COMBAT DE LA CROIX-DU-VIC (4 JUIN
seul opposé à la pacification. Dans la vivacité de sa colè.o, il voulut appeler tous les Vendéens à une prise d'armes nouvelle; il fit remplacer M. d'Autichunip dans le commandement de sa division; puis il se porta avec sa valeur et son intrépidité accoutumées vers la côte pour favoriser le débarquement d'armes et de poudre que les Anglais envoyaient aux Vendéens dans le but d'attiser la guerre civile. A la suite de ce débarquement lut livré le combat de la Croix-du-Vic, où les Vendéens et les impérialistes se battirent sans haine, sans ardeur; le marquis Louis de La Ivocliejaquelein fut magnifique de courage, c'était héréditaire dans sa race ' ; percé d'une balle, il mourut les armes à la main, arrosant de son sang la pieuse terre de Vendée; noble mort sans doute, mais il eût été mieux d'éviter un combat devenu sans utilité pour sa cause.
L'engagement de la Croix-du-Vic eut pour objet d'assurer la suprématie morale des La Rochejaquelein dans la Vendée ardente. Le marquis Louis tenait aussi à honneur de remplir les engagements pris avec le cabinet anglais lors de son passage à Londres; c'était agir avec plus de loyauté que de nationalité ! Si après ce combat de la Croix-du-Vic, quelques chefs se tinrent encore sous les armes, si les paroisses furent prêtes au signal, il n'y eut plus en réalité de guerre civile; Fouché put an-
1 On trouva la lellre qu'on va lire sur le de nous, ^ous consulterons ensemble le
corps du marquis de La Rochejaquelein si parti que nous avons à prendre pour pa-
glorieusement tué .- ter aux inconvénienls de celte inlàme dé-
Croix-de-Vic, 2juin 1815. sertion. Il laudra bien que nous fassions à
.< Mon cher général , le grand œuvre nous seuls, puisqu'on ne veut plus coopé-
d'iniqulié est consommé : tous nos chefs rer.
entraînés se retirent, et licencient leur « Tout à vousd'amitié, à la mort età la
monde. J'ai la lettre que vous écrit Suzan- vie.
net, et l'arrêté de ces messieurs qui y est « Signé j Canuel.
joint. Je ne vous envoie pas ces pièces, de « P. S. Par réflexion, je vous envoie ces
peur qu'elles ne se perdent. Revenez près papiers par M. uecourbeillon. »
noncer à TEiiipereur : « que la Vendée était pacifiée. » Ce résultat était dû moins à des succès signalés (les géhéraux Lamarque etTravoten vinrent à peine aux mains) qu'aux promesses que Fouché fit aux Vendéens de proclamer bientôt J^ouisXVlH. C'était ainsi une pacification à sa manière, un point d'arrêt qu'il cherchait à mettre au mouvement désordonné des provinces de l'Ouest; il substituait, connne toujours, la politique et les négociations aux armements militaires \
L'agitation royaliste s'étendait plus loin que la Vendée ; la Bretagne voyait renaître quelques svmptomes de chouannerie. Les hommes sérieux appelés à étudier lespril des peuples devaient remarquer un changement notable dans la tendance nouvelle des guerres civiles : à l'époque de 1795, quand la Vendée se leva, ce n'étaient pas les nobles qui appelaient les paysans à la défense du troue et de la province; au contraire, les paysans forçaient les nobles à prendre l'épée pour le soutien de la monarchie. Aujourd'hui les gentilshommes, les grands propriétaires, entraînaient les paysans tranquilles par bandes et comme malgré eux ; il n'y avait plus cette spontanéité nécessaire dans les guerres civiles; le petit feu d'un soulèvement s'éteignait aussitôt qu il avait paru ; les gentilshommes réunissaient leurs garde-chasses , leurs métayers , leurs serviteurs , qui presque
1 La guerre civile reslail saus aliment : à Angers le dcparicmeni de Maine-
voici ce que le commaiidaut de Brest mao- ei Loire.
(lait par dépêches lélégiaphiques. « Le géoéral en chef doit Olre à Chal-
« Les colonties mobiles qui ont été en- lans ; les communes depuis Naiiics jusqu'à
voyées sur la frontière du département ont Napoléon rendent leurs armes. Les habi-
produit le plus heureux effet. lanis ont indiqué cinq pièces de canon
« Tous les rassemblemenis d'insurgés se qui étaient cachées, et qui ont été conduisent dissipés, et ils ont fait la remise de tes au quartier-général ; les pièces et les leurs armes aux maires. » fusils sont de mauufaclure anglaise. Exiraii du nippon du ih au 16 juin, fait « Le général en chef espère rétablir
par le général Schramm, commandant promptemenl la tranquillité dans le pays.»
