‹ Les cent joursChapitre 8 sur 98 · I-SI'IIIT DE LA VENDÉE (mAI · texte numérisé non relu

I-SI'IIIT DE LA VENDÉE (mAI

prises avec l'imagination aventureuse, qui joue une cause en se dévouant pour elle. 11 peut y avoir de Thonneur et de la grandeur dans ces cœurs chauds, rarement il y a un. succès long et durable pour leurs onivres : aussi les hommes graves, à la manière de MM. de Tallcyrand, Pasquier, Iloyer-Collard, Guizot, Barante, préparaient une restauration rationnelle, libérale, sans effusion de sang, par le mouvement naturel des idées. Mais les Vendéens ne voulaient point de ces succès tièdes et sans couleur : courageux et infatigables, avec le plus noble dévouement, ils reprenaient les armes à la voix de leurs chefs, et réveillaient ainsi au milieu du pays la guerre civile, avec ses tristes et poétiques couleurs.

Lorsque M. le duc de Bourbon traversa la Vendée après le 20 mars, il suffit de quelques sages remontrances des autorités dévouées à Napoléon pour le déterminer à la retraite : les âmes fatiguées ne sont point bonnes pour se jeter dans les périls des guerres civiles; elles n^ aiment pas les jours d'agitation, les longues nuits qu'il faut passer sur la dure, le cliquetis des armes et l'aspect des panaches sanglants qui se meuvent dans la bruyère. Ainsi était M. le duc de Bourbon ; sa tète était épuisée par mille tristes souvenirs ; le malheur mène à un désespoir fatal et résigné ; il avait le courage naturel aux Condé et avec cela cette fatigue de l'àme qui ne permet plus rien d'énergique; elle explique l'absence de toute mesure dans la Vendée lors du passage de M. le duc de Bourbon; il avait touché le rivage d'Angleterre sans laisser la moindre organisation de résistance * .

Ily avait peut-être aussi un autre motif dans cette tiédeur qui avait accueilli M. le duc de Bourbon. La Vendée

* Les fonctionnaires publics de la Res- vivement frappés de ce manque d'énergie tauralion, à Angers aurlout, furent tous de M. le duc de Bourbon.

est un groupe de paroisses, chacune avec ses traditions, ses familles héréditaires, son seigneur et son curé; elles forment comme les débris du moyen nge, temps où les races restaient puissantes avec leurs caractères parculiers; les paroisses de la Vendée ressemblaient à ces réunions de pastoureaux ou de communaux qui aux xiii^ et xiv* siècles prenaient les armes au son du cornet et de la cloche , pour la défense de leurs droits et de leurs privilèges. Les Vendéens connaissaient à peine le duc de Bourbon; iU avaient respect et dévouement pour ce nom comme pour la croix; mais ils attendaient avant tout les ordres de leurs seigneurs naturels et des chefs qui les avaient autrefois conduits ; les métairies ne s'agitaient que lorsque paraissaient à leur tète des gentilshonunes nationaux, ceux qui avaient leur château fortifié à côté des métairies en friche du paysan vendéen. Aussi n'y eut-il de prise d'armes que lorsque, d'après les ordres du roi, les chefs firent sonner le tocsin et assemblèrent les paroisses.

Ces chefs avaient tous des noms retentissants, et les traditions en gardaient mémoire. Le plus remarquable, le j)lus habile , le plus spirituel était M. le marquis d'Autichamp, lieutenant-général', issu d'une famille antique ; ses formes douces et conciliantes s'unissaient à un sentiment de bravoure incontestable. MM. de Sapineau et de Suzannet, avec des services et des talents moins réels, savaient néanmoins affronter la mort sur un champ de bataille; ils étaient très considérables dans la Vendée. La famille des La Rochejaquelein tenait une large place dans les mouvements de guerre civile; elle avait payé de son sang sa renommée, et je n'aime pas à

* La famille d'Auiichamp, 1res proche pa- plus courageuses et les plus savantes en renie des Broglie, élail une des races les siralégie.

