HEBLOiRES
1/4 Messieurs les Commissaires chargés dé l*Armistice.
i«r juillet.
Vous annonciez , Messieurs , que tous étiez autorlsés à croire que , Napoléon Bonaparte jéloigné , it pourrait être signé une suspension d^armes , pendant laquelle on traiterait de la paix. La condition voulue étant remplie , il n^y a plus en ce naioment aucqn motif qui puisse s^opposer à une suspension d'armes et à un armistice. Il est vivement à désirer que la suspe.nsion d^armes , au lieu d'être de trois jçurs seulement , soit au moins de cinq jours.
Nous ne pensons pas que les Anglais et les Prussiens seuls prétendent forcer nos lignes ; ce serait vouloir faire gratuitement des pertes iputiles ; d'après euxmêmes , ils ne doivent être rejoints par les Bavarois , que dans la première quinzaine de ce mois ; il peut leur convenir ainsi d'attendre ce ren brt ; ejt c'est unie raison de plus , de ne pas se refuser à un armistice qui .aura pour eux autant et plus d'avantages oue pour npus. £nfin , si les alliés ne veulent pas toijt- à- fait oublier leurs déclarations solennelles, que pré tendent -ils maintenant ? Le seul obstacle qui , selon eux , s'opposait à la conclusion de la paix , est irrévo|:ablement écarté ; rien ne s'oppose plus ainsi <i ce réjtablisseipent ; et pour arriver à la paix , rien de plus pressant ^.n'un armistice.
La comipission du gonverpement a ep sous les yeux tous les détails que vous avez transmis ,.du langage que vous tient le duc de Wellington. Elle désire, messieurs,^ que vous vous attachiez à dislingu^r la question polir
Citfûé Se là tottne du gouvernemeàt Je fa ï'rance , de là ifaéiiîoïî aél^eile dé la* conclusion d'un armistice. Sans repousser aucune des ouvertures qui vous sont faîté^, îf est facile de faire éomprendre au duc de 'Wèifhi^àh , que, slrfatfs Vêtait actuel ies éhoses, la qae^ion potffîqiïe du gouvernenHeùt de la iÉ'rance doit ifiéplUihlérnent âeifènir le sujeî cturié sorte de transaction entre la France et tes puissances alliées^ rinlérôt général de là ï'raàeé éf d^es ptltissâtncé^ elfés-méities , est de ne rien précipiter cl de ne s'arrêter à un parti définitif, qu'a]^Yés âVoir nfiàremént pesé ce qui offrira ies garaiitiéij véritables ^bui^ Tavenir. ïl esft possiÉle que les IiuiiâsaiQ<^es elles-mêmes , mieux éclairées sur les sentîfh'enâ dé la nation ï^rançaise , ne persévèrent pas êiiïi dés résolutions qu'elles peuvent a ii^oir prises, d'ap'rèi^ d^'autres données. Napoléon n'est plus à J^aris, Jép'ui's près de huit Jours; sa carrière politique est finie* S'il existait en faveur des Bourbons une disposition nationale , cette disposition se serait manifestée avec éclat ; et leur rappel serait déjà consommé. ïl est done éVid'éiit que ce n'est pas le rétablissement de cette famille, que veut là nation Française. Il reste à examiner aux souverains alliés , que si , en voulant l'imposer à la nation malgré elle , ils n'agiraient pas eux-mêmes contre feuritf proprés' intentions, puisqu'au lieu d'assolrér la p^x intérieur de la France , ils y semeraientf de nouveaux germes de discorde.
On connaissait ici les proclamationsde Louis XVIII; et déjà la nature de ces proclamations détruit toutes les^ espérances que pourrait donner le langage du duc de Wellington. On peut juger par l'esprit qui respire d'aus cesr actes récemment publiés , que le ministère
royal actuel oa^n^a pas voulu , ou n^a pas pu empéclier
ce que la nation Française ponyait attendre de cegeu-
Ternement.
Au reste , messieurs , vous devez vous borner à tout entendre ; vous devez établir que la France elle-même ne désire que ce qui peut être le plus utile dans Tintérêt général, et que si elle veut tout autre système que le rétablissement des Bourbons , c'est qu'il n'en est point qui lui présente autant d'inconvéniens et aussi peu d'avantages.
<c Vous devez, messieurs, bien répéter au duc de Wellington et au prince Biucher , que si le gouvernement Français insiste avec cbaleur sur un armistice , c'est qu'il y voit la possibilité de s'entendre sur àes points à l'égard desquels les opinions paraissent les plus divisées ; c'est que les communications et les rapports qui s'établiront entre leurs quartiers généraux et nous , les mettront en état de bien apprécier le véritable esprit de la France. Nous pensons particulièrement que le noble caractère du duc de Wellington et la sagesse des souverains alliés ne pourront les porter à vouloir forcer la nation Française à se soumettre à un gouvernement que repousse le vœu bien réel de la grande majorité de la population. »
Ce langage , si remarquable par sa modéralion, fut corroboré par la lettre ostensible ci-après, que le duc d'Otranle crut devoir adresser à chacun des généraux en chef des armées assiégeantes.
Milord (ou prince),
Indépendamment du cours des nos négociations , je
me fais on devoir d^écrire personnellement il votre sei-, gnearie , an sujet d'an armistice dont le refus , je l'avoue 9 me semble inexplicable. Nos plénipotentiaires sont au quartier général depuis le 28 juin , et nous sommes encore sans une réponse positive.
La paix existe déjà , puisque la guerre n'a plus d'objet : nos droits à l'indépendance , l'engagement pris par les souverains de la respecter , n'en subsisteraient pas moins après la prise de Paris. Il serait donc inhumain , il serait donc atroce de livrer des batailles sanglantes, qui ne changeraient en rien les questions qui sont à décider. * '
Je dois parler franchement k votre seigneurie ; notre état de possession , notre état légal çtâ a la double sanction du peuple est des chambres , et celui d*un eouvernementy ùU le petii-JUs de T Empereur et Autriche est le chef de Véiat, Nous ne pourrions songer à changer cet état des choses , que dans le cas où la nation aurait acquis la certitude que les puissances réooquent leurs promesses et que leurs vœux commutas s'opposent à la conservation de notre gouvernement actuel.
Ainsi , quoi de plus juste 9 que de conclure un ar« mistice ? Y a-t-il un autre moyen de laisser aux puissances le tems de s'expliquer , et à la France le tems de connaître le vœu des puissances ?
Il n'échappera point à votre seigneurie que déjà une grande puissance trouve , dans notre état de posses-* sion 9 un droit personnel d'intérêt pour &ts propres intérêts dans nos affaires intérieures. Aussi long-tems* que cet état ne sera pas changé 9 il en résulte une oblijjation de plus pour les deux chambres de ne pouvoir
556 id^àikté.
