‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 45 sur 49 · SI · texte numérisé non relu

SI

JOSÊ-MARIA DE HEREDIA

La peur le» précipite, ils sentent la mort prête Et flairent dans la nuit une odeur de lion.

Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion, Ravins, torrent», halliers, sans que rien les

arrête ; Et déjà sur le ciel se dresse au loin la crête De rOssa, de l'Olympe ou du noir Pélion.

Parfois, l'un des fuyards de la farouche hardc Se cabre brusquement, se retourne, regarde, Et rejoint d'un seul bond le fraternel bétail,

Car il a vu la lune éblouissante et pleine Allonger derrière eux, suprême épouvantail, La gigantesque horreur de l'ombre Herculéenne.

p^. Épigramme funéraire.

ICI gît, Étranger, la verte sauterelle Que durant deux saisons nourrit la jeune Hellé, Et dont l'aile vibrant sous le pied dentelé Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.

Elle s'est tue, hélas ! la lyre naturelle, La muse des guérets, des sillons et du blé ; -rDc peur que son léger sommeil ne soit troublé, Ah ! passe vite, ami, ne pèse point sur elle.

C'est là. Blanche, au milieu d'une touffe de thym, La pierre funéraire est fraîchement posée. Que d'hommes n'ont pas eu ce suprême destin !

Des larmes d'un enfant sa tombe est arrosée, Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin Une libation de gouttes de rosée.

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