FRANÇAIS
Dans les circonstances âiâîcîles où les rênes Je Tétat Yious ont été confiées , il n'était pas en notre pouvoir de maîtriser le cours des événemens et d'écarter tous les dangers ; mais nous devions défendre les intérêts du peuple et de Tarmée , également compromis dans la cause d'un prjnce abandonné par la fortune et la volonté nationale.
Nous devions conseroer^X^L patrie les restes précieux de Ces braves légions , dont le courage est supérieur aux revers , et qui ont été victimes d'un dévouement que la patrie réclame aujourd'hui.
Nous devions garantir la capitale des horreurs d'un siège ou des chances d'un combat ; maintenir la tranquillité publique , au milieu du tumulte et des agitations de la guerre ; soutenir les espérances âes amis de la liberté y au milieu des craintes et des inquiétudes d'une prévoyance soupçonneuse. Nous devions surtout arrêter l'effusion inutile du sang. Il fallait opter entre une 'existence nationale assurée ^ ou courir le risque d'exposer
(*) Cette proclamation est dii duc d^Otrante>
368 MElfOI&ES*
la pairie ei les cîtoycQS i uobouIcver&cipeDtgéoëral, qui ne laisserait après lui ni espérance ni avenir.
Aucuns des moyens de défense que le temps et nos ressources permettaient , riçn de ce qu'exigeait le service des camps et de la cité , n'a été négligé.
Tandis qu'on terminait la pacification de l'Ouest, des plénipotentiaires se rendaient au-devant des puissances alliées, et toutes les pièces de cette négociation ont été mises 'SOUS les yeux de nos représentans.
Le sort de la capitale est réglé par une cosveutioD ; ses habitans, dont ,1a fermeté , le courage et la persévérance sont au-dessus de tout éloge 9 ses babitans en conserveront la garde. Les déclarations des souverains de r Europe doutent inspirer trop de confiance; leurs promesses ont été trop solennelles , pour craindre que nos libertés ei que nos plus ckers intérêts puissent être sacrifiés à la vic^ toire.
Nous recèlerons enfin les garanties qui doive nt prévenir les triomphes alternatifs et passagers des factions qui nous agitent depuis vingt-cinq ans , qui doivent terminer nos révolutions et effondre sous une protection com^ mune , tous les partis qu'elle a fait naître , et tous ceux qu'elle a combattus.
Les garanties qui jusqu'ici n'ont existé que dans nos principes et dans notre courage , nous les trouverons dans nos lois, dans nos constitutions, dans notre système représentatif; car, quelles que soient les lumières , les vertus , les qualités personnelles d'un monarque , elles ne suffisent jamais pour mettre le peuple à Tabri de l'oppression de la puissance, des préjugés de l'orgueil , de l'injustice des cours, et de l'ambition des courtisans.
Français, la paix est i^écessaire à votre commerce, à vos arts, à i'améliofration de vos moeurs , au développement ^^s ressources qpî vous riesténi; soyez unis, «« vous tottchei au terme de vos maux. Le repos de i*Ei?rope est inséparable du vôtre. L'Europe est înlé^essée à votre tranquHHté et à voire bonheur.
Donné k Paris, ie 5 juillet 1816.
( Signé ) Le président de la commission , Le ducd'Otrante.
iu^ tGtm^s de Ja cimy^ntioïx , U première cplQQQe fraAç^isis lâevait coinmenc.er le 4 à ^ #>/ettr/B m moiiyeai.eaf . 1^3 soldat? , eii,(îore irrités, déclarèrent qu'ils ne ,p^rjtira}jejajt pp^Q^t, f afl^ Mfp pçty/é^ d.e Jiçyr ^pj^e .^rrjijérée. f.e jtrésor éi^ît^viiie, ie criédil: étç^nt, I.e ^ony^rnemeut 9W ii^oj^s. JLe p^ÎAce d'Eckwuhl proposa d'en- Ï.ÇRÇf le$ Sm4^ 4e Jla ba^q^ç ; JLgt cpwipission eut hm^reViV 4e ccit ^ttentî^t. JQçe s w4e res^pyf ce, un seul espoir lui restait : c'était dwvoquer i'^PIPi^i d'MP ibanqu^cyr faqaqu^ alors par ^e? riçjfe^^^, (\éiè^re au|<^r4'^ijLii pa^^^e^ yertu^.ci- Tiques. ^. J^afiljte ^ut appelé ; jles chapcejj de Tavie^r ne Tépouyanj^ièire^t ppiçit ; il n ^ç.uta q^e Tintérét^ela p^tri^e; et {^usie,y;*9 ngiililiQ^s répandus , p^y son 8ecp,t^TS , dans Jle^ ;*azigs de larmée, désaripèreiQt les mutins et appaisèi:qnt les seuxejiices déjà guerjre cîvUe.
L armée se mit en marche : au milieu du T. n. a4
5^0 Uk^oititB.
désespoir où l'avait plongé la capitulation , é\\é
avait souvent appelé Napoléon ! La commis-^
sion, craignant que TEmpereur^ n'ayant plus
de ménagement à garder , ne vint se jeter en
désespéré à la tête des patriotes et des soldats ,
envoya par un courrier au général Béker,
< Tordre de faire arriver sans délai Napoléon
À Rochefort , et d'etwpiàyer , en conservant
(e respect qui iwi était dû tous les moyens
"qui seraient nécessaires pour le faire efn-
harquer^ attendu que son séjour en France
compiromettait la sûreté de Fétat et nuisait
aux négociatioûs. >
La retraite de l'armée , TocÊtipalion de Patis par les étrangers et la présence du roi à Arnouville dévoilèrent 1 avenir ; et les hommes que d'incurables illusions n'aveuglaient point, se préparèrent à retomber sous la domination des Bourbons.
