maiz, sans partir nullement. Et s'il vous plaist devers moy enquérir Qui plus me fait vivre joyeusement :
10 L'espoir que j'ay de sa grâce acquérir.
Car je puis plus en un jour conquester, Se c'est son gré et sa bonne veuUance, A luy servir, que nulle autre donner Ne me pourroit, je le sçay, sanz doubtance.
i5 Pour ce, me met en son obéissance
Vers I. Cette chanson royale qui ne se trouve pas dans les mss, C, E et F, est attribuée à Aubbrchicourt par K et à Bucy par G. Le nom d'auteur, comme la miniature de tête, manque dans B par suite de Varrachement d'un feuillet. La pièce est incomplète dans O [manquent les v. 36-55), — 3. B Mont demande. — 4. Le vous. •* 5. L« deuxième et manque dans B. — i3. B nul.
%%4 ta KàPONSt DES BAUâDIS^
Car j'ayme mieuix, se ne puis aatrement, Le sien refus que Tottroy d'autres cent, S'Amours me doint dç $es grans biens jolr ; Car de tous maulz me donne alegement 20 L'espoir que j'ay de sa grâce acquérir.
C'est mon désir, c'est ma joie sans per, C'est mon confort, c'est ma riche espérance, C*est ce pour quoy je puys en pris monter A toute honneur et a droite vaillance ;
25 C'est mon eUr, mon ressort, ma fiance,
C*est ce qui puet le mal que mon cuer sent Assouagiér, se son gré s'i assent ; C'est ce qui fait ma pensée enrichir :
Pour ce, doy bien mercier haultement
3o L'espoir que j'ay de sa grâce acquérir.
Et vous aussi, seigneurs, qui demander Avez voulu par si bonne ordenance Qu'une balade chascun veulle ordenner Des amoureux, pour faire demoustrance 35 De ce débat, lequel est en créance.
Ou la Guignarde au muable talent^ Ou le tresbon chevalier noble et gent Hutin qui veult Loyaulté maintenir,
Yors x6. A, G Que, — 17. A, O 4»Utre^ «- 3|. G 4<t<xiax^4«ft. -^ 3$« Bf G errance; A créance» carrigi en errance; la Uçon cieence S€vMc Qtf^ndant fréJérakU^ voy. le v. 22 de lu balade mimilU ^ Hutin croyronli. -<- 38. B loyiialui veull*
LA RÉPONSE DES BALLADES 22b
A luy me tien, car du tout s4 consent 40 L'espoir que j'aj de sa grâce acquérir.
Si vous suppli, plaise vous d'aviser , Vous qui amez et avez souvenance C*on ne voit nul par valour renommer.
Se Loyaulté et Amour ne l'avance ;
45 Et qui des faulx veut avoir Taliance,
Le dieu d'Amours en prent grief vengement.
Garder m'en veul et de cuer loyaulment Ma seule amour honorer et chérir A mon pouoir, car ainsi le m'aprent
5o Espoir que j'ay de sa grâce acquérir.
Princesse, dame la plus belle de France, Par vo beauté, par vo doulce semblance Pouez briefment tous mes maulx alegir.
Car tant vous aym qu'adès m'est en présence 55 L'espoir que j'ay de sa grâce acquérir.
Vers 41. A, B auisier. — 43. A et auoir. — 43. A nen voit. — 44. A et valeur. — 47. A du cuer. — Sa. A doulce plaisance.
ib
Le bastard de Coucy
Amours me fait ses maulz si fort sentir Que je ne puys plus durer vrayement Pour vous sanz plus que je sers et désir,
4 Ma doulce amour, a qui sui ligement ; Car si plain suy de duel et de tourment, Se briefment n*ay reconfort par voz biens, Je me mourray, tresbelle, temprement :
8 Ainsi dit on, maiz il n'en sera riens.
Je veul la mort haste soy de venir.
Car tout le corps m*art, bruit et esprant ;
Mon cuer ne fait que plourer et gémir,
1 2 Plaindre et pasmer nuit et jour durement, Si qu'un seul jour me samble des ans cent, Qu'autre que moi n'a nulz maulx, tous sont miens ; Pis suy que mors, je languis cruelment :
i6 Ainsi dist on, mais il n'en sera riens.
Vers I . Cette ballade qui ne se trouve pas dans les mss. C, E et F, manque aussi dans le ms. G par suite de Varrachement d*un feuillet \ elle est donnée comme Vanivre du bastard db Couct dans A e^ B. — 6. B Si. *- 7. B tempement. — * la. B Plaindre pasmer. — 14. B son.
