‹ Les cent joursChapitre 12 sur 98 · LE CHAMP-DE-MAI (1*' JUIN · texte numérisé non relu

LE CHAMP-DE-MAI (1*' JUIN

des enthousiasmes. Il y avait cette différence entre les «'livres des rois Bourbons et celles des gouvernements (jui s'étaient succédé, que Louis XlVetLouis XV avaient fondé dans les plaines sur la rive gauche de Paris, Tun THôtel-des-Invalides ; Tautre T École-Militaire, bâtiments aux pierres solides, avec de grandes destinations; tandis que les pouvoirs populaires n'avaient élevé là que des ouvrages de planches et de carton, mobiles comme leur durée, pleins de fragilité comme leurs œuvres ! Que de fois les tertres du Champ-de-Mars n'avaient-ils pas été remués! que de charpentes n'avait -on pas élevées avec des décors et des guirlandes I Les gouvernements démocratiques aiment ces édifices qui naissent un matin, et croulent avec la soirée; ils sont l'image des caprices de multitudes ; les monuments ondulent lorsque le sol est agité par un tremblement de terre.

On travaillait depuis un mois au Champ-de-Mars; les charpentiers, les peintres, les tapissiers, tous les décorateurs étaient mis en réquisition comme pour un opéra; on coupait des bois, on façonnait des étoffes; mille drapeaux tricolores voltigeaient au vent , on ne parlait que des préparatifs de la fête si solennelle qui devait convier Paris et les départements ; les badauds (et la race n'en est jamais éteinte) attendaient chaque jour Marie-Louise et le roi de Rome, qui devaient être couronnés au Champde-Mai ; on allait visiter le trône, l'autel, comme aux jours de la Fédération, pauvre relique fardée de la Révolution française, quand toute une génération, séduite par les écrits du xviii^ siècle , était venue singer sous un roi la république américaine. On espérait tout du Champ-de-Mai ; les vieux démocrates attendaient que l'Empereur abdiquant sa couronne établirait la démocratie sous un consul élu ; les plus modérés croypie^it

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que déposant la pourpre sur l'autel, Bonaparte imiterait la petite anecdote apocryphe sur Philippe-Au>|uste, demandant à Bouvines qu'on élevât le plus digne sur le pavois. On sMmaginait qu'au Cliamp-de-Mai on pourrait réformer la constitution et lui dop.ner une base plus démocratique. Tous se trompaient sur le caraclère de Thomme de génie que le 20 mars avait élevé de nouveau sur le trône ' ,

On ne relait pas son histoire, on ne brise pas son passé : Napoléon était tellement habitué aux formes impériales , aux coutumes du palais, qu'il ne voulait pas revenir en arrière. S'il avait un peu changé son vocabulaire politique, s'il avait consenti à une forme représentative, à une Constitution, à uneCharte, c'étaient ses seules concessions; il avait repris ses habitudes impériales, il avait ses chambellans, ses pages, ses grandes et petites entrées, ses levers, tout ce qui constituait enfin les formules de l'étiquette , alors qu époux fastueux de Marie- Louise, il commandait au monde. Napoléon s'était fait sur le Champ-de-Mai. des idées théâtrales : il voulait frapper le peuple par les signes de la puissance, lui rappeler sa gloire en se costumant de tous les attributs de sa dignité ; lui, devait paraître dans toute la majesté pompeuse ; sa famille, en vêtements de soie blanche et en costumes princiers. Pour singer tout à fait la Fédéralion, l'Empereur voulut que le Champ-de-Mai fût spé-

' « Le bâliment élevé dans le Champ-de- conslniit en avant du péristyle de l'École-

Alars forme un octogone dont trois pans Militaire une grande tribune en bois, où

seront coupés. La salle , qui occupera la sera placé le Irône impérial, en face de la

totalité de ce bâtiment, sera ouverte du salle des membres des collèges électoraux

côté de l'École militaire. La charpente de des départements. On arrivera dans cette

la salle est presque achevée. Les ouvriers tribune par la salle du conseil de l'École-Mi-

charpentiers y ont déjà placé leur bouquet, litaire. Les talus qui environnent le Champ-

Le toit en ardoises et la menuiserie sont de-Mars sont taillés en gradins pour la

très avancés, ainsi que les décorations. On commodité des spectateurs. »

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