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Monsieur le Directeur,
Aujourd'hui, 23 décembre 1848, entre deux et trois heures de Taprès-midi, j'ai trouvé sur un étalage de bouquiniste (à rentrée du Pont-Royal, à gauche, en venant de la rue du Bac), un volume avec le timbre de la Bibliolhêque Royale. J'ai acheté ce volume au prix de 30 sous, et je m'empresse de vous le faire remettre, en vous priant de le réintégrer dans le dépôt public auquel il appartient. C'est un exemplaire de la Nouvelle méthode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue latine (par Lancelot, de Port-Royal) ^ Paris, Pierre le Petit, 1656, in-S». L'ouvrage est rare, parce que les exemplaires ont été détériorés et détruits dans les collèges. Cet exemplaire, en grand papier, relié en veau fauve, par Gascon, porte un eœ-lihri$ de la main du savant père Quétif ; il provient du couvent des Dominicains du quartier Saint-Honoré : il n'est donc entré à la Bibliothèque du Roi qu'avec les livres des couvents supprimés, en 1792, et il n'a donc pu recevoir l'estampille de la Bibliothèque Royale que depuis 1815.
Je souhaiterais de grand cœur pouvoir ramener ainsi dans ce bel établissement national les 50,000 volumes qui en ont été détournés, à différentea époques, notamment ceux que j'ai vos en Angleterre dans le commerce de la vieille librairie et même dans le British^Museum ; je ne puis, hélas ! que vous
offrir la liste de quelques précieux volumes qui brillent par leur absence à la Bibliothèque Nationale.
Agrées» Monsieur le directeuri l'assurance de ma considé^ ration dàltinguée.
Paul LACROIX
(BIBLIOPHILB JACOB).
23 décembre 1848.
Je vous prie de vouloir bien m'accnser récepUoo da volume queje me fais un plaisir de vous adresser.
Monsieur l'Administrateur,
Hier, 6 Juillet, vers trois heures de Paprès^midi, J*ai trouvé, sur un étalage de bouquiniste, quai Malaquais, à gauche du pont des 8aints-Pères, un volume in-12, portant l'estampille de la Bibliùthêque Nationale (L. 2069). C'est un exemplaire du
Voyage pittoresque des environs de Paris y par d'Afgen ville (3« édit., Paris, Debure père, 1768). Je m'empresse de vous le faire remettre, en regrettant que ce ne soit pas un des volumes précieux qui ne figurent plus que dans les amissa de la Bibliothèque, et dont j'espère pouvoir vous offrir bientôt un extrait mortuaire assez considérable.
L'état dans lequel vous revient ce livre, heureusement sans valeur, explique assez qu'il est resté longtemps exposé sur le quai aux intempéries des saisons et à l'enquête des passants. Personne, avant moi, n'avait pourtant remarqué Pestampille de la Bibliothèque, et le pauvre bouquiniste était bien ignorant, Je vous assure, de la provenance du volume qu'il possédait, sans doute, fort légitimement. J*ai donc acquis, pour quelques sous, ledit volume ; je n'en regarde pas moins comme très-sage la mesure que vous avez prise, en principe, de ne pas racheter d bureau ouvert les livres qui auraient été enlevés à la Bibliothèque, fût-ce sous la garde de Bignon ou de Lenoir.
Quand an inventaire régnlier aura constaté, ai (liire ae peut, la situation actuelle de la Bibliothèque confiée à votre administration, j*aime à croire que le bibliothécaire deviendra sérieusement responsable, comme tous les fonctionnaires chargés d'un dépôt public. Alors, le bibliothécaire, pourne pas être écrasé sous le poids de cette responsabilité i réclamera lui-même, comme une garantie personnelle, les nàfomea que je demande depuis vingt ans dans l'organisation des Bibliothèques appartenant à TEUt.
Agréez, etc.
Paul LACROIX <iMio»aas nMi).
9 JoiUet 1849.
Monsieur l'Administrateur général,
C'est encore un volume à estampille qui rentre à la Bibliothèque Nationale ; c'est encore moi qui ramène au bercail cette pauvre brebis égarée.