Leurs partisans, leurs éniissàires, leurs agèns accrédités ( M. de VitroUes et autres ) avaient assuré que le Roi^ attribuant la révolution du âo mars aux fautes de son ministère , fermerait les yeux sur tout ce qUi s'était passé y et qu'une absolution générale serait le gage de son retour et de sa réconciliation avec les Français. Cette conso!ante assertioa avait déjà vaincu bien des répugnances > lorsque paru-*
MEMOIK£S. ^ iji
fcnt les proclamations deCambray, des â5 et 08 juin (t). Elles reconnaissaient effectivement que les ministres du ftoi avaient ifait des fautes mais loin de promettre l'entier oubli de celleé commises par ses sujets, l'une délie (ouvrage Au duc de Feltrè ) annonçait au contraire, que le Roi , à qui ses puissans alliés avaient frayé ]e chemin de ses états en dissipant (es sateliites du tyran, se hâtait d'y rentrer pour mettre à exécution contte les coupables les lois existantes.
Bientôt oii apprit , par les commissaires re<^ venus du quartier général des alliés et par le rapport de MM. de Tromeling et Macirone , que Blucher et Wellington, abusant déjà de notre faiblesse , déclaraient hautement que l'autorité des chambres et de là commission ^tait illégitime, et qu'elles n avaient plus rien de mieux à faire que de donner leurs démis-^ sîons et de proclamer Louis X VÏÎI.
Tout le bien qu avaient produit les cajoleries de M. Fouché et l'espoir d'une heureuse réconciliation, disparut. La consternation s'empâta des âmes faibles , l'indignation des cœurs généreux. La commission, frustrée de l'espoii'
x) É''e> furent publiées par ordre! de la chambr*.
S'ja MiHOlRES.
d obtenir Napoléon II ou le duc d'Orléans, qui, selon Texpression du duc de Wellington^n'au* rait été qu'un usurpateur de bonne famille, ne pouvait plus se dissimuler que Finteutton des étrangers ne fut de replacer I>ouis XVIII sur le trône; mais elle avait pensé que son rétablissement serait l'objet d'une transaction entre la nation, les monarques alliés et Louis.
Quand elle connut le langage des généraux enneniis , elle prévil que Tindépendance des pouvoirs de l'état , stipulée par la convention^ ne serait point respectée; et elle délibéra s'il ne lui convenait point de se retirer, avec les chambres et Tarmée ^ derrière la Loire.Cette mesure, digne delà fermeté de M. Carnot qui lavait proposée , fut vivement combattue par le duc d'Otrante. Il déclara que ce moyen perdrait la France ; que la plupart des généraux ne voudraient point y souscrire , et qu'il serait lui-même le premier à refuser de quitter Paris; que c*était à Paris que tout devait se décider; et que le devoir delà commission était d'y rester , pour défendre et débattre , jusqu'à la dernière extrémité, les grands intérêts qui lui avaient été xjonfîés.
La commission abandonna cette idée, non pej^ par déférence pour les observations de M. Fouché ( car il avait perdu sur elle tout
«on empire ) , mais parce qu elle se convainquit , en y réfléchissant, que les choses étaiept trop avancées , pour pouvoir espérer ijuelque bien de cette mesure désespérée. Elle aurait probablement rallumé la guerre étrangère et la guerre civile; et si Ton pouvait compter sur les soldats^ il n^était plus permis de se re- {>oser avec la même sécurité sur leurs chefs^ Quelques uns, teh que le général Sénéchal , avaient été arrêtés aux avant-postes , au înoment où ils voulaient passer aux Bourbons.
D'autres s'élaieiit déclarés ouvertement eo fa-^ 'veur dte Louis. Le pi«iH grand «ombre fi»aîsr «âît inébranlable; mais cette diversité de setttimens avait amené des méfiances , des disi. enflons , et dans les guerres politiques, tout e^Jt perdu ^ qvmiid il y a divergence d'opinion et <de volonté. Il aurait fallu d'ailleurs, puisque la commission persistait à repousser Napoléon , placer à la tète de l'armée un aufarechef dont le nom consacré par la gloire , piftt servir de point d'appui et de ralliement : et sur qui le choix de la commission aurak-ilputombert (1 ) — Le maréchal Ney, le premier^ wait donné
(1) Les ërénemeD» ont justifié la prudence desr maoéchaux ; mais je ne juge pas les ^vénemens , je les expose*.