LES CHEFS VE.NOÉEINS (mAI ^8^5). 74

contester la grandeur de ceux qui se font martyrs d'une cause. Mais ce qui distin'juait particulièrement les La Rocliejaquelein au milieu des autres chefs d'une plus {P'ande capacité qui marchaient avec eux, ce qui souvent les rendit nuisihiesà la Vendée, c'était d'abord leur esprit dominateur, absorbant, qui semblait viser à une supériorité sur les autres chefs vendéens.

Si les La Ilochejaquelein avaient rendu des services à la cause royale, combien n'étaient-ils pas au-dessous de la capacité militaire et politique des Charette , des Stofflet, des Bonchamps, des Talmont, et même des d'Elbée, puissantes renommées qui s'élevèrent dans ces temps d'épreuves et de miracles' ! Et néanmoins, les La Ilochejaquelein voulaient tout dominer, tout conduire ; ils prétendaient à une sorte de suzeraineté sur la Vendée : c'était leurs fiefs, leur terre; de sorte que par cet esprit dominant ils excitèrent souvent de la jalousie, ils mirent de la division dans les rangs, ils voulurent conduire des hommes qui leur étaient supérieurs en talents militaires et en tenue politique. Ensuite un triste caractère sépara les La Rochejaquelein des autres chefs : ils méconnurent l'esprit essentiellement provincial de la Vendée ; ils y voulurent mêler l'Anglais, si antipathique au véritable \ endéen ; les paysans faisaient la gueri-e royaliste et religieuse de paroisse à paroisse avec énergie, mais ils restaient essentiellement provinciaux, sans recourir à l'étranger, à T habit rouge. 11 n'en était pas ainsi des La Rochejaquelein, intimement liés avec l'Angleterre : c'est par le secours des forces britanniques que le marquis Louis de La Rochejaquelein voulait

* Tout ce qui a 6lé écrit sur ces chefs de guerre civile a été généralement vu d'un point de vue très resserré et personnel.

donner à la {jucrrc civile un aspect plus formidable; il courait chercher à Londres des armes et des munitions , invoquant le secours de la marine et des vaisseaux de la flotte britannique. Le marquis d'Autichamp, le général Suzannet , aimaient à conduire les paysans, pour la défense de leur province , sous la croix et le drapeau blanc ; mais ils repoussaient d'autres secours, 11 suffit de lire la correspondance du marquis Louis de La Rochejaquelein avec Tamiral sir Henri Ilotham * , pour se convaincre que le principal appui du mouvement vendéen qu'il conduisait, c'était T Angleterre ; circonstance essentielle à expliquer, afin de comprendre les événements de la Vendée pendant les Cent Jours. Certes, nul ne pouvait refuser l'intrépidité aux La Rochejaquelein ; mais, je le répète, ils nuisaient souvent par ce double esprit de domination et d'appel à l'étranger, et cela fut une des causes de la chute rapide du mouvement vendéen en 4 81 5.

Dans les premiers jours du mois de mai, le marquis Louis de La Rochejaquelein parut dans la Vendée ; il venait de Londres , muni des pleins pouvoirs du roi Louis XVIII pour opérer un soulèvement de paroisses favorable à la cause royaliste ; et, à cet effet, il avait obtenu du cabinet britannique des armes, des munitions,

1 heure du commandant de la frégate « Ainsi que j'avais eu l'honneur de vous l'Aslrée , au marquis de La Rochejaque' l'annoncer, l'amiral sir Henri Ilolham est lein. — Du 31 mai. arrivé de l'Angleterre, el a pris le com- <c Mon cher marquis, mandement de cette escadre. C'est un M Je ne saurais vous exprimer le plaisir très aimable homme, et l'un des officiers que me fit éprouver hier soir l'arrivée de les plus distingués de la marine anglaise, votre aide-de-camp, et les détails qu'il me J'aurai le plus grand plaisir à vous présentransmil sur vos opérations el sur votre si- ter à lui ; il désire beaucoup lui-même de lualion actuelle. Ce plaisir a été vivement vous recevoir sur sou bord, pour s'enlenpartagé par tous mes officiers el, s'il m'est dre avec vous à l'égard des opérations ulpermis de le dire, par mes matelots môme, lérieures ; il vous apporte une grande La plus vive satisfaction éclatait sur tous quantité d'armes , de munitions, et quelles visages. ques pièces de campagne.