6«pn 1t liDgua primUfra e soprâ la confusion deP Ifngnaggf sotto Babele, lezione accademfca dl Glmeppo Maria Tandal, Pforetttfn». Amm,
ddla stamperia di Niccolo e Marco Pagliami, 1742, peUt in-8® de 60 p., broché ; Umbro de la Bibtiotbèque Royale.
Je suis d'autant plus enchanté de vous remettre ce curieux opuscule, qu'il provient du fonds Falconnet (n^ 9390), qui a subi des pertes fort regrettables, entre lesquelles je vous signalerai seulement le n^ 19^4, la plus ancienne édition connue du Mûytn de panmiir, avec des notes manuscrites.
Vous m'obligerez beaucoup, si vous pouvez m'apprendre un jour que vous avez retrouvé ce rare et précieux volume
que j'ai eherché vainement, pour établir le texte de mon édition du livre de fieroalde de Yerville.
Agréez, etc.
Paul LACROIX
(UBUOPHILB JACOB).
f«)ailletl840.
P. S. Je Mfsis cette occasion de vous faire savoir que le savant conservaleor do Brittsh Maseam de Londres, M. Panizii, vient d'arriver à Paris.
Monsieur l'Administrateur général,
C'est toujours moi, c'est toujours une nouvelle restitution è faire à l'établissement public que vous administrez.
Celle-ci, comme celle d'hier, est due à la vigilance d'un jeune libraire, aussi honnête qu'intelligent (M. Aubry, rue d'Anjou-Dauphine), qui a reconnu l'estampille de la Bibliothèque Royale et qui m'a prié de remettre les deux fugitifs entre vos mains.
Il s'agit ici d'un livre très-rare et très-précieux, qui est peut-élre absent depuis un siècle, ainsi que le témoigne l'état fâcheux dans lequel il revient au logis «jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus». Je ne doute pas cependant que vous ne le receviez, tout fatigué et tout gâté qu'il soit, comme un cher enfant prodigue.
Benatt Descartes, principiorum philosophis pars I et II, more geometrico demonstrat», per Benedictum de Spinoza. Amstelodamif apud Joh, RiewertSf 1663, in-4«, mar. rouge, aux armes du roi. (La lettre de série et le numéro sont effacés.]
Vous remarquerez que le timbre de la Bibliothèque {Bibliothecœ Regiœ) a été anciennement recouvert.
Vous remarquerez, en outre, une longue note liminaire et une autre note (page 14), de la main du sieur de Yalincour. Il y a des corrections et additions d'une écriture qui
ressemble beaucoup à celle de J. Racine, ou de Boileau, ou de La Monnoye.
Tous nous direz peut-être si ce volume annoté est entré à la Bibliothèque du Roi, depuis l'incendie qui consuma, en 1725, à Saint-CIoud, la belle bibliothèque du sieur de Yalincour ; mais vous ne nous direz pas, sans doute, à quelle époque il est sorti de la collection du roi.
Agréez, etc.
(BIVUOPBILB JACOB).
17 Jaillet 1849.
P. 8. Je sais henreui de vous annoncer que j'aurai bientôt, je l'espère, de nooveaux volâmes â faire rentrer sons vos lois.
Monsieur l'Administrateur général,
Voici encore un volume, portant l'estampille de la Bibliothèque Royale ; il m'arrive d9 province et je m'empresse de le remettre à la place qu'il a quittée depuis plus de trente ans.
Almanach historique et chronologiqne de tous les spectacles (par Tabbé de La Porte). Paris, Duchéne, 1752, in-24, fig. d*Eisen, maroquin rouge, aux armes du roi; timbre de la Bibliothèque Royale, Y. 5496. r.
Ce volume a sans doute peu de valeur en lui-même ; mais il fait partie d'une collection très-importante, en 46 vol., celle du Calendrier histùriqite des ihéâires de Paris; il en est le premier tome, et il n'est pas le moins rare. J'espère pou-^ voir retrouver quelques autres volumes de cette collection, que la Bibliothèque ne possède pas complète aujourd'hui, et que feu M. de Soleinne avait eu tant de peine à former.
Je vous ferai observer, à ce sujet, Monsieur l'Administrateur général, que la plupart de vos collections de journaux.
tfalmanaehs, etc., présentent des lacunes considérables^ que M. Van Praet avait essayé de comblera plusieurs reprises et qui se renouvelaient sans cesse, sans parler des feuillets arrachés ou mutilés que certains lecteurs peu délicats se contentaient d'emporter, en laissant les volumes : disjecta poeUe membra.