Velr pouez de ceulz qui ont plaisir A fort promettre et tenir pou convent, Et qui semblant font qu'ilz veulent morîr
ao Pour bien amer ; et puis font serement
Que la Guignarde n'ensuyront nullement, Hutin croyront, estre veulent des siens A tousjours maiz et amer loyaulment :
24 Ainsi dist on, mais il n'en sera riens.
Dame d'onneur, vo beaulté qui resplent M'a si souspris que tout vostre me tiens ; Sanz départir a vous seule me rent :
38 Ainsi dist on, mais il n'en sera riens.
Vers 3o. A feront. — 33. B de Bietii. — 17. B me rien*.
Je Tueill bien dire mon avis Suz lez debas qui longuement Furent en France au temps jolis Du bon conte d'Eu le vaillant
I. Cette ballade, qui donne une nouvelle riponse b l'enqaetc dM Cent Ballades, s été transcrite à la 6n du mt. A (Bibl. nat., Douv. Bcq. fr. 1664, fol. 74 v<>], dans le cour* du zt* giide ; elle n'a pu être composée, comme l'indique le contexte (v. 3-8), que posiérieurement fa la mort des quatre auteurs du poitne, par consëqucDt aprâs 1431, année de la mort de Boocicaut, les trois autres collaborateurs ayant succombé à Nîcopolis. Elle est peutêtre l'Œuvre de Chartes II d'Albret, qui serait devenu propriétaire du ma., en 1415, fa ta mort de ion père, Charles I^.dont nous avons parlé plus haut (p. a). Nous rejetons en note les lefone du ms. que nous croyons devoir corriger.
Vers 3. que longuement. — 4. Deu bon,
f 23o APPENDICE
Et Boussicaut, qui maint tourment 6 A souffert pour Amours servir ;
Le Seneschal en fu martyr ;
Creseques ne vueill oublier.
Ceulx vouldrent seulle dame amer,
Mais non pour tant, je loeroie
D'en amer xx o xxx per 1 2 Par amours ; mais je ne pourroie .
Car, par ma foy, com vray subgis Loialy secret, obéissant, Ay amé en ung lieu tousdiz De bon cuer excelléement, Et onques jour de mon vivant
i8 N'en eu je fors que le vëoir.
Elias I que c'est petit plaisir Qui en puet de plus grant finer, Bien douce dame mercier !
Et qui d'une ne avra joie.
Peut bien partout dames prier
24 Par amours ; mais je ne pourroie.
Or escoutés ce que jadis M'avint a un assemblement Que mainte dame de hault pris Avoit en grant esbatement.
Vers 5. que maint. — 9. veuldrent. — 14. et obéissant. — 17^ )ours. — 18. je manque, — a5. escutes. — a6. a une.
J'en trovay la qui beau semblant 3o Me faisoient, et, sans mentir,
S'en voulusse plusieurs choisir, Bien trouvé eusse a qui parler.
Mais, pour ma loiaulté garder, Laissay, com fol, la droite voie De ceulx qui veullent guinarder 36 Par amours ; mais je ne pourroie.
Princes, en ces conseilz donner.
Ne pense vers Amours fausser.
Ne pour rien fere ne vouldroie :
40 Mais on doit par touz lieulz prier
Par amours ; mais je ne pourroie.
Vers 29. trouoie la que. — 3x. Se jen voulys. ^ 32. Bien eust trouue.
Complainte du senescal d'Eu '
I Mort, or voy je ta cruaulté Et doloreuse voulenté
Trop plus qu'oncques maiz despiteuse, Quant par toy me voy déserté De ma non pareille chierté 6 Qui ma vie tenoit joyeuse !
Las I qui t'a faitte ainsi crueuse Et plaine de si grant durté Envers la doulceur merveilleuse Et la jeunesse gracieuse
I I D'une si parfaitte beaulté?
I. Nous publions cette pièce insérée par les anciens éditeurs et par Duchesne dans les œuvres d'Alain Chartier, d'après le ms. fr. 1737 (fol. i3o-i33) de la Bibliothèque nationale, que nous désignons par H ; nous corrigeons au besoin ce texte par les leçons de l'édition imprimée des Fais maistre Alain Chartier (Paris, Pierre Le Caron) de 1489, à laquelle nous donnons la lettre I. Par suite, nous ne tenons pas compte du ms. fr. 833 (fol. 179 y**) de la Bibliothèque nationale, non plus que du ms. LU la (fol. 148 vo) de la Bibliothèque nationale de Turin, copiés tous deux sur des éditions gothiques postérieures, comme veut bien nous en informer M. A. Piaget. Sur Tattribution de cette complainte au sénéchal d'Eu, voy. plus haut, p. lii-liii.