LE MARQUIS L. DE LA IlOCHEJAQUELEIN (mAI ^8^5). 73

des subsides ; Taniiral sir Henri liotham s'était engagé à le seconder; Fcseadre, sous pavillon anglais, était sur la côte avec des fusils, des canons et de la poudre. A peine débarqué, le marquis Louis de La Rochejaquelein adresse aux Vendéens une proclamation, souvenir des vieux et nobles temps de la Vendée ; il leur parle du roi, il a besoin pour ainsi dire de justifier les froideurs de la Restauration pour la Vendée; si l^ouis XVllI ne lésa pas mieux traités, c'est que cela n'a pas dépendu de lui ; il apporte des armes, et les nations de TEurope fourniront les moyens de rétablir T autel et le trône ; il se présentait par ordre du roi, pour détruire les factieux : « Sacliez que Bonaparte affecte de ne pas vous craindre. Le monstre n'ignore pas que votre réveil sera le signal de sa destruction. Vendéens ! ra})pelez votre antique valeur ; ne perdez pas de vue le titre de peuple de géants : l'usurpateur lui-même vous l'a donné. L'Europe a les yeux fixés sur vous ; elle marche pour vous soutenir. Déjà le crime frissonne et sa chute est prochaine. Souvenez-vous de ces paroles mémorables du roi : « Je devrai ma couronne aux Vendéens. » Marchons, et que ce cri de l'honneur français nous guide à la victoire : Vive le roi ! »

Cette proclamation , signée par le marquis de La Ro-

« I.n pavillon amiral est arboré sur le 1er tous les mouvements de l'ennemi.

Superbe, de 74. Le Uellérophon, delà « Je suis avec la plus sincère estime tant

même force, est également sous ses ordres, pour vous que pour voire cause.

Tout Ira donc au gré de mes désirs ; je suis Siqt.é, Kittroc.

dans la plus ferme conviction que dès de- « P. S. Nous attendons de moments en

main les brigands de Saint-Gilles seront moments de nouveaux secours en muni-

entiéremcnt soumis par nous, et que toute lions et en armes. Mes compliments à tou-

comniunication avec l'intérieur leur sera tes les personnes qui vous entourent. Vive

aussi fermée : j'ai ordre de raser la côte le roi ! Vive Louis XVIII .' \ivent les liour-

aussi prés que possible, afin d'entretenir bons ! tel est le cri coniinuel de tout mon

nos communications mutuelles. Comptez équipage. « que je ne négligerai rien pour surveil-

chejaquelein, moréchal-de-camp des armées royales, allait bien aux sentiments et aux opinions des Vendéens : tout était prépaie pour un soulèvement; déjà les chel's naturels du mouvement insurrectionnel s'étaient portés en masse dans le Bocage. M. de Suzannet avait levé plus de 4,000 hommes cl un petit corps de cavalerie; M. d'Auticliamp commandait plus de 5,000 paysans bien^ armés. Quand tous ces Pioupes furent réunis, on compta quatre corps d'une force presque égale; le premier commandé par M. d Auticliamp, le second par M. de Sapineau , le troisième par M. de Suzannet , le quatrième enlin par le comte Auguste de La Rocliejaquelein, le frère du marquis; et il se trouvait que, par un étrange jeu de la fortune, le chef d'état-major de rarmée royaliste était le vieux général républicain Canuel, qui, à une autre époque, avait paru dans la Vendée sous les couleurs de la Convention et du Comité de salut public. Temps singulier! Le général Doimadieu, Tamide Masséna , le républicain du Consulat, se trouvait aux ordres de la duchesse d"An;iOulème, et le patriote général Monnier commandait une division de T armée du duc d'Angouléme dans le Midi ' .

Lorsque cette prise d'armes des paroisses eut été organisée, une première question s'éleva parmi les cliefs: à quel commaïuiant supérieur les forces royalistes seraient-elles confiées? Il y avait là parmi ces chefs M. d Auticliamp, créé lieutenant-général par le roi, d'un Age avancé déjà et d'une certaine renommé militaire; Canuel était également lieutenant-général. Dans la hiérarchie ordinaire, M. d'Autichamp devait commander les forces vendéennes ; M. Louis de La Rochejaquelein, simple ma-

• C'éiaii le reste delà fusion des répiiblicains el des royalisles contre Bonaparte.

