‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 37 sur 49 · L'Art · texte numérisé non relu

L'Art

OUI, l'oeuyre sort plus belle D*une forme au travail

Rebelle, Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !

Mais que pour marcher droit

Tu chausses.

Muse, un cothurne étroit.

Fi du rhythme commode.

Comme un soulier trop grand.

Du mode Que tout pied quitte et prend I

Statuaire, repousse L'argile que pétrit

Le pouce Quand floue ailleurs l'esprit.

Lutte avec le carrare.

Avec le paros dur

Et rare.

Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse Son bronze oâ fermement

S'accuse Le trait fier et charmant ;

THÉOPHILE GAUTIER

D'une main délicate Poursuis dans un fîlon

D'agate Le profil d'Apollon.

Peintre, fuis l'aquarelle, Et fixe la couleur

Trop frêle Au four de l'émailleur.

Fais les sirènes bleues, Tordant de cent façons

Leurs queues, Les monstres des blasons,

Dans son nimbe trilobé La Vierge et son Jésus,

Le globe Avec la croix dessus.

Tout passe. — L'art robuste Seul a l'éternité,

Le buste Surrit à la cité.

Et la médaille austère Que trouve un laboureur

Sous terre Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent.

Mais les vers souverains

Demeurent Plus fort que les airatot.

THÉOPHILE GAUTIER

Sculpte, lime, cisèle ; Que ton rêve flotunt

Se scelle Dans le bloc résistant I

VICTOR DE LAPRADE

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