JOACHIM DU BELLAY
to. Sonnet.
SI notre yie est moins qu'âne journée En l'éternel, si l'an qui fait le tour Chasse nos jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour. Si pour Toler en un plus clair séjour Tu as au dos l'aile bien empennée ?
Là est le bien que tout esprit désire. Là le repos où tout le monde aspire.
Là est l'amour, là le plaisir encore.
Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée, Tu y pourras reconnaître l'idée De la beauté qu'en ce monde j'adore.
//. Sonnet des *^ Regrets ^
HEUREUX qui, comme Ulysse, a fait an beau voyage.
Ou comme celui-là qui conquit la toison. Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée : et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison. Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti me» aïeux. Que des palais romains le front audacieux : Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,