DIVISIOiNS DES CHEFS VENDEENS (mAI ^815). T')

iv('!ial-de-camp, contesta ce droit naturel dans Tordre d(S grades, et à Tappui de cette prétention qui bouleversait tout il montrait une lettre de Louis XVHl, qui lui donnait mission de soulever les paroisses : était-ce là son seul titre pour commander en chef? Le marquis Louis invoquait les services qu'il venait de rendre à Londres; il (ivait procuré de la poudre, des munitions de guerre, des armes, de l'argent ; lui seul était en rapport avec Tamiral Hotham ; il devait donc mener les forces du Bocage. Cette prétention ù la suzeraineté, au commandement supérieur, fut une des premières causes de la division qui s'introduisit dans le camp vendéen et de la fin si prompte de la guerre civile.

Les généraux Lamarque et ïravot% qui allaient comninnder les forces impériales dans la Vendée , connaissaient parfaitement ces principes de division qui séparaient les chefs vendéens entre eux. Tous deux a|>partenaient à la même école militaire, calme, patriotique, savante; leur mission était d'en finir immédiatement avec la guerre civile, car elle nécessitait le déploiement

1 Lettre du maréchal Dnvoust au gêné- nombreuse ariillerie sonl en mouvement

rai commandant le dépuriement de la p jur se perler sur la Loire.

Loire-Inférieure. « Tous les citoyens peuvent être rassu-

Parls, le 28niai 1815. rés. Les Insiiuclions doniircs sonl d'être

«' Général, les partisans «le la guerre ci- indulgent envers la popuiation , qui n'est

vile, tous les gens qui n'ont d'autre patrie qu'égarée^el qui va contre ses intérêts en

que leur vanité, et d'autre religion que la prenant les armes en laveur de ses op-

féodalite el la dîme; ces mômes hommes pn sscurs.

qui, depuis vingt-cinq ans, onl fait cause « Mais on déploiera toute la rigueur des

commune avec les étrangers, el ont fait lois envers les ex-nobles qui seront pris

tous leurs efforts pour exciter la guerre les armes à la main, el tous ceux qui sont

extérieure et intérieure dans notre belle connus pour être chefs de bandes, el ne se

patrie, ont levé l'étendard de la rébellion plaisent qu'au milieu des troubles.

sur quelques points de la Vendée ; déjà le « Je vous recommande, général, de faire

sang français a coulé. répandre chez tous les habitants où il y

« De grandes mesures sonl prises pour aurait des symptômes el des commence-

éleindre, dès son principe, cette rébellion, menls de rébellion, les nouvelles, el de

" Une armée de 25,000 hommes et une prendre toutes les mesures pour rassurer

76 LES CENT JOIRS.

de forces imposantes, qu'on pourrait employer pins iitilementà la défense du territoire contre les armées étrangères. Napoléon comptait attaquer l'ennemi dans le mois de juin; à ce moment tout devait être pacifié dans la Vendée, afin que les deux divisions Lamarque et ïravot pussent se porter immédiatement sur la frontière Nord, et prendre part à la guerre européenne. A cet effet Napoléon avait ordonné à ses lieutenants de mener la guerre avec vigueur; le maréchal Davoust s'était montré impitoyablement dur dans une circulaire adressée aux généraux commandant les départements de la Loire ; on devait annoncer de grandes mesures contre les Vendéens, « gens qui n'avaient d'autre patrie que la vanité, et d'autre religion que la féodalité et la dîme » ; on devait invoquer le secours des fédérés et s'appuyer sur eux pour opérer la répression '. Ces fédérés avaient reçu une organisation tumultueuse à Rennes, à Angers, à Nantes. Le parti jacobin s'était réveillé ; on avait opposé les villes à la campagne , la bourgeoisie libérale à la campagne exallée : les fédérations bretonne et angevine comprenaient les fonctionnaires publics, les cours impériales, et M. de Portalis lui-même, tête si modérée, premier président de la cour royale d'Angers , fut obligé de se placer à la tête de la fé dération angevine. On exigeait alors cette espèce de dé vouement.

