A un Aubépin
BEL aubépin verdissant,
Fleurissant, Le long de ce beau rivage, Tu es vêtu jusqu'au bas Des longs bras . D'une lambruche sauvage,
Deux camps de rouges fourmis Se sont mis
En garnison sous ta souche ;
Dans les pertuis de ton tronc, Tout du long,
Les avettes ont leur couche.
Le gentil rossignolet,
Nouvelet, Avecques sa bien-aimée, Pour ses amours alléger
Vient loger Tous les ans en ta ramée.
PIERRE DE RONSARD
Sur ta cime il fait son nid,
Bien garni De laine et de fine loie, Où aes petits écloront^
Qui leront De met mains la douce proie.
Or ris, gentil aubépin.
Vit sans fin.
Vis sans que jamais tonnerre, Ou la cognée, ou les vents.
Ou les temps, Te puissent mer par terre.
/^ Sonnet pour Hélène.
QUAND TOUS serez bien vieille, au soir à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os Par les ombres myrteux je prendrai mon repos : Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.