La collection des Mereure^ par exemple^ si utile et si sou«* vent consultée (il y en a un exemplaire bien complet, an cabinet de lecture de la rue de Valois ), a été mise au pillage, et je doute fort qu'avec les doubles, les triples et les quadruples exemplaires du fonds qualiGé naguère de non portée on parvienne à remplir les vides si nombreux qui déshonorent cette intéressante collection.
Ce ne serait donc pas chose indifférente que de faire enfin le récolement de vos collections de journaux littéraires, scientifiques et politiques , car il importe de savoir à quoi s'en tenir sur des pertes désormais irréparables.
Je ne dis rien de vos journaux de la Révolution, qui se vantent tous d'être parfaitement incomplets, en s'excusant sur l'irrégularité du dépôt légal, à l'époque de leur publication. Il est vrai que la Bibliothèque du Roi n'a pas daigné seulement acquérir, pour 25,000 fr. , la prodigieuse collection ré** volutionnaire de M. Deschiens ; elle n'a pas même donné un coup d'œil d'envie à la collection analogue du colonel Maurln 1 Elle compte peut-être sur un don pour avoir ce qui lui manque et ce qu'elle semble avoir perdu de gaieté de cœur? Elle fera faire des clefs et des serrures, si M. le comte de Labédoyëre lui lègue l'admirable musée révolutionnaire qu'il amasse, depuis trente ans, par amour de la ma* narchie. Mais la Bibliothèque Nationale n'autorise guère les legs et les dons de cette espèce, témoin l'étrange refus qu'elle a fait d'accepter tous les livres et tous les manuscrits rassemblés par M. Libri, qui les lui offrait à la charge de les conserver dans l'intégrité de leur ensemble. Ne conserve pas qui veut, à la Bibliothèque.
Permettez-moi donc d'attirer votre attention sur vos cot-
iettions de journaux on tous genres» qui né se rappellent pet toutes avoir été jamais complètes.
Agréez, etc*
(BIBUOPHILB IÀGOB),
12 Août 1849.
Monsieur l'Administrateur général , Samedi dernier, j'ai trouvé, à l'élalage d'un honnête bouquiniste» sur le quai Voltaire, un volume portant Testam-^ pille de la Jiibliothéqu$ Royale ; je vous prie de lui rendre la place qu'il occupait sur vos rayons à c6té des aventures de la c(nn4eêiede Strasbourg et de salille]^ roman anonyme de Sandrus des Courtilz.
Sophie, par H. D. B. (des Biefs). La Haye et Paris, HochereaUy 1758, 2 part, en 1 vo). in-12, mar. r., aui armes du roi t timbre effacé, mati •iieore visible» Y a. 514 + b«
Ce pauvre volume vous revient dans un triste état , Monsieur l'Administrateur général, et Ton pourrait parier que cette i*opA^e-ià court les champs depuis quelques vingt ans. Ne vous défendez donc pas del'avoir laissée partir.
Les romans français, vous le savez, ne séjournaient guère autrefois à la Bibliothèque : ces mauvais sujets n*avalent garde surtout d'y rentrer, lorsqu'ils étaient dehors. Je ne parle pas de vos romans de chevalerie , imprimés en gothiques, quoique plusieurs d'entre eux se soient glissés dans les ventes de doubles du dernier siècle, pour aller voir le beau monde. Plusieurs aussi ont suivi les exemples de certains chevaliers errants, témoin celui qui fut ramené au logis un jour par feu Merlin (ne pas confondre avec l'enchanteur de ce nom), savant libraire, père du très-savant rédacteur du Catalogue des livres de Siivestre de Sacy. Le bibliophile par excellence, votre prédécesseur, Van Praet, s'émut beaucoup du retour de ce roman (exemplaire de La Valllère)
qu'il n'espérait plas revoir : « Je puis retrouver votre voleur, lui dit Merlin. — Je me contente d'avoir retrouvé le livre , répondit Van Praet ; quant au voleur, je n'en ai que faire. Si j^ébruitais le vol , j'apprendrais aux voleurs le cnemin de la Bibliothèque. » Et le digne Van Praet remboursa , de sa poche , sans en parler à personne , la somme de 80 fr. que Merlin avait donnée au détenteur du volume : « Mon cher ami , dit-il à l'estimable libraire, en le remerciant de nouveau, si notre voleur revient, je ne lui confierai plus mes romans de chevalerie. »
Van Praet n'avait pas la même vénération pour les romans contemporains, et il les prêtait le plus libéralement du monde, sans qu'ils fussent même estampillés ( Historique^ comme disait M»« la comtesse de Genlis). C'est un fait que se rappelleront tous les anciens habitués de la Bibliothèque. J'approuve fort l'administration actuelle d'avoir interdit absolument le prêt des romans nouveaux, pour ne pas faire une CQncurrence trop ouverte aux cabinets de lecture.