3 MtÉMoinç^.
Talarme et désespéré du salut de la patrie (i)- ' — ' Le maréchal Soult avait abjuré son commandement. — Le maréchal Masséna , usé par la victoire, n avait plus la force de corps qu'exi-»
(i) Le 2.3 Juin, M. Carnot, après avoir déposa à la chambre des pairs Tacte d*abdîcatlon de TEmpereur , entra dans quelques dëtails sur Tëtat de Parmée. Le marëcbal Ney te
lera et dit « Ce que vous venez d'entendre est faite»
de toute faussetés Le n^iarëchal Groucby et le duc de Dal-
inatl^ f lye sauraient rassembler soixante mille hommes
le maréchal Grouchy n*a pu railler que sept à huit mille hommes; le maréchal Soult n*a pu tenir à Rocroy; vous n'avez plus Vautre moyen de sauver la patrie , que les në^ gocîattons. » M. Camot et 1^ génAral de Flahaut réfutèrent syr-le-cbamp cette iiçprudente dénégation. Le général Iprouot acheva de foudroyer le maréchal à la séance suivante. .... «J'ai vu avec chagrin, dit-il ce qui a été dit pour affaiblir la gloire de nos armées , eiagérer nos désastres ou diminuer nos ressources. Je dirai ce que je pense , ce que Je crains, ce quç j* espère ; vous pouvez compter sur ma frai^chise. Mon attachement à TEmpereur ne peut é;tre douteux ; mais avant tout et par dessus tout, j'aime ma patrie. » Le général fit alors un réel* avéré et véridique des batailles de l^lgny et 4ç ]\ïont-St.-Jean ; et après avoir justifie TEmpereur des torts qu'on cherchait indirectement à lui. Imputer , il reprit : « tel est Pexposé de celle funeste journée : elle devait mettre le comble à la gloire de l'armée française» détruire toute$ les vaines espéi^ances de Tenneml , et peutêtre donner très-prochainement la paix à la France.... Mais
le ciel en a décidé autrement Quoique nos pertes soient
considérables, noire position n'est cependant pas désespé- Ifée; Ic^ ressources qui nous restent «ont bien grandes,^ i^^
MÉMOIRF.S. 375
geaient les circonstances. — Le maréchal Macdonald , sourd au cri de guerre de ses anciens compagnons d'armes, avait laissé paisiblement son épée dans le fourreau. — Le.
maréchalJourdau était sur le Rhiu. — r Lp maréchal Mortier avait été saisi de la goutte à Beaumont. — Le maréchal Suchet avait montré dès lorigine de la répugnance et de Tirrésolution. — Enfin , les maréchaux Davoust et Grouchy ne pos^sédaicnt plus la confiance de l'armée.
La commission (il en coAle à l'orgueil frauçaîs de faire cet aveu ) n'aurait donc au dan^ quelles mains remettre les destinées de la France ; et le parti qu'elle prit d'attendre dan? la capitale l'issue desévénemens, fut^ sinon le plus digne, du moins le plus prudent et le plus sage.
QOiis Toulpns les employer arec énergie.... une. semblable catastrophe ne doit pas décourager une najtîon grande, et noble comme la nôlrc Après la bataille de Cannes, le sénat Romain Yota des remerciemiens au général TainCM , parce qu*il n'avait point d,çsespéré du salut de la république , et s'occupa sans relâche de lui dQnqer les moyens de réparer les désastres qu*il avait occasionnés Dans une circonstance moins critique , les représentans de la nation se laisseront- ils abattre ? et ooblieront-ils les dangers de la ..patrie pour s'occuper de discussions intempestives au lieu de recourir à un remède quQ. ^sure le salut de la France.
5^6 HÉMOIRES.
Les représentans du peuple , de leur côté> loin de se montrer doctleâ àUi aVîs A'e Wellingtoh et de Blùbh^îr , màiiifesVërent plus énergiqi!lem)ent Ijûe JàVhÀîs , Tés pHricipes et lès sehtimeus dUtttil^ étiiteilt 'afaiktiës. lÀs se groiipèrebt autour dû drâ^éatt tricôlbr ; et quoique larlttiéé iéât dëfiosé les arinës, ils youÎu* rent cointatlrte éhcôre JibttHâ îAiéiréiiÂtè ée Undépendance faàlioiialë et de ht line^^té.
Le jour mén^e bù laconVeniiôn dé I^arîs teiir fut notifiée par le gouvernement , ih consignèrent, dàbs un Nouveau bill des 'droits, les princii^es Tondamèntaiik de là coYistîVutîb»
qui , dans leur ^ebèée , pouvait èetile satisfaire ie vœu i^ùbïic , et déclarèrent que Pe prince appelé à régner ne rtônteraîlt èùr lé trône ^ qu'après avoir sanctionné ce bih, et prêté serment de l'observer et de le foire observer.
Instruits présquaussltôt par des rumeur»
sinistres , qu'il rie leur sérail bientôt plus pernîiîs. de délibérer, ils résolurent, sur la proposition de M. Dupont ( de l'Eure ) , de consacrer leur dernière volonté dans une espèce de testament politique conçu en ces termes :
Déclaration de la Chambre des repré-^
séntarcs. Les troupes des pui^ances alliées voot occaper U cupilaiec
MEMOÎRi:^. 377
La chambré deis ^rèpt-csentaos n^én Goniinuera pas moites de siéger au ihiliea des faabiiabs Ût Paris, où la vplbhté tèx)presse dd pedple a appelé ses mandataires.
Mais , dabs ces graVeâ circonstances , la chambre des Vépr'ëseiîtaii^ se dbh à ellé-ihâibé , elle doit à U t*rài^ce', à TËWrôjp'e , ùhe déclaration it Ses seïitimens et dé ses pV-ihcii^e^.
Elle déclare donc qu^ellc fait un appel solennel à la fidélité et au patriotisme de la garde nationale parisienne , chargea dû dépôt de là représentation natTônàlc.
ïlliè déclare ^û^elîe se reposé àvècla plus haute con-> iG'ân'ce sur'l'es pnocipés de morale , dliontieut-, sur la màg'nanimrié des puissances alliées 9 et sur leur respect pour rînàèpetidance delà nation , si positivement exprimée dans leurs manifestes.
Elle déclare qiiê ïe gouvernement àe la France , quel qu^en puisse être le chef, doit réunir les vceuxde la nation , légalement émis , et se co-oràonner avec les autres gouverné mens pour devenit un iien cfomàiun et la garantie de la paix entre la FracTc^^t l'Europe.