<on$érïitt ^Jfmtàlïm Jf âûcané mesure capaBre î*af-i lë^er notre j^ôsscssîoi^.
hi iharch'ë U plus natrfelTe S stiîvré, è'^cst-ellé pas celte qû*on viérft d'acfOj^té^ siitr nos froVih'érés dé Jf'Ésl ? On ne s'est pas Bo^à'é S uh' àrnfiîsarce entré le général Budna et le maréchal Sueh'et : il a été stipulé qfu'é nous reâflrérîoA^ dans nos liWiiiésdtt traité de Paris, ^'afce cfi'cn effet la guerre doit éli^e régaVdée céiWiné tennis née, far lé seul fait de TabdiCalion de Napéféon'.
Le feid-ibaréchal Frimoi^d , de son tàié , à* consenti à Tarmistice, poui* venir, a-t-it dit , ^ar Jés' ârrâ'ù^ gemens prélimidaires , au-devant dé ceux qaV pourraient avoir lien entre les alliés. Nous ne s'avons même pas si TAngleterfe et la Prusse ont changé de volonté au sujet de notre indépendance ; car la iharche des arokées ne peut pas é ire un indice Certain de la volonté des' cabinets. La volonté de deux puissances ne pourrait mêlne pas nous suffire ; c'est leur ac-^ cord que nous avons besoin de connaître. Voudriez^ Vous devancer cet accord? Voudriez -vous y mettre obstacle , et faire naître une nouvelle tempête pôiiti^ que , d'un état de choses qui est si voisin de la paîx ?
Je ne crains pas , moi , d'aller au-devant de toutes les objections. On s'imagine peut -être que Toccapation de Paris par deux des armées alliées , seconderaîc |es vues que vous pouvez avoir dé rétablir Louis XVrtl sur le trône. Mais comment Taugméntation des manu de la guerre qn*on ne pourrait plus qu'attribuer à ce «ttotif , serait-elle un moyéii cte réconciliation ?
Je dois déclarer à votre seigneurie que totite tentative déioamée pour nous imposer un gouVernëmeiit^ avant que lés puissances se soient expliquées ^ forcerait
MiMOIlISS. 357
aussitôt les chambres à des mesures qui ne laisseraient, dans aucun cas , la possibilité d'aucun rapprochement. Uîniérêt même du Roi est que tout reste en suspens; la force peut le replacer mr le trône , mais elle ne Vy maifiljendra pas. Ce n'est ni par la force , ni par des sarjprises ^ ni par les^ vobux d'un parti , que. la volonté nalîonille pourrait âtf>e rf^menéâ it changer son gouvernement. C'est même «n vain que, Ànns le moment actuel 9 on vous offrirait des conditions poar nous rendre an Aoaveau gouvernemeni plus supportable. Il n'y aipoint de condition k #xan«îner , tant qcie la nécessité de pJier sa«s t§ |ou^ , de renoncer à notre indépendance j ne nous sera pas démontrée. Or , milord ,: cette nécessité *e peut pas même être soupçonnée ^ avant que les puissances soieiAt d'accord. Aucun de leufii e«ga§e«iens n'a été révoqué ; n^tre indépendance est sous lear garde ; c'est nous qui entrons dans leors vaes et 4aos le senti de letirs Mdlâvations ; ce sont les armées assiégeantes qui s'en écartent.
!>' après ces mêmes déclarations ( et il n'y en cul jamais de plus solennelles} , tout empk)i de la force f en faveur du Roi ^ par ces tnèm es armées , sur la partie de notre territoire où elles seules de^Arîâent , sbra regardé par la France Qomi»»e l'aveu du- dessein" <brm et de nous imposer un gouvernement malgré notre volonté. Il nous est permis de demander à votre seigneurie , si elle-même a reçu on tel pouvoir. D'a^illeurs , ce n'est p'as la force qui pacifie: une résistance morale repousse le dernier gouvernement qu'on avait fait adoip<< ter an Roi ; plus on userait envers la nation de tiolence , plus on rendrait cette résistance invincible. L'in» tention des généraux àes armées assiégeantes ne peut T. 11. 22
^tre de compromettre leur propre goovernemeât , et de révoquer par le fait la loi que les puissances se sont imposées à elles-mêmes.
Milord , la question est toute dans ce peu de mots.
Napoléon a abdiqué comme le désiraient les puissances , là paix est donc rétablie ; on ne devrait pas même mettre en question qi>el est le prince qui recueillera le fruit de celle abdication.
Notre état de possession serait -il changé par la force ? Les puissances n'atteindraient plus leur but , outre quelles violeraient leurs promesses , promessoi Caites à la face du monde entier. Le ch^igement viendrait-il de la volonté nationale ? Alors , il faudrait, pour que cette volonté fût dans le cas de se prononcer, que les puissances eussent d'abord fait connaître leur refus formel de laisser subsister notre gouvernement actuel. Un armistice est donc indispensable.
. Yoici , milord , des considérations dont il est impossible de ne pas sentir toute la force. Dans Paris même , si Tissue d'une bataille vous en livrait les portes , je tiendrais encore k votre seigneurie ce même langage ; c'est celui que tient toute la France : on aurait fai^ couler sans motifs des flots de sang ; les prétentions qui en seraient la cause j en seraient-elles plus assurées ou moins odieuses ?
. J'espère avoir bientôt avec votre seigneurie des rapprochemens qui nous conduiront les uns et les autres ii l'œuvre de la paix , par Aes moyens plus conformes à la raison et à la justice. L'armistice nous permettra de traiter dans Paris ; et il nous sera facile de nous entendre sur le grand principe que le repos de la France esi une condition inséparable du repos de l'Europe. Ce
nisioiRBs; 339
tf est qn'en voyanl de près la nation et Farinée ^ que voas pourrez juger à quoi tient le repos et la stabilité d€ notre avenir.
« Je prie , etc. etc. »
Quoique le duc d'Ôtrahte , dans celte lettré, eût plaidé la cause dé Napoléon II et feint d'ignorer les dispositions dés alliéis y il était .néanmoins devenu très-facile de s apercevoii* qu'il regardait la question comme irrévocablement décidée en faveur des Ëourbons. Leur nom, qu'il avait long-tems évité de prononcer, ise retrouvait sans Cesse sur ses lèvres; mais totijours le même , toujours ienclih par caractère et par système à se ménager plu^ieurâ cordes à son arc,il paraissait pencher tour-à-tdur pour la branche cadette , ô<U pour la branche régnante ; tantôt là première lui semblait offrir, de préférence et au plue haut degré toutes lés garanties qtie la nation pouvait désirer ; tantôt il insinuait qu'il serait possible qu'on se rapprochât du Roi, s'il consentait à éconduire quelques hommes dangereux et à faire à la France dé nouvelles concessions.