tous les liabilanls, afin que les agitateurs ire-vingl-dix-ncuf cenliémes do la nation, soient abandonnés lorsqu'ils verront tout « Slainienant, que les (|uatre-vingi-dix-

l'appareil di.' nos forces. neuf centièmes ont pour chef l'empereur

« Vous avez une grande facilité d'obtenir Napoléon, qui est le souverain de ieurrlioix,

ce résultat parles fédérés. souffrirons-nous les attentats de quelques

« Sous le règne avilissant des Bourbons^ milliers de furieux ? lorsque cette classe de gens qui vient de se » Il est temps, général, que l'on prenne

mettre en guerre contre l'Empereur et de fortes mesures qui fassent trembler ces

toute la nation, avait influence et prolec- mau>ais Français et rassurent les bons. » tion, ils étaient en opposition avec les qua- Signé, le prince d'Eckmûlb.

iNKGOCIATIONS AVEC LA VENDEE (mAI-JUIN 4815). 77

Les forces dont disposaient les deux généraux de Tarmée impériale étaient de 8,500 hommes , la moitié moins que celles desYendéens; mais c^ étaient de bonnes troupes, bien disciplinées, des régiments vieux au feu, et ils n'avaient en face que des paysans rassemblés au tocsin de la paroisse. Jusqu'alors aucun engagement sérieux ne s'était accom pli; on faisait des marches et des contre-marches; car une négociation importante s'était engagée entre Fouché, mêlé à tout, et les chefs de la Vendée * . Dès l'instant que l'habile ministre avait connu les troubles de l'Ouest, leurs causes, leur développement, les chefs qui commandaient les bandes, il offrit à l'Empereur de les pacifier sans effusion de sang, et par les simples moyens de police. Napoléon avait déjà essayé , sous le Consulat, cette arme de la pacification , et l'abbé Dernier avait servi

1 Fouché dans sa proclamaliun ofTicielle s'élail rapproché de l'esprit de répression du maréchal Davousl.

Miimièfe de la police générale.

Paris, 'i8 mai i8i5.

« M. le préfet, l'insurrection vient d'éclater sur plusieurs points des déparlements de l'Ouest. Une guerre qui fut si fatale et si célèbre peut s'y rallumer. Le sang français (]ui a coulé tant de fois dans cette contrée par les propres mains des Français peut y couler encore ! de nouvelles victimes seraient immolées sur les tombeaux que nous avons fermés !

" Toutefois, les circonstances ne sont plus ce qu'elles étaient il y a vingt ans. Les cabinets et les peuples étrangers savent apprécier les mensonges ou les illusions des transfuges qui trahissent leur patrie, et qui s'arment contre elle.

« La France, qui surmonta si glorieusement et avec tant de courage les dangers qui la menaçaient en 1793, n'est pas, comme alors, sans chef, sans armées, sans géiiéraux, livrée aux passions d'une assemblée qui avait tout à la fois à lutter contre

les factions de l'intérieur et contre la coalition des souverains de TEurope.

« La sédition qui se manifeste aujourd'hui n'est point, comme l'insurrection de 1793, fondée sur des mécontentements populaires, excités par d'antiqurs préjugés, des habitudes monarchiques et le fanatisme religieux.

« Les habitants de la Vendée savent bien que ce n'est ni pour leur cause, ni pour un ordre de choses qui leur soii plus favorable, qu'on cherche à les armer.

« X'onl-ils pas éprouvé les prétentions orgueilleuses de ceux pour lesquels ils ont si souvent bravé la mort ? Quelles récompenses ont-ils reçues de leur dévouement ? Quel prix en peuvent-ils espérer?

« Le rétablissement des dîmes, des redevances, des servitudes, la féodalité, la dévastation, l'incendie, le massacre, et le deuil de toutes les familles, voilà tout ce qui se présente à leur souvenir et à leur avenir.