Vers I. Le titre n'existe que dans H; H la cruaulté. — 7. I faitte si. — 8. H Ne plaine ; I Et remplie. — 9. H douleur.
APPENDICE l33
1 2 Vooloies tu d^ung seul cop mortel
De ton dan qui tant est cruel
Mettre France a destruction
D'ung gent corps tant bon et tant bel
Qn^il n'en y avoit point de tel 17 Ou monde, ne de tel renom
Droittement en fleur de saison
Plus que n'est le doulx temps nouvel ?
Las 1 ce n*estoit pas achoison
D'aler si tost en la prison 22 De ton tresdoloreuz hostel !
23 Au moins, quant tu le vouloies faire,
Pour quoy ne me vins tu detfaire Avec elle hastiTcment?
Tu scez que riens ne me peult plaire Que ton dart, qui m'est neccessaire
28 Après elle certainement
Pour mettre a fin le grief torment Qui m'est a tout confort contraire .
Ne ne sçay pour quoy ne comment Tu ne vas ainsi reffusant,
33 Qu'a toy ne me vueilles attraire.
34 Ne me seuffre plus demourer
Vers 13. H Voulies. — i3. I est tant. — 16. H qui ny. — 20. 1 se. — 33. H voulois, I vouloiez. --34. H me manque, — 36. I peust. — 37. I Fors ton. — 39. H, I affin. — 3i. I Helas or ne scay je comment — 33. H, I vueillez.
Ou riens ne me puist conforter.
C'est en ce monde doloreux.
Ou je ne quier plus séjourner, Puis que n'avray plus a garder
39 Ce qui me tenoit amoreux.
C'estoit le gent corps gracieux Que nul ne pourroit trop louer, Qui me faisoit tenir joyeulx En attendant qu'il feust piteux
44 Du mal qu'i me faisoit porter.
45 Helas ! que ce mal me plaisoiti
Quant mon cueur fermement pensoit A la grant beaulté souveraine, Cent foiz plus joyeux en estoit Qu'autre faire ne le pourroit,
5o S'elle y mettoit'toute sa peine !
C'estoit la tresjoyeuse estraine Qui par tous lieux le confortoit, Mesmement s'elle estoit loingtaine : Maiz quant il la savoit prouchaine,
55 Adoncq sa leesse doubloit.
56 Quantes foiz me suis je trouvé De tous mes maulx reconforté
Vers 35. H peult. — 38. H naura. — 43. H attendast. — 44. I garder. — 45. I me manque; H plairoit. — 46. I forment. — 49. H Quant parfaire. — 5o. H Celle; I A elle y mettre tonte peine. — 52. H, I la. — 53. H celle ; I elle.
Seulement par son doulx regard !
Quantes foiz me suis je oublié,
De plusieurs gens environné, 6 1 Comme se j'eusse esté a part ! '
Je ne croy pas, se Dieu me gard,
Que puis Teure que je fuz né.
J'eusse ung grant plaisir nulle part,
Ne d'autres biens gueres bien part, 66 Se par elle n'estoit donné .
67 Quantes fois me suis je party
Dolent et courcé du party D'esloingner sa belle jeunesse, De dueil si largement party Qu'a peine que mon cueur party
72 N'en estoit par my de destresse,
Plourant en parfont de tristesse.
De toute plaisance esparty, Comme tout désert de leesse, En souffrant souveraine aspresse,
'j'j De sa grant beaulté desparty I
78 Toutesfois ce mal que j'avoie
Tantost se retournoit en joye, Que me souvenoit du retour,
Vers 59. H o]blyay. — 60. I auironne. — 61. H se feusse vcue. — 65. I grant part. — 68. H courrouce. — 73. 1 parfonde. — 74. H est party. — 76. I non pareille espresse. — * 80. I Qui.
Pensant que bien bref reverroye La beauité que plus desiroye 83 Comme ma souveraine amour.
Ainsi tel ennuyeulx séjour Loingtain de ma dame passoie.