Ce changement , trop subit pour être inaperçu , appela plus que jamais sur sa conduite les regards investigateurs et les reproches des antagonistes des Boutbôns^
On l'accusa d'encouraget , par TîmiJunité,
les écrivaiQS et les journalistes qui prêchaient ouvertement le rappel de Tancienne dynastie, de protéger le parti royaliste , et d'avoir rendu la liberté à l'un de sgs agens les plus dévoués, le. b^f on de Vitrollej*.
O^ lui inopuU d'avoir des conférences nocturnes avec le même M, de Vitrolles el plusieurs royalistes éminens, et jd'envoyer journelleuient » à Tiosu dç ses collègues , des éniissaires au Roi , à M* d:^ TaUeyrand , au duc de Wellington,
Heu^ députés ( M. Durbach et le général Solignac ) w reudii^eot chez Im > et lui déclarèrent qu'ils étaient ûna^ti^utts d^ ses maneeu-* vres, que ^on amhîtioiiL l'aveugktli, qu'il ne poiMrrait jpTOw;»* wistei? smenàn pacte entre Louis XYIU et le inourtriier da so» frère ,. et que la France toyt ou t^ard 9tvml vengée de sa trahison*
Ua anqiei^ iiiîinj^tre d'état ( M. Defermont ), lui repi^ocha, à bout porbal!, d^ trafiquer té* nébreu^ement du mng et de la liberté de^ Français.
D'autres, inculpations non moins graves, non moins virulentes, lui fureot adressées par M> CaxujQt, par le général GiTenier. t S'H bous trahit, dit ce derni^K^ jej Lui biDÙkrai Idk cer-
Le duc d'Otrante, habitué à ïwaver les tempêtes politiques » repoussait froidemeut ces imputations. Il rappelait a ses accusateurs let gages muItipUésqu il ayail. donnés à la révolu^ tioQ. Il offrait sa tète en garantie de sa fidélité» Ses protestations , ses sermens et Tasg^irâUce imperturbable avec laquelle il r^ondail, sioa le laissait faire « du salut et de Tindépendan^e de la nation, parvinrent à conjurer Tarage f mais il était U-op pénétrant pour s'abuser çujp sa position: il dut sentir qu'il était perdu s'41 ne se hâtait point d'en finir, et tout porte à croire qu'il ne dédaigna aucun moyen pour arriver promptement à un résultat décisif (i )«.
Cependant Blucher , â qui l'on n'opposait qu'un &iniulacre de défense » avait jpaseé la Seine sur le pont du Pecq^ epnservé par les soins^'un journaliste nommé Maitainvilie » et paraissait vouloir se répatidre avec seà troupeà sur là partie sud-ouest de Paris (a). Nos rgé-
(i.) Si l!oii .eB GToii la décilafraii^ii d^ Mîartfitètte, corifirthèffe par le téoioigonge de deftx âuti<*e5 ïrgens- secrets,. M^. Mafécbal «t St. Jul*»% Ihe due d'Otratité éerîvit à lord "Welfingtan par tine lettre â ont M. Macîrone fut porteur, et qu'it cacha datis ses bas, que Texaltation des féde'rés et des Bonapartistes était au comble et qu'il ne serait plus possible de les^ contenir, si le duc de^Vellington ne se hâtait de venir mettre fin à leurs fureurs par Inoccupation de Paris.
(2) Ce fut i^ans ce moment , c^ l'.£ii]^i^erelir dëohtra «u:
34a MèMOTRES.
néraux, témoins de cette marche aventureuse, jugèrent unanimement que les Prussiens s'étaient compromis. Ils sommèrent le prince d'Eckmuhl de les attaquer; il fallut bien s'y résoudre*
L'armée entière, généraux, officiers, soldats^ était toujours animée d'un dévouement que rien n'avait pu rebuter. Fière de Ja confiance que lui avait témoignée les représentons de la nation , elle avait répondu à leur appel p^r uneadresse (i) pleine de feu et de patriotisme;^
gouvernemeDl qu*H était sûr d*-ëcraser l^en^emi, si on voulah j^ui confier le commandement de Farmée.
(i) Aér€%i^ de Vwrmie à ia €hambre dt$ Représenians,
B«présentan9 du peuple , Nous sommes en présence de nos ennemis ; nous jurtas entre vos maijis et. à la face du inonde , de défendre, jusqu'au dernier soupir , la cause de notre indépendance et rhonneui; national. O9 Toudrah nous imposer les Bourbons ^ et ces princes sont rejetés par l'immense majorité des Français. Si on pouvait souscrire à leur centrée ^ Eappelez*vous, Représentans, qu'on aurah signé le testament de l'armée , qui, pendant vingt années, a été le poUadium de l'honneur français. Il est à la guerre, sur-tout lorsqu'on la fait aussi longuement , dçs succès et des revers. Dans nos succès, on nous a vus grands et généreux ; dans nos revers, si 00 v^ut nous humilier j nous saurons mourir.
Les Bourbons n'offrent aucune garantie à la nation. Nous les avions accueillis avec les sentimens de la plus noble confiance ; nou§ avions oublié tous les maux qu'ifs nous avaient causés par un acharnement k vouloir nouf privçc de nos droits les plus sacres. Eh bien^
MEMOPUES.* Ol\
elle avait juré entre leurs mains de mourir pour la défense de l'honneur et de l'indépendance nationale : elle était impatiente de teniu ses sermens.
Le général Excelmans fut dirigé sur les traces des Prussiens avec six mille hommes ; un corps de quinze mille hommes d'infanterie , sous le commandement du général Yichery, devait le suivre par le pont de Sèvres et lier ses mouvemens avec six mille fantassins du i*' corps et dix mille chevaux d'élite, qui devaient déboucher par le pont de Neuilly.
Mais au moment d'exécuter ces dispositions dont le succès eût indubitablement entraîné la perte de l'armée prussienne, le prince d'Eckmuhl, par des motifs que j.'ignore, donns^
comment ont-ils répondu à cette confiance ? Ils nous ont traités, comme rebelles et vaincus.
Bëprésentans, ces véflesd«BS sopt terribles ^paiy^e qu'elles sont vraies. L'inexorable hbtoire racontera un jour ce qu'ont fait lesi^ Bourbons pour les remettre sur le trône de France ; elle dira aussi la , conduite de l'armée, de cette armée esseatiellement nationale ; et- I9 postérité jugera qui i^écita le mieu^ l'eatim^ dc^mpnde.