« L'Empereur a parcouru la Vendée sans gardes, au milieu de la muliitud-! qui se pressait sur ses pas; il a recueilli des témoignages de respect et d'admiration qui

d'intermédiaire dans celle rude làelie de bien public. Ces souvenirs du Consulat plaisaient à Bojiaparte, et il sentait 1" importance de disposer en juin des divisions Lamarque el Travot ; il résolut donc de terminer les troubles de la Vendée, et de se confier entièrement à Foucbé, dont il savait la sagacité habile et les movriis efficaces de corruption. Le ministre, autorisé dans la j>!ns vaste étendue de pouvoirs, eut recours à deux hommes de talent et d'activité, déjà connus dans la Vendce; MM. de Malartic et de la Béraudière, caractères pleins Je modération, et négociateurs parlaitemeiit choisis, bouché leur parla sans détour : « Pourquoi les Vendéens laisaient-ils la guerre civile? quel but se proposaient-ils?

n'élaienl pas commandés par l'éclat du une poputalion amie de la paix qu'il loit

diadème. secourir et prolé{;er contre les sédiiieux

« Toute la contrée est couverle de ses qui l'égarenl-

bienrails ; l' s villes, les églises, les ha- « Les canlonnemonls qu'on avait retirés

mcnux rétablis, les grandes roules, les ca- vont rentrer dans les dépariemenls d'ouire-

naux qu'il a fait ouvrir, sont des monu- Loire; des colonnes mobile- vont poursui-

menis que le? elTorts du temps el de l'in- vre les chefs qui se sont mis à découvert,

gratitude ne par\ieiulront pas à détruire, et (ju'on peut frapper maintenant sans in-

« Les agitateurs ni; peuvent plus invo- justice et sans erreurs.

quer les intérêts de la religion et de la mo- « Vous aurez. M. le préfet, à seconder

narchie, puisque c'est l'Empereur qui a l'ensemble de ces mesures par tous les

relevé le troue et les autels. Ils n'ont plus moyens qui sont en votre pouvoir; el

de crédit sur un peuple tant de fois sacri- pour en assurer le prompt succès, vous

fié aux passions ambitieuses de quelques ferez former dans chaque commune la

individus, el Uiit de fois trahi par eux; lisle des absents qu'où peul supposer à

mais ils emploient la ruse, le mensonge et l'étranger ou dans les rassemblements ar-

les menaces. Ils excitent la pitié des habi- mes.

lants des campagnes ; ils errent dans les « Ces listes seront remises aux procu-

bois ; ils parcourent les chaumières, sous reurs impériaux chargés d'informer et de

prétexte de trouver un asile contre des faire prononcer, s'il y a lieu, les peines

persécutions dont ils rie sont pas même portées par le décret impérial du 6 avril

menacés, ils répandent les craintes de le- 1809.

vées d'hommes, el c'est par ce moyen " Afin qu'on puisse réunir et présenter qu'ils ont entraîné les jeunes gens, qu'ils aux tribunaux les preuves constatant la léleur inspirent le goût du vagabondage, gitimité de l'absence, il sera nécessaire qu'ils les excitent à toutes sortes de désor- que vous fassiez connaître mes iostrucdres. lions à vos administrés. »

« Ainsi le gouvernement n'a point à Le ministre de la police générale.

combattre une populaiion insurgée ; c'est Signa, le duc d'Olrante.

NÉGOCIATIONS AVEC LA VENDÉE (mAI-JIIN 48^5). 70

la restauration de Louis XVlll? mais celait une chose déjà moralement faite et qu'il fallait laisser à son mouvement naturel : Bonaparte ne vivait plus politiquement; ce n'était plus pour le roi qu'une question de temps; lui, Fouclié , travaillait pour les Bourbons » ; et comme preuve, il montra la correspondance intime qu'il avait avec Gand , la mission de M. Gaillard auprès de Louis XVlll. « Pourquoi, dès lors, les Vendéens se battraient-ils? le sang français devait-il couler à grands flois ' ? Il fallait atlendre un mois ou deux, et tout serait fini. On devait éviter aussi que les Anglais vinssent se mêler de cette affaire , car ils n'y viendraient que pour profiter encore de nos divisions intestines. Le ministre se résumait ainsi : « conclure un armistice jusqu'à l'inévilable Restauration ». il ajouta qu'il avait jeté les yeux sur eux, parce qu'il les savait sages et capables d'apprécier la situation. Fouché leur délivra des passe-ports ; des ordres furent donnés à tous les lieutenants-généraux de {)olice pour leur prêter appui ; ils furent revêtus du titre de paciiicateurs, et MM. de Malartic et de la Béraudière arrivèrent sous les tentes de la Vendée au moment où la guerre civile allait commencer.