Je regrette beaucoup , je l'avouerai, les lacunes que présente, à la Bibliothèque, la série des romans français; ce ne sont pas seulement les modernes, ceux publiés de 1790 à 1825, qui ont disparu, par suite du prêt à domicile \ ce sont encore ceux du dix-huitième siècle, les plus galants, les plus pimpants, les plus réjouissants, qui vous ont dit adieu. Vous reconnaîtrez pourtant une attention délicate de la part de Van Praet , qui a réparé de son mieux Tabsence de ces derniers, en intercalant, dans les vides, de charmants exemplaires reliés en maroquin, provenant de Meudon, de Choisy*^ le-Roi et des autres châteaux royaux.
Quant aux longs et volumineux romans du dix-septième siècle, ils sont presque tous immobiles et poudreux à leur place: Tennui les a protégés contre les liseurs et les emprunteurs ; le discrédit où ils sont tombés les protégera longtemps contre les voleurs. On m'assure pourtant, en bon lieu, que la Bibliothèque a perdu ses plus beaux exemplaires (€ille en avait trop) cleis rowps de d'Urfé, de la Calprenède,
de Scudery, etc. Je n'irai pas y voir, ni vous non plus. Monsieur l'Administrateur général.
Je ne parte pas des romans erotiques, qui se sont enfuis par bandes , le diable aidant, et qu'on n'ira pas chercher dans les mauvais lieux de Paris, pour les réintégrer dans TEnfer de la Bibliothèque. Le Dante n'a pas écrit sur la porte de cet Enfer : Lasciate ogni speranza. Ledit Enfer était moins riche que la Bibliothèque de feu Noël, de mythologique mémoire, professeur de rhétorique et inspecteur général de l'Université. Voyez le Catalogue d'icelle, naïvement rédigé par le libraire Galliot, en 1841.
EnGn, si je donne jamais mes loisirs à une Bibliographie des romans français , que j'ai projetée, ce n'est pas à la Bibliothèque Nationale, c'est à l'Arsenal que j'irai pour trouver la suite bien complète de ces romans , parmi lesquels il en est un grand nombre qui valent bien les ouvrages, tant ad^ mirés, de Longus et d'ApoUodore, ne vous, déplaise*
Agréez, etc.
Paul LACROIX
(BOUOPBIU JAGOB).
26 août 1949.
Monsieur l'Administrateur général,
J'ai l'honneur de vous faire remettre, en attendant mieux, un volume, acheté, le V septembre, sur un étalage de bouquiniste, au pont Saint-Michel.
Code de la Toilette, manael complet d'éléganee et d'hygiène, 4* édit., par Horace RaiMOD. Paris, J.-P. Roret, 1829, in-18, broché; Umbre de la BiblioUièque Royale, sans lettre de série, coté 5483.
Ce petit volume, en revenant prendre place sur les rayons de la Bibliothèque Nationale, y apportera quelques utiles enseignements. Il fournira un spécimen des lectures instructives que se donne gratis le public ordinaire de la Bibliothè-
que ) il prouvera que les voleurs de livres, à la Biblidthàiqué, sont de deux sortes : ceux qui choisissent et ceux qui ne choisissent pas ou qui ne savent pas choisir ; il prouvera que les nuoiéros d'ordre ou d'inventaire, inscrits sur la couver^^ ture des volumes brochés, n'attendent, pour disparaître» que la métamorphose de la reliure; il prouvera enfin que la plu* part des vols contemporains ont porté sur des livres de littérature légère, provenant du dépôt légal.