Elle déclare qu'un monarque ne peut offrir de garanties réelles , s^il ne jure d'observer une constitution délibérée par là représentation nationale , et acceptée parle peuplé. Ainsi, tout gouvernement qui n'aurait d^autre titre '^uie des acclamati'ot]^ 00 la vôlcfnté d'un ))arti, ou qui ser^^ impdsé par la force ; tout godvi^rncfmcfntqui n^aàopterait fàs}eséoulii^rsnatwnaIésy et ne garantfrjrit point la liberté des diayens; V égalité dès tiroiis ciQih et politiques % la liberté de la presse ; la liberté des cultes ; 'le système représentatif; le libre consentement des levées d^hommes et d'impôts ; la responsabilité des mîius^
U^es; VirréçocabilUèdes venies des biens nationaux de ùuie origine ; V inviolabilité des propriétés \ V abolition de la Mme^ de la noblesse ancienne et nouodle^ héréditaire^ et de la féo-. dalité ; V abolition de toute confiscation de biens ; Veniier oubli des opinions et des ootes émis jusqa^à ce jour ; V institution de la légion d^honneur ; les récompenses dues aux officiers et aux soldats ; les secours dus 4 leurs, Qeuoes et à leurs enfans ; VinstiUUion du jury ; Vinamo^ibilUé des juges ; le paiement de la dette publique ; n'assareraît point I4 tranquillité de la France et de TEurope.
Que si les bases énoncées dans cette déclaration pouvaient être méconnues ou violées , les représentans du peuple français , s'acquittant aujourd'hui d'u9 devoir sacré , protestent d'avance, à la face du monde entier, contre la violence et l'usurpation. Ils confient te maintien des dispositions qu'ils réclament à tous les bons Français y à tous les cœur/s généreux , â tous les esprits éclairés , à tons le& hommes jaloux de leur liberté ; enfin , aux générations futures.
Cette protestation subUme fut coDsidérée^ par rassemblée, comme un monument funèbre de patriotisme et de fidélité. Tous les membres se levèrent et l'adoptèrent spontanément aux ciris mille fois répétés de vive la nation ; vive la liberté ! W fut résolu qu'elle serait en7 voyée sur-le-champ à la chambre des pairs, c II faut quon sache, dit M. Dupîn^ que la représentation nationale toute entière partage les nobles sentimens exprimés, dans la déclaration. Il faut que tout ce qu il y a d'honnête&v
^ens , d'hommes raisonnables, damis d*une sage liberté , sachent que leurs vœux ont trouvé ici des interprètes , et que la force elle-même ne pourra nous empêcher de les émettre. »
Au même moment, M. Bedpch annonça que nos plénipotentiaires étaient de retour, et que Tun d eux ( M. de Pontocoulant ) avait affirmé que les puissances étrangères avaient montré des dispositions favprables , et particulièrenient l'Empereur Alexandre; qu'il avait 30uvent entendu dire et répéter que l'intention des souverains alliés n'était point de gêner la France dans le choiii^ de son gouvernement, el que l'empereur Aleîçandre serait cjan? quelques jours à Nancy, (i) »
(1} Les pMaipotentlaîres, partis de Laon le 26 juin, arrîyèrent le i« juillet ai^ quartier général des souverains alliés à Hagutnau,
Les souverains ne jugèrent point convenable de leur accorder d'audience , et nommèrent pour les entendre : TAutrîclie, le comte de W^almoden ; la Russie, le comte de Gapo d'Istria; la Prusse, le général Kneslwck ; l'ambassadeur d'Angleterre, lordStewart, n'ayant point de pouvoir ad hoc ^ fut invité simplement à assister aux conférences.
Lord Stewart ne manqua point , ainsi que les instructions donnés aux plénipotentiaires l'avaient prévu , de contester la légitimité de l'existence des cbambres et de hi commission , et demanda aux députés Français , de quel droit la nation préludait expulser son Roi et se choisir un autre souverain?
ZSO HiMOIRES. ^
Le général Sébastiani confirma ces exjplîca* tions. La chambre, rappelée à Vespéraneer ordonna sur-le-champ que sa déclaration se-
« Du droit, lui répondit M. de La Fayette^ qu*eut la Grande. Bretagne de déposer J9cqaes , et de couronner Guillaume. » Cette réponse ferma la bouclie au miMdrt «n^Iais.^ Les plénipotentiair«s , avertis pai* cette question des '^tspo- •itions des alliés, s*attachèrent moins à4>btenir Napoléon IX qu^à repousser Louis XVIII. Ils déclarèrent , dit-on, que b France avait pour ce souverain et sa famille une 'aversion în- ▼incîble ^ et qii*il n'était aucun prince quMk se eoliseAltt » adopter, plutôt qne de rentrer tous leiir4lofwo»tÎMi. Ils s<i^. Huèrent «nfîn, que la nation pourrait agréer le duc 'é^Orléan;!,. ou le roi de Saxe , s*il ne lui était pas possible ae conserver le trône au fils de Mârie-Louise.
Les ministres étrangers , ajprte quriipies ^poar^rlers w- •îgnifians, terminèrent poliment la conférence ; et le soir les plénipotentiaires français furent congédiés par la note ciaprès.
Haguenau , i.« Juillet.