1 Le général Lamarque s'adressait aux « (Juoi, Français ! vous avez soif du sang

Vendéens dans son langage habiluellement français .' Vos champs encore blanchis des

déclamateur. ossenienls de vos itères ne vous disent-ils

Proclnmalion. pas quel est le sort qui vous attend ?

« Le lieutenant-général Max. Lamarque, « Qu'elle est aveugle et insensée votre

commandant l'armée de la Loire, aux ha- fureur ! Contre qui vous armez-vous? Qufi

biiants de la Vendée. est celui qui, pour réparer les pertes de

" Habitants de la Vendée, voire population, vous exempta longtemps

" Tandis que les étrangers, frappés de de toute conscription? \'est-ce pas Na-

stupeur à l'aspect de nos boulevards et poleon ? Ministres d'un Dieu de paix, qui

des millions de soldats qui invoquent le vous a rappelés d'un long exil ? qui a réédi-

moment du combat, n'osent dépasser nos fié vos temples et paré vos autels ? N'est-ce

limites, quelques-uns de vous courent aux pas Napoléon , Napoléon-le-Grand , qui,

arme=, et donnent le signal de la guerre après une longue anarchie, rétablit eu

civile. France l'édifice social, et fit triompher à la

Quand ils eurent touché la terre sacrée, ils ne s'a dressèrent point au parti de M. de La Ilochejaquelein , ils savaient que là ils ne pourraient se faire entendre ; on voulait se battre à tout prix, parce que M. de La Rochejaquelein avait pris des engagements à Londres. Ils vinrent trouver l'homme d'esprit et de modération de la Vendée, le marquis d'Autichamp, plus considérable, d'ailleurs, par son rang et par ses titres ; ils lui communiquèrent les intentions de Fouché , ce que le ministre leur avait dit sur une inévitable restauration de Louis XVllI : « la Vendée ne serait qu'un accident dans les grands intérêts qui allaient se décider sur le champ de bataille de la Belgique. La guerre des Blancs et des Bleus était désormais sans but. »

Ces explications une fois données, M. d'Autichamp comprit bien toute la portée de la mission de MM. de Malartic et de la Béraudière : « à quoi bon faire couler le sang français pour arriver à un but de Restauration, que le chef même de la police de Bonaparte croyait inévitable. » M. d'Autichamp laissa donc le parti anglais s'agiter seul dans la guerre civile, et il entraîna dans cette même voie de modération et de sagesse MM. de Suzannet et de Sapineau ; le marquis Louis de La Rochejaquelein resta

fois la cause des lois, de la liberté cl de la dilt-s à ceux qui vous égarent, que leur religion? présence vous fut toujours funeste, et qu'il « Habitants de la Vendée ! ceux qui est maudit de Dieu et des hommes celui soufflent parmi vous le feu de la guerre qui déchire le sein de sa patrie, civile vous cachent le but qu'ils veulent <• De nombreuses colonnes vont entrer atteindre. Si jamais ils pouvaient l'empor- sur votre territoire : elles observeront la ter sur l'inlérét et la volonté de l'immense discipline la plus sévère; les propriétés et majorité de la nation, alors ils rétabliraient les personnes seront respectées ; mais malles dîmes, la féodalité, les impôts arbitrai- heur à ceux qui persisteront dans leur res, l'avilissement de tout ce qui est pié- révolte!

béien, et le double despotisme des nobles « Au quartier-général, à Angers, le 29

et des rois. Abandonnez donc une cause mai 1815. »

qui n'est pas la vôtre ; retournez dans vos Signe, Max. Lamarque, champs que couvrent de riches moissons ;

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