LA BRETAGNE. BORDEAUX (jUIN 4845). <<}5
aussitôt se réfugiaient sans eomhaltre dans les bruyères (le TAnjou, de la Brelajjne. La pacification suivait presfjue toujours la ])rise d'armes; on avait usé la guerre civile.
L'esprit d'insurrection, moins hardi, n'en était pas moins puissant dans tout le Midi de la France; le parti royaliste y possédait des forces considérables * . Le départ de la duchesse d'Angoulème n'avait point éteint l'opinion si favorable aux Bourbons dans la cité fidèle du -1 2 mars ; r autorité impériale y était à peine reconnue ; Bordeaux j)ossédait une jeunesse ardente, instruite, tapageuse, sous riniluence des plus fiers caractères; là s'était réfugié, en quittant le fauteuil de la présidence des députés , M. Laine, qu'on appelait avec esprit « le républicain le plus dévoué à la monarchie ; » autour de lui se groupaient MM. de Peyronnet, Ravez, de Marlignac, qui menaient toute la jeunesse de Bordeaux; on faisait du bruit au spectacle, on chantait des couplets où les lys et le drapeau blanc jouaient un grand rùle ; comme tous ces jeunes gens tiraient parfaitement l'épée et avaient du cœur, ils ne craignaient pas les duels avec les oliiciers de la garnison ,
1 Fouché avait de vives craintes sur vouements ; Bordeaux qui recèle niainie-
ie mouvement rojaliste : il exposait ses uaui des preuicaieurs ue la guerre civile ;
terreurs a Napoléon: •< o'esi ce port qui, par île lausses alar-
» L'csl ce paru qui trouble maïuieuant mes, Ues disiriliuiiuus d'argent et l'emploi
la iraiiquillile intérieure; c'est lui qui des menaces, est parvenu a soulever les
agile Toulouse, Marseille et DorUeaux : paisibles cuUivateuis dans tout le terri-
Warseiile , ou l'espoir de sédition anime luire enclave entre la Loire, la \endee, l'O-
Jusqu'aux dernières classes de la popuia- tean elle lliouet.
iiuu, ou les lois oui eie méconnues ; Jou- « Ou j a débarqué des armes, des muui-
louse, qui semble encore sous l'inllueuce lions de guerre, b'anciens noms, des liom-
de I organisation revoluiioniiaire qui lui mes nouveaux, paraissent sur ce sanglant
lut donnée II ï a quelques mois; Bordeaux, llieàtre; l'bjdre de la rébellion renaii, se
ou se réunissent et lermenteul avec mien- leprouuil partout ou il exerça jadis ses
site tous les germes de la révolte; Uor- ravages, et u'est point abattu par nos suc-
deaux, où la patrie trouva jadis de gi nom- ces d'Esuaj, de saïut-Gdies et de Pal-
breux deieuseurs, où la iioerte eicua de luau. Ue l'autre coié de la Loire des bau-
si généreux sacriCces et de si nobles ue- des désolent le département du iMorbiliuu,
il y avait des disputes dans les cafés, au théâtre. En vain le préfet de Bordeaux, M. Fauchet, cherchait à faire prévaloir les idées impérialistes fermes et modérées; il trouvait de la résistance dans les mœurs élégantes de la cité, comme dans les dévouements des classes ouvrières : Bordeaux nVHait pas à 1 Empereur. Pour réprimer ce mauvais effet, le commandant militaire avait organisé des bataillons de mulâtres sous le titre de compagnies coloniales, et tous les officiers en demi-solde, les gendarmes, s'étaient placés sous le commandement de deux patriotes jumeaux, les frères Faucher, ardents républicains de La Réole, qui menaçaient la ville de grandes répressions. Dans le Midi, là où le soleil fait bouillonner les tètes, il ne faut pas avancer des propos imprudents ou des mots de menaces ; ils sont comme Teau-forte sur la chair vive, ils brûlent; et quand viennent les jours de réaction, on ne pardoime rien. Les frères Faucher subirent la fatale conséquence de quelques haines profondes qu'ils avaient semées.