Au camp de la Villctte, 3o juin 181 5 , 3 heures après midi.
Si^né , le maréchal ministre de la guerre, prince d'ËcKHiuiL, le général'ca cbef comte Tandahmb; les lieutenans généraux comte Paiol, hsLTùSk FjtsrssinsT^ comte Rogokt ,lBfiiKST, baron Lobcstv Ambiet; les maréchaux de camp comte Hablit, Pb^it j baron Ghi^ib-. «lAHi, baron HiHBioif, Marius Glaby, Ghabtbah, Gambbibl, J'sAnnET^ le. major P0uxnu^r.
contre-'ordre. Le général Excèlmânls lâotitîaf seul le combat II attaqua 1 ennemi en avant de Versailles, le précipita daés une fsmbu»' cade, le tailla en pièces et lui enlevais r'irmes» ses bagages , ses chefffQK; L«S|[éi»ériiiÉiitStnllz^ Pire, Barthe^ Viitcentv ks €ôion«el« Briqua- Tille, Faudoas^ Saint-^Amant , Chàili^l] , Sî* monnet, Schmid, Faoliâi, (^ i^uts bt^r^s té> gimens , firent des proéiges d<e valeur , et fùt^ént intrépidement secondés pdr les ciwyend dés communes voisines, qni avnieUt deVàticé en tirailleurs sut le champ de bataille lark^lvèe d^ nos troupes , et qui » pendant lactiun , se raosH trèreiut dignes de cô^mbattre a lelurs. côtés.
Cette victoire eouibh despéranoe et d^ |{>k»
les patriotes Parisiens. EUe leurlnspita là ilb^ ble envie d'imiter le bel exemple qui venait de leur être donné. Mais quand on sut qu'une bataille générale avait été ui^aiiiiKiemei;>l...d€mandée et convenue, et que , sans les drrffcs contraîï^es ,. lés ennemis, surpris et coupés ^ auraient été anédotis^» on pa^sa de Tivresfle au décourÊ^cwîetot^ et Toii CVfa ite llotifés jparts à Tinfàmie , à la trahison.
Excelmajis et ses braves, non soutexui&t furent obligés derétrograder. tes Pnisàfens s'avancèrent; les Anglais se mirent en mouvement pour les appuyer; ils se réuâtreiit» el
IfÊMomEâ. 3)5
vinrent camper en comoiun sur les hauteurs de Meudon.
La commission se hâta d'informer les com-^ missaires de la position critique de Paris , et les invita , puisque le duc de Wellington les renvoyait sans cesse de Caïphe à Pîïate , de chercher à voir le prince Blncher. Ils répon*dirent 9 qu'ils n'avaient jamais pu communiquer avec ce maréchal , et qu'ils ne pouvaient point 5 sans risquer de produire une rupture» établir de conférence avec lui que par Tintémerdiaire de lord Wellington.
Us joignirent à leur dépêche une nouvelle lettre par laquelle le lord annonçait que le prince Blucher continuait à lui témoigner la plus grande répùgnan«îe de conclure un ar-« misttce, etc. etc.
Le gouvernement ne doutia plus de la mau* "vaise volonté du général Angtats. Le comte Carnot dit qu'il fallait s'adresser définitivement à la brutale fraochise de Blucher, plut6t que de vivre dans l'incertitude où laissaiei^t les politesses de Wellington.
Le duc de Vicence pensa de même, que le seul moyen d'en finir , était de brusquer une proposition à l'insu de& Anglais. Il fit re-> marquer à la commission que le maréchal Blucher ne montrait sans doute autant de ré^
pugnance à conclure un armistice , que parctf qu'il ne voulait probablement point négocier sous la direction et Tinfluencede Wellington, au quartier général duquel il paraissait éviter de se rendre; qu'il serait peut-être plus traitable, quand on sadresserait directement à lui; qu'en suivant cette. marche, on aurait d'ailleurs l'avantage de déplacer lesnégociations de l'endroit où se trouvaient les Bourbons , et de pouvoir éviter plus facilement la question politique sur laquelle Wellington semblait beaucoup plus prononcé que Blucher.
La commission, déférant à ces observations, adopta l'avis de M. Carnot ; et le prince d'Eckmuhl fut chargé d'adresser au maréchal Blucher des propositions directes et fondées principalement sur l'armistice conclu avec les. chefs des forces autrichiennes.
Le prince répondit sur-le-champ :
Si le maréchal Frîmont s'est cru autorisé à conclure un armistice , ce n'est point pour nous un motif d^en faire autant. Nous poursuivrons notre victoire ; Dieu nous en a donné les moyens et la volonté;
« Voyez ce que vous avez à faire. Ne précipite.? pas de nouveaiiune ville dans le qaalheur ; car vous savez ce que le soldat irrité se permettrait , si votre capitale était prise d'assaut. Voudriez -vous attirer sur votre tâte les malédictions de Paris comme celles de Hani<^
H Nous vùuions pénétrer à Paris , pour y mettre les hon^^ nêies gens à F abri du pillage qui les menace de la pari de la populace (^1^ Ce n'est qu'à Paris que l'on peut conclure an armistice assuré. »
Cette lettre révolta la commission; maia quelle que fût sa juste indignation, il n'y avait plus de milieu à garder: on avait refusé de prendre l'ennemi en flagrant dHit; on avait laissé échapper l'occasion de la victoire ; il fallait soutenir un siège ou capituler*
La commission, sentant toute l'importance du parti qu elle allait adopter, voulut s'entourer des lumières, des conseils et de la responsabilité des hommes les plus expérimentés.
Elle fil appeler les immortels défenseurs de Gènes et 4e Toulouse , le vainqueur de Dant-^ zick, les généraux Gazan , Puverney, Evain,^ le maréchal de camp du génie de Ponton , qui s'était signalé au siège de Hambourg; et enfin les présidens et lesbureaun; desdeux chambres. Le comte Carnot,qui avait été visiter, con-.
jpintement avec le général Grenier , nos positions et celles de l'ennemi, fit à l'assemblco Vin rapport sur la situation de Paris. Il exposa
(i) Qn voit y d'après ce passage , que Wellington avait sans ^putç connniunîque'au prince Blucher laleltre de M. Foucht'.