« D*après la stipulation du traité d*alliance qui porte qu'aucune des parties contractantes ne pourra traiter de paix ou d'armistice que d'un commun accord , les trois cours qui se trouvent réunies , T Autriche, la .Russie et la Prusse, déclarçnt ne pouvoir entrer présentement dans aucune n^gociaiiion ; les cabinets se réuniront aussitôt qu'il sera possible»
« Les trois puissances regardent ponmie uiie condition essentielle de la paix et d'une véritable tranqdUlité , que Napoléon Bonaparte soit hors d'état de troubler^ dans l'avenir • le repos de la Fcanice ^t de r£uPQpe; et dîaprès iw cvéoemens survenus au mois de mar* è^^vxîxtx ^les puissances doipeut exi^ $erfue Napoléon Bonaparte soit remis à leur garde.
iSigné) Walmopen y Capo d'Isteia , Knesbec^.
HÉMOIKES. 58 i
raît portée par une députation aux monarque^ étrangers, cils entendront notrelangageavec un noble intérêt, dit M, Dupont ( de FEure ) : il est digne d'eux et de la grande nation que Dpus représentons. »
Ainsi y au moment même où cette chambre allait expirer, ses regards mourans se reportaient encore, avec une douce confiance , vers les Rois étrangers que Tinconstante fortune rendait Tarbitre des Français. Elle appelait surtout, de tous ses vœux, ce prince loyal et magnanime qui déjà avait préservé la France des malheurs de la conquête, et qui paraissait destiné à la préserver de maux plus déplorables encore. Son nom , prononcé avec respect , avec reconnaissance , sortait de toutes le» bouches ; il suffisait pour calmer les inquiétudes, appaiser les douleurs , ranimer les espérances; il semblait être le gage de la paix, de l'indépendance et du bonheur de la nation* O! Alexandre! cette haute estime , cette tendre confiance de tout un peuple qui fi'était pas le tien , sera ( n en doute pas ) placée par ïa postérité , au premier rang de tes titres de gloire.
La commission cependant dissuada les représentansde se rendre auprès des souverains : die leur remontra que les étrangers refusaient
f}Sà MEMOIRES.
de reconnaître le caractère légal des chambres^ ci que cette démarche les exposerait à des humiliations indignes de la majesté nationale; Les représentans désabusés n insistèrent point ; ils reprirent avec calme leurs travaux sur là constitution (i), et continuèrent , sous le fer despotique des Rois , à discuter stoïquement les droits imprescriptibles des peuples.
Leciuc de Wellington, la convention signée»
avait témoigné le désir de s'entendre avec lé diuc d'Otrantè sur Son elécutidn. Là commission ûe s*opposa point à leut entrevue. C'était un moyen positif* de savoir définitivement à quoi s'en tenir sur les dispositions des alliés, il fut convenu que le président de la commission reproduirait les argumens de la lettre du 1^*' juillet; qu'il tâcherait d'écarter les Bourbons et de faire tourner la vacance momientaiioe du trône à l'avantage de là nation et dé laf ïiuerté.
(1) Celte constitution, calquée sur l'acte additionnel, n'enr dififérait que par rabolilîoD de la noblesse heVe'di taire, et encore M. Manuel qui développa dans cette discussion un talent du premier ordre , e'tait-îl d*avis que la noblesse ne fût point supprimée, comme étant essentiellement nécessaire dans une monarchie. Si j»avais à faire Téloge de l'acte atlditionnel et le procès à ses contempteurs , }e me bornerais à leur nomme celle coustlfution.
kCMOlRES. 583
Le duc d*Otrantte, de retour, dit à la cotti- Ynission , que Wellington s'était prononcé formellement en faveur de Louis XVIIC, et avait déclaré que ce souverain ferait son entrée a Paris le 8 juillet ; que le général Pozzo dit Borgo avait répété la même déclaration y aU nom de FEmpereut de Russie, et lui avait communiqué une lettre du prince de Metter-»* nich et du comte de Nesselrode, exprimant la volonté de ne reconnaître que Louis XVIII, et de n'admetjtrc aucune proposition contraire.
Il ajouta que le duc de Wellington lavait conduit. chei le Roi; qu'il y avait été poti/r son compte , qu'il ne lui avait rîen laissé ignorer sur la situation de la France ^ sur la disposi-^ tion des esprits contre le retour dé sa famille; que le Roi lavait écouté aVec attention et avec appïobatioTk ; quil avait manifesté la volonté d'ajouter à la Charte de nouvelles garanties et d'éloigner toute idée de réaction ; que , quant Hùao expressions des proclamations ^ elles seraient moins des moyens de séibér^tè que dès occasions de clémence. Il ajouta enfin qu'il avait parlé de îa cocarde tricolore, maîà que toute explication avait été rejetée; que l'opposition lui avait paru moins venir du Roi que de ses enlours et dé M. de Talleyrand.
Depuis cette entrevue, M. le duc d'Otrantd
eut l'air de faire cause à part ayeç se^ collègues , et pe parut plus quaTfsc inexactitude à leurs fréquentes régnions.
Bientôt on appris par les journai|x, qu'jl était nommé ministre de la police du Roi. Il ravajt tu à la commission. Cef te faveur fut cof^sidérée comme le salaire jde sa trahison. Les royalistes le félicitj&rent ; )es patriotes T^pç^f^j^rent de malédictions.