Maiz or, voy je que jamaiz jour Reconfort n'avray par nul tour
88 Du mal qui tant fort me guerroyé.
89 Ne me doy je pas bien complaindre Doloreusement, sans reffraindre, Quant ainsi m'as desconforté, Faulce Mort, en voulant destraindre Celle qu'autre ne peult attaindre
94 De nulle gracieuseté ?
Dy moy, qu'avoies tu empensé De la vouloir a toy contraindre ? Avoies tu doncques ordonné Que pour estre pis que tué
99 Après elle deusse remaindre?
100 Haï Dieu! comme c'est grant dommaige De dame si bonne et si sage,
Tant belle et si bien renommée !
Las I que le cueur seroit voilage
82. H que je. — 83. I Cestoit ma. — 85. I de la belle. — 86. I je manque, — 88. H qua presant me. — çB. H, I attendre. — 95. I auois tu en pense. — 97. I Âuois. — io3. I Dieux que le.
Qu'après qu'avroit sceu tel message, I o5 Se resjouyroit de l'année !
Quant a moy, nulle autre pensée
Je n'ay qu'a passer ton passage ;
Si te pry que me soit hastée
Ta venue désespérée :
110 Si me feras grant aventaige.
1 1 1 Souf&se toy, je te supply,
Se j'ay de puis assez languy
Que celle grant douleur m'advint,
Que toute leesse perdy,
Et qui de tous poins me toUy 1 16 Espoir, qui puis ne me revint.
Il y ja des jours plus de vint,
Tu le scez bien, et je le dy,
Oncques mon cueur ne se maintint,
Se par force ne s'en abstint
1 2 1 Fors qu'a toy regretter ainsi .
122 Ne te doit il pas bien soufHre, Quant il n'est douleur ne martire Que mon cuer n'ait de puis souffert, Tousjours allant de mal en pire, Plus que bouche ne pourroit dire,
127 De toute plaisance désert,
Vers 104. I qui auroit tel. — io5. I Sceu se. — 108. I pry je. — lia. I asêet deppuis. « ii5. I Et que. — 116. I plus ne me remaint — 1 19. I Quoncques.
^^^^^f^^^^^^^'i^^m^^mmmmmmammm
Plourant souvent tout en appert^ Qui que l'en deust mocquer où rire?
Chascun le scet, et bien y pert ; Il est si a plain descouvert i32 Que nul ne le peult contredire.
1 33 Combien que je ne plaing pas tant Le mal que je voiz recordant Que le dommaige douloreux De la beaulté doulce et plaisant Qui par toy a esté souflfrant
i38 De torment si tresangoisseux (Helas! qui n'en seroit piteux A tous les jours de son vivant?), Je ne sçay comment, se m'aist Dieux, Nully pourrait estre joyeulx
143 Après ung dommaige si'grant.
144 Or ne sçay je plus que je die !
Pour ma douleur qui me maistrie,
Si vueil ma complainte finer.
. Et pour ce, humblement deprie
De Dieu la haulte seigneurie 149 Qu'i la vueille reconforter,
En luy voulant habandonner
Vers 129. H Que... plourer ou. ~ i3o. I la scet. — i3i. I tant a. — 1 38. I Le tourment. — 140. I Le vers manque. » 147. H je deprie; I je prie. — 148. I Â dieu.
Sa tresjoyeuse compoignie, Et que la puisse tant plourer Et piteusement regretter Que j'en puisse finer ma vie !
Vers 1 54. H finir.
INDEX DES NOMS PROPRES
Les chiffres renvoient aux pages de ^introduction et de la publication
ÂGNEZ, nom de femme, 317.
ÂLBUST (Charles d'), auteur possible d'une réponse ajoutée après coup, iz, 229 note.
Angers^ i, zxziz, i.
AngierSy voy. Angers,
Artois (Philippe d'), voy. Eu.
ÂUBBRCHicouRT (Frauçois d'), auteur d'une réponse, zzvii,
L, LZV-LXVI, 219, 223 UOte.
ÂUBRI LE BOURGOING, hérOS
d'une chanson de geste, célèbre par ses aventures galantes, Lx, 204.
Auzi (Le bâtard d'), donné par un ms. comme Pauteur principal des Cent Ballades, v, XVI note 2, XVIII, 222 note.
Belon, nom de femme, diminutif dlsabelle, 217.
Berrt (Jean, duc de), frère de Charles V, auteur d'une réponse, III, XII, xnr, XXVIII,