548 MÊMoiRirs.
que les fortifications 'élevées sur la rîve droite de la Seine paraissaient suffisantes pour mettre Paris de ce côté à labri de toute insulte; mai» que la rive gauche se trouvait entièrement à découvert» et offrait un vaste champ aux entreprises de l'ennemi ; que les généraux Anglais et Prussiens avaient porté impunément, sur ce point vulnérable, la majeure partie de leur» armées; qu'ils paraissaient disposés à tenter une attaque de vive force ; que s'ils échouaient une prenûère fois, ils pourraient revenir à la charge une seconde et renouveler leurs tentatives, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à se rendre maîtres de la capitale; qu'ils auraient sans cesse à nous opposer des troupes fraîches ^ tandis que les nôtres , forcées d'être constamment sur leurs gardes , .traient bientôt excédées de fatigues; que Trrrîvage des subsistances devenait difficile^ et qu'un corps de soixante mille Bavarois paraissait devoir achever , sous peu de jours , le blocus entre la Seine et la Marne; que les ennemis, déjà maîtres de» hauteurs de Meudon et des meilleures positions environnantes, pourraient s'y retrancher», nous fermer la retraite, et réduire Patis et l'armée à se rendre à discrétion.
Le président de la commission, après avoir appelé Fattention des membres de l'assemblée
sur CCS graves considérations, les invita à émettre leur opinion.
Il lui fut observé, qu'il paraissait nécessaire de faire connaître préalablement l'état actuel des négociations.
La commission ne s'y refusa point » mais cette communication ayant amené des discussions sur les Bourbons , la commission rap-»
pela qu'on devait se renfermer dans la question militaire^ et qu'il ne s'agissait purement et siqaplement que de décider s'il était convenable et possible de défendre Paris,
Le prince d'Ëssling, interpellé, dit que cette ville serait imprenable si les habitans voulaient en faire une seconde Sarragosse ; mais qu'il n'y avait point assez d'harmonie dans les volontés pour songer à une résistance soutenue» et que le parti le plus sage était d'obtenir à lout prix une suspension d armes. Le duc de Dantzick déclara qu'il ne croyait pas impossible de prolonger la défense, en activant rapidement les travaux commencée dans la plaine de Mont-Rouge. Le duc de Dalmatie soutint que la rive gauche de la Seine n'était point tenable; qu'il était même trèsr hasardeux , depuis l'occupation d'4^ubervilUers, de tenir sur la rive droite ; que s^i la ligne du canal qui joint Saint-Denis à la Ville tte venait à être for-
.l5o MÉMOIRES.
cce , rennemi pourrait entrer pêle-^mêle avec nos troupes par la barrière Saint-Denis. Quelques membres , partageant l'opinion du duc de Dantzick, demandèrent qu'où recueillit, avant de prononcer, des renseignemens positifs sur la possibilité de mettre la rive gauche en état de défense. Enfin ^ après quelques débats y il fut décidé que rassemblée n'était point compétente pour statuer sut une semblable question , et qu'elle serait soumise à I examen et à la décision d'un conseil de guerre , que le prince d'Eckmuhl convoquerait pour la nuit suivante.
L'occupation de Paris, pat* les étrangers, était l'objet des vœux impatiens des royalistes et des hommes vendus oti dévoués par calcul, par ambition ou par crainte, au parti des Bourbons. Persuadés qu'elle déciderait en 1 8 1 5 , comme en 1814, du sort de la France , ils n'avaient épargné d'avance aucune démar* elle, aucune promesse, aucune insinuation menaçante , pour que la reddition de cette ville mît le comble -à leurs vœux et à letir triomphe.
Le duc d'Otrante, soit qu'il fût d'accord avec les royalistes , soit qu'il regardât comme nécessaire a sa sûreté personnelle la prompte capitulation de Paris, soit enfin qu'il voulût
se faire ^ un')our, un mérite d avoir ramené la France , sans effusion de sang , sous l'em* pire de son souverain légitime ; le duc d'Otrante^dis-je, parut attacher particulièrement un grand prix à ce que la défense de Paris ne fût point prolongée. « Tout est sur le point de s'arranger» disait-il aux membres les plus influens des chambres et de l'armée ; gardonsnous bien de sacrifier une existence assurée à un avenir incertain. Les alliés sont d'accord r nous aurons t^n Bourbon; mais il faudra qu'il se soumette aux conditions que la nation lui imposera* La chambre sera conservée; les généraux resteront à la tète de l'armée ; tout ira bien. Ne vaut- il pas mieux se soumettre, que de s'exposer à être partagés ou livrés pieds et mains liés aux Bourbons ? Une résistance pro* longée n'aurait d'autre résultat que de retarder notre chute. Elle nous ôterait le prix d'une soumission volontaire, et autoriserait les Bourbons à être implacables » . Se montrait-on peu disposé à partager sa confiance et ses sentimens , il imposait silence aux récalci* trans avec toutes les formes du plus vif inté-* rêt:« Votre résistance, leur répondait-il, m'étonne et m'afflige: voulez-vous donc passer pour un boute-feu et vous faire exiler? laisseznous faire, je vous en conjure; je vous gjaran-
lis lavenir > .... Un pressentiment intérieur avertissait que cet avenir serait bien éloigné de répandre a l'attente de M. Fouché ; mais sa vie politique, ses grands talcns , ses liaisons avec les ministres étrangers , les égards que lui avaient témoignés» en i8i4« l'Empei^eur Alexandre et le roi de Prusse » donnaient à ses paroles, à ses promesses, un tel poids, un tel ascendant, qu'on finissait, par faire violence à sa raison et par s'abandonner , en murmurant contre soi, à«I^ confiance et à l'espoir.
Le conseil de guerre s'assembla dans la nuit du 1.'' au 2 juillet au quartier général de la Villette, sous la présidence du prince d'Eekmuhl. On eut soin ( U parait ) d'en éloigner quelques généraux suspects , et de ne point omettre d'y appeler les officiers dont les principes , la modération ^u la faiblesse étaient connus* On y admit tous les maréchaux pré^ sens dansla capitale; et ceuxqui naguère avaient ref usé de combattre, ne refusèrent pas devenir capituler.