A Toulouse, l'organisation royaliste était restée debout, quoique le drapeau tricolore fût arboré sur le Ca-
quelques parties d'Ille-et-Vilaine, des Cô- < Sur les bords de la Manche, Dieppe, le
les-du-Xord et de la Sarthe; elles ont un Havre ont été agités par des mouvements
moment envahi les villes d'Aurai , de séditieux. Dans toute la quinzième division,
Uédou, de Pioërmel, les campagnes de la les bataillons de milice nationale n'ont été
Mayenne, jusqu'aux portes de Laval; elles formés qu'avec la plus grande dilTiculté ;
arrêtent les marins et les militaires rappe- des marins et des militaires ont refusé de
lés; elles désarment les propriétaires, se répondre aux appels et n'ont obéi qu'aux
grossissent des paysans qu'elles font mar- moyens de contrainte. On oppose aux nie-
cher de force, pillent les caisses publiques, sures que les circonstances exigent une
anéantissent les inslrumenis de l'admini- résistance coupable, ou une force d'inertie
slraliou , menacent les fonctionnaires , plus dangereuse et plus difficile à vaincre
s'emparent des diligences , saisissent les que la résistance ouverte. Caen a été irou-
courriers, et ont intercepté un instant les blé deux fois par des réactions royalistes;
communications du Mans à Angers, d'An- et dans quelques arrondissements de
gers à JVantes, de Nantes à Ueunes, de Uen- l'Orne, des bandes se forment comme eu
nés à Vannes. DreiaoUe et dans la Mayenne. »
TOILOISE. ?siMES. AVIG><)N (il ly 1845). 85
pitole; le besoin de jeter toutes les troupes à la rrontièrc n'avait pas permis à l'Empereur la dis|)ositi()n de forces considérables pour le maintien de Tordre dans les départements royalistes. Ces grandes cités avaient à peine garnison pour contenir les masses, et la garde nationale était en pleine opposition. Pour seconder les Cent Jours, on avait établi des compagnies d'officiers en demi-solde qui montaient la garde, faisaient le service des soldats avec le noble zèle des régiments de ligne : que pouvaient quelques bataillons d'une centaine d'hommes contre tous ces bras vigoureux qui les étoufferaient dans une nuit d'insurrection, sorte de Vêpres Siciliennes contre les oppresseurs de la cité? De Toulouse à Nimes, à Montpellier, à Pezénas, à Avignon, la querelle politique devenait une guerre religieuse; on était catholique ou protestant, calviniste dans les montagnes, orthodoxe dans la plaine; la grande majorité appartenait aux catholiques. Les Cévennes, pays dur, sévère comme les noirs rochers, avaient conservé le caractère sauvage de ces pics qui se perdent dans les nues. Ces huguenots des Cévennes , les Cent Jours les avaient favorisés ; les préfets du Midi mettaient en présence les protestants et les catholiques , cherchant à maintenir les villes par les paysans , à opposer l'arquebuse du montagnard au long fusil de l'ouvrier ! Viendrait un temps de réaction, où les catholiques pourraient se venger de leurs humiliations présentes. Le XVI* siècle était retrouvé.
Avignon avait les mariniers du Rhône, population inculte, ardente, au teint basané, qui s'était vouée aux Bourbons avec la chaude passion des âmes méridionales. Ces hommes n'avaient aucune empreinte de sentiments modérés et d'éducation morale ; en matière de gouvernement, ils ne connaissaient que deux idées, ac-
86 LES CENT JODRS.
tion et réaction; vaincus, ils courbaient sous le jou{> en frémissant; vainqueurs, ils posaient leurs pieds sur le corps de leurs victimes. Un mélange de sang esj)agnol et d'origine italienne se manifestait dans les contrées méridionales ; il y avait encore le principe de la guerre au couteau ' .
A Nimes et à Avignon commençait l'organisation des compagnies franches , ligue mystérieuse qu'on appela plus lard du nom de verdets, ayant la volonté ardente d'éclater au premier siî',nal. C'est une chose à remarquer, sous le régime impérial même, malgré la surveillance des préfets, que cette organisation des compagnies royalistes avec leurs capitaines, presque tous gentilshommes campagnards, et qui exerçaient une influence absolue sur les cantons. Au premier signal, 50 à 40,000 insurgés pouvaient se lever en masse, depuis le Gard jusqu'au Var, étouffer les garnisons, car on ne comptait depuis Bordeaux jusqu'à Nîmes que 7 à 8,000 hommes de troupes de ligne, répartis dans huit ou neuf détachements; Taigle avait jeté là son nid sur la crête dun volcan: on ne se gênait plus, les royalistes considéraient avec mépris ces signes de domination impériale qu'ils renverse-
* le gouvernement de Gand était en Midi. Chaque jour on voit de nouvelles scécommunicalion iiilime avec le Midi ; il était nés. parfaiicment informé. Voici une des dépôciies royalistes, datée de Bordcjiux :
i< Il est bien vrai que tout le midi de la France n'attend que le premior coup de cloche ou de tocsin pour se soulever, mais
jusqu'à présent il n'existe ni armée espa-
gnole ni armée anglaise sur nos frontières. Total. 1 1,800
Cependant avec 15 ou 2o,ooo hommes on « il n'y a aucune Iroupe dans les petites enlèverait loul le Midi à l'usurpateur. Tout villes de second ordre, le prétendu huiesl di-posé à prendre les armes. I/exalta- lième corps d'armée n'existe p.is plus à tion est la même à Marseille, à Nimes, a Bordeaux, ni ailleurs, que n'existait l' camp Toulou^e, à Perpignan, à Bordeaux, dan< de 100,000 hommes l'année dernière. Ces toutes les villes et toutes les campagnes du troupes ne seraient pas capables de conle-
Nous avons ici
i,EOO hom.