Le parti du Roi qui jusqu'alors s'était tenu dans l'ombre, voulut réparer, par un çpup d'éclat, sa longue et pusillanime inaction; il cpmplota de désarmer, à l^ fayeur de la nuit» les postes de la garde nationale , de ç'en^paf^r des Tuileries, de dîs&oudre 1^ commission et les ejïambres , et de prpclan^er Lpui3 XVJIL
Quelques précautions pp^se? par le prince d'Kssling avertirept les cop j|ur.és qi^ leurs ^s- S^ius étalent conni;is 9 f^ prudemment ils en déférèreut l'exécution aux b^ïjppAettes étrangères. Leur attente ne fujt poimt longue. Le ^ juillet, à cinq heures itjiu 5oir , plusieurs bataillons ppusâiens, âu ini^ris de ja conven^tion» çexuèreujt le palais où siégeait le gouvernemisnt Un officier d'éta;t j^^jor re^it a la cojf^^ missipj^ hi d^mai^idelaiAe par }fi prince Bluc^r, d'yjoa ^pqti^ibjutipn id^ tOj^t Jwillions en argent çt de cent i^illiçif^s ^ §S^ ^ Iroupes. La
niMotRÉÂ. 385
rtbmmîssion déclara avec fermeté que cette réquisitian était contraire à la convention y et qu'elle ne consentirait jamais à se rendre complice de semblables exactions^ Pendant ce débat , les Prussiens avaient forcé les portes des Tuileries et envahi les cours et les avenues du palais. La commission n'étant plus libre et ne voulant point devenir un instrument d'oppression , cessa ses fonctions.
Son premier besoin fut de constater, par une protestation authentique^ qu'elle n avait cédé qu'à la force ^ et que les droits de la nation étaient restés intacts. M. le duc d'Otrante ^ rédacteur docile des actes publics du gouvernement^ prit la plume à cet effet ; mais la commission redoutant , pour la tranquillité ptd>lique 9 les effets de cette protestation, crut devoir se bornel* à transmettre aux deux chambres le message que voici:
Monsieur le Président,
Jasqti'ici nous avions dû croire que les intentions des souverains àlJiés n^étaient point unanimes sur le choix du prince qui doit régner en France : nos plénipotentiaires nous ont donné la même assurance, à leur retour. Cependant les ministres et les généraux des puissances alliées ont déclaré hier , dans les conférences qu'ils ont eues avec le président de la commission y que tous les souverains s'étaient engagés à repla-
386 nÈMai&ka»
cer Louis XVIII sur le trône , et qu'il doit taite tt soir ou demain son entrée dans la capitale.
Lesr troupes étrangères viennent d'occuper lesTuilerîes où siège le gouvernement. Dans cet état de choses, nous ne pouvons plus que faire des vœux pour la patrie ; et nos délibérations n'étant plus libres , aous croyons devoir nous séparer.
Ce message , dernier témoignage de Tàuda-* cîeuse duplicité du duc d'Otrante devenu ministre du Roi , contenait en outre ce ^ui suit : « On ajoutera de nouvelles garanties à la » Charte ; et nous n*avons point perdu Tespoir » de conserver les couleurs si chères à la na- »tion » ,ma]s ce paragraphe» dont je ne rapporte que la substance , fut ensuite supprimé.
La chambre des pairs qui avait accueilli froidement le bîU des droits et la déclaration de la chambre des représentans , se sépara sans murmures, (i)
(i) Cette chambre , depuis rabdication de Napoléoo , ne fut plus qu'une superféiation. Le départ des pairs qui faisaient partie de rarniée , acheva de la plonger dans une nullité absolue. Sans patriotisme y sans énergie , elle se bornait à sanctionner de mauvaise grâce les mesures adoptées par les repré. senlans. M. Thibaudeau , M. deSégur,M. de Bassano et quelques autres , s* élevèrent seuls à là hauteur des ciirconstances ; M. Thibaiideau se fit particulièrement remarquer, le a8 juin et le 2 juillet, par deux discours sur notre position politique , ^ui furent regardés alors et le seront long-tcms
tÀ chambre des députés recul son arrêt de taortavec un calme héroïque. Lorsque M. Ma«-' nuel, rappelant les mémorables paroles do MirabeaiL, s'écria : ^Nùub nommes ici par ia volonté au peuple , nous n'en sortirons que ]Msr la puissance des baïonnettes, n est de notre deroir de donner à la patrie nos derniers momens; et s'il le Èiut, ia dernière goutte de notre saug. ■ Tous les membres de l'assemblée se levèrent en signe d'adhésion, et déclarèrent qu'ils resteraient inébranlabiement à leur poste.
Mais ils ne devaient point accomplir cette glorieuse résolution. Le président ( M. Lanjuinais ) trahissant leur courage et méprisant leur volonté , leva la séance et se retira* « M. le président , lui dit le général Solignac , This^^ toire est là, elle recueillera votre action. «
Le lendemain matin, ils trouvèrent les ave* nues de leur palais occupées par les étrangers, et les portes de l'assemblée fermées. M. de Cazes , à la tête de quelques volontaires royaux, en avait enlevé les clefs. Cette violence , contre laquelle ils protestèrent , fit en^ fin tomber leur bandeau; ils reconnurent la
encore , comme de beaux moDumens de courage , de patrio» tisme et d^ éloquence.
S88 MEMOIUS.
faute qu'ils avaient commise, en arrachant trop précipitamment du trône Napoléon, et en confiant aveuglément à d autres mains les destinées de la patrie (i).
Ainsi finit, après un mois d'existence , cette assemblée que les Français avaient choisie pour affermir la dynastie impériale , pour assurer leur repos et leurs libertés , et qui , par entraînement , par imprévoyance y par un excès de zèle et de patriotisme , n'enfanta que des bouleversemens et des calamités.
La dissolution des chambres et du gouvernement mit fija à toute illusion.
Les couleurs tricolores qu'on avait cour servées disparurent.
Les cris de vi/ve la nation ! vvveiaiiherté I cessèrent.
M. Fouché fut annoncer à son nouveau maître que tout était consommé.
Et le 8 juillet , Louis XVIII triomphant reprit possession de sa capitale (i) et de son trône.