La coHunission , pour éviter toute discussion politique, avait posé des questions sur lesquelles les membres du conseil devaient se borner à délibérer ; mais cette précaution ( on le sent bien ) ne les empêcha point de se livrer à l'examen iaimili^ des consî^éf^tions morales
MEMoiaEs. 555
^t politiques qui pouvaient influer sur la dé^fense ou la reddition de la place assiégiée. Le maréchal Souit plaida la cause de Louis XVIII^ et fut vivement secondé par d'autres rnaré* cbMtli^ et plusieuri générauK qui, entrés au conseil avec liesconleurs nationales , en seraient volontiers sortia avec la cocarde blapche. Il n'ast point possible de rappeler les opinions émises^ ioMr-a4our ou confusiéaieqt, par les cinquante p^rsonne^ appeiiées à prendre part àcette grande et im portante délibération. Leurs discours , ou plutôt leurs conversations rou« lèrent alternatÂveaient sur Paris et sur les Bovrboos. • On assure» » disaient les partisans de LowU XVIU et de ]a capitulation, « que Paris t couvert au dehors , par une armée de quatre-vingt mille bommes, et défendu à Tin^téricur par les fédérés , les tirailleurs , la garde nationale et une innombrable population , pourra résister, au moins pendant vingt jours,^ aux efforts desalUés; on noua assure queTim-* meiisité de son développement rendra facile l'arrivage des subsistances. Nous admettrons que cela soit possible; mais que) sera en défimtif le but de cette résistance? de donner à l'empereur Alexandre et à l'empereur d'Au*^ triche , le tems d'arriver. . • . Les alliés ( nous le savons parfaitement ) promettent de nous
T. ir. 20
laisser la faculté de choisir notre soilVeraii) ; mais tiendront-ils leurs promesses ? quelles conditions y mettront-ils ? Déjà Wellington et filucher t>nt annoncé qu'ils exigeraient des garanties, des places fortes, si Ton rejetait Louis XVIII. N'est-ce pas déclarer formule-»
ment, que les alliés veulent conserver le trône de ce souverain? Rallions-nous dont volontai^ rement , puisque nous le pouvons encore , autour de sa personne; ses ministres l'ont égaré, mais ses intentions ont toujours été pures : il connaît les fautes qu'il a commises; il s'em-^ pressera de les réparer, et de nous donner les institutions qui sont encore nécessaires peut consolider si|r des bases inébranlables les droits et les libertés publiques* n — < Ces rai- «onnemens peuvent être justes, répliquaient leurs adversaires, mais l'expérience , qui vaut mieux que des raisonnemens , nous a prouvé qu'il ne fallait point s'en rapporter à dévalues promesses. L'espoir que vous avez conçu repose sur des conjectures ou sur les paroles des agens des Bourbons. Avant de nous remettre entre les mains du Roi , il faut qu'il nous fasse connaître les garanties qu'il nous assure. Si elles nous conviennent, alors nous délibère^ roDs; mais si nous ouvrons nos portes sans eonditîonset avant l'arrivée d'Alexai^dre, Wel-
viMomesi 555
ilbgton et les Bourbons se joueront de leurs promesses et nous feront subir impitoyablé- •ment la loi du vainqueur. Pourquoi d'ailleurs désespérerions-nous du salut de la France? Une i)ataille perdue doit*elle donc décider du sort d*ùne grande nation? n avons nous pas encore à opposer d'immenses ressources à l'ennemi?
Les fédérés , la garde nationale , tous les véritables Français ont-ils refusé de verser leur sang pour sauver la gloire, l'honneur et l'indépendance de la patrie ? Tandis que nous combattrons sous les murs de la capitale^ on organisera, dans les départemens> la levée en masse des patriotes; et l'ennemi, quand il Terra que nous sommes déterminés à défendre notre indépendance^ la respectera, plutôt que de s'eisposer , pout des intérêts qui ne sont point les sienà , à une guerre patriotique et nationale* Il faut donc refuser de nous rendre et nous mettre en mesure, par une défense rigoureuse , de donner la loi au lieu de la rece-^ voir.»-^— « Vous soutenez, leur répondait-on^ que nous pourrons faire lever en masse les fédérés et les patriotes^ Mais comment les armerez-vous? nous n'avons poitit de fusils. Une levée en massé s'organise-t-elle d'ailleurs subitement ? Avant que vous puissiez disposer d'un bataillon^ Paris aura, sous ses faibles rempart».
«oixante mille Bavarois, et cent quarante mille Autrichiens de plus à combattre. Que ferezvous alors? Il faudra bien finir par vous rendre; et le sang que vous aurez versé, sera perdu sans retour et sans utilité. Mais celui que nous aurons fait répandre à Tennemi» ne retombera-t-il pas sur nos têtes? ne voudra-ton pas nous faire expier, par une honteuse capitulation , notre folle et cruelle résistance ? Si les alliés dans le moment actuel se croient assez forts pour vous refuser une suspension d'armes, que feront-ils , lorsqu'ils auront, sur notre territoire , leurs douze cents mille soldats ? Le démembrement de la France , le pillage et la dévastation de la capitale seront peut-être le fruit de la défense téméraire que vous nous proposez. ^
Ces considérations , généralement senties , furent unanimement approuvées. On reconnut que le parti le plus convenable était indubitablement de ne point exposer la capitale aux conséquences et aux dangers d'un si^e ou d'une prise d'assaut. On reconnut aussi , du moins implicitement , que le retour des Bourbons étant inévitable, il valait mieux les rappeler volontairement sous de bonnes conditions, que de laisser aux alliés le soin de les rétablir. Mais on ne crut pas devoir s'expliquer
HiMOIRES. 357
Sûr ce point délicat; et Ton se renfermd dali^ la solution laconique de» ^^^^l^^s pt-oposéèâ par la commission.
ÇuesHons posées par iacomihtsstôndùgvvri)emèméfii du Cï>tisèii dt lEfuet^ë ^ ushem-éiédia P^iUèUe le 1^ juillet iëi5.
i«". Quel est i'élat des retranchemens élevés pour la défense de Paris ? — Réponse. L'élat des retranchement et de leur armenlent sur la rive droite de k Seîne , quoique incompiet , est tii générât assei àa'ti^iâisàât Sur iat rfvè éaachc , tes tèttahchèitieûà petiVènt êttè tonsîdëM* èorfinie itfîs^
2«rf«. L'afAléë l^dul'ràil^èH^ tbëirïii^^i àéftMfef P». rb? ^Bép. Elu te poÉf rail j mim oôfi ft» hitféôiii^ jnetit. Elle ûe doit pas s'expose* k maii^qaer de vivres et de retraite.
3cme, Si Tarmée était attaquée sur tous les points ,, pourrait-elle empêcher Tenncmi de pénétrer dans Paris , d'un côté ou d'un autre î — Rép. Il est di/Ëcife que Farmée soit attaquée sur tous tes points a là fois ;. màii si célâ arrivait , il y âùrài{ péù rf'espoîr de résistance.
4^**. Ett cas dé t^et^ , le général eh cRéf |)^îTiit-ii> réserver au recueillir assez^de màyeii* Jtfuf s'opt^we^r h Tèfitrée de vive force ? — Rép. Aucun géoérafl ie peut répbndre des suites d'une bataille.
