LE CHAMP-DE-MAI (^" JUIN
ciîilement témoin d'une cérémonie religieuse : M. de Talleyrand , évèque d'Autun, avait célébré la messe de la Fédération, el l'abbé Siéyès la servit, dit-on, comme clerc : au Clianip-de-Mai , Napoléon désira également une messe solennelle ; imitateur de Charlemagne, il aimait ces cérémonies religieuses, qui impriment un caractère sacré aux actes de la vie. Une partie du haut clergé lui était restée dévouée, à lui le restaurateur du culle, et les evèques devaient à sa protection Timmense progrès des mœurs religieuses. Bonaparte, comme tous les italiens, avait une loi vive el profonde; il croyait, et à mesure que rage venait avec les émotions et les infortunes, il se rapprochait davantage des mystères cl des grands actes du catholicisme ; il désira donc que la messe fût célébrée au Champ-de-Mai, au milieu même de cette génération politique du xviii" siècle, indifféren(e et moqueuse. Là où un simple prêtre aurait suffi, Napoléon voulut un cardinal, des archevêques : MM. de Bayane, de Barrai, Fallol de Beaumont, s'olfrirenl à lui pour invoquer Dieu au milieu de cérémonies trop théâtrales pour être religieuses. Le cardinal de Bayane dut y paraître célébrant la messe avec la pourpre romaine, les archevêques avec la mitre d'or, comme l'Empereur se montrerait au peuple avec le manteau des rois et la toque souveraine.
C'était le 1" juin, par une assez belle journée de printemps; le Champ-de-Mars était envahi par la multitude; des échafaudages, des constructions en bois, entouraient son enceinte, où se rangeaient des milliers de spectateurs; un autel était placé au cintre; à côté, le trône élevé sur des gradins '; tout cela, en damas rouge, visible au loin,
i Les dépenses de la tenture du Ghamp-de-Marj furent payées par la Ileslauralion, dans le budget de i8l6.
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pavoisé de drapeaux tricolores ; sur ces gradins les femmes de la cour et les grands dignitaires ; Taristocralie nouvelle n'avait voulu renoncera rien; plus vaniteuse que les vieux gentilshommes de nom et de race, elle gardait ses hochets jusqu'à la fin ; elle avait donc imité l'Empereur en se panachant avec tous ses crachats, ses cordons. Dans un espace hien resserré se trouvaient les 500 électeurs députés par les collèges électoraux, et ramassés pêle-mêle, dépositaires des fameux registres des votes, et à leur tête M. Dubois (d'Angers), qui devait porter la parole.
C'était une curieuse réunion que celle de ces électeurs ; ils étaient venus de toutes les parties de la France ; ce n'était pas, comme sous le Consulat ou lors de l'avénement à 1 Empire, une réunion de propriétaires paisibles, d'hommes d'ordre et de forts contribuables; tous ces électeurs du Champ-de-Mai étaient clioisis parmi la partie bruyante et parleuse du pays , les orateurs de la province, plaie intime et profonde de la nation; c'est ainsi qu'il arrive toujours après une révolution qui remue les existences : les véritables notables se tiennent à l'écart; ceux qui se montrent sont généralement les esprits turbulents et déclamateurs. On ne peut dire l'agitation qu'apportèrent ces députes à Paris; raisonneurs politiques , ils remplissaient les salons et formaient des clubs ' ; il y avait des banquets, des toasts, des chants patriotiques , toutes choses qui marquent les époques parleuses et décousues. La veille du Champ-de-.\iai , on lit une sorte de répétition parmi les électeurs ; on avait rédigé une adresse toute remplie d'un faux es-
1 On avait, pour ainsi dire, caseruc les club. Le salon de Lucien étaii tout rempli électeurs , et ils se réunissaient le soir en de ces dépuiations.