■» ■ ■ ■ Il ■ ■ . Il H - - I ■■ I ■ ■■
(i) Je rappelle ici TobserTation précédente, que je me borne à raconter les faif s , sans les juger.
(2) Le $ juillet, M. de Vitrolles fit insérer dans le Moniitnr Tarticle officiel suivant.
fuJParis ^ ce f fuillet. ^- La commission de gouvernement a fait connaître au Roi, par Torganede son président, qu'elle venait de se dissoudre. »
Au moment où ce prince rentrait aux Tuileries, Napoléon s^occupait à Rochefort de^
Cet article, composé dans le dessein de faire croire à la France et à TEurope que la commission avait déposé volontaîrementson autorité dans les mains du Roi , excita les vives réclamations da duc de Vicence. Incapable de transiger avec son devoir , avec la vérité , il se rendit sur-le-champ ches le ministre du Roi ( le duc d*Olrante ) , lui reprocha durement d'avoir compromis la commission , et lui déclara quSl ne sortirait point de chez lui sans avoir obtenu son désaveu formel. Le ministre protesta que cet article n* était point son ouvrage, et consentit à le désavouer.
Le comte Carnot, le Barpn Quinette, le général Grenier, a*étant foints au duc de Vicence, ce dernier écrivît dans le cabinet du duc d*Otrante /la lettre ci-après , dont il est inutile, je pense, défaire remarquer la hardiesse et la fermeté.
« Afonsieuf le duc , la commission du gouvernement n'ayant pu ni dû charger votre Excellence d*aucune mission en se retirant, nous le prions de faire désavouer l'article inséré au Moniteur de ce jour 8 juillet , et d'obtenir l'insertion de potre dernier message aux deux chambres.
(Signé) Caolihcqobt , Gabhov, Quuiitib 6aiirna« Le duc d*Otrante réppndit à cette lettre , par la déclaration que voici ;
« Messieurs, la commission du gouvernement s' étant dissoute le 7 juillet , tout acte émané d'elle , postérieurement à son message aux chambres , est nul , et doit être f egardé comme non avenu.
« Votre réclamation contre Parlicle inséré dans le Moniur da 8 juillet est juste ; je le désavoue comme nullement fondé , et publié sans mon autorisation.
( Sigaé ) t« DOC d'Otbaicth,
3^ MÈMOlUftft.
moyens de quitter la Fraace» Sa pregeoc^^ excitait parmi le peuple , les marins et les soldats, un tel enthousiasme, que le rivage retentissait sans interriiption des cris de vi/ve V Empereur ! et que ces cris, répétés de houche en bouche , durent apprendre aux hommes qui s étaient flattés de maîtriser les yoloBtés de Napoléon , combien il lui serait facile de secouer ses chaînes et de se jouer de leurs Taines précautions. Mais , fidèle à sa détermi* nation , il résistait avec fermeté aux impulsions des circonstances et aux continuelles sollicitations de se mettre à la tète des patriotes et de Farmée. « Il est trop tard , répétàit-^il sans cesse; »le mal est maintenant sans remède; il n'est m plus en ma puissance de sauver la patrie..
9 Une guerre civile serait aujourd'hui sans ob- » jet , sans utilité ; à moi seul elle pourrait de- » venir avantageuse, en ce qu elle me pro.curearait le moyen d'obtenir personnellement des > conditions plus favorables ; mais il me fau- » drait les acheter par la perte inévitable de ce n que la France possède de plus généreux et » de plus magnanime , et un tel résultat me • fait horreur (i). »
Jusqu'à Tépoque du ag juin , jour du départ 1 . — %.
(i) Paroles recueillies par M. de Lascascs.
■IMOIREf. 5^
de l'Empereur de la Malmaison ^ x>n naval apperçu, dans lea parages deRochefort, aucun bâtiment anglais ; et tout porte à croire que Napoléon, si les circonstances lui eussent permis de s'embarquer aussitôt son abdication, serait parvenu sans obstacles à gagner les Etats-Unis: mais quand il arriva sur le rivage de la mer, il trouva toutes les issues occupées par Tennemî , et parut consiervcr peu d espoir de lui échapper.
Le ft juillet (i), il se rendit à bord de la frégate^ Saal&y préparée pour le recevoir.
'Sa suite fi:^ embarquée sur la Méduse ; et le lendemain ^^ les deui; bâtimens abordèrent à rtle d'Aix. Napoléon, toujours le même, fit mettre la garnison sous les armes, visita dans les plus grands détails les fortifications , et décerna l'éloge et le blâme , comme s'il eût encore été le souverain maître àe l'état.
Le lo^ le \ent^ contraire ju3qu'dlors,, 4^vint favorable; mais une flotte anglaise de onze vaisscaui^ croisait à la vue du port;^ et il ne fut point possible d'apparcUler*^
(x) Au même moment , Louts XVIII entra à P«rts, Far Vne autre singoWIié ass^ remarquable, ce fut également le. jour de la première entrée du Roi dans la capitale que TËm— pereur se rendît à bord du brick qui le conduisît à Porto- Ferrajo.
5g3 MEMOniE».
Le 11, TEmpereur, fatigué de cet état d anxiété , envoya le comte de Lascases , devenu son secrétaire, sonder les dispositions de lamiral Anglais , et s'informer s'il était autorisé a lui accorder la libre faculté de se rendre en Angleterre ou aux Etats-Huis.
L'amiral répondit qu'il n'avait aucun ordre; qu'il serait toujours prêt à recevoir Napoléon et à le conduire en Angleterre; mais qu'il n'était point en son pouvoir de lui garantir s'il y obtiendrait la permissioa 4e s'y fixer ou de se rendre en Amérique.