5*"»«. £xistè-t-it àti manitions soffrs^tes pour plusieurs combats ? — Rép. Oui.
g«ne. Enfin , peut-on répondre du sort de la capi-
taie , et pour combien de lems ? -^ B^. H nV ^ ^^^ çune garantie h cet égards,
Le maréchal ministre de la Guerre , ( Signé y. Le prince d*Eckmuhl, s }iiîllet , à 3 heures du matia.
La réponse du conseil de guerre fut immédiatement transmise aux Tuileries , et y devint ^ôbjet d une longue et profonde délibération.
Enfin , après avoir pesé les avantages et les dangers d'une défense prolongée, après avoir considéré que Paris, sans espoir de sçcours et çpveloppé de toutes parts , serait ou emporté d assaut ou forcé de se rendre à discrétion ; que larmée, sans moyen de retraite, $e trouverait peut-être placée entre le déshonneur de se rendre prisonnière ou la nécessité de s'ensevelir sous les ruines de la capitale, la commission décida univoquement que Paris ne serait point défendu , et qu'on se soumettrait à le remettre entre les mains des alliés, puisque les alliés ne voulaient suspendre les hostilités qu'à ce prix, /
, Le général ]^iethcq, commandant de Favantgarde du prince Blucher, fut instruit de cette détermination par le prince d'Eckmuhl. Il lui répondit: •
Jlu prince d'Eckmuih^
a juillet.
Monsieur le Général ,
lie général Revest noi^a coniinuni(}ué ?erbalcnienl
IfÉMOIRES. 359
ifue VOUS demandiez un arinlsiîce pour traiter de la reddition de la ville de Paris.
En conséqaence , M. le général , je dois vous dé* darer qae je ne sois nollement antorisé d'accepter ui^i armistice. Je n^ose même point annoncer cette demande à S. A. le maréchal prince Blucher ; mais cependant, si les députés du gouvernement déclarent à mon aide; de-camp , le comte Westphalen , qu'ils veulent renf are la ville et que Vannée Française veut se rendre aussi , j'accepterai une suspension d'armes.
J'en ferai part alors à S. A. le prince Blucher, pour traiter sur les autres articles.
(Signé) ZiETHEN.
Lorsque Brennus, abusant de la victoire, voulut insulter aux vaincus, les Jlomain^ coururent aux armes. Moins sensibles et moins fiers, nous entendîmes, sans frémissement, Tinsulte faite à nos quatre-vingt raille braves, et nous accep^mes, sans rougir, Topprobre qu elle déversait sur eui^ et sur nous !
Pour toute vengeance^ MM. de Tromeling et Macirone furent renvoyés, le premier au prince Blucher , le second au lord Wellington.
Le duc d'Otrante , à Tinsçu de la commission, remit à M. Macirone une note conf^deatielle^ ainsi conçue;
L'armée est mécontente , parce qu'elle est malheureuse ; rassurez--la : elle deviendra fidèle et dévouéç. L^B chambres sont indociles par la même rdis.QAiL
rassurez tout le inonde et tout le monde sera f&ur vous.
Qu'on éloigne Tarinfée ; les chatnhtcé y eM^eiftiront tn promettant d'a/oerfer à la chaffé hê garantie» /spécifiées par lé Roi. Pour 96 hien éméndf^, ft esC nécessaire de s'expliijaef ; n'êMftz doi*c pa* à Péri» avant trois fours; dans e.ti inf ervaile tout sera d'acéord. [On gagnera tes chambres; elles ie croiront îndépenditntts , ei sanctionneront tout. Ce ti'esî pomt la force iffu'M fanietnployer auprès d'elles , c'esf la pefsttasion.
J'ignore si M. de iVomelîng fut également chargé de quelque note semblable , ou si le Jord Wellington interposa son autorité; mais le prince Blucher, devenu tout-à-c<>up plus docile , consentit à traiter de la reddition de Paris.
Le général Zietben annonça de Sa part^ le 3 juillet, au prince d'Ecktnuhl, que les députés du gouvernement pouvaient se présenter; qu'ils seraient conduits à Saînt-Cloud^^oà se trouveraient les députés des généraux An-glais et Prussiens.
Le baron Bîgnon, fe comte deBondy, et le générai Guilïeminot, munis des pouvoirs du prince d*Êckmuht ( Bluchrr aydnt déclare qu'il ne voulait avoir affaire qu'au chef de l'armée frfineaise ) , se rendirent aux avantpostes prussiens , et furent transféré» à Saint- Cloud , oûjf. sans égard pour le droit des
gens > ils furent privés de tous moyens de communiquer avec le gouvernement , et retenons en charte privée ^ pendant la dv/rée totale des négociations.
M. Bigûon, principal négociateur, et se»
eteux collègues, défendirent les droits politi'** ques, les intérêts privés, rinviolabilké des personnes et des propriétés nationales et particulières , avec un zèle et une fermeté inappréciables ; ils étaient bien loin de prétoir que la convention suivante, qu'ils regardèrent comme sacrée^ ouvrirait plud tard Uû âccèâ si funeste aux interprétatiotiâ de la vengeance et de la mauvaise foi.
» CONVÈMIOI*,
Ce joardliaî , 3 juillet i8i5 , les commissaires nommés par les commandant en chef des armées respeétîves , savoir :
M. le baron Bigoon , chargé ^a pdrtefeuîtle des affaires étrangères; M. fe comfe Guillemlnot , chef de Télat-major de Parmée Française ; M. le comte de Bondy, pféfet dn département de la Seine; munis des pleins pouvoir^ du maréchal prince d^£lcl:muhl, commandaiit en chef de Tarmée Française , d'ube part;
Et M. fe général major baron de MufBîng, muni des pouvoirs de S. A. le maféchal prince Stdcher, commandant en chef Tarmée Prussienne ; Bf. té côlôtiel Herrey, muni des pleins pouvoirs de S. £. le dtfc de
WellÎDgton , commaiidant en chef Tannée Anglaise; de Taatre ;
Sont conirenus des articles suîvans :
Art. I. Il y aura une suspension d'armes entre les armées alliées commandées par S. A. le prince Blucher, S. E. le duc de Wellington, et l'année Française , sous les murs de Paris.
Art. II. Demain l'armée française commencera à se mettre en marche , pour se porter derrière la Loire. L'évacuation totale de Paris sera effectuée en trois jours , et son mouvement pour se porter derrière la Loire sera terminé en huit jours.
Art. III. L'armée française emmènera avec elle son matériel) artillerie de campagne , convois militaires, chevaux et propriétés des régimens , sans aucune e^r ception. Il en sera de même pour le personnel des. dépôts, et pour le personnel des diverses branches d'administration , qui appartiennent à Tarmée^
Art. IV. Les malades et les bles3és , aiosi que hg officiers de santé , qu'il serait nécessaire de laisser près d'eux , sont sous la protection spéciale de MM. les commissaires en chef des armées anglaises et prussiennes.
