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PRÉFACE

M.Naudet, admiolstrateur géoéral de la Bibliothèque Nationale, a publié, aous prétexte de défendre lea droits et les intérêts de l'établissement qu'il dirige, une Lettre à M. Libri au sujet de quelques passages de sa Lettre à A/« Falloux, ministre de lUnstruction publique, Nous avons déjà répondu à cette Lettre, en ce qui touche notre honorable ami> M. Libri, que M. Naudet, son collègue à Tlnstituti n'a pas atteint d'un coup de pied de lion. Voyez notre preraiéra réponse dans l'Appendice aux Lettres à M. HaUon.

Mais le factum de M. Naudet doit lui attirer bien d'autres réponses au triple point de vue du bibliophile, du bibliographe et du bibliothécaire. Ces réponses viendront en leur temps, sous toutes les formes et dans tous les styles. 11 est bon que justice se fasse partout, même en matière de bibliographie.

M. Naudet nous reproche d'avoir quelquefois et trop souvent, à son égard, manqué de ménagement et de convenance dans notre polémique. Eh ! mon Dieu I nous avons le malheur d'exprimer toujours avec vivacité ce que nous sentons vivement ; en poussant une pointe au directeur de la Bibliothèque du Roi, nous né pensions pas que Thomme était derrière, et nous avons pu piquer notre savant, sans lui vouloir de mal. Est-ce que Pascal, Yoltaire, Beaumarchais, s'amusaient à émousser leurs plumes, lorsqu'ils tioarquaient au ftont les Jésuites, les Fréron et les Goëzmânf H. Naudet lui-même, qui se donne des airs de Neptune tempérant les fureurs d'Eole, a-t^il moins de griffes, parce qu'il est plus fourré?

Un officier de fortune, Gascon d'origine, le meilleur diable du monde, bon vivant et bon compagnon, avait quelquefois des duels, bien malgré lui, et tuait toujours son homme. <r Comment se falMl, loi dit-on, qu'avec un caractère aussi doux, un esprit aussi liant, un cœur aussi excellent, vous aye2 la main aussi mallieufeuse? Entre gens d'honneur on se bat, d'accord \ on se blesse, rarement ;. mais on ne se tue jamais* — Gadédis! reprit le digne Gascon : que vQQleE-^VOus? je mé fends trop.

Je tâcherai dAD« de ma, fendre moins, à Tavenir; mais je ne renoncerai pas volontiers à me mesurer avec M. TÂdministrateur général, sur le terrain de la Bibliothèque, en usant des armes courtoises de la bibliographie.

M. TAdmiaistratear général (figure de rhétorique) raille très-attiquement M. Libri de n'avoir su découvrir que neuf ou dix volumes sur les cinquante mille que la Bibliothèque Nationale aurait perdus, suivant des calculs monstrueusement exagérés. M. TAdministrateur général n'eût été qu'honnête , en remerciant M. Libri d'avoir si généreusement fait rentrer à la Bibliothèque ces neuf ou dix volumes précieux, qui avaiéht passé en Angleterre et qui s'y seraient sans doute naturalisés comme ceux du même crû que possède maintenant le British Muséum.

C'est nous qui avons fixé approximativement à cinquante mille le nombre des volumes manquant à la Bibliothèque Nationale; c'est donc à nous qu'il appartient de démontrer la probabilité de ce nombre, puisque M. l'Administrateur général, qui a fait faire le récolement des anciens catalogues en vingt ou trente in-folios, ne veut pas nous réduire au silence par la déclaration officielle du résultat de son inventaire.

Nous nous engageons, sans figure de rhétorique, à lui remettre successivement, non pas neuf ou onze volumes, non pas vingt, non pas quarante, mais cent, mais deux cents volumes, que noua fourniront sans peine nos recherches de bibliophile. La réintégration de ces volumes nous donnera occasion de constater, coûte que coûte^ des absences bien plus regrettables dans la Bibliothèque Nationale, où nous établissons dès à présent notre quartier général et notre champ de bataille.

Nous faisons appel à tous les bibliophiles qui ont découvert ou découvriront dès livresàl'estampille de laBibliothèqueNationale; nous les prions, au nom de la Bibliographie, de nous aider dans notre croisade bibliographique, en nous chargeant de reqdre, en leur nom, les livres qu'ils pourraient reconnaître comme ayant appartenu à la Bibliothèque, qui, tôt ou tard, nous l'espérons, aura une administration, un catalogue et un public dignes d*elle. En attendant, M. Naudet fera bien d'aller à Londres pour y apprendre de H. Panizzi, conservateur et organisateur du British Muséum, ce que c'est qu'un bibliothécaire et une bibliothèque.

Quant à son factum, que nous regardons comme un pauvre écrit et, qui plus est, comme une méchante action, nous aurons soin qu'il n'en reste qu'un triste et honteux souvenir dansThis^ toire littéraire de notre époque.

Paul LACROIX

(BDUOFBOB iJLCOm).

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