Napoléon^ peu satisfait de cette réponse^ fif acheter deux bâtimens demi-pontés, dans l'intention de gagner , à la faveur de la nuit , un snack Danois , avec lequel il s'était créé des intelligences.
Ce moyen ayant échoué^ deux jeunes as^ pirans de la marine , pleins de courage et de dévouement , lui proposèrent de monter les deux barques , et lui jurèrent sur leur tête, qu'ils le conduiraient à New Yorck. Napoléon ne fut point effrayé par le péril ^'uï^e aussi longue navigation avec de si frêles embarquemens ; mais il sut qu'on ne pourrait point éviter de s'arrêter sur les côtes d'Espagne et de Portugal , pour y prendre des vivres et de l'eau et il ne voulut point exposer son équipage e
lui-même à tomber entre les mains des Portugais et des Espagnols.
Informé qu'un navire américain se trouvait à lembouchure de la Gironde^ il fit partir à franc étrier , le général Lallemand ^ pour s'assurer de l'existence de ce bâtiment et des sentimensdu capitaine. Le général revint en toute hâte lui annoncer que le capitaine serait heu^* reux et glorieux de le soustraire aux persécu* tions de ses enneinis; mais Napoléon^ cédant» dit-on , aux conseils de quelques personnes qui l'entouraient, abandonna l'idée de tenter lepas* 9age et se décida à, se confier à la générosité anglaise.
Le 14 9 il fit prévenir l'amiral , qu'il se ren-* drait le lendemain à son bord.
Le 1 5 au matin, il s'embarqua avec sa suite, sur le brick VEperviery et fut reçu à bord du BeUérophon ayec les honneurs dus à son rang et à son infortune. Le général Béker qui avait ordre de ne point le quitter « le suivit. Au moment d'aborder, l'Empereur lui dit : t Retirez-^ > vous , général ; je ne veux pas qu'on puisse 9 croire qu'un Français est venu me livrer à me* 9 ennemis !i
Le 16 , le Bellérophon mit à la voile pour l'Angleterre.
L'Empereur avait préparé une lettre au
594 ifÉHomEs.
prince Régent, que le généra! Gourgaud fat
chargé de lui porter immédiatement. La voici ;
Hocbefort» le |5 juillet i8i5.
Altesse Rpyale t En butte aux factions qui divisent mon pays et h VlnU mitlé des plus grandes puissances de l'Europe , j*ai terminé ma carrière politique ; et je viens, comme Tbémiitocle , m' asseoir aux foyers du peuple Britannique. Je me mets sons la protection de ses lois que je réclame de Voire Altçsse Royale , comme le plus puiasant ^ le plus constant et le plus généreux de mes ennemi^.
Le général Gourgaud eut Tordre de faire connaître au prince, s'il daignait l'admettre en sa présence, ou â ses ministres ^ que Tintention de Napoléon était de se retirer dans une province quelconque d'Angleterre , et d'y vivre ignoré et paisible^ sous le nom du colonel puroc.
L'Empereur ne manifesta, dans la traversée, aucune appréhension, aucune inquiétude. Il fie reposait avec sécurité sur le noble caractère du peuple anglais.
Arrivé à Plymouth, on ne lui permit point de mettre pied à terre; et bientôt on lui apprit que les puissances alliées avaient décidé qu'il serait considéré comme prisonnier de guerre et renfermé à Sainte-Hélène.
Il protesta solennellement entre les mains
IIBM0IRE9. Sgfi
de l'amiral Anglais , et à la face du ciel et des hommes 5 contre la violation de ses droits les plue sacrés , contre la violence exercée envers sa personne et sa liberté.
Cette protestation ayant été vaine, il se sou-; mit avec une résignation calme et majestueuse à Tarrét de ses ennemis. Il fut transporté à bord du Northumheriand^ qui fit voile immédiatement pour Sainte* Hélène.
En passant à la hauteur du Cap de La Hogue, il reconnut Ics^ côtes de la France ; il les salua aussitôt; et^ étendant ses mains vers le rivage, il s'écria, d'une voix profondément émue :
ç Adieu, terre des braves! adieu, chère France! > quelques traîtres de moins^ et tu serais encore • la grande nation et la maîtresse du monde. •
Le 17 octobre, on lui fit appercevoir les rochers arides qui allaient devenir les murs de sa prison. Il les contempla sans plaintes, sans agitation, sans efiroi.
Le i8y il mit pied à terre; et après avoir pro- ' testé de rechef contre l'attentat commis sur sa personne, il se rendit d'un pas ferme et as-sure au lieu de sa captivité.
Ainsi s'est terminée la vie politique de Na-poléon.
On s'est étonné qu'il ait voulu se survivre à lui-même. Il aurait pu se tuer; rien n'est plus
SgG MÉMOIRES»
facile â rhomme. Mais une fin semblable était* elle digne de lui ? Un roi, un grand roi ne doit point mourir delà mort désespérée d un cons* pirateur , d'un chef de parti. Il faut , pour me servir des propres expressions de Fitlustre captif de Sainte-Hélène , il faut qu'il soit au^ dessus des plus rudes atteintes de l'adversité. Non! il était digne du grand Napoléon , d'opposer Tinflexibilité de son âme à l'inconstance de la fortune ; et tel que ce Romain , à qui l'on reprochait de ne s'être point donné la mort après une grande catastrophe, il pourra ré-»
pondre aussi :« J'ai pi.us fait, j'ai vécu 1 •