Ce n'est pas à dire, néanmoins, que les livres du même genre, dansVancien fonds, aient paru plus lourds à enlever* Vous n'ignorez pas, Monsieur l'Administrateur général, que ces espèces de livres, romans, pièces de théâtre, contes. Facéties, etc*, ont eu des attraits Invincibles pour messieurs les pleureurs de Tendrotl (expression consacrée par le Bulhtin deè ArU). Yous vous. en convaincrez mieux, si vous voulea prendre la peine de parcourir quelque série du Catalogue imprimé des Belles-Lettres et de son supplément manuscrit. Cherchez-y, par exemple, un petit livre fort rarei intitulé : Ordonnances générales d'amour envoyées au seigneur baron de Myrtingues? Il est YVdA que la Bibliothèque du Roi ne possédait guère que trois exemplaires, ne vous déplaise, de cet opuscule qui a eu trois éditions, en 1564, 1574 et 1618 ; mais vous serez peu étonné de n'en pas trouver un seul aujourd'hui (Y* 1300, 1371 a et 6). Certes, vous vous aflBigerez médiocrement de ces pertes, en apprenant que le fameux Etienne Pasquier est l'auteur de cette bucolique, et que vous avez conservé du moins une douzaine d'exemplaires de Ses Œuvres in-folio. Par malheur, les éditeurs d'Etienne Pasquier, qui n'avaient pas compté sur la suppression des Ofdannancei géitérales d'amour^ à la Bibliothèque du Roi, ont Àégligé de les admettre dans le recueil des œuvres du gmve et docte auteur des Recherches de ta France. Vous comprendrez aussi, sans le moindre effort d'imaginative, que les Ordmmances générales d'anumr, édition de 1574, devaient iné* viUblement suivre la fortune des deux rarissimes facéties^ auxquaiiei on les avait jointes sous la même jreUure et sous
le mdme Quméro ( ¥> 1300) s MUiêioire bwagmme de Franfeluchê et Gaudichon^ et la Navigation du Compagrion à la bouteille* Vous regretterez certainement l'irréparable absence de ce volume, qui doit être marqué en lettres d'or dans les archives de vos amissa.
Les voleurs de livres sont-ils donc facétieux de leur naturel qu'ils ont fait si belle raQe de vos facéties ? C'est à en pleurer, je vous jure ; car on peut dresser, de mémoire, la liste de deux ou trois cents volumes de gaie science, qui n'existent plus que sur vos catalogues. Ainsi, les Tabarin et les Bruscambiiie s'en sont allés presque tous et des premiers, pour faire pièce à vos lecteurs indignes. Demandez, en outre, à la collection de Falconnet ce qu'elle a fait du Nouveau Panurge {i21b2), du Formulaire de Bredin (12239), des Coquets de V accouchée (12247), du Miroir des plus belles courti^ sanes (12285) , des Fanfares et courvées abbadesques (11729), etc., etc. ?
Vous déclarez avec conQance^ Monsieur l'Administrateur général, que la Bibliothèque Nationale n'a pas perdu deux cents volumes précieux? J'offre de parier avec vous, et, qui jplus est, de vous prouver qu'il manque plus de quatre cents articles rares ou rarissimes dans la seule classe des Facéties, sans parler du Triomphe d'une très-haute et très-puissante Dame, déjà signalé parmi les Desiderata de la Bibliothèque.
Agréez, etc.
Paul LACROIX
(UBUOVIUUI JACOl^.
4 septembre 1849.
P. S, La suite à la première réintégration de livre é estampille.
Monsieur l'Administrateur général,
j'ai l'honneur de vous envoyer un volume au timbre de ia Bibliothèque Impériale^ trouvé parmi les livres d'un vieux bouquiniste, le père Lefèvre, qui étalait vis-à-vis de la rue
— Iodes Saints-Pères, et qui n'avait ^s peu eontribué à augmenter les énormes amas de papier imprimé, que le fameux bibliomane Boulard a laissés en mourant pour la plus grande joie des bouquinistes.
