‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 21 sur 49 · A Madame du ChâteUt · texte numérisé non relu

A Madame du ChâteUt

Si TOUS voulez que j'aime encore, Rendez-moi l'âge des amours ;

FRANÇOIS-MARIE DE VOLTAIRE

Au crépuscule de mes jours Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

Des beaux lieux oâ le dieu du TÎn Avec l'Amour tient son empire, Le Temps, qui me prend par la main, M'avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur Tirons au moins quelque avantage.

Qui n'a pas l'esprit de son âge De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse Ses folâtres emportements :

Nous ne vivons que deux moments ; Qu'il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours tous me fuyez, Tendresse, illusion, folie, Dons du ciel, qui me consoliez Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien : Cesser d'aimer et d'être aimable. C'est une mort insupportable ; o Cesser de vivre, ce n'est rien.

Ainsi je déplorais la perte Des erreurs de mes premiers ans ; Et mon âme, aux désirs ouverte, Regrettait ses égarements.

FRANÇOIS-MARIE DE VOLTAIRE

Du ciel alora daignant descendre, L'Amitié vint à mon secours ; Elle était peut-être aussi tendre.

Mais moins rire que les Amours.

Touché de sa beauté nouyelle, Et de sa lumière éclairé.

Je la suivis ; mais je pleurai De ne pouvoir plus suivre qu'elle.

ANDRÉ CHÉNIER

2Ç. La Jeune Tarentine.

PLEUREZ, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés ! Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez !

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine ! Un vaisseau la portait aux bords de Camarine : Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement Devaient la reconduire au seuil de son amant. Une clef vigilante a, pour cette journée, Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée, Et Tor dont au festin ses bras seraient parés. Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés. Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles, Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles L'enveloppe : étonnée et loin des matelots. Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine ! Son beau corps a ronlé soas la vague nurioc.

ANDRÉ CHÉNIER

Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher Aux monstres dévorants eut soin de le cacher. Par ses ordres bientôt les belles Néréides L'élèvent au-dessus des demeures humides, Le portent au rivage, et dans ce monument L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement ; Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes, Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes. Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, Répétèrent, hélas ! autour de son cercueil :

'* Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée, Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée, L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds. Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux."

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