Art. y. Les militaires et employés , dont il est question dans l'article précédent, pourront, aussitôt après leur rétablissement , rejoindre le corps auquel ils appartiennent. .
Art. YI. Les femmes et les enfans de tous les individus qui appartiennent à l'armée française , auroot la facilité de rester à Paris.
Ces femmes pourront sans difficulté quitter Paris,
pour rejoindre Tarmée et emporter avec elles leurs propriétés et celles de leurs maris.
Art. VIL Les officiers de ligne employés avec les fédérés , ou avec les tirailleurs de la garde nationale , pourront , ou se réunir à IVmée , ou retourner dans leur domicile , ou dans le lien de leur naissance.
An. VIIL Demain , 4 juillet, h midi , on remettra Si -Denis, St.-Ouen , Clichy, et Neuîlly ; après demain , 5 juillet, à la môme heure, on remettra Montmartre ; le 3* jour , 6 juillet , toutes les barrières seront remises.
Art. IX. Le service intérieur de Paris continuera à être fait par la garde nationale , et par le corps de la gendarmerie municipale.
Art. X. Les commandans en chef des armées anglaises et prussiennes , s'engagent à respecter et à faire respecter par leurs subordonnés , les autorités actuelles tant ^11 elles existeront.
Art. XL Les propriétés publiques^ à Texception de celles qui ont rapport à la guerre, soit qu^ elles appartiennent au gouvernement , soit qu'elles dépendent de l'autorité municipale , seront respectées , et' les puissances alliées n'interviendront en aucune manière dans leur administration , ou dans leurs gestions.
Art. XIL Seront pareillement respectées les personnes et les propriétés particulières; les habitans , et tn général tous les individus qui se trouvent dans la capitale, continueront à jouir de leurs droits et libertés , sans pouvoir être inquiétés , ni recherchés en rien re^ fatiffement aux fonctions qu^ils occupent ou auraient ocfupées , à leur conduite et à leur opinion poUtique,
Art. Xlir. Les troupes étrangères n'apporteront
àQcun obstacle à rappravisioftinemeDt de la capitale , et protégeront au cootréire ràri-tragé, et la libre eir-r culalion àes objcfs qui lui iodt desliiiéé.
Art. XI V. La présente coiitreiiiï<Jti sera observée ef servira de règle pour les rapports mûttreb, jttstja'âi ik conclusion de la paix.
En cas de fùptËTre, etié éerà déd6iicée dans les^ formes tisitées , ail moins dit jdiifs h Tâvance.
Art. XV. S'il suivîefd des âljficutlés^ sur l'etécûtidll de quelques uns des articles de là présenté convention, V interprétation en sera faite en faveur de V càrmèe fmnçàUè et de la ville dé Paris.
Art. XVÎ. La présente convention est déclarée commune, à toutes les années alliées , sauf la ratifieslion ^^s puissances dont ces armées aépendent.
Art. XVII. Les ratifications seront échangées demain , 4 juillet , à six heures du matin , au pont de Neuîlly.
XVIII. H sera nommé les commissaires par les^ l^arties respectives , pour veiller à Texéculion de 1» présente convention.
Fait et signé à St.Cloud , en triple expédition , par les commissaires sus-nommés , les jours et an cî«dessus.'
(Signé) Le barod Bigwow \ le eointe Guilt LEMiNOï ; le comte de BoTS»t ; le baron' BE Muï- FLiNG ; le baron Hïévey y colonel.
Approuvé et ratifié ,
(Signé) Le maréchal PàiNCE d'Ëckmuul,
Oii avait donné primitivement à ce traité le
nom de capitulation. M. le duc d'Otrante qui coQoait l'empire des mots et qui redoutait rimpressioD que celui-ci produirait, se hâta de retirer les copies déjà distribuées , et dy faire substituer le titre moins dur de cûnven" tian. Cette précaution néanmoins ne fascina les yeux que de quelques députés bénévoles.
Des groupes nombreux se formèrent; on y accusa hautement le gouvernement et le prince d'£ckmuhl,^d*avoir une seconde fois livré et vendu Paris aux alliés et aux Bourbons. Les patriotes , les tirailleurs , les fédérés qui avaient offert leur sang pour la défense de cette ville, s'indignèrent également qu'on l'eut rendue sans brûler une amorce. lis résolurent de s'emparer des hauteurs de Montmartre, de se joindre à l'armée et de vendre chèrement à l'ennemi les derniers soupirs de la France et de la liberté. Mais leurs clameurs menaçantes furept entendues du gouvernement. Il fit mettre sur pied la garde nationale ; et elle parvint à appaiser les mécontens , ea leur opposant l'exemple de sa propre résignation.
La publicité de la convention produisit dans les camps une effervescence non moins redoutable. Les généraux s'assemblèrent pour protester contre cette œuvre impie, et s'opposer à son accomplissement. Ils déclarèrent que le
5GG MEMOIIiES.
prince d'Eckmuhl, chez lequel Us atadefti 'piusièv/rs fois su/rpris M. de Vitrolles , avait perdu Festime de l'armée et n élait plus digne de la commander. Ils se rendirent près du général Vandamme, et lui offrirent le commandement. Mais cet officier « qui avait fait partie ( ce qu'ils ignoraient ) du conseil de guerre et qui en avait approuvé les sentimens, refusa de déférer à leurs voeux. Les soldats à qui les représentans du peuple avaient fait jurer de ne point souffrir que l'ennemi péné-^ trât dans la capitale, partagèrent spontanément l'indignation de leurs chefs, et proclamèrent, comme eux, qu'ils ne consentiraient jamais à rendre Paris. Les uns brisaient leurs firmes s les autres les brandissaient en l'air au milieu des blasphèmes et des menaces ; tous juraient de mourir sur la place plutôt que de l'abandonner* Une subversion générale parais^ sait inévitable et prochaine , lorsque les géné^ raux 5 effrayés des malheurs qu'elle pourrait entraîner , haranguèrent les soldats et parvins rent à calmer leur* irritation. La garde impé^ riale , cédant à l'ascendant qu'exerçait sur elle le brave et loyal Drouot^ donna la première l'exemple de la soumission; et tout rentra dans Tordre.
Le gouvernement, pour justifier sa conduite
MÉMOIllES. 367
et prévenir dans les auttes armées et dans les départemens de semblables sôulévemens , publia la proclamation suivante, fastueux tissu (Féloquentes impostures et de fallacieuses j)romesses (1).
La Commission du Gouvernement aux Français.