Bayonne en a
Marseille et Toulon,
Toulouse,
Perpignan,
MARSEILLE Ei\ ETAT DE SIEGE (jUIiN ^8^5). 87
raient un jour aux cris de tumultueuses et sanglantes saturnales.
A Marseille, l'esprit anti-bonapartiste était encore plus marqué; l'organisation des compagnies franches existait là dans la campagne par des liens que nul ne pouvait saisir; il n'était pas un bourg, pas un paysan qui ne fût prêt à prendre les armes, comme aux jours de l'Ecosse des Stuarts , quand le feu de la révolte paraîtrait sur la montagne. Dans cette situation agitée , Fouché résolut par une mesure exceptionnelle de mettre Marseille en état de siège. Les pouvoirs révolutionnaires ne se font pas faute d'invoquer les idées violentes; ils ne se servent jamais des constitutions pour protéger les propriétés et les personnes; une révolution n'est, à vrai dire, que l'état de siège de toute la société ; c'est sa destinée si elle veut triompher. Depuis ce moment, des troupes plus considéi'ai)k's furent envoyées à Marseille; Toulon, siège delà 8"= division militaire, devait servir de centre à la résistance dans le cas d'une invasion possible des Piémontais ; on avait donc groupé, de Marseille à Nice, une petite armée de réserve qui comptait 15,000 hommes; le maréchal Brune en prit le commandement sous le titre de général
nir le pays ; mais on veut voir attatjuer d'imprécalions l'homme qui veut nous
dans le Nord. égorger. Mon fils, qui est parti pour aller
« La Vendée est soulevée ; Fougères , joindre monseigneur le duc d'Angoulême,
Ctiollet , lîourbnn-Vendée , etc., ont ar- pourra vous assurer que l'enthousiasme est
bore le drapeau blanc. On y a envoyé quel- à son comble
ques troupes qui n'y feront pas grand' « On a fait réparer notre vieux Chàleau-
chose. Trompette ; la garnison craignait d'être
» Lu fédération bretonne est composée égorgée à chaque instant. A chaque fête
de quelques centaines de monstres cou- de campagne on envoie du canon, de la
verts du sang de leurs concitoyens. On ne cavalerie et de l'infanterie,
met en place que les bonnets rouges. « La garde nationale ne fait aucun ser-
« Il ne part d'ici aucun militaire en re- vice. Les capitaines ont caché les contrôles, traite ou à la demi-soldo. Il y a eu une Le premier garde national à qui on verscène violente à la préfecture. Les hommes rait une cocarde tricolore' serait assommé rappelés ont crié Viue le roi .'en couvrant sur-le-champ. "
en cliel de Tarmée du Midi ; le sié^e du gouveruenient fut placé à Marseille, et, par conséquent, il s'y proupait '3 à 0,000 hommes dans le fort Saint-Jean et Saint-Nicolas ; un régiment de cavalerie y fut également envoyé, et ces troupes, dévouées à TEmpereur et souvent insolentes envers la bourgeoisie et le peuple, doimèrenl à la ville un aspect triste et désolé; les proscriptions commencèrent. Le maréchal Brune, patriote ardent, jugeait la situation très périlleuse, et jamais il n'eût commis des violences sans nécessité. Mais sa position lui faisait un devoir de satisfaire le parti républicain qui avait fatalement marqué dans les tristes jours de la Révolution; il réveilla donc Tesprit jacobin en Provence, et là jamais il ne s'était elTacé; le loyer était ardent comme au temps de I7Î)5. On vit reparaître des figures sinistres, des bonnets rouges ; on parla de clubs, de fédération, d'assemblées patriotiques, et, pour comble d" imprudence, chaque ièle militaire où se portaient des toasts à la Révolution ou à l'Empire était marquée de quelques désordres bruyants ; ici, des officiers avinés couraient dans les ruesl'épée à la main , en forçant à crier Vive l'Empereur I là des processions patriotiques venaient rappeler les jours de la terreur. Les royalistes comprimés ne disaient rien ; mais leurs visages, aux traits contractés, semblaient annoncer les scènes sanglantes qui éclateraient dans une fougueuse réaction. Il y eut beaucoup d'imprudences commises par les hommes des Cent Jours; Marseille était comme une ville conquise, il y avait des vainqueurs et des vaincus ; M. Frochot, le préfet, f homme modéré, était hors de cause par l'état de siège; il ne s'agissait que d'un duel entre les habitants et les jacobins appuyés sur la garnison. Toutes les campagnes de Marseille et de Toulon étaient armées; les Piémontais, soutenus des Anglais et