Histoire des douze Césars, traduite du latin de Suétone, par Maurice Levesque, tome second. Paris, Arthas Bertrand, tSQS, ln-8<>, relié en veaa racine, fil., armes impériales. (La lettre de série et le numéro d'ordre, placés sur la garde, ont été grattés.)
Je comprends que vous éprouviez quelque étonnement à recevoir des volumes estampillés, par d'autres mains que celles des commissaires-priseurs ; car, à dater de la publication de votre Lettre à M, Libriy vous avez pris des mesures si rigoureuses, pour empêcher la vente et la circulation commerciale de ces voliimes, qu'ils n'osent plus paraître, comme naguère, dans les salles d'encan : dès que le hasard les y amène, ils sont aussitôt signalés, d!une voix unanime, au veto de rofQeier ministériel qui se charge de les réintégrer à la Bibliothèque Nationale et qui Sans doute ne tirepas reçu de leur restitution. Yoiià pourquoi tant d'enfants prodigues vous sont revenus sans tambour ni trompette , depuis cinq ou six mois. Je me féliciterais volontiers d'être pour quelque chose dans lés battues actives que vous faites faire en pleine librairie au profit de la Bibliothèque, si vos traqueurs îie dépassaient souvent leurs instructions en menaçant les pauvres bouqui* nistes qui maintenant aimeraient mieux garder la peste qu'un volume au timbre de la Bihliothèqm duRoi^ ou Royale, oalmpérialeyOïx Nationale. C'est là, direz-vous, une terreur salutaire qui vous permet d'espérer que bientôt je ne découvrirai plus de livres estampillés à vous rendre.
Rassurez-vous, Monsieur : la province et l'étranger ne me laisseront pas manquer d'occasions de correspondre avec vous, en vous adressant de nouvelles trouvailles. J'aborderai ensuite la catégorie des volumes qui n'ont jamais porté d'estampille, ceuxdont les estampilles ont été grattées ou coupées, ceux dont le titre a été arraché^ tous ceux enfin qui ne conservent que des traces imperceptibles de leur provenance,
et qai semUeiit, aux yeux des profanes, Devoir rten de cooh mun avec ia Bibliothèque Nationale.
Je ne dois pas vous cacher que, si quantité de livres vous sont rentrés proprio motu^ cette année (et je m'en réjouis), quantité d'autres (et j'en gémis) sont désormais perdus pour vous ; car, en présence de cette espèce de proscription si brusque, si mal motivée, ccHitre les possesseurs, vendeurs et receleurs de livres à estam{)ille, acquis de bonne foi et possédés légitimement^ on a souvent effacé tout vestige qui pouvait faire reconnaître l'origine d'un volume que vous n'eussiez pas hésité à réclamer^ Votre jurisprudence à l'égard des livres à estampille a de quoi effrayer les plus honnêtes bibliophiles.
Si Louis-Jean Gaignat, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, vivait encore, et si sa célèbre bibliothèque n'avait pas été Vendue aux enchères , en 1769, par les soins du savant Guillaume François de fiùre jeune, il s'empresserait aujourd'hui de faire disparaître le timbre de la Bibliothèque du Roi, qui marquait son exemplaire, longtemps réputé unique, du traité de liturgie mozarabe : Brève mma y relacion del modo del rexo y missa del officia santo gotico mozarabe, por Eugenio de Robles. Toledo, 1603, in-4 de 23 feuillets. Cet exemplaire était alors bien connu de tous les bibliographes, puisque l'auteur de la Bibliographie instructive ne se fit aucun scrupule de le mentionner comme existant dans le cabinet de Gaignat ; aussi, le rédacteur du Catalogue des livres de la bibliothèque du collège deClermont (Saugrain, libraire, à la Bonne foi couronnée) a-t-il écrit naïvement cette note, sous le numéro 357 de ce catalogue où figure un exemplaire de l'ouvrage d'Eugenio de Robles : « M. Gaignat a le deuxième exemplaire de ce petit traité, timbré des armes du roy, ce qui prouve que le roy ne l'a pasdans sa Bibliothèque. » La pensée ne vint alors à personne, que Gaignat eût sous-* trait à la Bibliothèque du Roi un volume qui faisait l'ornement de la sienne. On ne savait pas encore à quelles slupides et odieuses calomnies un savant amateur de livres pouvait