Clytie
MES Mânes à Clytie: "Adieu, Clytie, adieu. Est-ce toi dont les pas ont visité ce lieu \ Parle, est-ce toi, Clytie, ou dois-je attendre encore ? Ah ! si tu ne viens pas seule ici, chaque aurore, Rêver au peu de jours où je vivais pour toi. Voir cette ombre qui t'aime et parler avec moi, D'Elysée à mon cœur la paix devient amère. Et la terre à mes os ne sera plus légère. Chaque fois qu'en ces lieux un air frais du matin Vient caresser ta bouche et voler sur ton sein. Pleure, pleure, c'est moi ; pleure, fille adorée ; C'est mon âme qui fuit sa demeure sacrée. Et sur ta bouche encore aime à se reposer. Pleure, ouvre-lui tes bras et rends-lui son baiser." 9«
ANDRÉ CHÉNIER
^/. Un Jeune Homme,
J'ÉTAIS un faible enfant qu'elle était grande et belle; Elle me souriait et m'appelait près d'elle. Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein, Et sa main quelquefois, aimable et caressante, Feignait de châtier mon enfance imprudente. C'est devant ses amants, auprès d'elle confus, Que la fière beauté me caressait le plus. Que de fois (mais, hélas ! que sent-on à cet âge ?) Les baisers de sa bouche ont pressé mon visage ! Et les bergers disaient, me voyant triomphant : "Oh ! que de biens perdus ! O trop heureux enfant ! "
^2, La Flûte.
TOUJOURS ce souvenir m'attendrit et me touche,
Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche.
Riant et m' asseyant sur lui, près de son cceur,
M'appelant son rival et déjà son vainqueur.
Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre
A souffler une haleine harmonieuse et pure ;
Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts.
Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois.
Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
A fermer tour à tour les trous du buis sonore.